L'employée aux écritures

le blog de Martine Sonnet – ISSN : 2267-8735

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"Le problème de la nuit reste entier. Comment la traverser, chaque fois la traverser tout entière ?" Henri Michaux

Archives for variétés parisiennes

Habiter Paris (aperçus 3)

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Pour servir de suite aux aperçus 1 et aperçus 2 d’un chantier d’écriture lente.

De Paris, longtemps je n’ai connu que deux portes : la porte de Versailles et la porte de Saint-Cloud. Celles vers lesquelles de la cité d’enfance menaient des autobus directs, respectivement les lignes 190 et 136. Il y avait bien aussi la porte d’Orléans dont on savait l’existence, mais le changement d’autobus obligé entre 190 et 195 à l’arrêt « La cavée » en rendait l’accès moins évident ; sans parler du nombre de petits tickets pliés en accordéon à confier au receveur qui augmentait du fait de la correspondance. La porte d’Orléans ne nous était pas plus lointaine mais aborder la ville par son franchissement coûtait plus cher. Trop cher.

Habiter Paris c’est – enfin et joyeusement ! – rentrer dans le rang en ne possédant pas de voiture. Avant notre déménagement du printemps 2013 C. et moi devions nous justifier de notre non-motorisation mûrement résolue et assumée et suscitions parfois sur ce sujet un léger apitoiement dont nous n’avions que faire. Paradoxe : là où, à ma portée et sans aucun effort pour les atteindre, je dispose des transports publics qui me manquaient en banlieue, je les néglige souvent et marche le plus possible. Tout ce qui m’est accessible en 30-35 minutes d’un bon pas, soit, grosso modo, tout ce qui se situe dans un rayon de 3 km ou presque, je n’y vais pas autrement (sous réserve que la météorologie y mette du sien). Je vous parle à vol d’oiseau et je ne vous cache pas que talons aiguilles merci bien pas pour moi. J’ai tracé sur le plan de Paris d’un calendrier de la Poste à terme échu, la superficie délimitée par mon rayon d’action piéton. Pas au compas, plus personne autour de moi n’en possède, mais en déplaçant circulairement, le plus rigoureusement possible, un double décimètre dont je maintenais l’origine sur mon port d’attache. J’ai calculé mon aire de marche : 28,26 km2 (2826 hectares) soit 268/1000e de la surface de la capitale, un peu plus du quart. Encore que mon cercle déborde sur la banlieue entre la Porte de Vanves et la Porte d’Italie et même, à hauteur de ce qui me semble être Arcueil mais ce n’est pas écrit et pour cause, de la limite inférieure du cadrage du plan de la Poste. J’exprime ma surface en millièmes de co-propriété pour mieux la posséder : avec Paris je suis assez possessive. Je calcule aussi le périmètre de cette aire de marche, 18,84 km, mais plus par souci d’exhaustivité arithmétique qu’autre chose, n’ayant aucune intention d’en faire le tour ; pour ordre de grandeur, je constate que c’est à peu près la moitié de la longueur déroulée du boulevard périphérique. Autre paradoxe : désormais cernés de la profusion des taxis ou de leurs émules dont l’absence en banlieue, à certaines heures de la nuit, complique terriblement la vie, nous n’en avons plus besoin.


sept 20, 2018

Cette dame au chignon vert

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surgie ces jours derniers, bien cadrée, rue de L’abbé de L’Epée (Paris 5e) me fait me souvenir qu’il y avait autrefois chez nous, ce livre, Ces dames aux chapeaux verts, de Germaine Acremant qui avait dû appartenir à l’une de mes soeurs aînées et que je n’ai jamais lu. En vertu d’un principe, bien établi dans ma petite tête, qu’un livre – et surtout un roman – acquis par l’une de mes soeurs n’était en aucun cas susceptible de m’intéresser. Non que l’on m’ait jamais dissuadée d’ouvrir quelque livre que ce soit : j’édictais mes “mises à l’index” toute seule comme une grande.

