L'employée aux écritures

le blog de Martine Sonnet – ISSN : 2267-8735

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"Le problème de la nuit reste entier. Comment la traverser, chaque fois la traverser tout entière ?" Henri Michaux

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Autobio-bibliothéco-graphie : suite (10 de plus)

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Parfois le blog sert de vide-poche : on y entrepose des choses pour savoir où les retrouver quand on en aura besoin. C’est le cas de ce billet. Pour servir de suite à ma vie racontée par ses bibliothèques commencée sur le site internet que je ne mets plus à jour (et que j’effacerai une fois transféré ailleurs ce à quoi je tiens), je récapitule ici que j’ai franchi ces dernières années pour la première fois, comme lectrice*, les seuils :

de la Elmer Holmes Bobst Library, alors que j’étais accueillie en octobre 2012 par l’Institut Remarque à NYU ;

de la Bibliothèque de l’Ecole de santé des armées, dans les bâtiments abbatiaux du Val-de-Grâce,

de la Bibliothèque de recherche générale du Muséum national d’histoire naturelle,

de la Bibliothèque de botanique du Muséum national d’histoire naturelle,

de la Bibliothèque de la Faculté de pharmacie,

de la Bibliothèque de l’Observatoire de Paris (ces cinq-là toutes en 2013 et à ma porte) ;

de la Bibliothèque de la Cité de l’architecture et du patrimoine,

et de la Bibliothèque de la Terra Foundation for American Art en 2014 ;

de la New York Public Library, Stephen A. Schwarzman Building, lors d’un séjour de loisir en avril 2016 ; bibliothèque aux lions emblématiques si bien filmée par Frederick Wiseman dans son récent Ex libris.

et pas plus tard qu’hier de la BULAC (Bibliothèque universitaire des langues et civilisations) où je me suis trouvée fort bien accueillie.

Ce qui en fait dix de plus. Autant dire des cartes ajoutées à mon jeu et des comptes nouveaux avec tout ce qu’il convient de retenir d’identifiants et des mots de passe.

Mes séances de travail dans toutes ces bibliothèques relevaient soit de mon travail CNRS en cours sur les allocataires de la Caisse nationale des sciences dans les années 1930 (d’où l’Observatoire – magnifique -, le Muséum ou la Faculté de pharmacie), soit d’un projet plus personnel dont il serait toujours temps de parler s’il prenait tournure (d’où la Cité de l’architecture, la Terra Foundation ou la NYPL) .

Pour être exhaustive, j’ajouterai la fréquentation de bibliothèques publiques de la ville de Paris, assez assidue depuis avril 2013 que j’y habite. Par ordre d’éloignement croissant de mon domicile, j’ai emprunté des livres aux bibliothèques Rainer Maria Rilke, Mouffetard, Raspail, Buffon et Sagan.

(*) Comme lectrice seulement, c’est à dire que je ne répertorie pas ici celles dans lesquelles j’ai été invitée à venir parler de mes écrits.

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jan 24, 2018

Je me souviens de P.O.L.

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Je me souviens qu’en avril 1978 j’avais acheté Je me souviens de Georges Perec – sous titre : Les choses communes I – dans la “collection dirigée par Paul Otchakovsky-Laurens” d’Hachette littérature. Achevé d’imprimé en date du 2 janvier 1978 : 40 ans tout rond. Triplement (au moins) fascinée par le principe du livre, son index et les pages blanches offertes en fin de volume à nos propres Je me souviens. En septembre 1978 (je datais à l’époque mes achats en haut de page de garde) j’achetais La vie mode d’emploi – sous titre : Romans – du même auteur dans la même collection aux bons soins du même directeur. C’est comme cela que le nom de Paul Otchakovsky-Laurens m’est devenu familier, avant qu’il ne s’abrège en P.O.L. sur la couverture même des livres qu’il éditait et qui n’en finiraient plus de faire mes bonheurs de lecture.

En ces premiers jours de janvier alors que, comme tant de lectrices et lecteurs fidèles à ses trois initiales, sa disparition m’attriste, je me souviens aussi qu’en 2007 Paul Otchakovsky-Laurens faisait partie des dix-neuf éditeurs à qui j’envoyais par la poste le manuscrit de mon Atelier 62. Le livre accepté à l’été 2007 par Le temps qu’il fait qui le publierait en janvier 2008 – juste 10 ans – je récupérais les quelques exemplaires du manuscrit demeurés en lecture. J’étais ainsi passée chez P.O.L. où la personne très aimable de l’accueil qui était allée le chercher dans un bureau (son bureau ?) était revenue me le tendre en me disant : “c’est dommage, il avait passé la première sélection, il était en relecture”. Mais je manquais alors de patience pour ce texte trop longtemps étouffé.

Et je constate aujourd’hui, repensant à tout cela, que des dix-neuf éditeurs qui avaient reçu le manuscrit, Paul Otchakovsky-Laurens est le cinquième que nous perdons puisque je l’avais aussi adressé à J.B.Pontalis, à Maurice Nadeau, à Jean-Marc Roberts et à Gérard Bobillier qui l’avaient refusé.

Mais pas P.O.L. ou, du moins, pas d’emblée : qui saura jamais ?

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jan 6, 2018

Mes vacances avec les Rougon-Macquart : clap de fin

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Cinq ans maintenant que chaque période de vacances, quelle qu’en soit la durée, la saison et la latitude (ce dernier paramètre variant nettement moins que les deux autres) m’était occasion d’avancer dans une intégrale Rougon-Macquart que les présents congés de Noël m’ont vue achever avant-hier. En matière de lecture des oeuvres d’Emile Zola, les cinq décennies précédentes ne m’avaient fait ouvrir, sur injonction scolaire, que trois romans : Au bonheur des dames, La Bête humaine et L’Assommoir. Je m’en étais contentée au double sens du terme : passant de bons moments à ces lectures je n’en avais pas, pour autant, cherché à éclairer les tenants et les aboutissants de “l’histoire naturelle et sociale d’une famille sous le Second Empire” en reliant ces volumes aux autres de la série. Même si je m’étais bien un temps demandé ce qu’il adviendrait de la fille de Gervaise.

