L'employée aux écritures

le blog de Martine Sonnet – ISSN : 2267-8735

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"Le problème de la nuit reste entier. Comment la traverser, chaque fois la traverser tout entière ?" Henri Michaux

Archives for variétés parisiennes

Partage indécis des eaux

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Il faudrait savoir au vu de ce nouveau modèle de plan de Paris

qui nous transporte dans Manhattan au dos des abribus (mais c’est un leurre)

dans quel sens coule la Seine

et si ses eaux s’écoulent mieux de haut en bas que de long en large.

fév 26, 2019

Habiter Paris (aperçus 9)

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L’appartement donne aussi sur cour mais ça n’a rien à voir ou plutôt tout autre chose, à regarder par trois fenêtres - nettoyées moins souvent que celle ouvrant sur le boulevard, j’avoue. Des fenêtres qui ne sont pas bêtement alignées mais disposées en L : un angle droit oppose une chambre à la cuisine et à une autre chambre. De chambre à chambre, ou de chambre à cuisine, il nous serait loisible, de nous faire signe, voire fenêtres ouvertes et en nous penchant de nous parler ; nous économiserions des pas le long du couloir qui forme la hampe du L. Mais quand je compte mes pas sur mon téléphone c’est pour en faire plus, pas moins, et atteindre les  10000 quotidiennement recommandés. Les quatre petites ouvertures de la hampe du L augmentées de la fenêtre sur rue et des trois sur cour confèrent à l’appartement une quadruple exposition. Privilège rare, à faire se damner l’agent immobilier qui sème à tout vent des courriers obséquieux destinés à réveiller en nous les vendeurs potentiels, sans savoir que, locataires, il ferait beau voir que nous vendions le bien d’autrui. Mal nous en prendrait avec, à la clé, logement en cabane garanti, pour lui comme pour nous, et pas forcément dans la prison du quartier, tout juste rénovée.

Nos fenêtres sur cour donnent en réalité sur deux cours, vastes, sur une courette presque invisible, on la devine seulement, et pour être exhaustive, sur deux terrasses de belles surfaces. Sur les cours contiguës donnent les fenêtres de six immeubles (en comptant le nôtre), cinq anciens et l’immeuble récent aux deux terrasses d’appartements de premier étage, aménagées sur le toit d’un local de plain pied à usage professionnel. Au bas mot, sur cour, nous nous invitons dans 80 appartements en passant par près de 150 fenêtres, les plus facilement repérables étant celles des cuisines avec leurs dispositions et équipements assez uniformes, souvent ouvertes ou entrouvertes pour cause de vapeurs. Celles des pièces d’eau, plus petites et à verre cathédrale, aisées aussi à identifier.

Les habitants, eux, je ne les repère pas, sauf un, toujours chez lui, appartement prolongé de l’une des deux terrasses. Un homme d’un certain âge, un homme vivant seul et qui écrit à son bureau dépourvu d’ordinateur, tous les jours, tout le jour et en soirée aussi. De sa chambre qui communique avec son bureau, il laisse le store à demi baissé mais pas au point de nous cacher son lit à courtepointe rouge, franges traînant au sol, sur lequel il s’accorde les après-midis une petite sieste, crâne dégarni tourné vers nous. Un homme qui ne part jamais en vacances, ou alors nos calendriers d’absences seraient parfaitement synchronisés ; ce qui pourrait arriver une fois, mais pas systématiquement depuis cinq ans, je ne crois pas. Un casanier donc et qui ne profite même pas de sa terrasse, n’y pose jamais le pied, et la mousse envahit le ciment qui verdit. Même sans distinguer les traits de son visage (son bureau est disposé de telle sorte qu’installé pour écrire, son buste sort du cadre), je sais que l’écriveur de l’appartement à terrasse n’est pas l’écrivain du café du coin. Lui, chaque matin, café et ¼ vichy bus, journaux quotidiens lus,  remonte chez lui de l’autre côté du café, élégamment appuyé sur sa canne. J’ai eu parfois envie de le saluer et de lui dire que, comme nous sommes parfois voisins d’étagères de librairie, alphabet oblige là où je traîne encore en rayon quand lui qui publie en toutes saisons m’écrase si nos livres se touchent, nous sommes aussi voisins de boulevards. Mais je n’ai jamais osé, je le connais de vue, certes, mais la réciproque n’est pas vraie, donc je m’abstiens, d’autant plus que si j’ai été  sa lectrice c’est un peu agacée et non pas assidue.

