L'employée aux écritures

le blog de Martine Sonnet – ISSN : 2267-8735

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"Le problème de la nuit reste entier. Comment la traverser, chaque fois la traverser tout entière ?" Henri Michaux

Archives for vie technologique

Scène de rue avec paroles volées

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A l’amie silencieuse marchant à son côté, elle disait, celle qui traversait devant moi le boulevard du Montparnasse, que, dorénavant, elle ne lirait plus ses mails qu’une fois par jour – tu vois -, le soir, et éteindrait son téléphone – tu vois -, que cette vie ce n’est plus possible, qu’on ne s’appartient plus. Et je me demandais à qui à quoi elle espérait ainsi échapper, de quelles interactions personnelles ou professionnelles elle voulait se soustraire, et si sa vie s’en trouverait vraiment plus légère. Je n’ai pas souvenir que nos jours étaient plus tranquilles quand nos uniques boîtes à lettres s’ouvraient au moyen d’une clé, non d’un mot de passe, ou quand nos conversations téléphoniques ne s’engageaient qu’un fil à la patte et un toit sur la tête. Je pensais donc que la libération – tu vois – qu’elle escomptait des mesures d’abstraction technologique qu’elle s’apprêtait à mettre en oeuvre était un leurre. A l’écouter, rien que le temps de franchir ensemble ce passage clouté (j’emploie l’expression même si je sais les clous aux belles têtes luisantes chassés par les bandes de peinture thermo-collante que nos piétinements ont vite fait de fatiguer) il y avait tout lieu de penser que seule une auto-déconnection de son ego aurait pu lui procurer, ainsi qu’à son entourage, quelque répit.

PS. Vignette illustrée sans rapport direct, juste pour dire : parfois je ne comprends rien aux périmètres de sécurité sur mon chemin.

mar 29, 2017

Changer de disque (et de saphir)

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33 tours ? 45 tours ? 78 tours ? Ce drôle de disque, qui a du cran, m’en rappelle d’autres et le petit cylindre qu’il y avait lieu d’adapter au milieu du tourne-disques, chapeautant le gros poste de radio, quand on passait d’un coûteux 33 tours à un 45, plus abordable, autorisant donc quelques choix musicaux plus audacieux que Les Plus Belles Valses Viennoises sous la baguette de Franck Pourcel. Souvenir aussi du saphir, du soin fou qu’il convenait d’en prendre : enlever régulièrement la petite pelote de poussière qui ne manquait pas de s’y accrocher, parasitant l’écoute ou provoquant la glissade incontrôlée du dispositif jusqu’au coeur de l’étiquette Disques Barclay sans rien donner à entendre au passage. Soin d’autant plus nécessaire que le prêt des disques par la discothèque annexée à la bibliothèque municipale était conditionné à la présentation, une fois l’an pour inspection, de la pierre précieuse enchâssée dans son bout de bras. Mal commodément dévisser, envelopper, apporter, montrer, rapporter, revisser. On allait pas nous croire seulement sur notre bonne parole qu’on changeait bien de saphir tous les six mois. Effroi absolu quand, les disques convoités obtenus, emprunts ou achats, la maladresse de la pose du bras articulé conférait au saphir un mouvement perpétuel d’inanité sonore ; raclant la fine tranche de la galette noire, il n’embrayerait jamais sur le sillon porteur de notes. Bondir vers l’appareil, soulever, reposer encore plus délicatement, si possible se postant les yeux juste à hauteur du mécanisme, et Dario Moreno de nous transporter à Rio, au paradis, ou de nous regarder danser. Certains en lieu et place du saphir disposaient d’un diamant mais nous n’étions pas si riches.

fév 9, 2017

Distances appréciées au doigt et à l’oeil

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La scène se passe dans une station de métro parisienne de la ligne 11 – donc l’illustration ci-dessous n’est qu’indirectement en rapport avec le fait relaté (mais me rappelle de bons souvenirs).