Ce qui m’impressionnait avec les chapeaux verts, outre leur logique publication dans la Bibliothèque verte, c’était le fait que l’auteure porte le même prénom que notre mère. Nous n’en connaissions pas beaucoup des livres signés d’une Germaine quelque chose et c’était même probablement le seul présent sur nos étagères. A ces côtés étaient rangés  Trois hommes dans un bateau (Jérôme K. Jérôme – autre nom intrigant – Bibliothèque verte également) et Les Carnets du Major Thompson (Pierre Daninos, collection Le livre de poche) que je n’ai jamais lus non plus. Les dames, les canotiers et le Major, tout ce monde-là faisant bon ménage en une improbable trilogie qu’il me reste à lire (ou pas).

PS du 12 août : on trouvera sur le blog Pendant le week-end le même cadre, vide ou autrement rempli. Merci au tenancier attentif.

août 8, 2018

Injonction piétonnière ciblée

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Toujours intriguée par la variété des formules écrites/imagées par lesquelles on nous enjoint, plus ou moins poliment, à passer notre chemin de l’autre côté de la rue. J’en ai déjà ici répertorié quelques exemples. Mais ce modèle-ci, croisé aujourd’hui dans le VIIe arrondissement, entre boulevard Saint-Germain et rue du Bac,  je ne l’avais encore jamais vu.

Certes, le quartier est riche en ministères et qui dit ministères dit bataillons de costards/cravates/serviettes à l’entour, cela va de soi. Mais à l’heure où l’injonction est aussi à être inclusif (jusque et y compris malheureusement en écriture) on aurait voulu me signifier que je n’avais rien à faire dans le quartier qu’on ne s’y serait pris autrement.

juil 29, 2018

De ce qu’il advient… (j’y reviens)

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Moi je trouve qu’ils ont bossé vite. Aujourd’hui c’était démontage de grue rue des Fossés Saint-Bernard. J’y passais rentrant à pied de la bibliothèque de l’Arsenal où je me réjouis toujours d’avoir quelques ouvrages à consulter (on vous les apporte encore à votre place après que vous ayez rempli à la main des bulletins papier de demande – un peu comme à Richelieu au XXe siècle quand je débutais dans le métier). La grue démontée ça sent la fin de chantier. Quelque chose de l’ordre de la commedia e finita, on démonte et on remballe, on va jouer ailleurs. Seulement là, un décor nouveau reste planté.

Pour mémoire quand j’ai commencé à m’intéresser à ce qui se tramait entre rue des Fossés Saint-Bernard et du Cardinal Lemoine on était le 15 janvier 2017 et ce qu’on longeait encore descendant vers la Seine, c’était l’immémoriale façade verte du garage Mercedes Benz “Jussieu automobiles”, photographiée cernée des palissades annonciatrices dès septembre 2016.

Entre temps il y a eu brèche,

respiration dans le vis à vis, percée de perspectives dont, dans la succession des générations de passants dans la ville, nous aurons été les seuls témoins. A charge pour nous d’archiver ces hiatus fugaces du tissu urbain.

PS : la phase table rase du chantier est visible du ciel dans le billet du jour du blog Pendant le week-end, merci à lui de ses compléments toujours bien inspirés et illustrés.

juil 9, 2018

Petite typologie illustrée des butoirs : un additif

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Du temps où rien ne m’échappait du Montparnasse monde, fréquentation bi-quotidienne aidant, j’avais dressé une typologie des butoirs visant, en bout de chaque quai, à empêcher la répétition d’un accident photogénique en diable mais fatal pour Augustine Aguilard qui remplaçait ce jour là (22 octobre 1895)  son mari vendeur de journaux place de Rennes. Paix à son âme. Je n’y reviens pas (accident raconté page 81 dans le livre).

Ce qui me fait repenser aux butoirs dans toute l’étendue de leur gamme, c’est celui-ci, depuis peu en vitrine, avec tout un attirail ferroviaire miniature un peu en vrac (et même des cheminots couchés comme on dirait des gendarmes ralentisseurs) de la boutique d’antiquité/brocante du boulevard. Si je n’ai jamais repéré ce modèle à Montparnasse, je le trouve néanmoins des plus intéressant, couleur forme et matière, et surtout ses délicats petits ressorts garantissant une certaine douceur au contact d’arrêt. Respectueux égard pour la locomotive qui justifie à mes yeux que ce butoir fasse l’objet d’un additif délocalisé à ma typologie des butoirs montparnassiens. Et qui sait, d’ailleurs à quoi ressembleront les butoirs quand la rénovation de la gare sera achevée : étaient-ils inclus dans le cahier des charges ?)

