le blog de Martine Sonnet – ISSN : 2267-8735
"Le problème de la nuit reste entier. Comment la traverser, chaque fois la traverser tout entière ?" Henri Michaux
Quand on accède à l’exposition “Matisse 1941-1954″ présentée par le Centre Georges-Pompidou au Grand Palais, sa Blouse roumaine nous accueille comme elle le faisait à l’entrée du musée d’art moderne au centre Beaubourg. Heureuses retrouvailles et petit pincement au coeur : on la reverra quand dans ses murs cette blouse brodée ?
En septembre 2025, le jour de la fermeture prévue pour cinq ans - mais les travaux, c’est bien connu, on sait quand ça commence on ne sait pas quand ça finit -des deux étages de collections permanentes du musée d’art moderne du centre Georges-Pompidou, je suis allée saluer quelques oeuvres qui me sont chères et de long accompagnement. Des Matisse, des Kupka, des Léger, des Brancusi notamment. De celles découvertes lors de ma première visite avec ma classe de seconde au musée national d’art moderne quand celui-ci se trouvait encore avenue du Président Wilson, retrouvées par la suite à Beaubourg et fréquentées assidûment depuis que j’habite Paris intra muros.
Nantie d’un pass annuel, Beaubourg m’est devenu familier mais jamais je ne me suis engagée dans la chenille d’escalators sans avoir une pensée pour ce soir du printemps 1977, alors que le Centre était ouvert depuis le début de février et que j’en avais effectué déjà une première visite, où j’y étais revenue accompagnée de mes parents. Pas pour leur faire visiter le musée, juste pour leur montrer la vue sur Paris depuis les escalators, vue qui m’avait émerveillée au point que j’avais souhaité, avec insistance, la leur faire partager au plus vite. Ils ne s’intéressaient pas à l’art moderne et nous nous en étions tenus à contempler tous les trois longuement ce point de vue inédit, l’extension progressive au fil des étages gravis d’un embrassement nouveau de la ville. Il me semble que mon insistance à le leur faire partager, alors que nous ne faisions jamais ce type de sortie ensemble, procédait d’une volonté d’appropriation de celle-ci par ses toits, à laquelle j’estimais que mes parents, provinciaux d’origine et banlieusards depuis une bonne vingtaine d’années, avaient légitimement droit. Ils ne l’avaient pas volé. Des décennies plus tard, je ressentirai comme une mesquine violence faite aux amoureux de la ville, la courte période pendant laquelle l’accès aux escalators pour le seul plaisir de la vue, avait été rendu payant.
Ce jour de septembre avant fermeture, l’accès au Centre était gratuit pour tout le monde, il y avait moins de monde que ce que je craignais et une sorte de solennité dans l’air. En sortant, j’ai écrit quelque chose sur le livre d’or ce qui n’est pas dans mes habitudes. J’y fais allusion au léger vertige induit par ma prise de conscience de l’âge que j’aurai quand le Centre rouvrira…
(ah quand même !) (vous faites bien de vous tenir (je suis pour qu’on subordonne le calendrier comme ils et elles s’en emparèrent fin dix-huitième dans ce beau pays) parce que le vertige peut nous prendre à n’importe quel moment…) an un donc (après “quand on aime on compte pas” chantait monsieur cent mille volts pour son oncle volage) – j’aime aussi beaucoup Kupka (et les autres, certes – les deux Delaunay entre autres) et je ne fus pas à ce raout de fin septembre (la Savelli y fut si j’ai bonne mémoire : vous eussiez pu vous croiser – écris-je en bon français ? ces choses syntaxiques (concordance des temps etc etc) ou grammairiennes me sont très obscures – et cette affaire de “bon” français vous a aussi quelque chose d’un peu moisi…) nous attendrons (de concert j’espère) la réouverture de ce centre (si dieu veut comme disait ma grand-mère) -