L'employée aux écritures

le blog de Martine Sonnet – ISSN : 2267-8735

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"Le problème de la nuit reste entier. Comment la traverser, chaque fois la traverser tout entière ?" Henri Michaux

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Cassage de briques

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Quand on marche sur les larges trottoirs de l’avenue de France entre gare d’Austerlitz et BnF site François Mitterrand, comme cela m’est arrivé à plusieurs reprises ces temps derniers, juste avant de croiser le pont de la ligne 6 du métro quand celle-ci atteint la station “Quai de la gare”, la vue plonge sur un chantier de démolition. Pas un petit chantier, non, une entreprise conséquente s’attaquant à tout un ensemble immobilier. Il s’agit de faire vaste place nette et place au neuf : renouvellement urbain.

Des bâtiments de briques de cinq étages qui semblaient tenir encore très bien debout, n’avoir pas pris une ride. Moi j’ai toujours aimé la brique comme matériau de construction précisément pour sa qualité de résistance au temps. Alors j’ai un peu de peine à voir s’abattre ces immeubles ressemblant comme des frères à ceux de la cité dans laquelle j’ai grandi (pas étonnant, même époque de construction) et la crainte que les anciens habitants du quartier n’y retrouvent pas forcément leurs petits une fois l’opération faite.

Ce qui se profile à l’horizon est tout de même très différent.

En attendant là-bas ça casse des briques et pas de main morte.

Et pour remonter le temps, le blog ami Pendant le week-end a enquêté sur l’histoire du quartier. Merci à lui.

mai 12, 2018

Habiter Paris (aperçus 2)

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Pour faire suite au billet d’hier, quelques autres extraits du chantier Habiter Paris et plus précisément de la première partie du texte, sous-titrée “Du déménagement”, les quatre autres traitant “De l’appartement”, “Du quartier”, “De Paris en général” et “De quelques autres villes en particulier”.

J’ai écrit un jour que j’habitais la gare Montparnasse et réciproquement. Habiter la gare signifiait clairement que je n’étais dans la ville qu’une passagère agrippée autant qu’elle le pouvait à son sas. Quand j’expliquais à des Parisiens intra murés que j’habitais en banlieue « mais à sept minutes de train seulement de la gare Montparnasse » on me rassurait : sept minutes, quantité négligeable. Quand aux mêmes je dis aujourd’hui que jamais je n’aurais imaginé à quel point la vie pouvait être différente selon que l’on s’endorme et se réveille d’un côté ou de l’autre du périphérique, ils sont hypocritement d’accord : cela n’a rien à voir. A mon tour maintenant de rassurer les banlieusards et de conforter les Parisiens désireux de s’exmurer, mus le plus souvent par un désir d’adéquation entre le nombre de chambres du logement familial et celui des enfants. Mes propos, mesurés, les confortent dans leur projet, mais insistent sur l’absolue nécessité de se scotcher – pas plus de cinq minutes à pied – à une gare ou à une station de l’une de ces lignes de métro prolongées hors les murs, la 4, la 7, la 12 ou la 13 en attendant la 14. Ce disant, un soupçon de mauvaise conscience m’assombrit, sachant pertinemment, pour avoir joué ma partie, qui perd et qui gagne sur cette marelle. Au demeurant ici ou là chacun voit midi à sa porte de Versailles et l’avènement du « GRAND PARIS » est au bout du tunnel.  On ne fera plus qu’un, coeur et couronnes en fusion, disent-ils. Les chantiers de la mégapole promise et de ses gares, je les ai à l’oeil. Mais j’attends toujours celui de la déconstruction du périphérique par lequel tout aurait dû commencer. La ville et les esprits auraient grandis ensemble par capillarité.

