L'employée aux écritures

le blog de Martine Sonnet – ISSN : 2267-8735

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Pierre Bergounioux, Carnet de notes 2001-2010, lecture in progress

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Posted by ms on 23 janvier 2012 at 10:43

Le point, une semaine plus tard : parvenue au mercredi 31 décembre 2008, p. 947. Lu donc cinq années et demie cette semaine, coeur du livre et année décisives pour l’histoire du livre lui-même puisque c’est en décembre 2003 que Pierre Bergounioux se lance dans la reprise et dactylographie (dit-il : entendre saisie sur ordinateur) des notes jetées quotidiennement sur des cahiers dont il mesure qu’ils lui tiennent en moyenne neuf mois. Cahiers parfois vert, parfois rouge.

Donc Pierre Bergounioux, en même temps qu’il continue de coucher au stylo sur papier son quotidien du jour fait réafleurer dans son écriture, par ses heures de dactylographie, celui d’avant, le réévoque, le commente et nous replonge, nous adeptes de la première heure de ses Carnets, dans notre mémoire de leur lecture en même temps qu’il mobilise nos souvenirs des décennies charnières XXe-XXIe siècles. Curieux effet, en double et triple hélices (comme celles que l’auteur sculpte) des temps écrits, lus et vécus. Léger vertige pour nous, douloureux vertiges pour l’écrivain, et course contre la montre : que tous ces temps se rattrapent en heure et en temps, lui vivant – il se sent tellement vieux dans sa cinquantaine.

Récurrences infaillibles année après année : l’éclosion de la première jonquille à Gif, toujours vers le 20 janvier, la visite familiale à la foire de Paris autour du premier mai, la promenade du soir pour le parfum des tilleuls en juin, la bourse aux minéraux du PLM Saint-Jacques un dimanche en décembre. En tous temps le suivi de l’activité des salles de ventes de Versailles et Rambouillet et des arrivages en librairie – mais celle des PUF place de la Sorbonne ferme. Pour s’en tenir aux mois de vie urbaine. D’autres récurrences, tout aussi infaillibles, rythment les séjours corréziens.

Ce qui change radicalement dans le coeur du livre, c’est la vie de Pierre Bergounioux en enseignant : il quitte fin 2006 les classes de collège de l’Essonne pour les amphis de l’Ecole des Beaux-Arts, rue Bonaparte à Paris, où il vient enseigner la littérature. Respiration professionnelle nouvelle, mais bataille sévère contre les RER, et finalement acquisition en juin 2008 d’un téléphone portable, le plus simple possible : en cas d’ennui, je pourrai prévenir. Les cabines sont devenues choses rares et les ennuis ne manquent pas.

Signalons aussi, ces années-là,  l’usage devenu indispensable de l’appareil photo numérique pour compléter la prise des notes quotidiennes, la mise au rebut du minitel au profit d’une connexion internet maison, mais pas immédiatement l’ADSL puisque le téléphone n’est plus disponible quand on se connecte.

Pour en rester aux évolutions significatives, signalons encore la fin de la Renault 21 et le changement de marque du véhicule qui lui succède. D’ailleurs, par deux fois Pierre Bergounioux, longeant l’île Seguin constate les progrès de la démolition de l’usine, en septembre 2004 se rendant à la maison de la radio répondre aux question d’Alain Veinstein, puis le dimanche 5 août 2007. Cette fois c’est fini : les usines Renault, sur l’île Seguin, ont été rasées. Ne subsiste que le portail d’entrée, auquel fait pendant celui, en brique, à gauche, qui donne sur la chaussée. Quelque chose a pris fin, à n’en pas douter.

En novembre 2008 ce sont les forges de Syam, où il avait séjouné en 2002 et à propos desquelles il avait écrit, qui ferment à leur tour.