Je suis revenue à Zola en 2010, d’abord par la relecture de L’Assommoir quand j’écrivais mes Repasseuses pour France Culture (bon souvenir que ces commandes pour les Passagers de la nuit de Thomas Baumgartner) juxtaposée à la lecture des passionnants Carnets d’enquêtes de Zola présentés par Henri Mitterand dans la collection “Terre humaine”. Si je collectais bien dans le roman comme dans son substrat documentaire ce que j’y cherchais à propos des blanchisseuses et du repassage, je m’émerveillais par ailleurs de l’acuité du regard porté par Zola sur son Paris. M’en ouvrant à l’un de mes collègues spécialiste de l’histoire culturelle du XIXe siècle, celui-ci me conseillait de me plonger dans le Paris, dernier volume du cycle des Trois villes écrit après les Rougon-Macquart. Conquise par cette redécouverte de Zola, j’enchaînais illico avec les deux autres villes, Lourdes et Rome – en sautant toutefois dans ce dernier opus quelques descriptions un peu longuettes de vues panoramiques sur la ville éternelle.

Après quoi je m’attaquais aux Rougon-Macquart, décidée cette fois à n’en laisser échapper aucun, en intégrant systématiquement au moins un à mes bagages lectures de vacances. En repartant du début, de La Fortune des Rougon, mais ensuite au gré des approvisionnements possibles à la bibliothèque du quartier ou dans les poches d’occasion chez Gibert quand je m’en mettais en quête avant un départ pour Céaucé, Molines, Veules-les-Roses ou Leysin. Et voilà comment j’en termine en ces quelques jours de congés par La Débâcle : je répare un oubli après m’être crue arrivée au bout l’été dernier en Suisse avec Le Docteur Pascal. Si mes préférés ont été les romans parisiens (L’Argent, Pot-Bouille, Le Ventre de Paris notamment), j’ai pris plaisir à les lire tous, et si parfois l’ennui pointait (comme avec l’abbé Mouret ou le déjà nommé docteur) je forçais la marche. Au bout du compte, terriblement impressionnée par le savoir-faire de Zola !

Comme cette lecture étalée sur cinq ans a été quelque peu décousue, je m’étais fait un pense-bête généalogique Rougon-Macquart dont je vous fais volontiers profiter au cas où vous vous lanceriez dans la même intégrale. Pour ma part maintenant j’ai bien envie de jeter un oeil (au moins) sur l’étude de Frédérique Girard, Emile Zola, le déclassement et la lutte des places : les Rougon-Macquart, condensation littéraire d’un désir d’ascension sociale, et puis de voir un maximum d’adaptations cinématographiques des romans du cycle.

Quant à mes prochaines vacances, quittant Emile pour Honoré, j’irai compléter quelques autres de mes lacunes du côté du dix-neuvième siècle.

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déc 27, 2017

Lui et nous : à propos du “Carnet de notes 2011-2015″ de Pierre Bergounioux

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En février 2016 est paru aux éditions Verdier le quatrième tome du Carnet de notes de Pierre Bergounioux (j’en ai déjà parlé). Dans le n°72 de La Faute à Rousseau, juin 2016, disponible depuis quelques jours, je rends compte de ma lecture de ce bel ouvrage. Je remercie l’Association pour l’autobiographie qui publie cette revue de m’avoir proposé d’écrire à propos du travail de Pierre Bergounioux et de me permettre de reprendre mon compte rendu sur ce blog.

Au fil de quatre volumes de ses Carnets de notes, dix années de nos vies de lecteurs fidèles de Pierre Bergounioux ont absorbé trente-cinq années de la sienne, en une compression dont nous ne sortons pas indemnes. D’autant moins indemnes que des 12775 jours (et des poussières bissextiles) consignés, les 1825 derniers sont les plus sombres ainsi partagés avec lui. Les années 2011 à 2015 posent une lourde addition de douleurs et de deuils, l’âge avançant, bien sûr, puisque nous avons emboîté le pas de Pierre Bergounioux tout jeune trentenaire, prenant à bras le corps son métier de professeur de français en collège de banlieue parisienne et que le voilà, trente-cinq ans plus tard, retraité malgré lui d’une carrière bouclée in fine à l’Ecole nationale supérieure des Beaux-Arts de Paris où l’écrivain a enseigné la littérature de 2007 à 2014.

Le quatrième tome rompt avec le découpage du Carnet en tranches décennales qui a prévalu jusqu’au troisième. Une pagination de même ordre que celles des précédents, 1204 pages, ne donne à lire que cinq années[1]. Par un effet d’abîme, la décision et les modalités de cette rupture s’inscrivent dans le journal à l’occasion de divers échanges avec les éditrices. Le rythme de la « dactylographie » à l’ordinateur des notes, jetées manuscrites sur des cahiers en leur premier état, de leur envoi chez Verdier et de la correction des épreuves s’accélère (d’où quelques coquilles oubliées dont étaient exempts, me semble-t-il, les tomes précédents). La relation des jours tragiques de la fin de l’année 2015, au plan personnel « bergounien » avec la mort de la mère de l’auteur le 12 novembre et au plan collectif avec les attentats du lendemain, se vit, s’écrit, se corrige et se reçoit, chez le libraire en février 2016, en temps quasi réel.

Des années 1980 consignées sans projet éditorial ni souci du lectorat, à cette concordance acquise des temps du diariste et du lecteur, nous avons pris part à cette vie d’écrivain in progress. Dans la conscience, désormais présente, chez l’auteur de notre réception attentive – voire addictive – réside vraisemblablement la discrétion couvrant depuis 2009 les faits et gestes de certains proches soustraits à la relation du quotidien familial. Là n’est pas la moindre ambiguïté de l’entreprise, voulant garder trace de ce qui aura fait ses jours et son monde, Pierre Bergounioux entraîne avec lui celles et ceux de son cercle intime ainsi qu’une foule de connaissances, liées à ses jours originels corréziens ou au monde lettré parisien qu’il a rallié, que nous nous sommes appropriés. Mais ici comme là les rangs se clairsèment : « le monde que j’ai habité, s’absente » note-t-il apprenant la mort de François Maspero (mardi 14 avril 2015).