Pour remonter le fil des aperçus, c’est par ici

fév 7, 2019

Habiter Paris (aperçus 8)

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(Suite à propos de cartons non vidés)

Les quatre cartons restés intacts à Paris, pas question de les empiler : fragile. Dans ces quatre grands cartons de format adapté à leur contenu sont regroupés tous les tableaux, essentiellement des gravures, qui ornaient nos murs banlieusards. Cadres et oeuvres d’âges et de style différents qui, à un moment donné, avait suscité notre convoitise à moins qu’ils ne soient arrivés par héritage, et rengorgé notre satisfaction une fois arrimés aux crochets X laborieusement plantés dans le béton. Tous cadres – bois verni ou doré aussi bien qu’aluminium brossé – et leurs verres, calés debout, bien emballés, par le spécialiste de l’équipe de déménageurs qui, comme je saluais son travail d’artiste, m’avait expliqué travailler aussi un peu à son compte au transport d’objets d’art ; il m’avait laissé sa carte à la fin des opérations, au cas où. Nous avions fait illusion sur notre potentiel de collectionneurs. Tous nos tableaux, protégés les uns des autres, rassemblés dans ces quatre écrins qu’il avait taillés sur mesure dans du carton extra fort, toujours pas ouverts cinq ans après leur dépôt précautionneux dans une chambre, deux dans l’encoignure de la cheminée, deux le long du mur. Je comprends que cette indifférence ou indolence de notre part étonne : si bris de verre il y a eu au cours du transport, plus personne pour payer les pots cassés. Prescription oblige, cinq ans ont passé.

Images d’Épinal enfermées, Cris de Paris bâillonnés, Tentation de Saint-Antoine étouffée, grimaces de Boilly sans spectateur et l’alphabet brodé au point de croix par l’aïeule, Yvonne T. née en 1888, rendu lettres mortes. Au fil des jours toutes ces figures – et j’en oublie – qui habitaient avec nous sont tombées dans l’oubli. Aucune recomposition partielle de l’ancien décor n’ayant été tentée sur notre nouvelle surface de murs disponible, à quoi bon défaire le parfait rangement de nos gravures par un spécialiste ? Le flot de lumière baignant l’appartement nouveau (sans vis à vis, pas de voilages) aurait tôt fait d’effacer les couleurs et d’estomper les coups de crayons. Il faudrait y réfléchir, trouver des emplacements que les rayons du soleil n’atteignent jamais, mais la volonté manque et autant laisser les cadres dans leurs cartons soignés, à l’abri des poussières grasses de la ville avec lesquelles on n’en a jamais fini. Je me dis que notre apathie décorative a probablement quelque chose à voir avec l’éblouissement qui nous avait saisi dès la porte de l’appartement ouverte lors de notre première visite – 17 heures un soir d’hiver pourtant. Ne rien afficher pour que rien ne s’efface, ne rien superposer à un cadre suffisant tel qu’en lui-même. Ne rien accrocher qui laisserait une empreinte claire sur un mur devenu gris sans qu’on s’en aperçoive avant le décrochage. Ne pas matérialiser le passage du temps et garder l’illusion que la suite de nos vies s’écrit sur des murs parfaitement blancs. Si nos anciens luminaires ont été déballés de leurs cartons, aucun n’a été encore suspendu : l’éblouissement parisien, toujours, au risque des ampoules qui pendent.

Lire la suite : aperçus 9.

jan 12, 2019

Prendre joliment l’air (suite)

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Année bouclée oblige, un peu de ménage dans les photos engrangées en 2018. J’y trouve de quoi étoffer ma collection de ces plaques à prises d’air ouvragées dont je ne sais toujours pas au juste comment les nommer.