Dans cette station, Pyrénées, dont je m’apprête à sortir, je remarque un jeune homme figé devant un grand plan de Paris placardé au mur ; passant à sa hauteur je comprends son immobilisme. Le jeune homme mesure entre pouce et index de sa main droite des distances qu’il transfère précautionneusement, ses deux doigts gardant le même écart, jusqu’ à les superposer à l’échelle au bas de la carte. Il choisira vraisemblablement le plus court chemin, inquiet des 500, 600 ou 700 mètres à parcourir pour être à l’heure à son rendez-vous, mais sa méthode me semble fragile quant à l’exactitude espérée. Il suffirait du moindre relâchement d’un tendon pour que la comparaison parte à la dérive. Quand des générateurs d’itinéraires – à pied, en voiture particulière et en transports collectifs – les calibrent à la minute et au bilan carbone près sur nos téléphones, j’ai trouvé bien archaïque cette façon de faire.

Et je me suis souvenue de la joie simple éprouvée dans ma jeunesse à voir s’allumer sur un plan de métro interactif à sa façon de petites lampes de couleurs différentes traçant mon parcours, selon les lignes à emprunter et leurs correspondances, après que j’aie appuyé franchement sur le bouton rond en métal désignant la station que je voulais atteindre à partir de celle où  je me trouvais. Comme du sentiment de toute puissance sur la ville conféré par la maîtrise du pupitre porteur de la liste alphabétique de toutes les stations, d’Abbesses ligne 12 à Wagram ligne 3 .

avr 22, 2014

Travailler en plein air

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Prendre un pot au bureau, c’est du déjà vu, prendre un pot pour en faire son bureau, c’est nouveau.

Le power point rafistolé juste avant la réunion a encore frappé. Et celui-là, non content d’en formater, écrase quelques pensées.

déc 5, 2012

Montparnasse monde acéphale (avec iPads)

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Acéphales, sensiblement asexués, sans âges, du moins sans grands âges, et épidermes quasi incolores : les iPadistes, suspendus, ont envahi ces jours derniers le Montparnasse monde. Leur relative indétermination sexuelle nous épargne les stéréotypes déplaisants, encore qu’il y aurait à dire sur certaines tenues dominante rose (comme s’il fallait tout de même que). Les ongles sont dénués de vernis et, quand on peut les regarder de près, les mains sont égales dans l’insignifiance,  au-delà d’être toutes assorties à de jeunes cols deux fois blancs.

Les partis pris de la campagne publicitaire d’Apple ne cessent de m’intriguer. Ces êtres sont couchés – quand on s’attendrait à les voir faire l’éloge de la mobilité – et dénués des qualités qui nous définissent “à vue d’oeil” dans nos vies quotidiennes. Les iPadistes, corps réduits – fraction d’abdomen, cuisses et mains  blanches – n’ont pas figure humaine mais affichent leur jeunesse décontractée et occidentale.

La saturation de mon champ visuel par ces personnages n’empêche pas que se profilent, comme  à contre-jour, les exclus que ce choix implique : les moins jeunes, les moins blancs, les moins sveltes ou les habillés autrement qu’en jean. C’est ce qui me gêne dans la campagne d’Apple : son caractère exclusif. Je me souviens des publicités United Colors de Benetton, parfois limites certes, mais qui nous réveillaient quand celles-ci, avec leur peuple uniforme d’allongés, nous endormiraient plutôt.

La confiscation “bien portante décomplexée” des possibles prodigieux de la tablette vantée – virtuellement libérateurs  à condition de pouvoir suivre – suggérée par les images choisies  a quelque chose de déplaisant. Ce n’est pas un progès “partagé par tous”, comme on dit à la SNCF, qui s’affiche, loin de là.

juil 23, 2010

200 billets au compteur

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Accédant au tableau de bord de L’employée aux écritures pour créer un billet sur un sujet qui me démange ces jours-ci, voilà qu’il apparaît que ce billet sera le 200e du blog. Du coup je remets à plus tard mon projet et me dis que finalement 200 billets, en deux ans et des poussières, à l’actif d’un blog qui a accroché l’adjectif sporadique à son enseigne (se gardant bien de s’engager à tenir une cadence infernale) c’est tout de même honorable.