Géographiquement, la vie bergounienne garde entre 2011 et 2015 sa même bipolarité, partagée entre la Corrèze et la région parisienne, générant des allées et venues de l’une à l’autre, villégiatures rituelles d’avril et de juillet ou, de plus en plus fréquents hélas, départs dans l’urgence pour cause de problème familial. La Corrèze c’est Brive, la ville de l’enfance de l’auteur, où demeure encore en 2011 sa mère qui la quitte en 2012 pour une maison de retraite médicalisée proche du domicile de Pierre, son fils aîné, et les Bordes, lieu-dit de la commune de Davignac, maison de famille de son épouse où l’écrivain s’adonne  à ses activités de « sculpteur-ferrailleur ». La région parisienne c’est toujours Gif-sur-Yvette, où la maison que nous avons vue se construire en 1989-1990 a désormais besoin de travaux de réfection (on refait la terrasse, on change les fenêtres, on isole les combles, on change le ballon d’eau chaude), et Paris intra muros où appellent les cours aux Beaux-Arts et une infinité d’invitations littéraires et amicales. Entre les deux, des routes et leurs embarras (bouchons sur la N 306, la N118 ou l’A6) et le RER B, ses récurrents incidents d’exploitation ou « graves de voyageurs » qui ruinent tout emploi du temps, sans parler des voisins subis dans l’entassement des heures de pointe, ni des courants d’air sur les quais. Omniprésente et constante, mais encore plus prégnante dans les transports publics, l’angoisse éprouvée par Pierre Bergounioux à l’idée d’y être victime d’un malaise cardiaque ou lié à son hypertension, voire d’y finir ses jours, seul, sans prendre congé de sa chère Cathy.

D’octobre 2012 à novembre 2015 s’ajoute aux itinéraires habituels le passage quotidien à l’EHPAD de Saint-Rémy-lès-Chevreuse pour une visite à « Mam » et si le temps le permet une promenade dans le morne quartier pavillonnaire ; fauteuil roulant poussé par un fils désespéré par l’aphasie et la dépendance maternelles comme par le spectacle de la triste compagnie assemblée dans l’institution. Cette scansion journalière se superpose à la multitude de celles, hebdomadaires (provision de pain du dimanche matin), mensuelles (écumage de la brocante sur le parking du supermarché), semestrielles (rentrer et sortir les plantes fragiles en début et fin de saison), annuelles (se vacciner contre la grippe) etc. qui émaillent le Carnet, règlent la vie bergounienne comme du papier à musique. Les obligations d’ordre médical y surajoutent désormais leur propre rythme : analyses de contrôles, consultations des spécialistes, renouvellement des traitements à la pharmacie.

Au milieu de tout cela, la vie de famille et le travail. Les cours, les jurys d’admission et d’examens aux Beaux-arts, la lecture, la relecture et l’extraction des lectures, l’écriture. Ces années-là beaucoup de commandes, pré- et postfaces, contributions à catalogues et livres d’artistes ; également un important travail avec des cinéastes documentaristes, des conférences, des interviews et des interventions de colloques à répétition. Dans le labeur d’écriture, de poignants moments de découragement, liés au sentiment « d’épuisement du sujet » ; découragement qui atteint aussi parfois le sculpteur glaneur des rebuts de métal dans les casses de Corrèze, constatant qu‘il « sollicite la ferraille depuis trente ans et n’escompte plus de révélations » (dimanche 26 avril 2015).

Une sombre tonalité donc pour ces cinq années mais une fascination intacte du lecteur assidu depuis le premier Carnet de notes. Cet homme hors du commun qui a voué, à dix-sept ans, sa vie à l’étude, nous ressemble et qu’importe si les choses ne seront jamais égales par ailleurs. Dans le miroir tendu de ses jours ordinaires et de leurs accidents de parcours (y compris les plus triviaux comme ses démêlés électro-ménagers), nous nous reconnaissons et nous attendons, impatients déjà, la suite de cette somme autobiographique qui année après année se fait de plus en plus œuvre unique en son genre.


[1] Interrogé sur le doublement, de fait, du volume du Carnet lors d’une rencontre récente en librairie Pierre Bergounioux l’attribuait principalement à sa disponibilité plus grande du fait d’occupations professionnelles moins prégnantes.

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Continuer votre lecture sur ce blog par quelques autres articles dans lesquels il est question de Pierre Bergounioux :

Jonquilles primeures à Gif-sur-Yvette : suite des Carnets de Pierre Bergounioux

“Vies métalliques”, rencontres avec Pierre Bergounioux

Enfin visibles à Paris : des ferrailles de Pierre Bergounioux

Mots de la fin (provisoire) du Carnet de notes 2001-2010 de Pierre Bergounioux

Pierre Bergounioux, Carnet de notes 2001-2010, lecture in progress

Lecture en cours : Pierre Bergounioux, Carnet de notes 2001-2010

“Un concert baroque de soupapes”, Pierre Bergounioux sculpteur

Dans Les moments littéraires, Bergounioux

Histoire, littérature, sciences sociales – et Bergounioux

D’une page 48 de Bergounioux, et tout son monde est là

Couleurs Bergounioux (au couteau)

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juin 23, 2016

Jonquilles primeures à Gif-Sur-Yvette : suite des Carnets de Pierre Bergounioux

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Je repique ci-dessous, d’un précédent billet, la scrupuleuse consignation des dates de floraison des premières jonquilles sur le talus de Gif-sur-Yvette servant en la matière de butte témoin, issues des trois premiers tomes (1980-2010) du Carnet de notes de Pierre Bergounioux. Et je les complète au fil de ma lecture du quatrième, 2011-2015, qui vient de paraître toujours sous la belle couverture jaune des éditions Verdier. Cinq années qui nous donnent beaucoup à lire puisque le livre (1203 pages paginées) est aussi épais que chacun des carnets décennaux qui l’ont précédé : il va de soi que je ne m’en plaindrai pas.

