L'employée aux écritures

le blog de Martine Sonnet – ISSN : 2267-8735

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"Le problème de la nuit reste entier. Comment la traverser, chaque fois la traverser tout entière ?" Henri Michaux

Tour du jour en six images

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D’abord c’était rue Delambre l’hôtel qui rénovait ses canapés

et puis rue Henri-Barbusse je marchais exceptionnellement

sur le trottoir des numéros impairs, celui du luthier

le pignon de l’hôtel entre les rues de l’Ecole de médecine et Racine

qu’on avait commencé à gratter, mais seulement d’un côté des fenêtres c’est pour Anne

rue de Seine la galerie aux images de fer qui m’intéresseraient bien

n’ouvre que du mardi au samedi de 11 à 18 h – je repasserai

quittant l’hôtel de la Monnaie, où j’étais allée lire des autobiographies professionnelles au Comité pour l’histoire économique et financière, je chipais cette vue sur les toits parisiens, orientée comme il se doit vers Montparnasse

monde bleu, à cette heure, que je rejoignais bientôt

(pour PdB le bleu et pour Jérôme W la ligne rouge dont on parlait l’autre jour à l’Atlantique)

Sous prétexte de question d’appendicite, aller à Gabrielle Roy

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Parmi les questions récurrentes posées à L’employée aux écritures par les moteurs qui cherchent pour vous, à côté de toutes celles relatives à l’art du pliage des serviettes, il y a celle de l’appendicite.

Ou plus exactement des suites de l’appendicectomie, du normal et du pathologique, de ce qu’il convient de faire ou de ne pas faire et à quel moment, avec quelles précautions, dans le cours de la convalescence. La précision clinique de certaines de ces interpellations me valant parfois des haut-le-coeur, je préfère ne pas m’arrêter à y répondre.

Heureuse, en revanche, que ces histoires d’appendicite m’amènent à évoquer une de mes lectures récentes les plus marquantes, celle du récit autobiographique de Gabrielle Roy La détresse et l’enchantement (éd. Boréal, 1984) acheté à la Librairie du Québec, rue Gay Lussac, à deux pas de mon bureau. Et comme je faisais remarquer au libraire que cet écrivain était bien à l’honneur dans son rayon littérature, il a souligné que Gabrielle aurait eu 100 ans l’année dernière, puisqu’elle est née, à Saint-Boniface au Manitoba, en 1909 (et morte à Québec en 1983).

Au Manitoba, sa famille lutte pied à pied pour exister dans sa langue – française -  une langue méprisée, cernée d’une culture autre, comme pour joindre les deux bouts. Pour en apprendre plus à son propos, je vous renvoie à cette page de François Bon qui en son Tiers Livre, de son séjour québecois, a très bien fait les choses pour donner envie de la lire. Merci à lui.

Le rapport avec l’appendicite j’y arrive : son récit d’enfance s’ouvre, à quelques pages près, sur l’opération subie à l’âge de 11 ans, événement fondateur dans la conscience qu’elle prend du monde – différent du sien – qui l’entoure. Il faut dire que La détresse et l’enchantement commence par ces mots : Quand donc ai-je pris conscience pour la première fois que j’étais, dans mon pays, d’une espèce destinée à être traitée en inférieure ? Et que le séjour à l’hôpital et l’opération que les parents se saigneront aux quatre veines pour payer est décisif dans cette perception.

A 11 ans comme Gabrielle et dans le même sentiment que mon appréhension du monde progressait de façon fulgurante du fait de cette semaine passée en clinique, j’ai été opérée de l’appendicite. Comme s’il fallait en passer par cette anesthésie générale, au réveil alors tellement pénible – c’est mieux dosé maintenant -, pour que la conscience, dans sa totalité, s’éveille enfin. L’anesthésie générale, comme préalable à un réveil général, une sorte  d’ébrouement qu’on ne serait jamais allé chercher aussi loin.