PS : Une boutique d’antiquités/brocante décidément branchée transports air/fer/mer que j’ai déjà vu proposer à la vente des rangées de sièges de boeing, un grand plan ancien du métro parisien en provenance d’une station, cet engin de marine dont j’ignore le nom que je vous avais montré, et même une antédiluvienne petite cabine d’ascenseur en bois .

juin 13, 2018

Cassage de briques

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Quand on marche sur les larges trottoirs de l’avenue de France entre gare d’Austerlitz et BnF site François Mitterrand, comme cela m’est arrivé à plusieurs reprises ces temps derniers, juste avant de croiser le pont de la ligne 6 du métro quand celle-ci atteint la station “Quai de la gare”, la vue plonge sur un chantier de démolition. Pas un petit chantier, non, une entreprise conséquente s’attaquant à tout un ensemble immobilier. Il s’agit de faire vaste place nette et place au neuf : renouvellement urbain.

Des bâtiments de briques de cinq étages qui semblaient tenir encore très bien debout, n’avoir pas pris une ride. Moi j’ai toujours aimé la brique comme matériau de construction précisément pour sa qualité de résistance au temps. Alors j’ai un peu de peine à voir s’abattre ces immeubles ressemblant comme des frères à ceux de la cité dans laquelle j’ai grandi (pas étonnant, même époque de construction) et la crainte que les anciens habitants du quartier n’y retrouvent pas forcément leurs petits une fois l’opération faite.

Ce qui se profile à l’horizon est tout de même très différent.

En attendant là-bas ça casse des briques et pas de main morte.

Et pour remonter le temps, le blog ami Pendant le week-end a enquêté sur l’histoire du quartier. Merci à lui.

mai 12, 2018

Habiter Paris (aperçus 2)

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Pour faire suite au billet d’hier, quelques autres extraits du chantier Habiter Paris et plus précisément de la première partie du texte, sous-titrée “Du déménagement”, les quatre autres traitant “De l’appartement”, “Du quartier”, “De Paris en général” et “De quelques autres villes en particulier”.

J’ai écrit un jour que j’habitais la gare Montparnasse et réciproquement. Habiter la gare signifiait clairement que je n’étais dans la ville qu’une passagère agrippée autant qu’elle le pouvait à son sas. Quand j’expliquais à des Parisiens intra murés que j’habitais en banlieue « mais à sept minutes de train seulement de la gare Montparnasse » on me rassurait : sept minutes, quantité négligeable. Quand aux mêmes je dis aujourd’hui que jamais je n’aurais imaginé à quel point la vie pouvait être différente selon que l’on s’endorme et se réveille d’un côté ou de l’autre du périphérique, ils sont hypocritement d’accord : cela n’a rien à voir. A mon tour maintenant de rassurer les banlieusards et de conforter les Parisiens désireux de s’exmurer, mus le plus souvent par un désir d’adéquation entre le nombre de chambres du logement familial et celui des enfants. Mes propos, mesurés, les confortent dans leur projet, mais insistent sur l’absolue nécessité de se scotcher – pas plus de cinq minutes à pied – à une gare ou à une station de l’une de ces lignes de métro prolongées hors les murs, la 4, la 7, la 12 ou la 13 en attendant la 14. Ce disant, un soupçon de mauvaise conscience m’assombrit, sachant pertinemment, pour avoir joué ma partie, qui perd et qui gagne sur cette marelle. Au demeurant ici ou là chacun voit midi à sa porte de Versailles et l’avènement du « GRAND PARIS » est au bout du tunnel.  On ne fera plus qu’un, coeur et couronnes en fusion, disent-ils. Les chantiers de la mégapole promise et de ses gares, je les ai à l’oeil. Mais j’attends toujours celui de la déconstruction du périphérique par lequel tout aurait dû commencer. La ville et les esprits auraient grandis ensemble par capillarité.