2016. Comme celles de 2012 apparues dès 2011, les jonquilles 2016 prennent de l’avance, beaucoup d’avance. Des jonquilles qui mettent un peu de couleur dans la plus sombre des fins d’année. C’est Gabriel, en visite, qui le premier s’en aperçoit :

Dimanche 6 décembre 2015. C’est lui qui a attiré notre attention, au retour de la promenade, sur les premières jonquilles, trois, dont deux sont écloses, l’autre bien près de le faire, sur le talus. Les éclosions continuent : Mercredi 9 décembre 2015. Trois jonquilles supplémentaires ont fleuri. Dimanche 13 décembre 2015. Deux jonquilles supplémentaires ont éclos – huit en tout.

Jeudi 8 janvier 2015. Voilà plusieurs jours, déjà, que la première jonquille a éclos, à la place habituelle, sur le talus, près de l’allée.

Le doute demeure donc quant au jour exact de primo-éclosion mais il faut dire qu’en ces jours sanglants de janvier 2015 le coeur n’y est pas.

Dimanche 19 janvier 2014. Je descends l’allée pour voir, comme ça, où en sont les jonquilles. La température est si clémente, depuis le début du mois, que je ne suis pas outre mesure surpris de découvrir que trois d’entre elles ont fleuri et que deux autres, un peu plus loin, sont bien près d’éclore.

Jeudi 7 mars 2013. Deux jonquilles ont fleuri, deux autres déplissent leur corolle et le bouton du restant a jauni.

En 2012 rien ne va plus sur le talus : la première jonquille fleurit dès 2011 :

Jeudi 22 décembre 2011. On vient d’entrer dans l’hiver et trois jonquilles, déjà, ont percé, au flanc du talus, dont l’une semble tout près d’éclore. Son jaune, visible, transparaît dans le bouton. En conséquence de quoi, logiquement : Lundi 26 décembre 2011. La première jonquille vient d’éclore – un 26 décembre !

Jonquille qui ne reste pas solitaire puisque

Mercredi 11 janvier 2012. Cinq jonquilles sont écloses, au flanc du talus, et les oiseaux se sont remis à chanter.

Tout rentrerait dans l’ordre, mais ce serait compter sans les gelées tardives, et

Dimanche 4 mars 2012. De nouvelles jonquilles sont sorties, après les six écervelées qui avaient fleuri dès le début de l’hiver et que le froid du mois dernier a cuites.

Dimanche  27 février 2011. Trois nouvelles jonquilles se sont ajoutées aux dix qui avaient fleuri, sur le talus, dès la mi-février. (Ce qui nous fait, si je compte bien, treize jonquilles en tout à cette date sur le talus).

Samedi 27 février 2010. Je découvrirai, en descendant à la boîte aux lettres, que trois jonquilles ont déplissé leur corolle, sur le talus, et j’y vois comme la promesse, fragile, de survivre à cet hiver que j’ai cru le dernier.

Dimanche 22 février 2009. La première jonquille a déplissé sa corolle, sur le talus.

Dimanche 24 février 2008. Il fait bon. Toutes les jonquilles sont fleuries. (Mais dès le mercredi 13, noté déjà :  Du RER, j’aperçois les premières fleurs sur un prunus).

Mardi 20 février 2007. Les prémices de printemps font d’une pierre trois coups puisque : Un merle chante, sur un arbre, près de la gare de Courcelle. Les premières fleurs viennent de sortir aux branches du prunier sauvage et la plupart des jonquilles sont écloses.

Mercredi 1er mars 2006. En début d’après-midi, le soleil aidant, la neige a fondu et j’ai découvert que la première jonquille venait d’éclore, au jardin.

Jeudi 10 février 2005. La première jonquille vient d’éclore.

Mardi 3 février 2004. Lorsque je rentre, à midi, je découvre que deux jonquilles viennent d’éclore. Elles avaient attendu le 28, l’an passé.

Mais malheureusement, pas d’entrée datée 28 février 2003 dans le journal publié ; on imagine que celle-ci n’a pas été dactylographiée, est restée au stade manuscrit sur l’un des cahiers qui contiennent en moyenne neuf mois de vie. Peut-être que le 28 février 2003 rien n’avait été notable hormis l’éclosion de la première jonquille, qui du coup, en a fait les frais. Nous savons juste que le jeudi 20 février 2003, Cathy montre à Pierre, en lui faisant faire le tour du jardin les premières primevères, derrière la maison, le mercredi 26 février que la saison accuse un retard de deux semaines, au moins sur l’an passé. Enfin, le mardi 4 mars seulement : Les jonquilles s’épanouissent l’une après l’autre mais rien n’est encore apparu aux branches des arbres fruitiers.

Deus semaines de retard, cela conduit à chercher l’éclosion des jonquilles vers la mi février 2002. Et effectivement, le jour même du retour de son voyage à Cuba, le mardi 12 février 2002, Cathy attend Pierre à la gare RER du Guichet, ils rentrent ensemble et : à Gif, les jonquilles viennent d’éclore.

Mercredi 7 février 2001. La première fleur vient d’éclore à une branche basse du prunier sauvage. Mais pas trace encore de jonquille quand Pierre part pour les forges de Syam dans le Jura, le lundi 12 février, où il passera la semaine. Il quitte Syam le vendredi 16 à  six heures et quart après avoir gratté le givre qui couvrait le pare-brise, et atteint Gif à onze heures et quart. Première chose qu’il y remarque : Cinq ou six jonquilles viennent de se déplisser, sur le talus, et de nouvelles fleurs sont venues aux branches du prunier sauvage.

Jeudi 24 février 2000. La première jonquille vient d’éclore, sur le talus.

Samedi 20 février 1999. En descendant chercher le courrier, je découvre que la première jonquille s’est ouverte, sur le talus. Deux autres la suivront, en fin de journée et j’entendrai chanter le merle, à la nuit tombante.

Vendredi 27 février 1998. Les fleurs continuent d’éclore aux branches des arbres, ainsi que les jonquilles. (Elles “continuent” : la toute première à fleurir n’est pas datée cette année-là).