Encore banlieusarde, au printemps 2011, j’ai photographié la maternité promise à démolition de l’hôpital Saint-Vincent-de-Paul, 82 boulevard Denfert-Rochereau XIVe arrondissement de Paris, où sont nés mes fils. Maternité Adolphe Pinard : inscription en lettres carrelées au fronton, bâtiments en carré fermé autour d’une pelouse, deux étages, architecture à taille humaine et humanité du service. Des bâtiments de brique, comme ma vieille maison natale normande et comme ma cité d’enfance. Je prends une première série de photos sur le terrain, arpentant l’enclos, puis une seconde, aérienne. Du 56e étage de la tour Montparnasse, je zoome sur l’hôpital aux bâtiments aisément repérables à partir de la mosaïque carroyée de verdure du cimetière qui, vu du ciel, le jouxte. Mes fils prêtent une attention polie à des clichés propres à satisfaire d’éventuelles curiosités tardives, le jour où le 82 boulevard Denfert-Rochereau ne gardera plus trace des naissances pas milliers survenues à cette adresse. Je les engrange aussi pour moi ces photographies d’un lieu auquel m’attachent des raisons que je perçois maintenant plus clairement qu’à l’époque où je jouais des coudes pour y mettre au monde mes enfants bien que n’habitant pas Paris. Qu’ils y voient le jour procédait du parfait accomplissement, en trois générations, de l’exode familial vers la capitale aux portes de laquelle s’étaient arrêtés mes parents, tant par l’embauche de mon père à la Régie Renault de Billancourt, que par le logement obtenu, cité de la Plaine, Clamart, Seine. La montée à Paris de l’ancien artisan charron/forgeron/tonnelier n’ayant pas atteint tout à fait son cœur, je porte au monde mes enfants au terme géographique théorique de sa trajectoire. Je leur fais franchir in puis ex utero l’ultime pas séparant la condition de « Parisiens des taillis » de celle de Parisiens légitimes écrivant « Paris XIVe » à la rubrique « lieu de naissance » des formulaires administratifs.

En janvier 2018, une affiche placardée sous le porche de notre immeuble annonce que celui-ci fait partie des 8% du périmètre de la ville recensé cette année. Je ne cache pas ma joie, un peu puérile, d’être comptée Parisienne, même si d’adoption. J’éprouve le même contentement à devoir renouveler un mois plus tard ma carte nationale d’identité et mon passeport arrivés ensemble à échéance : les nouveaux sont établis à ma bonne et belle adresse. Je compare la photographie rien moins que décorative qui m’identifie sur mes nouveaux papiers avec celle qui ornait encore un peu les anciens : les contraintes de non-sourire, d’oreilles bien dégagées et de dépouillement de toute expression comme de tout accessoire se sont aggravées. Pour un résultat contre-productif : je pense ne me ressembler que bien peu sur mes pièces d’identité nouvelles. Ou alors, si ces photos révèlent la vérité de mon essence de désormais sexagénaire, je comprends mieux que lorsque j’emprunte l’autobus ou le métro, de plus en plus souvent, si ceux-ci sont bondés, une jeune personne me propose sa place assise. Je décline l’offre poliment mais abîmée de réflexions sur mon apparence probablement plus en phase avec l’âge de mes artères qu’avec celui de mon mental exalté par la vie parisienne. Mon rajeunissement consécutif au franchissement du périphérique ne se lit, hélas, pas sur ma figure.

avr 29, 2018

Habiter Paris (aperçus 1)

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Cinq ans ces jours-ci que j’habite Paris : occasion de publier sur le blog quelques petits extraits du début d’un texte en chantier (depuis cinq ans !) “Habiter Paris”.