J’ai donc croisé, depuis ma série précédente, du très élégant figuratif avec iris (et incrustation de la Société du Gaz de Paris)

du géométrique à angles droits : rareté

beaucoup plus communs, des enroulements

parfois fleuris

ou escargotés.

jan 2, 2019

Habiter Paris (aperçus 7)

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En 2013 nous installant à Paris, comme en 1999 quittant l’avenue pour le bout de l’allée, nous ne vidons pas la totalité de nos cartons – 117 en tout cette fois – mais ce ne sont pas les mêmes qui restent bardés d’adhésif marron. La fois précédente c’étaient des cartons de livres qui avaient fait les frais de notre paresse à ouvrir, déballer, ranger des ouvrages dont on savait bien qu’ils resteraient fermés. Comme la collection de la revue Les temps modernes de C.. Il lisait depuis des lustres (et son père avant lui) dès son arrivée chaque numéro trouvé dans la boîte aux lettres mais n’y revenait pas. Ce qui explique que dans la pile de cinq cartons collée dans l’angle du séjour le moins visible quand on entrait dans la pièce, reposaient quelques décennies de Temps modernes bien rangés dans ces cartons calibrés pour les livres, format réduit de moitié par rapport à ceux destinés au linge de maison par exemple. Petits parallélépipèdes rectangles calculés pour, même remplis à ras bord, rester manipulables par un être humain de morphologie et musculature communes. De toutes façons de février 1999 à avril 2013 nul ne s’était avisé de les transbahuter. Un jour, que je ne saurais dater précisément, était apparu au sommet de la pile un coussin à housse fleurie et, dès lors, de longues heures posé sur le coussin, le chat. Heureux de disposer d’un point de vue confortable, de haute teneur en matière à penser, à la base. Le chat philosophe avait considéré, de haut, son monde – autrement dit nous – jusqu’en avril 2009 qu’une maladie des plus humaine l’emportait dans l’autre. La pile était restée intacte après la disparition de son habitant, admirable bête, irremplaçable.

Dans une chambre, d’autres cartons de livres, dont la mémoire du contenu plus composite que la collection ordonnée du séjour s’était rapidement perdue, édifiaient une pyramide à trois degrés qui avait fini par se faire oublier dans le paysage. Adhésif marron, déteint à la longue, arraché seulement lors des préparatifs du déménagement pour Paris, quand il s’était agi de se défaire en parfaite connaissance de cause des ouvrages muselés si longtemps. Le besoin de nous y référer ne nous ayant pas effleuré au cours des quatorze années qui venaient de s’écouler, nous pouvions raisonnablement continuer sans eux ; tourner la page. Un bouquiniste était venu les chercher disant que c’était vraiment pour nous rendre service, qu’il ne les vendrait pas, et encore moins les revues, pensez ! et heureusement qu’il avait son garage pour stocker. Tout ce papier qui devait, à l’entendre, lui rester pour l’éternité sur les bras, le libraire d’occasion avait néanmoins jugé pertinent de faire deux voyages pour s’en encombrer.

Pour rembobiner les aperçus Habiter Paris passer par le précédent. On peut aussi lire la suite : aperçus 8aperçus 9

déc 16, 2018

Habiter Paris (aperçus 6)

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Les premiers déménagements, ces sauts de puce, qui m’avaient fait passer d’un 18 au 12 d’une même rue, d’un 138 au 220 d’une même avenue, toujours dans la même ville de banlieue, étaient sources d’économie à l’article des cartes de visites. Si peu à modifier que les corriger proprement à la main suffisait ; la transformation du 8 en 2 requérant seule un peu d’habileté. Je m’attachais encore à cette époque à la possession de cartes de visites personnelles, n’ayant accédé que tardivement à leur version professionnelle. Je m’adonnais d’ailleurs, quand il s’en trouvait sur mon chemin, à la contemplation des vitrines d’imprimeurs exposant leurs modèles de cartes aux côtés de ceux de papiers à en tête et de faire-part. Ces derniers toujours choisis dans le dessus du panier de la clientèle, si possible à particule, avec militaires et ecclésiastiques de haut rang dans la parentèle, tous unis pour n’annoncer et ne bénir que des événements consensuellement considérés comme heureux, naissances, fiançailles (il s’en trouvait encore) et mariages – jamais de décès pour attirer le chaland. Il n’y avait que du beau monde fort réjoui de ce qui lui arrivait dans la vitrine de l’imprimeur Boisnard graveur à Paris depuis 1920, sous la voûte du passage Choiseul, que ma fréquentation assidue de la Bibliothèque nationale rue de Richelieu m’amenait à traverser régulièrement. Les mariages surtout s’annonçaient en grandes pompes, cartons d’invitations déclinés le plus souvent en trois formats, dépliants pour la cérémonie « tout public » et deux simples cartes pour les réceptions qui suivraient, tables ouvertes à des cercles de plus en plus restreints. Complexité du bulletin de commande avec quantités différenciées, longs conciliabules avec un personnel des plus compétent.