Mardi 18 février 1997. L’hiver tourne. Les jonquilles sont en bouton, au flanc du talus.

Dimanche 17 mars 1996. Après l’hiver aigre dont nous sortons à peine, les signes sont en retard, les jonquilles en bouton, les jacinthes mussées en terre. Le prunier sauvage devant la terrasse n’a pas sorti une seule fleur. Mardi 19 mars. De nouvelles jonquilles viennent d’éclore, après les trois qui se sont ouvertes hier. C’est donc du lundi 18 qu’il convient de dater les premières éclosions 1996, même si le journal n’a pas d’entrée pour cette date.

Jeudi 16 février 1995. Les premières jonquilles – trois – ont éclos hier, et les premières fleurs sont apparues aux branches basses du prunier, devant la terrasse. Et douze jours plus tard, le mardi 28 : Il fait doux et toutes les jonquilles sont écloses. Nous sommes sortis de février, des mois noirs.

Dimanche 27 février 1994. Matin calme, couvert et doux. Hier, la première jonquille avait fleuri. Deux autres l’ont suivie.

1993 : PAS DE JONQUILLE ! Ou alors, elles sont bien cachées. A défaut, se contenter du prunier. Dimanche 7 mars. Le prunier sauvage se couvre de fleurs – la première avait éclos le 30 janvier mais la vague de froid a retardé d’un mois l’apparition des autres.

Mercredi 18  mars 1992. La lumière est éblouissante. Les oiseaux s’égosillent. Jonquilles et jacinthes sont fleuries, le prunier devant la terrasse, gainé de blanc.

Dimanche 10 mars 1991. Le ciel est pur, l’aube pleine d’oiseaux. Les jonquilles ont fleuri. Les premières étaient déjà écloses vendredi me dit Cathy.  Mais faute de regarder comme il faut, comme elle, je ne m’en étais pas aperçu. Je retarde sur la saison. Les neiges de février, le froid, m’ont fait supposer que la reverdie était loin, encore, et je n’attendais rien.

Dans le tome 1 du Carnet de notes, 1980-1990, ce ne sont pas les jonquilles du talus qui annonçaient la fin de l’hiver, et pour cause : en février mars 1990, la famille vient de s’installer dans la maison près du bois, le terrain n’est pas encore tout à fait défriché ni aménagé et ce sont les pruniers en bordure de l’avenue du Général-Leclerc qui donnent le signal du printemps. Jeudi 15 mars 1990. Encore une journée radieuse, délicieuse. (…) Je remonte avec ravissement l’avenue du Général-Leclerc entre deux haies de pruniers roses en fleur. Un an plus tôt, alors que la maison est en cours de construction, le mardi 14 mars 1989 : Le premier printemps a pomponné de blanc et de rose les arides talus de la ligne de Sceaux. Je ne remonte pas au delà puisque m’intéressaient les jonquilles du talus.

PS du jeudi 3 mars 2016 : Si vous êtes arrivés jusque là, c’est que vous êtes sensibles aux écrits et peut-être aussi aux sculptures de Pierre Bergounioux. Je me permets donc de vous fournir les liens vers quelques autres articles de ce blog dans lesquels il en est question, par exemple :

Lui et nous : à propos du Carnet de notes 2011-2015 de Pierre Bergounioux

“Vies métalliques”, rencontres avec Pierre Bergounioux

Enfin visibles à Paris : des ferrailles de Pierre Bergounioux

Mots de la fin (provisoire) du Carnet de notes 2001-2010 de Pierre Bergounioux

Pierre Bergounioux, Carnet de notes 2001-2010, lecture in progress

Lecture en cours : Pierre Bergounioux, Carnet de notes 2001-2010

“Un concert baroque de soupapes”, Pierre Bergounioux sculpteur

Dans Les moments littéraires, Bergounioux

Histoire, littérature, sciences sociales – et Bergounioux

D’une page 48 de Bergounioux, et tout son monde est là

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fév 12, 2016

Dire merci à Alain Veinstein

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Nouvel additif et rebondissement : le “jour sans lendemain” censuré le 4 juillet dernier s’écoute désormais sur le site de l’émission. A propos de cette dernière, aussi un billet à lire sur le site de Télérama.

Additif au billet initial : encore plus triste après la censure ayant frappé vendredi 4 juillet la diffusion de la dernière émission d’Alain Veinstein, les lendemains chantent décidément de moins en moins. Lire notamment sur Télérama, Le Monde, Mediapart.

Au fil d’échanges passés par twitter ces derniers jours, j’ai appris qu’Alain Veinstein venait d’enregistrer sa dernière émission Du jour au lendemain pour France Culture et cru comprendre que cet arrêt ne relevait pas de son choix. Alors partager ici l’amertume et exprimer à la fois tristesse et gratitude.

Tristesse de perdre ce repère dans la suite des jours, cette émission très régulièrement suivie (ou écoutée après coup grâce aux précieux podcasts de France Culture) porteuse de découvertes d’auteurs inconnus comme de rendez-vous réguliers avec certains dont on guette le passage chez Veinstein après chaque nouvelle parution, assurés qu’on les y entendra.

Dans tous les cas, livres que je me promets de lire dès le lendemain ou seulement de feuilleter sur une table de librairie un de ces jours, rester tout ouïe, même à pas d’heure, parce que l’on parle d’écriture et que l’auteur invité fait part de ses doutes, plus souvent que de ses certitudes, réfléchit à ses façons de faire. Parole lancée par la lecture d’une phrase ou deux choisies par l’intervieweur, voix raccord sur l’air jazzy du générique : exergue prometteuse. Ecoutant Du jour au lendemain ce que je cherchais à savoir c’était : comment font les autres ? Même si j’y récoltais autant de silences que de réponses.

Gratitude donc de lectrice/auditrice mais aussi gratitude d’auteure reçue les deux fois où je me suis risquée à publier un ouvrage dont il m’importait qu’il connaisse un destin autre que celui de mes écrits “professionnels“. Nous nous sommes entretenus d’Atelier 62 en mars 2008 et de Montparnasse monde en mai 2011. Et j’ai été d’autant plus sensible à l’invitation qui m’était faite à venir parler de Montparnasse monde que le service de presse de ce livre n’a suscité aucun autre écho.