De la vie de famille sous toutes ses coutures (et lessives !), de l’amour et du souci des proches, je ne m’autorise pas à parler, sauf pour dire que je donnerais bien tout Jean-Claude Kaufmann et tout François de Singly pour les 30 années du Carnet de notes de Pierre Bergounioux.

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8 Comments

  • On 23 janvier 2012 at 12:32 brigetoun said

    je me suis dit : merci à elle – je vais me dédommager de ne pas l’acheter (trop de lectures en cours, plus envie de relire, pas assez de place, fonds en cours de reconstitution pour le festival), résultat : l’envie est plus grande encore – mais merci tout de même

  • On 23 janvier 2012 at 12:35 Florence Trocmé, Poezibao said

    je vous suis Martine, mais plus lentement que vous, n’en suis qu’au 13 septembre 2009 mais comme le dit PB lors de sa “disponibilité”, pas trop envie que ça aille trop vite… Jours dominés par cette lecture qui en dépit de son indéniable aura mélancolique est extraordinairement stimulante.

  • On 24 janvier 2012 at 3:59 Jean M said

    Merci. Prise de notes avec photos. Je vais le lire même si je n’ai pas le temps. On n’a jamais le temps de toute façon.

  • On 25 janvier 2012 at 9:42 jérôme W said

    Donne vraiment envie. Un jour où j’aurais plus de temps. Cela me fait penser à un livre marquant dans la même idée : Le Journal de Andreï Tarkovski entre 1970-1986 : http://www.cahiersducinema.com/Journal-1970-1986.html, lecture stimulante et mélancolique.

    Le marque page m’interpelle et donne envie d’ouvrir le livre pour découvrir la suite de l’image.

  • On 26 janvier 2012 at 9:11 Dominique Hasselmann said

    Belle idée, beau chemin que cette lecture en cours, tranquille et parallèle au fleuve d’origine qui le redouble ou se laisse porter par lui.

    La double lecture est un concept mirobolant.

  • On 31 janvier 2012 at 16:10 David Farreny said

    Au chapitre des récurrences de tome en tome, celle-ci :

    « En arrivant au collège, vers sept heures et demie, j’ai entendu chanter un merle, un brave, un impatient qui jetait son éclatante fioriture dans l’obscurité désastreuse, encore, de février. » (lundi 6 février 1984)

    « Hier soir, alors que je fermais les volets du bureau, j’ai surpris la fioriture éclatante, comme dorée, qu’un merle esquissait dans la désastreuse grisaille de janvier. Il l’a ravalée sans l’avoir bouclée, comme si elle lui avait échappé, qu’il se soit avisé que l’heure n’était pas venue, encore. » (samedi 4 janvier 2003)

  • On 9 février 2012 at 17:38 Christine Lemaire said

    J’avais noté aussi les fioritures du merle (un merle de vingt ans? combien de merles entre les deux dans le jardin de Gif?), comparé le surgissement des jonquilles – sans en faire le rigoureux historique mené par vous, Martine Sonnet qui pour un peu porteriez nom d’oiseau, mais vous êtes trop avisée-, décompté avec effroi, mentalement, les lessives lancées (et le temps qui se prête ou non et jusqu’au bout ou non au séchage en plein air, vent de l’Essonne ou de Corrèze),…, les trains, les RER, bus ou métros attrapés,en grève ou retardés, les avions gagnés de justesse; les élèves du lundi, les collègues aux copies; été tentée de faire le décourageant relevé bibliographique raisonné; mais d’abord, comme Florence Trocmé, je fais durer : je musarde en 2006, que seront les soirées quand je serai au bout? Avez-vous lu le texte de Pierre Campion, autre aficionado des Carnets? Dites donc, chère “Employée aux écritures”, c’est l’alerte Bergounioux qui m’a fait pousser votre porte, à mettre au crédit dudit Pierre B. Que de bienfaits!

  • On 9 février 2012 at 18:15 ms said

    Merci à vous pour la visite ! et le calendrier des jonquilles est ici.

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