Habiter Paris m’occupe l’esprit à temps complet depuis que j’ai franchi d’un bond, pieds joints, le boulevard périphérique et ses huit voies de circulation, le boulevard des maréchaux et ses rails de tramway, la Petite Ceinture, ses voies, ses gares, réaménagée loisirs ou à l’abandon, le mur des Fermiers Généraux murmures encore audibles, et l’enceinte de Charles V. Mais pas celle de Philippe Auguste : retouché terre juste avant, en plein « champ des capucins » des plans antérieurs à la percée du boulevard de Port-Royal (en lieu et place de la vieille rue des Bourguignons) et au lotissement du quartier. J’habite Paris depuis le vendredi 29 avril 2013 aux environs de 13 heures, munie d’un bail signé le 1er mars précédent. Se maintenir à loyer constant extra et intra muros supposait, à la mesure de moyens moyens, de se défaire d’un tiers de surface et donc d’un tiers de l’ensemble de nos biens et effets meubles. Avant le grand saut, deux mois se passent à trier, vendre, donner, échanger, et pour finir jeter en fonction du calendrier du passage des encombrants. Le déménagement s’achève pour C. et moi en taxi ; un taxi libre miraculeusement surgi de nulle part sur notre chemin alors que, camion parti, porte et volets de l’appartement quitté verrouillés, nous nous dirigions portant sacs à dos et traînant valises à roulettes vers l’arrêt « Pierre Louvrier » de l’autobus 189 qui nous rapprocherait du métro. Le chauffeur s’enquérant de notre destination de vacances, nous avions répondu que non, c’était un déménagement pour Paris. Depuis le vendredi 29 avril 2013 aux environs de 13 heures, locataire de trois pièces dans Paris à la merci d’une non reconduction de bail, d’un caprice de propriétaire qui sonnerait la fin de la fête, j’en jouis chaque jour comme si c’était le dernier.

Amarrée rive gauche, sans l’avoir cherché ni même jamais osé l’espérer, j’aborde les terres parisiennes qui ont de tout temps été les plus familières aux banlieusards timides d’origine provinciale que nous avons d’abord été. Famille arrivée de sa campagne dans les années cinquante du XXe siècle, effrayée à l’idée de la profondeur à laquelle notre ligne de métro, la 12, Mairie d’Issy – Porte de la Chapelle (le terminus Nord de cet ancien Nord/Sud n’atteignait pas encore Aubervilliers), s’enfonçait pour passer sous le fleuve entre Chambre des députés et Concorde. Nous n’allions voir de l’autre côté qu’en cas de nécessité absolue, comme se faire redresser les dents à meilleur compte dans une École Dentaire que je ne parviens pas aujourd’hui à localiser (du côté du métro Notre-Dame-de-Lorette ?) ou faire appel aux compétences des vendeurs-experts d’un rayon de la Samaritaine ou du Bazar de l’Hôtel de Ville inexistant au Bon Marché – qui l’était encore un peu ou du moins nous restait abordable -, notre grand magasin par défaut puisque seul implanté sur la rive gauche.

Venue, quinquagénaire, habiter la capitale intra muros au XXIe siècle, je réinvestis le 75 qui signifiait fièrement la Seine sur les plaques des rares voitures circulant autour des HLM de mon enfance banlieusarde comme sur celles qui roulaient dans Paris. Un 75 indu source d’un léger sentiment de supériorité à l’égard des malheureux flanqués du 78 qui encerclaient comme nous la ville mais à distance ; infortunés (même à Versailles) habitants de la Seine-et-Oise voués en outre à la vindicte automobile pour leur réputation de piètres conducteurs. Avant que le boulevard périphérique, à l’emporte-pièce, renvoie chacun à ses quartiers et que notre 75 usurpé soit rétrogradé en 92 : loi du 10 juillet 1964 entrée en vigueur au premier janvier 1968.