Après contemplation obstinée de leurs virtuosités typographiques, j’avais fait confectionner dans cette boutique mes cartes de visites, petits cartons de rien à l’aune du savoir-faire de l’imprimeur, flanquées d’une adresse devant laquelle jamais aucun lécheur de vitrine n’aurait trouvé matière à rêve. Par deux fois néanmoins, l’une pour la rue, l’autre pour l’avenue, commande passée de deux modèles, l’un passible de correspondance, l’autre réduit, juste pour laisser ma trace, avec espoir, façon cailloux de petit poucet. Boîtes en plastique transparent gardées, vides. Depuis que j’en dispose, les cartes professionnelles me suffisent au point que je n’en épuise jamais le stock entre deux changements de logos de mon employeur. Je ne vois plus la nécessité de faire imprimer en discret relief d’un bleu ou d’un vert recherché, sur carton champagne finement rainuré ton sur ton, mon nom et mon adresse. Une adresse pourtant désormais parisienne, digne, pour ainsi dire, de la vitrine de Boisnard – une vitrine qui m’a semblé moins donneuse d’exemples tirés du grand monde la dernière fois que je suis passée devant. J’ai pensé que le bricolage maison aujourd’hui de nombre de faire-part et de cartes de visites devait avoir retenti sur l’activité de l’entreprise bientôt centenaire. Ou bien que la clientèle recourant encore aux professionnels était moins encline à l’ostension de sa vie de famille.

On peut rembobiner les aperçus Habiter Paris à partir du précédent. On peut aussi lire la suite : aperçus 7aperçus 8aperçus 9

nov 21, 2018

Percée éphémère dans la ville (une de plus)

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Paris, Ve arrondissement, entre rue Henri Barbusse et boulevard Saint-Michel

au niveau d’une intrication de bâtis qui m’a toujours intriguée,

adviennent des choses qui, comme celles advenues un peu plus bas, près du fleuve,

ne m’ont pas échappé.

Aujourd’hui on en est là : plus aucun rapprochement n’est possible,

quand bien même les murs à vifs auraient des penchants l’un pour l’autre.

Moi j’archive la percée éphémère, une de plus. Parce que la perspective sur la rue Herschel depuis la rue Henri Barbusse, faisant fi du boulevard, on ne la reverra pas de sitôt quand ils auront fini leurs affaires.

Et pour découvrir ce qu’il en était des lieux côté boulevard Saint-Michel (et en savoir plus sur la famille Herschel), aller faire un petit tour chez l’ami Pendant le week-end. Merci à lui pour l’enquête.

oct 28, 2018

Habiter Paris (aperçus 5)

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Suite des précédents aperçus à rembobiner depuis le 4.

Une seule fenêtre, suffisante et nécessaire, de l’appartement s’ouvre sur le boulevard aux platanes. Je ne compte pas les quatre petites, en hauteur, perçant le mur autrement aveugle donnant en biais sur le jardin d’un ancien hôpital même si j’ai disposé sous l’une d’elles un marche-pied hissant les curieux à la possibilité d’un autre point de vue sur le boulevard et, au lointain en arrière-plan hivernal défeuillé, sur les pseudo livres ouverts de la Bibliothèque nationale de France. C’est plus confortablement par la fenêtre frontale, à hauteur naturelle des yeux, que je vous regarde passer. Vous et vos parapluies, fermés, ouverts, retournés, envolés – le boulevard est venteux -, vos bras nus ou couverts, vos chapeaux de paille d’Italie, vos bonnets péruviens (un peu passés de mode) ou vos chapkas de Sibérie, qui me disent le temps qu’il fait et son ressenti plus distinctement que les meilleures applications météos. Vous  passez à pied, escortés de valises à roulettes ou pas, de chien en laisse ou pas, de caddys pour vos courses ou pas, de landaus/poussettes à une, deux, ou trois places et l’un d’entre vous, passager récurrent, fortiche, maîtrise conjointement une poussette à deux places et une laisse principale subdivisée en trois laisses secondaires terminées chacune par un chien microscopique. Vous passez à bicyclette, personnelle ou communautaire de modèles de plus en plus diversifiés, vous passez en trottinette, pouvant aussi être d’emprunt et non votre propriété, et vous passez encore sur roue électrique solitaire, même si parfois à deux de front vous tenant par l’épaule. Certains vendredis soir ou dimanches après-midi vous passez en troupeau à rollers, gyrophares ouvrant et fermant le cortège accompagné du doux chant des roulements à billes bien huilés ; fonceurs en tête de cortège, à l’horizontale. J’ai parfois envie de descendre vous rejoindre mais si j’ai déménagé dans Paris avec mon vélo, je n’ai pas cru bon de m’encombrer de la paire de rollers que ma confiance en une jeunesse éternelle m’avait fait acquérir, quand j’avais, quoi ? 45 ans ? Roulettes fort peu émoussées.

