De l’enfance et de la jeunesse de mon père je connaissais les noms de lieux “La Broutière” et “Les Aunaies” mais je n’y associais pas “Le Pont Perrin”, pour moi simple toponyme sur la carte d’Etat Major punaisée sur un mur de cuisine dans notre maison (d’autrefois) dans cette campagne. C’est pourtant au Pont Perrin que les agents recenseurs de 1911 enregistrent les parents et le frère aîné d’Amand Sonnet, François. Mais pas lui : Amand est né le 13 avril 1911, ils ont dû passer en début d’année, avant cette date. Le recensement de 1911 est numérisé sur le site des Archives de l’Orne, avec ceux établis de 5 ans en 5 ans depuis 1836.
La famille est incomplète, il y manque Amand, de même que ses cadets, un frère, Pierre, et deux soeurs Louise et Thérèse. La liste établie section F de la commune de Céaucé, au Pont Perrin, maison 514, ménage 527, comprend seulement mes grands parents, François Sonnet né en 1878 à Céaucé, cultivateur, son épouse Marie Vannier née en 1886 à Céaucé, profession “néant” – elle a bien dû trimer sur la ferme elle aussi mais son travail compte pour du beurre -, leur fils aîné François (comme le père) né en 1910 à Céaucé, que je n’ai pas connu, et leur jeune domestique Paul Dumas né en 1898 à Paris.
Paul Dumas, mon père en gardait le souvenir d’un garçon plus âgé que la fratrie, mais pas tant que cela, échappant à l’obligation dominicale pesant sur les enfants de la maison de se rendre à l’église pour assister non seulement à la messe mais encore aux Vêpres. Un jeune homme au sort enviable, au moins le dimanche après-midi. J’évoque ce souvenir paternel dans Atelier 62. L’état-civil parisien m’apprend que Paul Dumas a vu le jour quasiment en face de l’immeuble d’où j’écris ce billet, puisqu’il est né à la maternité de Port-Royal, le 28 février 1898. L’acte est enregistré à la mairie du XIVe arrondissement (comme ceux de nos fils) le 2 mars 1898. Fils de Marie Dumas, 25 ans, femme de chambre rue Montorgueil, 84, et de père non dénommé : un fils naturel placé à la campagne.
Comment le jeune Paul arrive de la rue Montorgueil au Pont Perrin – y était-il déjà en nourrice ? -, je l’ignore. Les mentions marginales de l’acte de naissance précisent qu’il s’est marié à Céaucé le 5 mai 1928 avec Marie Eugénie Françoise Fournier et qu’il est décédé à Domfront le 16 janvier 1987, soit quelques mois après mon père (dans le même hôpital ?). Mais il me semble que les deux hommes s’étaient perdus de vue depuis longtemps.
Au village du Pont Perrin en 1911, après avoir visité les Sonnet, les agents recenseurs officient encore dans deux maisonnées. Maison 515, ménage 528, ils trouvent la veuve Troussier, née en 1839 à Céaucé, sans profession, sa fille Marie née en 1863 à Céaucé, sans profession non plus, et sa petite-fille Prudence née à Loré en 1906. C’est un ménage exclusivement féminin et je me demande de quoi ces femmes vivaient. Maison 516, ménage 529, là que des hommes : Pierre Lory né en 1861 à Domfront, cultivateur, et ses deux domestiques, Emile Martel né en 1881 à Céaucé, Henri Lefaucheux né en 1895 à Céaucé.
J’espère que tout ce monde là s’entendait bien et s’entraidait quand c’était nécessaire ; ils étaient un peu loin de tout.
Ce billet prolonge mon Exercice d’égo-anthroponymie et je crée la catégorie “généalogiques” pour regrouper ce genre de billets. Et je le publie ce 13 avril jour anniversaire de la naissance d’Amand Sonnet, comme un clin d’oeil.

Si vous avez une très bonne vue vous repérerez sur cette capture de Google map le pont dit Perrin au dessus du ruisseau de la Havardière et le groupe de maisons constituant aujourd’hui le hameau. C’est juste à la limite de l’Orne et de la Mayenne.



Une rue parfaite, à la mesure de jambes de toute petite fille. Nathalie a 2 ans quand sa mère Pauline, arrivant de Russie après son divorce s’installe, en 1902, au 3 rue Flatters avec Nicolas Boretzki, qui deviendra son second époux, et la fillette. Les trois passent-là 4 ans – Nathalie fréquente l’école maternelle de la rue des Feuillantines – puis repartent s’installer à Saint-Petersbourg. C’est fini l’enfance rue Flatters, c’est court comme la rue à l’aune de la longue vie de l’écrivain.
Cette vieille dame jeune d’esprit qui marche, appuyée sur sa canne, face à moi sur le trottoir de la rue Notre-Dame-des-Champs s’arrête, accote sa canne contre le mur, se baisse précautionneusement, ramasse au sol une samare (arrivée sur ce bitume je me demande bien comment : ni érables ni frênes plantés rue Notre-Dame-des-Champs) et la lance en l’air au dessus de sa tête pour la regarder, tout sourire, tourbillonner en redescendant au sol. Nous échangeons un clin d’oeil et reprenons chacune notre route. Heureux effet printanier. Je me souviens qu’on les appelait hélicoptères dans ma cité d’enfance.
A l’amie silencieuse marchant à son côté, elle disait, celle qui traversait devant moi le boulevard du Montparnasse, que, dorénavant, elle ne lirait plus ses mails qu’une fois par jour – tu vois -, le soir, et éteindrait son téléphone – tu vois -, que cette vie ce n’est plus possible, qu’on ne s’appartient plus. Et je me demandais à qui à quoi elle espérait ainsi échapper, de quelles interactions personnelles ou professionnelles elle voulait se soustraire, et si sa vie s’en trouverait vraiment plus légère. Je n’ai pas souvenir que nos jours étaient plus tranquilles quand nos uniques boîtes à lettres s’ouvraient au moyen d’une clé, non d’un mot de passe, ou quand nos conversations téléphoniques ne s’engageaient qu’un fil à la patte et un toit sur la tête. Je pensais donc que la libération – tu vois – qu’elle escomptait des mesures d’abstraction technologique qu’elle s’apprêtait à mettre en oeuvre était un leurre. A l’écouter, rien que le temps de franchir ensemble ce passage clouté (j’emploie l’expression même si je sais les clous aux belles têtes luisantes chassés par les bandes de peinture thermo-collante que nos piétinements ont vite fait de fatiguer) il y avait tout lieu de penser que seule une auto-déconnection de son ego aurait pu lui procurer, ainsi qu’à son entourage, quelque répit.





Ce spam qui obstinément dans ma boîte de déception revient à la charge voulant expédier à bas coût et dans le monde entier mes palettes. Voies des eaux, des airs, et chemins de terre si nécessaire. Rien ne les arrête. Je les en remercie mais je crains que nous ne fassions jamais affaire ensemble. Certes des palettes, j’ai fini par en trouver, et de belles bleues, mais il m’a fallu courir de l’autre côté de l’Atlantique et encore, une fois là-bas, passer un 