Immense merci pour tout cela à Alain Veinstein – et à Didier Pinaud pour l’escorte amicale et attentionnée entre ascenseur et studio les deux fois car il faut dire qu’arrivés là on n’en mène pas large…

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juin 28, 2014

“Causement” de Jean-Loup Trassard : mon abécédaire

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Je sais bien ce qu’ils veulent dire, je ne les avais jamais lus, je n’aurais pas su les écrire, mais je les entends bien ces mots du Causement mayennais – la Mayenne et l’Orne se touchent – dont Jean-Loup Trassard dresse catalogue en éclairant leur sens et leur cheminement du fond des âges, du fond des terres, dans son livre paru cet automne au Temps qu’il fait.

Beau livre évidemment comme toujours ceux de cet éditeur : le lexique s’accompagne de photographies par l’auteur d’outils et d’objets de tous les jours, de ceux qui l’entourent.

J’aime les mots de Jean-Loup Trassard livrant, en ouverture du livre, une brève autobiographie linguistique. Petit extrait :

J’avais l’impression, en mâchant ces mots-là, de produire des sons qui furent mêlés à la terre quand s’inscrivaient les premières ornières ou qu’étaient taillés les premiers champs puis, plus tard, finie la vaine pâture, élevés et battus à la pelle les talus de nos haies.

Là se rencontrent, en effet, et côtoient, parmi charrois, cultures, défrichements à la hache, à la houe, les racines gauloises et latines, graines semées entre les bruits de sabots et d’écuelles dans l’oreille des enfants, moisson par la génération suivante à la bouche de ses père et mère, patois issu du patois, soupirs, silences qui en disent long.

A la suite de son répertoire poétique, Jean-Loup Trassard ajoute quelques pages de géo-linguistique mayennaise. Moi je me fraye abécédaire dans le catalogue des mots, j’en choisis des bien à mon oreille, portés encore par des voix familières même si elles se sont tues.

Je ne donne pas les significations, juste quelques indices, et vous renvoie au livre pour en savoir plus.

Achée, substantif féminin : les poules et les pêcheurs se les disputent

Arocher, verbe : se pratique en discipline olympique

Berouette, substantif féminin : trop facile, je n’aide pas

Claver, verbe : assez facile aussi, mais à l’oreille j’aurais écrit “quieuver”

Cotir, verbe : attention à vous

Emeuiller, verbe : très présent dans ma langue maternelle et, telle mère telle fille,  je m’émeuille assez souvent

Frembeyer, verbe :  du boulot dans l’étable

Guibet, substantif masculin : désagréable au cycliste

Juper, verbe : moins fort !

Micer, verbe : petit, petit, petit

Mucer (se), verbe : mais où ?

Rote, substantif féminin : interdit aux poids lourds

Seuyer, verbe : nécessite un outil

Touser, verbe : bien dégagé

(Et le correcteur orthographique automatique de ne plus savoir où donner de la tête !)

Jean-Loup Trassard a un site (je crois que c’est son fils le webmaster) où l’on voit de belles photos. On peut lire aussi ce que j’avais écrit de sa Conversation avec le taupier et de Sanzaki.

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déc 8, 2012

Où il est à nouveau question de jonquilles et de Pierre Bergounioux

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On me demande, enfin c’est un moteur de recherche qui me transmet la question,

quelle est la saison des jonquilles en Corrèze ?

J’avoue mon embarras pour y répondre.

D’une part, je n’ai jamais mis les pieds dans ce département*, comme dans une quarantaine d’autres de la métropole et tous ceux d’Outre-Mer –  j’en tiens la liste à jour en fonction de mes déplacements incluant au moins un découché (pour pouvoir dire y être vraiment allée). J’en profite au passage, ou plutôt au non-encore-passage par tous ces départements qui me restent à découvrir, pour signaler que je ne suis donc pas non plus en mesure de répondre à cette autre question récemment soumise : quelle espèce de conifère pousse le mieux en province ?

D’autre part, si mon informateur habituel sur la Corrèze, Pierre Bergounioux, surveille leur floraison à Gif-sur-Yvette, sur son talus, il ne peut observer et noter tout aussi scrupuleusement sur son carnet la date de la floraison de ces mêmes fleurs jaunes, annonciatrices de renouveau, en Corrèze. Tout au plus peut-on déduire de ses séjours réguliers là-bas au cours des vacances de printemps de la zone C (amplitude : entre les trois dernières semaines d’avril et la première de mai), et au mois de juillet, qu’il n’en fait pas mention, et donc que les jonquilles corréziennes ne synchronisent pas leur éclosion avec ses villégiatures ; ce qui serait presque trop beau.

Pierre Bergounioux fait preuve de grands talents mais n’a pas le don d’ubiquité et les jonquilles des talus de Corrèze fleurissent quand ça leur chante, sans songer un seul instant qu’en aménageant leur calendrier, elles pourraient, comme leurs cousines de l’Essonne, se voir, par la grâce de l’écrivain, immortalisées entre les pages d’un livre à la couverture jaune coeur de jonquille.

Quoi qu’il en soit, l’internaute soucieux du cycle des saisons en Corrèze gagnera forcément à lire les oeuvres de Pierre Bergounioux, tant en ce qui concerne la flore que la faune et les rebuts de ferraille.

Et profitons-en tous : Pierre Bergounioux était hier soir l’invité d’Alain Veinstein dans son émission Du jour au lendemain sur France Culture, on peut l’écouter ou le réécouter en ligne.

(Dans les Hauts-de-Seine Sud, c’est à dire dans mon allée, toujours pas de jonquilles en fleur, donc pas d’image.)