Une expérience partagée, point commun entre Gabrielle et moi, parmi de nombreux autres apparus au fil de ma lecture. Par exemple : le fait que nos mères ayant déjà de nombreux enfants et surtout des filles, nous aient mises au monde au même âge tardif exactement, en terminant ainsi avec nous de leurs maternités. Et tout ce que cette position particulière dans la fratrie génère comme conséquences.

(D’ailleurs, pour en revenir à l’appendicite, ma crise s’était déclenchée en l’absence de mes parents, et mes soeurs aînées avaient pris les choses en main, faisant le nécessaire dans l’urgence qui s’imposait).

Ces opérations, qui se sont raréfiées me semble-t-il – aucun de nos fils n’y est passé -, cassaient l’ordinaire de nos jours et rompaient la marche de nos scolarités. Ce temps là, qui ne passait pas pareil, perdurait dans une dispense de gymnastique. Et malgré cela, phobie durable que ma cicatrice ne se rouvre.

A la clinique, pour la première fois de ma vie j’ai bu du thé, et alors que le personnel se désolait de devoir me faire partager une chambre d’adulte, quand je m’en réjouissais, fuyant comme je pouvais toute sociabilité enfantine, je nouais là une relation prolongée avec cette jeune femme dont il avait fallu interrompre une grossesse extra-utérine. Tous mes efforts pour me représenter cette douleur échouaient contre ma frayeur à l’idée qu’un enfant puisse ainsi prétendre pousser à l’extérieur de soi. Contre soi.

De nos ventres, de ce qu’il fallait parfois en extirper, de l’ordre social qui régnait autour de ces interventions, de ce qui pouvait s’en dire, de ce qui devait s’en taire : autant de leçons de vie accélérées.

Pour en revenir à Gabrielle Roy, que je continuerai à lire en allant chercher ses romans, (le libraire du Québec n’a pas fini de me voir), cette premier lecture me laisse – au-delà de tellement de reconnaissances -, grande ouverte une fenêtre avec vue sur le Manitoba. Je n’avais, jusqu’à la lire, pas la moindre idée de ce à quoi pouvait bien ressembler le Manitoba, de ce qu’on pouvait éprouver à vivre là-bas. Je mesure maintenant à quel point cela manquait dans mon paysage.

Montparnasse Monde 47

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Ecrivant la gare en long, en large et en traverses, je suis bien obligée d’admettre que celle-ci n’est pas symétrique, quoiqu’elle en donne au premier abord l’impression. D’un côté (arrivées) un seul angle, sensiblement droit, avec le boulevard de Vaugirard, mais de l’autre (départs) deux angles obtus – me semble-t-il – successifs, avec l’avenue du Maine puis celle du Commandant Mouchotte. Je géométrise les lieux ce glacial dimanche, dernier jour de janvier, retour de Naples via Roissy et les cars d’Air France. Stationnement le long de l’immeuble à si longue façade. Des hommes aux gilets fluo surgissent qui ouvrent la panse des cars et la vident à peine qu’ils s’immobilisent. Il me faudrait un rapporteur pour en avoir le coeur net et mesurer les angles de la gare – mais pas le petit rapporteur en plastique transparent qui rentrait dans la trousse, au moins le grand jaune en bois accroché comme l’équerre à un coin du tableau. Nantie en plus d’une chaîne d’arpenteur, et de quelqu’un qui m’aide en voulant bien tenir sa deuxième extrêmité, je pourrais aussi tenter de calculer la surface du Montparnasse monde, en oubliant pour un temps ses extensions. En attendant de disposer du matériel et du renfort humain nécessaire, la seule rapporteuse de la gare, c’est moi.