Mais c’est encore dans vos autobus que j’aime le mieux vous regarder passer. Le 83 Porte d’Ivry/Friedland Haussmann et le 91 Montparnasse TGV/Bastille, du moins quand ils veulent bien rallier leurs terminus officiels sans vous larguer en route, mesquinement, dès Invalides voire Sèvres-Babylone pour l’un, à Gare de Lyon pour l’autre, sans consentir à un tour de roue de plus, débrouillez-vous pour finir. J’étudie votre entassement et/ou la vacuité de tout ou partie du véhicule selon les jours et les heures de passage. Jamais je n’aurais imaginé encore banlieusarde prolongeant par le 91 mon court voyage ferroviaire au delà du Montparnasse monde, collée à un carreau côté circulation de préférence, que d’une fenêtre donnant sur le boulevard j’étais détaillée de la sorte par la locataire dont j’ai pris la place, pour autant que sa curiosité ait égalé la mienne. Principe cortazarien de l’axolotl, je suis des deux côtés, mais chacune à mon tour.

Si vous passez en automobile, de mon troisième étage je ne vous vois pas bien, sauf quand vous frimez aux beaux jours en cabriolet décapotable.  Mais en aucun cas je ne descendrais vous rejoindre.

Lire la suite : aperçus 6aperçus 7aperçus 8aperçus 9

oct 17, 2018

Habiter Paris (aperçus 4)

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Suite des précédents aperçus : 1, 2, 3.

Il y a dans Paris des rues dont les noms se ressemblent et que je confonds toujours, même habitant désormais à leur proximité relative : les rues Madame, Mademoiselle et Princesse mais ni l’une ni les autres avec Monsieur le Prince, comme on pourrait l’imaginer, celle là trop marquée par le douloureux souvenir de la mort de Malik Oussekine. Autres exemples :  Brézin et Bezout, Boissonade et Boussoulade. Sauf que la rue Boussoulade n’existe pas et n’a jamais existé, la confusion procède d’une erreur de ma part, je crois parfois que la rue Boissonade s’appelle Boussoulade et je me demande bien pourquoi je fais une fixation, au point de vouloir baptiser une rue parisienne de son nom, sur l’abbé Jean Boussoulade certes auteur d’un ouvrage[1] qui m’a bien servi lorsque je rédigeais ma thèse (pourtant non refréquenté depuis). Je confonds encore les rues Laromiguière et Lesdiguières, une seule sur ma rive pourtant, rien à voir géographiquement donc, et des hommes que séparent en outre deux siècles et leurs passions, au premier, celui de la montagne Sainte-Geneviève, les idées, au second, celui du Marais, les armes. Erasme et Descartes : laissez-moi réfléchir, l’une longe mon bureau mais laquelle, celle de l’humaniste ou celle du philosophe ? Et pour rester dans le cinquième arrondissement, je m’embrouille encore, avec Thuillier (Louis) et Toullier (sans prénom), les deux existent et je traîne le vieux remord d’avoir un jour fourvoyé vers l’une (Toullier) un couple qui cherchait l’autre (Thuillier), les envoyant vers le Panthéon. Rues pas si éloignées l’une de l’autre, certes, mais d’où la question m’était posée – près du carrefour Saint-Jacques / Gay-Lussac – gagner l’une puis revenir sur ses pas en quête de l’autre risquait fort de mettre ce couple en retard à un rendez-vous. Rendez-vous qui pouvait être important, médical, et des plus sérieux puisque l’entrée des consultations d’un hôpital spécialisé se fait par la rue Thuillier. Après coup je m’étais dit que forcément c’était cela qu’ils cherchaient.