Mon cinquième changement d’adresse en cinq décennies a été de loin le plus radical – je ne compte pas le déménagement qui m’arrache, encore dans mes langes, de la maison du bord de la route. Dans la ville de banlieue dont je ne bouge pas pendant 57 ans, deux fois même je n’ai déplacé mes baluchons que de quelques mètres, pour ainsi dire au diable, à la brouette et au charriot à commission pour les livres, passant du 18 au 12 d’une même rue puis du 138 au 220 d’une même avenue. Des sauts de puce. Venue habiter mon quartier de travail, géographie intégrée de longue date pourtant, tours, détours et raccourcis rebattus, je ne le marche plus du même pas. L’allure sereine, je fréquente volontiers le côté du trottoir que je n’empruntais jamais ; je revisite le quartier, adopte un nouveau point de vue sur des façades ignorées, me laisse guider par des commerces de bouche dans lesquels je n’entrais pas. Et surtout, je marche délestée du souci quotidien de devoir au bout du jour et du compte rentrer à la maison hors la ville et en éprouver toute la lassitude. Plus légère, moins fatiguée, je dors paradoxalement mieux sur le boulevard où hôpitaux et caserne de pompiers nous cernent – sirènes à proportion – qu’entourée de jardins silencieux la nuit au bout de l’allée en impasse dans le quartier pavillonnaire quitté.

avr 28, 2018

Grands airs pour filets d’air

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Parmi les choses (assez nombreuses) que je ne peux m’empêcher de photographier quand j’en croise sur mon chemin dans la ville, il y a ces plaques ouvragées d’aération de caves que l’on rencontre au soubassement de certains immeubles. Si la plupart de ces dispositifs contrant le développement des moisissures en sous-sol se contentent d’être strictement fonctionnels, alignant sans prétention leurs rangées de petits trous ronds, il en existe aussi de plus ambitieux, exposant leurs découpes savantes. Ce sont ces plaques/grilles que j’engrange, celles qui se donnent de grands airs pour un filet d’air, en me demandant si s’exprimaient dans leurs dessins, à l’emporte-pièce, des fantaisies d’architectes ou si ces motifs ornementaux se choisissaient sur catalogues de tôliers métaliers, en prêt à poser.

Echantillon de ma collection avec effets tulipes et grappes de raisins.

Ajout du mardi 20 février : ce matin le blog ami “Pendant le week-end” vous en propose aussi (avec localisation et touche végétale)

fév 18, 2018

Sophie Calle orpheline tout à fait

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Au musée de la Chasse et de la nature (où je n’avais jamais mis les pieds) se tient jusqu’au 11 février prochain l’exposition Beau doublé, Monsieur le marquis !, confiant ses étonnantes collections aux bons soins de Sophie Calle et de son invitée la sculptrice Serena Carone. C’était bien la première fois que si j’avais été détentrice d’un permis de chasse j’aurais bénéficié du tarif réduit pour visiter une exposition - aucun regret pour autant de n’avoir pu m’en prévaloir à la caisse. Ce n’était pas la première fois en revanche que je visitais une exposition de Sophie Calle en me disant qu’il fallait absolument que L’employée aux écritures en parle. Forts souvenirs de Prenez soin de vous dans la salle des Imprimés de la chère vieille BN de la rue de Richelieu (qui avait donné matière à l’un des tous premiers billets de ce blog), comme de l’installation RACHEL MONIQUE au Palais de Tokyo également évoquée. D’ailleurs Monique la girafe a fait le voyage de l’atelier de l’artiste au musée de la Chasse comme elle l’avait fait au Palais de Tokyo. Retrouvailles.

L’exposition actuelle ne saurait se voir sans raviver l’empreinte de RACHEL MONIQUE parce que, comme la mère de l’artiste, en sa fin même, habitait cette installation, l’une des salles de Beau doublé, Monsieur le marquis ! respire des ultimes souffles de Bob, son père, de derniers mots possibles, suspendus, en dernier mot point final. Et au bouquet de soucis que la fille tendait à sa MOTHER se substituent trois reines marguerites pour son FATHER.

