C’est fait.
On était en 2009, ce blog allait avoir un an et j’avais eu l’idée d’y publier un feuilleton du samedi qui tournerait autour de la gare Montparnasse. Chaque semaine une photo accompagnée de deux pavés de texte, sensiblement de mêmes formats. Le 25e épisode de la série qui deviendrait in fine mon livre Montparnasse monde (Editions Le temps qu’il fait, 2011) évoquait les hôtels à proximité immédiate des arrières de la gare par lesquels j’avais, de 2004 à 2007, accédé à mon bureau enchanté de la MiRe.
J’avais écrit :
Rêve de gare, un peu fou et bien au dessus de mes moyens, caressé depuis longtemps : une nuit, j’irais dormir au coeur du monde Montparnasse, en touriste, dans un des deux hôtels triple étoilés collés au plus près de la gare. Sous son emprise. Y arriver à la nuit tombée et le lendemain, franchissant nez en l’air et à nous deux Paris, la porte à tambour, savoir enfin ce qu’elle inspire comme pensée la première vraie gorgée d’air parisienne aspirée (comme il a pu m’arriver de le faire à Rome, à Lisbonne, à Vienne, à Madrid, à Bruxelles, à Londres ou à Copenhague). Deux seuls hôtels de Montparnasse dont les enseignes lumineuses accompagnent un temps ceux qui s’en retournent, assis sens contraire à la marche, vers leurs cités-dortoirs de banlieue ou lotissements bitumés des confins de la grande couronne. NOVOTEL Accor Hôtels au bleu si beau tranchant la nuit des voies, côté Vaugirard des Intercités, et HOTEL CONCORDE MONTPARNASSE, façade circulaire, côté Pasteur des TGV. Hôtels aux arrières cours, par où transitent les chariots de linge sale et les containers-poubelles, jouxtant les accès de services de la gare, sur ses arrières. Des accès, qu’on préférerait ne pas trop offrir aux regards, mais nécessaires au bon fonctionnement des hôtels comme de la gare et au confort des voyageurs, dans les deux cas.
Et voilà qu’en cette fin juin parisienne caniculaire, en quête d’un répit à l’enchaînement des nuits tropicales dans un appartement atteignant 34°, j’ai effectivement dormi deux nuits au Montparnasse monde mais dans un hôtel de moindre prestige, à deux pas de la place de Catalogne. Un peu honteuse de pouvoir accéder à ce refuge temporaire quand tant de Parisiennes et de Parisiens, notamment sous les toits de zinc – sans parler de celles et ceux sans murs ni toits du tout – n’avaient d’autres ressources que les fastidieuses combinaisons ventilateur/eau glacée/couverture de survie/drap mouillé que nous avons aussi mises en oeuvre et continuons à le faire à l’heure où j’écris par 32°9 dans le séjour. Sans parler non plus des services hospitaliers, crèches, écoles tout aussi bouillants que nos appartements. Ni des conditions de survie par cette chaleur dans des prisons surpeuplées.
Les fanfaronnades et autres expressions de mépris émises cette semaine au sommet de l’Etat pour les souffrances engendrées par des décennies de refus de voir et planifier plus loin que le bout de son nez électoral risquent fort, exploitant justes consternation et colère, de profiter aux convoitises d’accès au pouvoir les plus toxiques dans un an. Suivez mon regard au bout sur la droite.
Jamais je n’aurais imaginé en arriver là puisque beaucoup et de longtemps avaient prédit les dérèglements climatiques qui nous frappent aujourd’hui.