Encore banlieusarde, au printemps 2011, j’ai photographié la maternité promise à démolition de l’hôpital Saint-Vincent-de-Paul, 82 boulevard Denfert-Rochereau XIVe arrondissement de Paris, où sont nés mes fils. Maternité Adolphe Pinard : inscription en lettres carrelées au fronton, bâtiments en carré fermé autour d’une pelouse, deux étages, architecture à taille humaine et humanité du service. Des bâtiments de brique, comme ma vieille maison natale normande et comme ma cité d’enfance. Je prends une première série de photos sur le terrain, arpentant l’enclos, puis une seconde, aérienne. Du 56e étage de la tour Montparnasse, je zoome sur l’hôpital aux bâtiments aisément repérables à partir de la mosaïque carroyée de verdure du cimetière qui, vu du ciel, le jouxte. Mes fils prêtent une attention polie à des clichés propres à satisfaire d’éventuelles curiosités tardives, le jour où le 82 boulevard Denfert-Rochereau ne gardera plus trace des naissances pas milliers survenues à cette adresse. Je les engrange aussi pour moi ces photographies d’un lieu auquel m’attachent des raisons que je perçois maintenant plus clairement qu’à l’époque où je jouais des coudes pour y mettre au monde mes enfants bien que n’habitant pas Paris. Qu’ils y voient le jour procédait du parfait accomplissement, en trois générations, de l’exode familial vers la capitale aux portes de laquelle s’étaient arrêtés mes parents, tant par l’embauche de mon père à la Régie Renault de Billancourt, que par le logement obtenu, cité de la Plaine, Clamart, Seine. La montée à Paris de l’ancien artisan charron/forgeron/tonnelier n’ayant pas atteint tout à fait son cœur, je porte au monde mes enfants au terme géographique théorique de sa trajectoire. Je leur fais franchir in puis ex utero l’ultime pas séparant la condition de « Parisiens des taillis » de celle de Parisiens légitimes écrivant « Paris XIVe » à la rubrique « lieu de naissance » des formulaires administratifs.

En janvier 2018, une affiche placardée sous le porche de notre immeuble annonce que celui-ci fait partie des 8% du périmètre de la ville recensé cette année. Je ne cache pas ma joie, un peu puérile, d’être comptée Parisienne, même si d’adoption. J’éprouve le même contentement à devoir renouveler un mois plus tard ma carte nationale d’identité et mon passeport arrivés ensemble à échéance : les nouveaux sont établis à ma bonne et belle adresse. Je compare la photographie rien moins que décorative qui m’identifie sur mes nouveaux papiers avec celle qui ornait encore un peu les anciens : les contraintes de non-sourire, d’oreilles bien dégagées et de dépouillement de toute expression comme de tout accessoire se sont aggravées. Pour un résultat contre-productif : je pense ne me ressembler que bien peu sur mes pièces d’identité nouvelles. Ou alors, si ces photos révèlent la vérité de mon essence de désormais sexagénaire, je comprends mieux que lorsque j’emprunte l’autobus ou le métro, de plus en plus souvent, si ceux-ci sont bondés, une jeune personne me propose sa place assise. Je décline l’offre poliment mais abîmée de réflexions sur mon apparence probablement plus en phase avec l’âge de mes artères qu’avec celui de mon mental exalté par la vie parisienne. Mon rajeunissement consécutif au franchissement du périphérique ne se lit, hélas, pas sur ma figure.

avr 29, 2018

Habiter Paris (aperçus 1)

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Cinq ans ces jours-ci que j’habite Paris : occasion de publier sur le blog quelques petits extraits du début d’un texte en chantier (depuis cinq ans !) “Habiter Paris”.