De ses contacts proches qui ne répondent plus, mère, père et tant d’autres cisaillés du fil des ans, de ses adresses à effacer dans ses agendas et autres répertoires, Sophie Calle ne sait pas trop quoi faire, cherche la méthode, nous consulte,

finit par nous poser directement la question, ouvrant un livre blanc dont elle nous invite à couvrir les pages,

moi j’ai répondu : “Je les écris pour les partager avec vous”.

Quant à ce que Sophie Calle et Serena Carone ont astucieusement éparpillé dans les autres salles du musée, je vous laisse les surprises. Juste souligner le bonheur de réemboîter le pas de la Suite vénitienne, de retrouver là, sorties du livre (un de mes livres de chevet), Des histoires vraies et combien il y aurait à dire à propos des textes de l’installation Le Chasseur français, saisissant survol, de décennie en décennie, de 120 ans de petites annonces d’hommes à l’affût. Profitez comme moi de la nocturne du mercredi : excellentes conditions pour visiter tranquillement en prenant le temps de tout lire.

jan 4, 2018

Des savoirs encombrants (et de l’obsolescence)

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Comme je passais hier soir rue Saint-Jacques, avait été déposé sur le trottoir, sensiblement à hauteur de l’abbaye du Val-de-Grâce et au coin de la place Alphonse Laveran, ce carton contenant une édition sans doute complète de l’Encyclopedia universalis. Pour s’en débarrasser parce que, probablement, aucune autre solution n’avait été trouvée quand il s’était agi de vider un appartement ou une cave – c’est fou ce qu’il se déverse des logements sur les trottoirs ces mois d’été à Paris, sans que les videurs ne cherchent de voies de recyclage pour ce qui peut encore servir ni ne fassent appel aux services compétents pour le reste. A se demander souvent quels liens unissaient les possesseurs des choses étalées sur la voie publique et les évacuateurs, et quand il s’agit, comme souvent, de se défaire d’un héritage encombrant, quelles rancoeurs voire quelles vengeances se libèrent dans ces expositions à touts vents. Mais là, l’Universalis, tout de même, me donnait encore plus à penser et pas seulement parce que la veille, distraction estivale de dix-huitiémiste, j’avais achevé la lecture du roman d’Arturo Pérez-Reverte, Deux hommes de bien, racontant les tribulations de deux membres de l’Académie royale de Madrid envoyés à Paris, peu avant la Révolution, se procurer, pour la bibliothèque de l’Académie, les 28 volumes de l’édition originale de l’Encyclopédie, l’autre, celle de Diderot et d’Alembert (et collaborateurs). Le carton dans lequel je butais hier signifiait crument qu’on ne sait plus quoi faire de la version imprimée d’une somme de connaissances rassemblées sur le papier il y a un demi-siècle, continuée et mise à jour sur d’autres supports et désormais en ligne. Soit, ces volumes sont plus lourds et moins maniables qu’une tablette, mais plus personne, nulle part, vraiment, pour avoir envie de les feuilleter ? Ce qui me chiffonnait encore, dans l’abandon dont j’étais témoin rue Saint-Jacques, rue originelle des imprimeurs parisiens, c’est que je me souvenais de l’investissement que l’achat (à crédit) de l’Encyclopédie universalis avait pu représenter, dans certaines familles de mes camarades de lycées dans les années 1970, d’une certaine fierté qui allait avec, et de l’invitation faite par ses possesseurs aux moins nantis (dont j’étais) à venir préparer chez eux leurs exposés en partageant cette ressource documentaire convoitée. Ce n’était pas rien, l’alignement de ces volumes au bas d’un meuble bibliothèque, ça en jetait (avant qu’on ne les jette).

août 5, 2017

Boîtes à lettres mortes

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Que je n’aime pas ces outrages, ces fins de non recevoir opposées, à grand renfort de scotch maison, à nos belles lettres ! Moi toujours à attendre le passage du facteur et déçue à chaque fois que j’ouvre une boîte vide, moi maniaque du courrier sous toutes ses formes et à titre personnel comme à celui d’historienne faisant souvent son miel d’échanges épistolaires de longue date décachetés. Je souffre avec ces deux boîtes, becs cloués, de la grande Poste du boulevard du Montparnasse que la mainmise d’un promoteur sur le bel édifice commandé à l’architecte Michel Roux-Spitz à la fin des années 1940 par  l’administration du TELEGRAPHE POSTE TELEPHONE, pour y loger sa direction parisienne, a condamné à leurs dernière levée. La cachet de la Poste n’est plus ce qu’il était.