Tous ces matins, comme j’attrape mon train de banlieue au vol, par la dernière porte du dernier wagon, arrivée à Paris-Montparnasse je sors de la gare côté Pasteur, comme au temps de la pièce 2071 au dessus des voies*, et poursuis ma route au moyen du bus 91 pris à son terminus. Je constate au passage que l’environnement de l’Allée de la 2e Division Blindée (qui, je le rappelle, joint le jardin Atlantique à la place des Cinq Martyrs du Lycée Buffon) a bien changé. La chaîne TV d’info en continu qui la borde d’un côté et son vis à vis l’éditeur ont personnalisé leurs façades-verrières au moyen d’autocollants grand format. Figurant le dos de livres sur des étagères dans le cas de l’éditeur, ce qui est tout sauf original. Mais surtout, les attaches vélos/scooters/motocyclettes des gens de la comm’ ont fini par évincer la double haie de campements de misères, brics et brocs, autrefois collée aux deux façades. Je me demande ce qu’il est advenu du jeune homme qui vivait là, sa tente entourée de vieux mobilier de bureau, et recevait chaque après-midi la visite d’une très jeune femme qui venait avec un bébé dans un landau. Sa compagne et son enfant j’imagine, profitant des heures de sorties autorisées par le règlement de leur foyer. Le couple assis côte à côte, sur deux chaises désarticulées de bureaux, parlait dans une langue que je n’identifiais pas, en fumant ; souvent le bébé, dans les bras de sa mère, tétait pendant ce temps là. Dans le Montparnasse monde, pour certains, la vie n’est pas rose layette.

* Voir Montparnasse Monde 7

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Chez mélico, récapitulons : 2. des villes

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Dans la rubrique création contemporaine du site mélico (qui veut dire Mémoire de la librairie contemporaine), mise en ligne de la suite de mes Notes de voyages avec livre.

Cette fois, après les départs du mois dernier, on arrive dans les villes. Comment en aborder 36 avec un livre (toujours le même) dont on vient parler dans son sac, quand on n’est pas franchement une globe-trotteuse … (et puisque ça m’y fait penser : les Les globe-trotters du dimanche soir sur la première chaîne quand la télé est arrivée chez nous – voir Atelier 62 p. 81 de l’édition de poche pour en savoir plus sur l’arrivée de la télé chez nous et sur quoi on la pose – j’en garde un bon souvenir, lointain, mais bon – le charme des acteurs ?)

Merci à toute l’équipe mélico pour l’accueil et je me réjouis de voisiner là bas avec Anne Savelli et ses Oloé.

Philippe Annocque est Seul à voir (je sais bien de quoi il retourne)

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Premier vendredi du mois : carte blanche à Philippe Annocque (qui, à charge de revanche, m’accueille dans ses Hublots) – c’est dans le cadre des vases communicants entre blogs et je suis très fière que l’auteur de Liquide, pour sa première participation aux opérations, s’aventure sur mes terres…

Moi aussi, l’Histoire, ça me connaît.

Encore une fois, c’est la guerre. Je viens d’être appelé. (Est-ce moi qu’ils ont appelé ? Vous n’apercevez qu’une sorte de lycéen un peu gauche. Vous avez même l’impression que je n’ai pas terminé ma croissance.)

Je viens d’être appelé, comme tout le monde. Ne me plaignez pas : je ne suis pas contre.

Je sais pourtant bien de quoi il retourne. Tous ici, tous autant que nous sommes, nous le savons parfaitement. Sans doute, comme vous, l’avons-nous appris dans les livres. Cette guerre en effet est la première : la Première Guerre mondiale, qui vient juste d’être déclarée. Nous savons donc bien comment ça finira, comment ça aura du mal à finir, comment ça n’en finira jamais.

Dans mes mains, je retourne ma convocation. C’est un petit papier cartonné rectangulaire et allongé, horizontal. Sans doute sa couleur blanc cassé est-elle censée marquer l’époque ancienne.

J’ai paraît-il la possibilité de ne pas y aller (peut-être même est-ce écrit directement sur ma convocation), de ne pas la faire, cette guerre. Peut-être puis-je, au lieu de la guerre, être affecté à une autre tâche, pourquoi pas journalistique. Une dame un peu sotte, qui me veut du bien, a tout prévu pour moi. Mais moi, vous me comprendrez sans peine, je ne veux pas d’un tel privilège ; je veux faire comme les autres.

Mon père est préoccupé. Le voici qui vient me voir, en moto, et me demande des nouvelles. Il n’est pas bien à l’aise, sur cette machine ; cela se voit tout de suite : il roule trop lentement, il zigzague.