Habiter Paris m’occupe l’esprit à temps complet depuis que j’ai franchi d’un bond, pieds joints, le boulevard périphérique et ses huit voies de circulation, le boulevard des maréchaux et ses rails de tramway, la Petite Ceinture, ses voies, ses gares, réaménagée loisirs ou à l’abandon, le mur des Fermiers Généraux murmures encore audibles, et l’enceinte de Charles V. Mais pas celle de Philippe Auguste : retouché terre juste avant, en plein « champ des capucins » des plans antérieurs à la percée du boulevard de Port-Royal (en lieu et place de la vieille rue des Bourguignons) et au lotissement du quartier. J’habite Paris depuis le vendredi 29 avril 2013 aux environs de 13 heures, munie d’un bail signé le 1er mars précédent. Se maintenir à loyer constant extra et intra muros supposait, à la mesure de moyens moyens, de se défaire d’un tiers de surface et donc d’un tiers de l’ensemble de nos biens et effets meubles. Avant le grand saut, deux mois se passent à trier, vendre, donner, échanger, et pour finir jeter en fonction du calendrier du passage des encombrants. Le déménagement s’achève pour C. et moi en taxi ; un taxi libre miraculeusement surgi de nulle part sur notre chemin alors que, camion parti, porte et volets de l’appartement quitté verrouillés, nous nous dirigions portant sacs à dos et traînant valises à roulettes vers l’arrêt « Pierre Louvrier » de l’autobus 189 qui nous rapprocherait du métro. Le chauffeur s’enquérant de notre destination de vacances, nous avions répondu que non, c’était un déménagement pour Paris. Depuis le vendredi 29 avril 2013 aux environs de 13 heures, locataire de trois pièces dans Paris à la merci d’une non reconduction de bail, d’un caprice de propriétaire qui sonnerait la fin de la fête, j’en jouis chaque jour comme si c’était le dernier.

Amarrée rive gauche, sans l’avoir cherché ni même jamais osé l’espérer, j’aborde les terres parisiennes qui ont de tout temps été les plus familières aux banlieusards timides d’origine provinciale que nous avons d’abord été. Famille arrivée de sa campagne dans les années cinquante du XXe siècle, effrayée à l’idée de la profondeur à laquelle notre ligne de métro, la 12, Mairie d’Issy – Porte de la Chapelle (le terminus Nord de cet ancien Nord/Sud n’atteignait pas encore Aubervilliers), s’enfonçait pour passer sous le fleuve entre Chambre des députés et Concorde. Nous n’allions voir de l’autre côté qu’en cas de nécessité absolue, comme se faire redresser les dents à meilleur compte dans une École Dentaire que je ne parviens pas aujourd’hui à localiser (du côté du métro Notre-Dame-de-Lorette ?) ou faire appel aux compétences des vendeurs-experts d’un rayon de la Samaritaine ou du Bazar de l’Hôtel de Ville inexistant au Bon Marché – qui l’était encore un peu ou du moins nous restait abordable -, notre grand magasin par défaut puisque seul implanté sur la rive gauche.

Venue, quinquagénaire, habiter la capitale intra muros au XXIe siècle, je réinvestis le 75 qui signifiait fièrement la Seine sur les plaques des rares voitures circulant autour des HLM de mon enfance banlieusarde comme sur celles qui roulaient dans Paris. Un 75 indu source d’un léger sentiment de supériorité à l’égard des malheureux flanqués du 78 qui encerclaient comme nous la ville mais à distance ; infortunés (même à Versailles) habitants de la Seine-et-Oise voués en outre à la vindicte automobile pour leur réputation de piètres conducteurs. Avant que le boulevard périphérique, à l’emporte-pièce, renvoie chacun à ses quartiers et que notre 75 usurpé soit rétrogradé en 92 : loi du 10 juillet 1964 entrée en vigueur au premier janvier 1968.

Mon cinquième changement d’adresse en cinq décennies a été de loin le plus radical – je ne compte pas le déménagement qui m’arrache, encore dans mes langes, de la maison du bord de la route. Dans la ville de banlieue dont je ne bouge pas pendant 57 ans, deux fois même je n’ai déplacé mes baluchons que de quelques mètres, pour ainsi dire au diable, à la brouette et au charriot à commission pour les livres, passant du 18 au 12 d’une même rue puis du 138 au 220 d’une même avenue. Des sauts de puce. Venue habiter mon quartier de travail, géographie intégrée de longue date pourtant, tours, détours et raccourcis rebattus, je ne le marche plus du même pas. L’allure sereine, je fréquente volontiers le côté du trottoir que je n’empruntais jamais ; je revisite le quartier, adopte un nouveau point de vue sur des façades ignorées, me laisse guider par des commerces de bouche dans lesquels je n’entrais pas. Et surtout, je marche délestée du souci quotidien de devoir au bout du jour et du compte rentrer à la maison hors la ville et en éprouver toute la lassitude. Plus légère, moins fatiguée, je dors paradoxalement mieux sur le boulevard où hôpitaux et caserne de pompiers nous cernent – sirènes à proportion – qu’entourée de jardins silencieux la nuit au bout de l’allée en impasse dans le quartier pavillonnaire quitté.