PS  : ce mercredi un complément historique illustré de ce billet nous est gracieusement offert par Pendant le week-end.

juin 12, 2017

En passant par la rue Poulletier

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Passant hier par la rue Poulletier, dans l’île Saint-Louis, pour rejoindre sur le quai d’Anjou l’hôtel de Lauzun où se tenait le colloque Paris et ses peuples : sociabilités et cosmopolitismes urbains au siècle des Lumières, au numéro 5 bis, je repère cette porte verte, peinte de frais,

et m’émeut en déchiffrant l’inscription au fronton, Dieu merci conservée,

parce que les écolières de la charité de la paroisse Saint-Louis-en-l’Ile et leurs maîtresses (des soeurs de Saint-Vincent-de-Paul, dans la place depuis 1658), je ne connais qu’elles. Je les ai tellement fréquentées, à fureter dans leurs archives, quand j’écrivais ma thèse sur “L’éducation des filles à Paris au XVIIIe siècle” ! Il était 9 heures du matin quand j’ai pris ces photos et je n’ai croisé personne, ce n’était par leur heure : les écolières de la charité venaient là de 8 à 11 le matin et de 2 à 4 l’après-midi en hiver, de 2 à 5 en été. Un décalage horaire saisonnier pour ne pas livrer les fillettes à la nuit trop noire. Principe de précaution (déjà).

Deux classes dans l’école : La première sera composée d’enfants d’environ sept ans et au-dessous auxquelles on apprendra les éléments du catéchisme, à connaître les lettres, à épeler et à former les lettres. La deuxième des filles au-dessus de cet âge, dans laquelle on apprendra le catéchisme, à lire en français et en latin, à écrire et à compter tant aux jetons qu’à la plume. Un programme, édicté par le Règlement pour l’école de charité des filles de Saint-Louis-en-l’île imprimé chez Josse en 1713, auquel souscrit le curé de la paroisse quand il demande à la maison mère des Filles de la Charité de lui envoyer une nouvelle institutrice : J’espère que vous nous choisirez une fille habile et entendue, qui puisse montrer à nos enfants la lecture et l’écriture avec l’arithmétique pour les pouvoir apprendre à compter et à jeter. Je ne vous parle pas de catéchisme et des instructions chrétiennes car vous savez bien que c’est ce qui doit marcher avant toutes choses (1716, AN S 6160).

Quant aux fillettes, même si le Règlement, en son article IX, précise On ne recevra à l’Ecole de charité que les filles des Pauvres et les écolières seront exclues lorsque les parents auront le moyen de les mettre aux autres écoles qu’à celle de Charité ce ne sont tout de même pas les plus démunies du quartier : tout simplement parce qu’il faut que la subsistance familiale puisse se passer, au moins temporairement, de l’appoint du menu gain d’un travail enfantin.

Je n’avais pas l’usage quotidien de la photographie, qui est devenu le mien grâce aux prodigieux outils dont nous disposons désormais, quand je travaillais sur ma thèse. Aussi, les traces dans la ville des lieux que je visitais alors “en archive” je ne les ai jamais collectées. Mais il n’est pas trop tard pour le faire et la prochaine fois que je passe à l’angle des rues de Vaugirard et Bonaparte, je photographie les quatre colonnes du jardin des filles de l’Instruction chrétienne que j’ai à l’oeil depuis longtemps.