Et voilà que je l’ai perdue, ma convocation ! Impossible de mettre la main dessus ! C’est tout de même bien ennuyeux. Je ne sais plus où je dois me rendre, ni quand. Cela a-t-il un rapport avec cette promenade en voiture, lors de laquelle M au volant quitte la route, roule sur un terrain herbeux et inégal, escalade d’abrupts monticules sous prétexte de prendre des raccourcis ?

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Naples, aperçu images et son

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Je ne connaissais pas Naples avant d’y être invitée la semaine dernière à parler de l’éducation musicale des filles au XVIIIe siècle au Congresso della Società Italiana delle Storiche, dans une session particulièrement sympathique et féconde, mêlant musiciennes, musicologues et historiennes, organisée par Caroline Giron-Panel.

Sortie  de nos travaux académiques abrités par l’università degli Studi di Napoli Federico II j’ai aimé me mêler au grand fouillis bruyant de la ville, bien plus étendue que je ne l’imaginais et régulièrement arrosée d’averses drues dont les premières gouttes faisaient aussitôt surgir sur tous les trottoirs leur nuée de vendeurs de parapluies.

Loger à la foresteria du Centre Jean Bérard, on ne saurait plus au coeur de la vieille ville, vico S. Maria Ad Agnone, débouchant dans la via dei Tribunali, c’était éprouver la ville dans toutes ses géométries improbables. Ville à fascination agissante aussi irrésistible sur moi que celle de Venise.

Une introduction fortuite, mais évidente à sa façon, à la rencontre de l’oeuvre de William Kentridge Streets of the city, mêlant “tapisseries cartographiques”, collages et bronzes, dans son exposition au Musée de Capodimonte quand je me fixais sur ces hauteurs un rendez-vous plutôt caravagesque.

Redescendant du musée par le bus R4 sous la pluie battante et dans l’embouteillage du samedi après-midi via Toledo, à hauteur de la Piazza Dante, j’ai activé l’enregistreur du iphone et saisi quelques voix (et klaxons et tambourinement des gouttes) de Naples.

Naples.m4a

Et quittant dimanche matin la foresteria pour rejoindre l’aéroport, j’ai compris découvrant ce squelette à ma porte, la cause de la gigantesque pétarade, amplifiée par l’étroitesse du vico, entendue tard la veille au soir et dont j’avais préféré ne pas m’aventurer au dehors pour en identifier l’origine…

Merci à PCH qui m’a envoyé le lien vers le Naples d’Ernest Pignon Ernest.

Montparnasse Monde 46

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Subrepticement, par endroit, le sol des quais se dérobe. Que l’on y marche seul l’esprit occupé de tout ce qu’il y aurait à écrire, à montrer, de cette gare, si le temps ne pressait pas tant, ou bien à deux, emportés par l’élan de la conversation, et l’on aurait tôt fait d’être entraîné par la pente insensible. Plan incliné qui incline à le suivre. Au risque de s’abstraire, par enfouissement progressif, du flux des voyageurs attentifs à atteindre au plus vite une issue praticable, continuant leur marche à niveau constant, yeux et cerveaux aimantés par l’acier des escalators. Flux cumulant par ondulations successives les vagues de voyageurs libérées porte après porte en une mécanique parfaite  - (couches de laves coulant ensemble superposées sans se recouvrir tout à fait à flanc de volcan). La pente trompe son monde : douce mais inflexible à l’extrême. Le distrait et les bavards briseront leur élan contre une entrée interdite au public, encore que dénuée de toute matérialité, juste signifiée par un panneau rond à silhouette de piéton barrée d’un trait rouge et tout le monde comprend ; souffles retenus, pas suspendus. La séparation d’avec le Montparnasse monde souterrain, ses mystères et ses affres, a beau ne s’encombrer d’aucune barrière physique, qu’Euridyce s’y égare et Orphée ne la retrouvera jamais.