avr 28, 2018

Grands airs pour filets d’air

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Parmi les choses (assez nombreuses) que je ne peux m’empêcher de photographier quand j’en croise sur mon chemin dans la ville, il y a ces plaques ouvragées d’aération de caves que l’on rencontre au soubassement de certains immeubles. Si la plupart de ces dispositifs contrant le développement des moisissures en sous-sol se contentent d’être strictement fonctionnels, alignant sans prétention leurs rangées de petits trous ronds, il en existe aussi de plus ambitieux, exposant leurs découpes savantes. Ce sont ces plaques/grilles que j’engrange, celles qui se donnent de grands airs pour un filet d’air, en me demandant si s’exprimaient dans leurs dessins, à l’emporte-pièce, des fantaisies d’architectes ou si ces motifs ornementaux se choisissaient sur catalogues de tôliers métaliers, en prêt à poser.

Echantillon de ma collection avec effets tulipes et grappes de raisins.

Ajout du mardi 20 février : ce matin le blog ami “Pendant le week-end” vous en propose aussi (avec localisation et touche végétale)

fév 18, 2018

Sophie Calle orpheline tout à fait

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Au musée de la Chasse et de la nature (où je n’avais jamais mis les pieds) se tient jusqu’au 11 février prochain l’exposition Beau doublé, Monsieur le marquis !, confiant ses étonnantes collections aux bons soins de Sophie Calle et de son invitée la sculptrice Serena Carone. C’était bien la première fois que si j’avais été détentrice d’un permis de chasse j’aurais bénéficié du tarif réduit pour visiter une exposition - aucun regret pour autant de n’avoir pu m’en prévaloir à la caisse. Ce n’était pas la première fois en revanche que je visitais une exposition de Sophie Calle en me disant qu’il fallait absolument que L’employée aux écritures en parle. Forts souvenirs de Prenez soin de vous dans la salle des Imprimés de la chère vieille BN de la rue de Richelieu (qui avait donné matière à l’un des tous premiers billets de ce blog), comme de l’installation RACHEL MONIQUE au Palais de Tokyo également évoquée. D’ailleurs Monique la girafe a fait le voyage de l’atelier de l’artiste au musée de la Chasse comme elle l’avait fait au Palais de Tokyo. Retrouvailles.

L’exposition actuelle ne saurait se voir sans raviver l’empreinte de RACHEL MONIQUE parce que, comme la mère de l’artiste, en sa fin même, habitait cette installation, l’une des salles de Beau doublé, Monsieur le marquis ! respire des ultimes souffles de Bob, son père, de derniers mots possibles, suspendus, en dernier mot point final. Et au bouquet de soucis que la fille tendait à sa MOTHER se substituent trois reines marguerites pour son FATHER.

De ses contacts proches qui ne répondent plus, mère, père et tant d’autres cisaillés du fil des ans, de ses adresses à effacer dans ses agendas et autres répertoires, Sophie Calle ne sait pas trop quoi faire, cherche la méthode, nous consulte,

finit par nous poser directement la question, ouvrant un livre blanc dont elle nous invite à couvrir les pages,

moi j’ai répondu : “Je les écris pour les partager avec vous”.

Quant à ce que Sophie Calle et Serena Carone ont astucieusement éparpillé dans les autres salles du musée, je vous laisse les surprises. Juste souligner le bonheur de réemboîter le pas de la Suite vénitienne, de retrouver là, sorties du livre (un de mes livres de chevet), Des histoires vraies et combien il y aurait à dire à propos des textes de l’installation Le Chasseur français, saisissant survol, de décennie en décennie, de 120 ans de petites annonces d’hommes à l’affût. Profitez comme moi de la nocturne du mercredi : excellentes conditions pour visiter tranquillement en prenant le temps de tout lire.

jan 4, 2018

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