Additif : la porte avant repeinture est à voir dans le billet Oublier Paris #69, complément, savamment illustré comme toujours, de Piero de Belleville que L’employée aux écritures remercie et félicite pour son espièglerie.

mai 20, 2017

Le temps retrouvé c’est une banque

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J’ai souvent, dans les années 1980, acheté au “Temps retrouvé” mes agendas, ce qui me semblait logique et de bon augure. Mais voilà que cette antique librairie-papéterie de la rue Saint-Jacques, tout près du croisement avec la rue Soufflot (sur la droite en regardant dans la direction de Saint-Jacques-du-Haut-Pas), fermée, local à l’abandon, depuis belle lurette, se convertit en banque, par capillarité avec l’établissement qui la jouxte. Il me semble ne pas l’avoir vue ouverte, avec ses bacs à livres sur Paris et ses présentoirs à cartes postales sur le trottoir, depuis que je suis revenue travailler dans ce quartier en 2008 (mais je me trompe, voir ci-dessous et surtout ici). Elle fonctionnait en revanche lors de ma première période d’activité dans les parages, de 1981 à 1989. Le seul livre que je suis sûre d’avoir acheté là – soldé ? – c’est un Paris au fil du temps : atlas historique d’urbanisme et d’architecture, par Pierre Couperie (Joël Cuénot éditeur) toujours avec moi et que je consulte encore. Dans la même collection, plus tard et ailleurs, je m’étais procuré le volume consacré à Rome après y être allée pour la première fois au printemps 1985 à l’invitation de l’Ecole française. Tout ceci pour dire que si l’on savait déjà que le temps c’est de l’argent, le temps retrouvé c’est encore plus d’argent, c’est même une banque. Normal :  les intérêts ont couru tout leur soûl.

Additif correctif :  le billet complémentaire illustré du blog ami Pendant le week-end remet les pendules à l’heure : “Le temps retrouvé”sous forme de librairie à l’enseigne bien lettrée n’a fermé qu’en 2012.

mai 17, 2017

D’un magasin spécialisé disparu

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Dans l’arrondi, entre rue Saint-Dominique et boulevard Saint-Germain, en lieu et place de ce si voyant magasin de chaussures pour enfants, tellement trop blanc, il y en a eu longtemps un autre qui, si je ne me trompe, avait pour seule enseigne “VETEMENTS POUR PAYS CHAUDS”. Il ne s’appelait pas autrement. Et de l’autobus 94 dans lequel je me trouvais allant à, ou revenant de, mon bureau alors situé du côté du boulevard Haussmann, j’en regardais les étalages, perplexe, me demandant à partir de quelle durée de séjour il devenait pertinent de se vêtir (sans aucun doute fort coûteusement) à cette adresse en vestes sahariennes, bermudas et autres chemisettes couleur sable aux plis impeccablement repassés et aux multiples poches. Poches de tous formats et sous toutes les coutures : à se demander s’ils les remplissaient toutes, une fois là-bas, les acheteurs de “VETEMENTS POUR PAYS CHAUDS”. J”ai rêvé ou les mannequins des deux sexes qui habitaient, étés comme hivers, légèrement vêtus, les vitrines de la boutique étaient coiffés de casques coloniaux ? En tout état de cause, je ne crois pas que dans la ville, à un autre coin de rue, il y ait jamais eu de magasin à l’enseigne “VETEMENTS POUR PAYS FROIDS”, ou alors pas sur le parcours de mes autobus habituels.

PS : le tout petit pan de mur jaune, sur la rue Saint-Dominique, extrême gauche du cadre à hauteur de la voiture grise, c’est le mur d’enceinte de l’hôtel particulier qu’habitait sous le Second Empire Caroline Brame, avec son père. Son journal intime a été publié en 1985, j’en avais rendu compte dans Le mouvement social. Je pense toujours aussi à elle et à son triste destin quand je passe par là.

mai 8, 2017

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