Scène de gare. Sa petite valise à roulettes noire reste dressée, sans surveillance, devant le Relay face à la voie 12, le temps d’aller chercher un quotidien sportif et une barre chocolatée crantée en triangles, ce qui devrait, théoriquement, ne pas être bien long ; d’ailleurs l’insouciant file décidé, monnaies en main. Mais des deux caisses ouvertes, chacune trois, quatre clients en attente, il a choisi la plus lente. Devant lui, traînaille un paiement de livre tout venant par carte bleue d’abord muette – sa propriétaire, je l’avais entendue dire à la copine à qui elle confiait sac m’as-tu-vu et laisse terminée par une bestiole antipathique assortie : “attends je vais me chercher une connerie à lire dans le train” et j’avais pensé qu’elle n’aurait que l’embarras du choix -, suit la réclamation véhémente d’un sac concédé, de mauvaise grâce, à une hypocondriaque qui veut y ranger ses deux magazines santé, ses pastilles vichy et son flacon de gel mains antibactériens, et passe encore avant lui une excentrique brouillée avec sa droite et sa gauche, en quête du dernier numéro, un peu caché, de La quinzaine littéraire vers lequel l’homme du Relay, de sa caisse, la téléguide laborieusement. L’achat de son quotidien sportif et de son encas s’éternisant, reste à savoir si la voix féminine exaspérée de la gare aura la patience d’attendre le retour du propriétaire de la petite valise à roulettes noire laissée sans surveillance devant le Relay face à la voie 12.

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Des centrales, en littérature et en photographie

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L’employée aux écritures voit des centrales nucléaires partout.

D’abord il y a La centrale, celle d’Elisabeth Filhol (chez P.O.L.), à lire pour se glisser dans leurs enceintes interdites avec les équipes itinérantes de travailleurs intérimaires qui interviennent pour la maintenance des réacteurs pendant les arrêts de production. Bossent jusqu’à avoir leur dose. S’arrêtent. Roulent et vont s’embaucher dans une autre. 19 centrales, 19 stations possibles, distances à la ville toujours maintenues. Des hommes qui partagent voitures pour les trajets et caravanes fixes sur des campings pour se loger, comme rouler, plus économiquement, sinon à quoi bon ? Dans le roman d’Elisabeth Filhol il y a les centrales, le travail, les hommes, et tout est également important et justement posé et exposé par l’écriture.

Et puis il y a les centrales dans les paysages, photographiées par Jürgen Nefzger, qu’on a pu voir sur Arte dans le dernier numéro de Metropolis. La série s’appelle Fluffy Clouds, et est exposée à Toulouse au  Château d’eau jusqu’au 7 février. Quand on vient de lire celle d’Elisabeth Filhol, on réagit forcément à ces images étonnantes, grand angle, souvent avec personnages comme si de rien n’était – l’étonnant pêcheur à la ligne au repos dans son transat !. Seulement quoi qu’il se passe au premier plan, à l’arrière toujours des tours et des fumées. Une constante photographique (on pense, parce qu’on l’aime, mais c’est très différent comme regard, au beau travail des Becher, bien sûr).

Enfin qui dit constance + centrale, appelle Philippe de Jonckheere qui note semaine après semaine, en allant au travail en train de Paris à Clermont-Ferrand, ses pensées au moment où son téoz passe au droit de la centrale de Neuvy-sur-Loire qu’il prend alors systématiquement en photo, sauf incident qui l’en détourne, comme trop de fatigue parfois. C’est à lire (avec milles autre choses graves, tendres, et parfois colères) dans le bloc-notes de son Désordre. Mais pour en rattraper 424 pages d’un coup, si on ne le suit pas, c’est plus pratique de passer par publie.net – parce que son Désordre, on s’y perd et tant mieux, c’est fait pour.

Et quand on est fidèle au bloc-notes et qu’on se retrouve dans un TGV qui longe au loin une centrale, c’est plus fort que soi…

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“Notes de voyages avec livre” 1ère livraison chez mélico

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De janvier à juin 2010, chaque mois, vers le 10, je posterai une de mes Notes de voyages avec livre chez mélico (un acronyme qui veut dire mémoire de la librairie contemporaine), rubrique “Création contemporaine“, où je serai accueillie ainsi en résidence virtuelle, au côté d’Anne Savelli qui, elle, continue à poster ses Oloé.