Depuis que j’habite Paris je comprends que les gens perdus, paniqués, qui cherchaient le métro dans ma ville de banlieue où il n’y en avait pas ne pouvaient être que des Parisiens. Leur effroi faisait peine à voir quand on leur expliquait comment le rejoindre, au moyen d’un autobus, ou quand on leur proposait l’alternative du train qui les amènerait à Montparnasse. Mais l’idée de prendre le train les effrayait au plus haut point, les faisant se sentir tout à coup encore plus égarés et éloignés de Paris qu’ils ne le craignaient. C’était avant le dézonnage de la Carte Orange et la frontière entre les zones 2 et 3 passait entre les stations d’autobus Hébert-Gare et Lazare-Carnot. Il fallait aussi expliquer cela aux égarés anxieux d’âtre en règle avec la RATP qui cherchaient le métro.

Maintenant, ce vers quoi j’aiguille le plus souvent quand on me demande un renseignement, c’est l’hôpital Cochin, le Panthéon, la rue d’Ulm ou l’abbaye du Val-de-Grâce – confondue une fois par une touriste, pas très regardante, avec Notre-Dame de Paris ; je l’avais remise dans le droit chemin de la rue Saint-Jacques.

Lire la suite : aperçus 5, aperçus 6, aperçus 7, aperçus 8, aperçus 9.


[1]Jean Boussoulade, Moniales et hospitalières dans la tourmente révolutionnaire : les communautés de religieuses de l’ancien diocèse de Paris de 1789 à 1801, Paris, Letouzay et Ané, 1962, 260 p.

sept 29, 2018

Habiter Paris (aperçus 3)

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Pour servir de suite aux aperçus 1 et aperçus 2 d’un chantier d’écriture lente.

De Paris, longtemps je n’ai connu que deux portes : la porte de Versailles et la porte de Saint-Cloud. Celles vers lesquelles de la cité d’enfance menaient des autobus directs, respectivement les lignes 190 et 136. Il y avait bien aussi la porte d’Orléans dont on savait l’existence, mais le changement d’autobus obligé entre 190 et 195 à l’arrêt « La cavée » en rendait l’accès moins évident ; sans parler du nombre de petits tickets pliés en accordéon à confier au receveur qui augmentait du fait de la correspondance. La porte d’Orléans ne nous était pas plus lointaine mais aborder la ville par son franchissement coûtait plus cher. Trop cher.

Habiter Paris c’est – enfin et joyeusement ! – rentrer dans le rang en ne possédant pas de voiture. Avant notre déménagement du printemps 2013 C. et moi devions nous justifier de notre non-motorisation mûrement résolue et assumée et suscitions parfois sur ce sujet un léger apitoiement dont nous n’avions que faire. Paradoxe : là où, à ma portée et sans aucun effort pour les atteindre, je dispose des transports publics qui me manquaient en banlieue, je les néglige souvent et marche le plus possible. Tout ce qui m’est accessible en 30-35 minutes d’un bon pas, soit, grosso modo, tout ce qui se situe dans un rayon de 3 km ou presque, je n’y vais pas autrement (sous réserve que la météorologie y mette du sien). Je vous parle à vol d’oiseau et je ne vous cache pas que talons aiguilles merci bien pas pour moi. J’ai tracé sur le plan de Paris d’un calendrier de la Poste à terme échu, la superficie délimitée par mon rayon d’action piéton. Pas au compas, plus personne autour de moi n’en possède, mais en déplaçant circulairement, le plus rigoureusement possible, un double décimètre dont je maintenais l’origine sur mon port d’attache. J’ai calculé mon aire de marche : 28,26 km2 (2826 hectares) soit 268/1000e de la surface de la capitale, un peu plus du quart. Encore que mon cercle déborde sur la banlieue entre la Porte de Vanves et la Porte d’Italie et même, à hauteur de ce qui me semble être Arcueil mais ce n’est pas écrit et pour cause, de la limite inférieure du cadrage du plan de la Poste. J’exprime ma surface en millièmes de co-propriété pour mieux la posséder : avec Paris je suis assez possessive. Je calcule aussi le périmètre de cette aire de marche, 18,84 km, mais plus par souci d’exhaustivité arithmétique qu’autre chose, n’ayant aucune intention d’en faire le tour ; pour ordre de grandeur, je constate que c’est à peu près la moitié de la longueur déroulée du boulevard périphérique. Autre paradoxe : désormais cernés de la profusion des taxis ou de leurs émules dont l’absence en banlieue, à certaines heures de la nuit, complique terriblement la vie, nous n’en avons plus besoin.

Lire la suite : aperçus 4, aperçus 5, aperçus 6, aperçus 7, aperçus 8, aperçus 9.

sept 20, 2018

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