* Contrairement à Philippe Didion qui nous fléchait  le chemin dès 2008 et en parlait encore dans la dernière livraison de ses notules dominicales auxquelles il est d’autant plus vivement conseillé de s’abonner que celles-ci ne sont plus compilées sur son site.

fév 28, 2012

Traçabilité des jonquilles chez Pierre Bergounioux

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C’est le commentaire de David Farreny à l’un de mes précédents billets en cours de lecture du Carnet de notes 2001-2010, soulignant la récurrence des premiers chants de merles perçus dans les ténèbres hivernales, entre 1984 et 2003, qui m’y ramène à ces récurrences liées au cycle des saisons dans l’Essonne au fil des pages du  journal de Pierre Bergounioux.

Je remonte le temps année après année en traquant la date de floraison des premières jonquilles à proximité de la maison de Gif-sur-Yvette (dont on sait qu’elle est située en hauteur, tout contre un bois riche en faune – renards et chevreuils n’hésitent pas à en sortir), floraison lue comme l’espoir d’un printemps à venir que les ténèbres impitoyables des jours les plus courts de l’année semblaient nier. Les jonquilles poussent sur un talus qu’on imagine bordant une allée descendant de la maison au portail.

Donc je rassemble à l’usage des futurs historiens du climat et paléo-botanistes une série chronologique rigoureuse et je me décharge sur eux du soin d’en tirer, en temps voulu, toutes les observations qui s’imposent à propos du réchauffement climatique du tournant des XXe-XXIe siècles.

Samedi 27 février 2010. Je découvrirai, en descendant à la boîte aux lettres, que trois jonquilles ont déplissé leur corolle, sur le talus, et j’y vois comme la promesse, fragile, de survivre à cet hiver que j’ai cru le dernier.

Dimanche 22 février 2009. La première jonquille a déplissé sa corolle, sur le talus.

Dimanche 24 février 2008. Il fait bon. Toutes les jonquilles sont fleuries. (Mais dès le mercredi 13, noté déjà :  Du RER, j’aperçois les premières fleurs sur un prunus).

Mardi 20 février 2007. Les prémices de printemps font d’une pierre trois coups puisque : Un merle chante, sur un arbre, près de la gare de Courcelle. Les premières fleurs viennent de sortir aux branches du prunier sauvage et la plupart des jonquilles sont écloses.

Mercredi 1er mars 2006. En début d’après-midi, le soleil aidant, la neige a fondu et j’ai découvert que la première jonquille venait d’éclore, au jardin.

Jeudi 10 février 2005. La première jonquille vient d’éclore.

Mardi 3 février 2004. Lorsque je rentre, à midi, je découvre que deux jonquilles viennent d’éclore. Elles avaient attendu le 28, l’an passé.

Mais malheureusement, pas d’entrée datée 28 février 2003 dans le journal publié ; on imagine que celle-ci n’a pas été dactylographiée, est restée au stade manuscrit sur l’un des cahiers qui contiennent en moyenne neuf mois de vie. Peut-être que le 28 février 2003 rien n’avait été notable hormis l’éclosion de la première jonquille, qui du coup, en a fait les frais. Nous savons juste que le jeudi 20 février 2003, Cathy montre à Pierre, en lui faisant faire le tour du jardin les premières primevères, derrière la maison, le mercredi 26 février que la saison accuse un retard de deux semaines, au moins sur l’an passé. Enfin, le mardi 4 mars seulement : Les jonquilles s’épanouissent l’une après l’autre mais rien n’est encore apparu aux branches des arbres fruitiers.

Deus semaines de retard, cela conduit à chercher l’éclosion des jonquilles vers la mi février 2002. Et effectivement, le jour même du retour de son voyage à Cuba, le mardi 12 février 2002, Cathy attend Pierre à la gare RER du Guichet, ils rentrent ensemble et : à Gif, les jonquilles viennent d’éclore.

Mercredi 7 février 2001. La première fleur vient d’éclore à une branche basse du prunier sauvage. Mais pas trace encore de jonquille quand Pierre part pour les forges de Syam dans le Jura, le lundi 12 février, où il passera la semaine. Il quitte Syam le vendredi 16 à  six heures et quart après avoir gratté le givre qui couvrait le pare-brise, et atteint Gif à onze heures et quart. Première chose qu’il y remarque : Cinq ou six jonquilles viennent de se déplisser, sur le talus, et de nouvelles fleurs sont venues aux branches du prunier sauvage.

Jeudi 24 février 2000. La première jonquille vient d’éclore, sur le talus.

Samedi 20 février 1999. En descendant chercher le courrier, je découvre que la première jonquille s’est ouverte, sur le talus. Deux autres la suivront, en fin de journée et j’entendrai chanter le merle, à la nuit tombante.

Vendredi 27 février 1998. Les fleurs continuent d’éclore aux branches des arbres, ainsi que les jonquilles. (Elles “continuent” : la toute première à fleurir n’est pas datée cette année-là).

Mardi 18 février 1997. L’hiver tourne. Les jonquilles sont en bouton, au flanc du talus.

Dimanche 17 mars 1996. Après l’hiver aigre dont nous sortons à peine, les signes sont en retard, les jonquilles en bouton, les jacinthes mussées en terre. Le prunier sauvage devant la terrasse n’a pas sorti une seule fleur. Mardi 19 mars. De nouvelles jonquilles viennent d’éclore, après les trois qui se sont ouvertes hier. C’est donc du lundi 18 qu’il convient de dater les premières éclosions 1996, même si le journal n’a pas d’entrée pour cette date.

Jeudi 16 février 1995. Les premières jonquilles – trois – ont éclos hier, et les premières fleurs sont apparues aux branches basses du prunier, devant la terrasse. Et douze jours plus tard, le mardi 28 : Il fait doux et toutes les jonquilles sont écloses. Nous sommes sortis de février, des mois noirs.

Dimanche 27 février 1994. Matin calme, couvert et doux. Hier, la première jonquille avait fleuri. Deux autres l’ont suivie.

1993 : PAS DE JONQUILLE ! Ou alors, elles sont bien cachées. A défaut, se contenter du prunier. Dimanche 7 mars. Le prunier sauvage se couvre de fleurs – la première avait éclos le 30 janvier mais la vague de froid a retardé d’un mois l’apparition des autres.