J’avais carte banche, le tout étant qu’il soit, d’une façon ou d’une autre, question dans mes textes de livres, ou de lectures, ou de lecteurs, ou de bibliothèques, ou de libraires… J’ai mélangé le tout et choisi de revenir sur tous ces déplacements pour des rencontres autour de mon livre Atelier 62 sorti en librairie il y a pile deux ans aujourd’hui, et ma manière de les vivre. Ces rencontres que j’annonçais sur mon site, quand elles étaient tout public, et sur lesquelles je revenais parfois sur le blog.

Je ne m’attendais pas du tout à toutes ces invitations : quand un manuscrit essuie 18 refus avant de trouver son éditeur, on n’imagine pas que le livre rencontrera autant d’écho… J’ai vécu tous ces voyages avec beaucoup d’émotion, tant par leur étrangeté à l’aune de ma routine casanière, que par la chaleur des réceptions qui nous étaient faites, au livre, à ceux dans le livre, et à moi.

A lire chez mélico aujourd’hui la première de ces Notes de voyages avec livre : “Des départs“.

Bon voyage ! (et un grand merci à l’équipe mélico pour la mise en forme soignée de mes textes et photos)

Montparnasse Monde 45

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Parfois dans la gare les règles du jeu changent et c’est à chacun de s’en apercevoir et d’en tirer les conséquences pour ce qui le concerne. Ainsi de la soudaine matérialisation sur le sol du quai desservant les voies 10 et 11 (la voie 10 se caractérisant par une certaine polyvalence*) d’un espace que nul ne peut plus ignorer constituer la RESERVE TONNES A EAU TRANSILIENS / TER CENTRE – même lorsque aucune tonne n’y stationne. Comme ce 1er janvier 2010 en soirée (de ma banlieue morte m’attire jusqu’à Montparnasse la recherche d’un kiosque ouvert) quand me saute aux yeux l’inscription sur fond de hachures encore vierge de tout piétinement et contrastée au mieux de la palette disponible chez le sous-traitant en charge des peintures de signalétique de service. Ils sont partis du principe que ceux des Transiliens et ceux de la région Centre arriveraient à faire bon ménage sur ce bout de quai, repoussé loin au niveau des voitures de têtes, pour y stocker leurs bidons. Pour l’heure, ce jour férié ouvrant l’année, les réserves sont à sec, mais encore peu familiers du marquage, avons nous le droit d’y poser pied ? Le sol de la gare un peu comme une marelle, son enfer, son ciel.

Souvenir de gare. C’est un samedi en début d’après-midi, dans la foule qui descend de ces trains tellement pleins amenant les banlieusards faire leurs courses, ou faire semblant de, on n’en sait trop rien, ils ne repartent jamais tous ensemble comme ils arrivent à 14 heures et on ne peut donc juger de la somme des paquets qu’ils transportent dans l’autre sens. J’essaie de me faufiler, d’échapper à la lenteur qui naît du nombre et suis arrêtée par les pas d’un homme qui titube, un enfant lui tenant la main de chaque côté, bras un peu décollés du corps, une fille et un garçon, 8 à 10 ans peut-être, graves mais sereins. Le caractère erratique de leur marche dessine une clairière autour d’eux dans la foule. A leur approche, on ralentit, on s’écarte, on regarde les deux enfants, visiblement habitués à stabiliser l’homme – sans aucun doute leur père. J’ai déjà entendu parler de cette maladie qui donne à la marche tous les signes de celle propre aux états d’ivresse ; je pense que l’homme en est atteint, que le calme des enfants ne saurait s’expliquer autrement. Mais personne n’ose les interroger. Persistance de l’image du trio chancelant, dans cette sorte de halo de jour trouant la foule sombre, sûre d’elle.

* Voir Montparnasse Monde 23

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