Mercredi 18  mars 1992. La lumière est éblouissante. Les oiseaux s’égosillent. Jonquilles et jacinthes sont fleuries, le prunier devant la terrasse, gainé de blanc.

Dimanche 10 mars 1991. Le ciel est pur, l’aube pleine d’oiseaux. Les jonquilles ont fleuri. Les premières étaient déjà écloses vendredi me dit Cathy.  Mais faute de regarder comme il faut, comme elle, je ne m’en étais pas aperçu. Je retarde sur la saison. Les neiges de février, le froid, m’ont fait supposer que la reverdie était loin, encore, et je n’attendais rien.

Dans le tome 1 du Carnet de notes, 1980-1990, ce ne sont pas les jonquilles du talus qui annonçaient la fin de l’hiver, et pour cause : en février mars 1990, la famille vient de s’installer dans la maison près du bois, le terrain n’est pas encore tout à fait défriché ni aménagé et ce sont les pruniers en bordure de l’avenue du Général-Leclerc qui donnent le signal du printemps. Jeudi 15 mars 1990. Encore une journée radieuse, délicieuse. (…) Je remonte avec ravissement l’avenue du Général-Leclerc entre deux haies de pruniers roses en fleur. Un an plus tôt, alors que la maison est en cours de construction, le mardi 14 mars 1989 : Le premier printemps a pomponné de blanc et de rose les arides talus de la ligne de Sceaux. Je ne remonte pas au delà puisque m’intéressaient les jonquilles du talus.

Quand les jonquilles 2012 auront fleuri dans les Hauts-de-Seine, je pourrai illustrer ce billet, en attendant je renvoie à ma jonquille montparnassienne du printemps 2011.

Ajout du 6 mars 2016 pour la suite, après lecture du Carnet de notes 2011-2015 c’est ici :

Jonquilles primeures à Gif-Sur-Yvette : suite des Carnets de Pierre Bergounioux

Et si vous cherchez d’autres articles du blog consacrés à Pierre Bergounioux, en voici une brassée :

“Vies métalliques”, rencontres avec Pierre Bergounioux

Enfin visibles à Paris : des ferrailles de Pierre Bergounioux

Mots de la fin (provisoire) du Carnet de notes 2001-2010 de Pierre Bergounioux

Pierre Bergounioux, Carnet de notes 2001-2010, lecture in progress

Lecture en cours : Pierre Bergounioux, Carnet de notes 2001-2010

“Un concert baroque de soupapes”, Pierre Bergounioux sculpteur

Dans Les moments littéraires, Bergounioux

Histoire, littérature, sciences sociales – et Bergounioux

D’une page 48 de Bergounioux, et tout son monde est là

Couleurs Bergounioux (au couteau)

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fév 8, 2012

Mots de la fin (provisoire) du Carnet de notes 2001-2010 de Pierre Bergounioux

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Et comment tout cela se termine ? A mon tour d’extraire mes lectures…

Ve 31.12.2010

Levé à six heures et quart. Oppression, anxiété. Je suis glacé, sens la vie qui s’amenuise, en moi. Cathy est montée à l’institut. M’adosse au convecteur, m’efforce de lire. C’est vers dix heures que le malaise s’estompera. Il m’en restera, jusqu’au soir, une gêne, sous l’omoplate gauche. Je termine Robbins*. Il prophétise la ruine du collectivisme, faute d’un système de prix qui indique le point de rendement maximal des ressources disponibles, auquel doit tendre une économie rationnelle.

Mitch appelle en matinée. Son état s’est amélioré. Il a pu reprendre une partie de ses activités. L’après-midi je passe à Goody** – Le vol de l’histoire, dont j’avais lu la moitié. Mais le malaise de la matinée m’a amoindri. Le ciel bas, la froide grisaille  font écho à la désolation de l’âge qui est désormais le mien.

* Il s’agit de Lionel Robbins, L’économie planifiée et l’ordre international, paru en 1938, dont Pierre Bergounioux a entamé la lecture deux jours plus tôt.

** Jack Goody est l’un des auteurs de prédilection de Pierre Bergounioux au cours de ces années 2001-2010.

Echos d’une lecture encore en cours de ce tome 3 du Carnet de notes, celle de Florence Trocmé en son Flotoir. Et celui, illustré qui plus est, de Philippe Didion en ces Notules dominicales ; c’est sur abonnement ou en compilation chez publie.net et vivement conseillé. Et beaucoup d’autres éparpillés sur twitter…

Et puisque j’ajoute des choses (dont un “u” qui manquait, merci PCH) ce dimanche matin à ce billet d’hier, encore ceci : c’est tout de même rude de songer qu’il nous faudra attendre janvier 2022 pour savoir à quelle heure Pierre Bergounioux s’est levé le 1er janvier 2011. Le suspense continue, au moins tant qu’il ne dactylographiera pas directement ses notes sur blog ! Et comme on aimerait d’ici là que s’ajoute à la version papier une version numérique permettant la recherche plein texte…

Enfin, comme de nombreux internautes arrivent ici en cherchant les lieux et dates des rencontres avec Pierre Bergounioux autour des Carnets de notes, je précise qu’on les repère sur l’agenda Verdier.

Une belle vitrine sur le boulevard du Montparnasse à Paris

PS : si vous cherchez sur ce blog d’autres articles consacrés à Pierre Bergounioux, voyez par ici :

Lui et nous : à propos du Carnet de notes 2011-2015 de Pierre Bergounioux

Jonquilles primeures à Gif-Sur-Yvette : suite des Carnets de Pierre Bergounioux

“Vies métalliques”, rencontres avec Pierre Bergounioux

Enfin visibles à Paris : des ferrailles de Pierre Bergounioux

Pierre Bergounioux, Carnet de notes 2001-2010, lecture in progress

Lecture en cours : Pierre Bergounioux, Carnet de notes 2001-2010

“Un concert baroque de soupapes”, Pierre Bergounioux sculpteur

Dans Les moments littéraires, Bergounioux

Histoire, littérature, sciences sociales – et Bergounioux

D’une page 48 de Bergounioux, et tout son monde est là

Couleurs Bergounioux (au couteau)

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jan 28, 2012

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