Petite fierté pour ce qui s’est écrit, indissociable d’un léger pincement au coeur : les blogs sont des icebergs (ailleurs on dit  fosses à bitumes)… Ecriture qui existe, donne la satisfaction d’un partage immédiat et amorce souvent des conversations en commentaires (mille mercis aux fidèles), mais s’enfonce inexorablement.

Ce qu’il en reste de plus visible ? Sans doute la série Montparnasse monde, arrivée aux 49 billets sans compter les extensions vidéos et digressions sonores. Un texte à états successifs, d’abord feuilleton du samedi puis de n’importe quel jour, livre numérique aux éditions publie.net reprenant les 40 premières variations, puis récemment recomposé et réécrit, défait de ses images et solide sans, en vue d’une forme papier espérée. Je suis pour la coexistence pacifique de ces états différents d’un texte à transformations, comme le monde changeant qu’il évoque, jamais tout à fait le même quand on sait le regarder.

Si l’on met à part le cas des billets consacrés à des ouvrages que j’ai aimé lire pour lesquels mes invitations à partager la lecture, par je ne sais quel miracle de référencement, sont haut placées dans les réponses fournies par les moteurs de recherche à qui cherche à s’informer sur ces livres, la plupart des autres textes enfouis dans le passé du blog ne refont de temps en temps surface qu’à la bonne grâce de questions biscornues sur tout et n’importe quoi posées à ces mêmes moteurs par les internautes. Erreurs d’aiguillages cocasses par dessus le marché : nous en sourions parfois ensemble.

Grande envie, après deux ans de pratique du blog et du site que j’ai ouvert en même temps, de les fondre en un lieu unique parce que la circulation entre mes deux adresses manque de fluidité et qu’un changement de structure serait une invitation stimulante à renouveler les contenus. Malheureusement, l’opération est hors de mes moyens sonnants et trébuchants si je la confie (le site est déjà suffisamment touffu pour la rendre complexe) et au-delà de mon tout petit savoir-faire en la matière.

Donc rien ne change et la partition actuelle garde tous ses défauts. Blog d’un côté, où les choses disparaissent, et site de l’autre, où elles restent affichées, mais figées : pas assez de courants d’air entre les deux. Je le sais bien et le regrette. Continuer quand même parce que, même s’il est un peu de travers, par le blog l’écriture respire.

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juin 11, 2010

Images sans suite et post-scriptum

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Comme les bergers qui gardaient leurs troupeaux dans le grand vallon sous la pointe de Rasis, L’employée aux écritures n’a plus qu’à écrire, là où elle trouve support.

Le petit Olympus mu 700 bleu qui ne me quittait pas d’une semelle, sur les quais de gare, les routes de campagne, les rues des villes dans lesquelles j’allais parler de la forge et sur les sentiers de montagne refuse obstinément depuis lundi dernier de se prêter à mes vues. 

Sa toute dernière image - les moutons rencontrés en montant vers le lac Chalantiès - a été confiée au petit journal de Tiers Livre, l’avant-dernière c’était cette rosée qui persistait, la matinée bien avancée, dans le sous-bois au dessus de Valpreveyre.

 

 

Je ne montrerai donc pas les trois magnifiques lacs Malrif où nous étions hier et les ombles chevaliers dans les eaux claires du plus profond et l’idée persistante que sur ces lacs on aurait pu ramer

Retour ce soir, train de nuit et Paris-Austerlitz hagarde au petit matin. 

Post-scriptum

 

Et je prenais les campanules pour les fleurs de la passion, je n’écouterai plus non plus Ferré chanter Aragon puisque mon ipod aussi fait des siennes…

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août 28, 2009

De la curiosité bien mal partagée à l’égard des “digital humanities”

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L’employée aux écritures, qui souhaite rester professionnellement performante,  a suivi aujourd’hui une journée d’information sur l’édition électronique en sciences humaines et sociales, organisée par le service formation de son employeur.

Il y était beaucoup question de digital humanities pour reprendre le terme utilisé par nos collègues anglo-saxons, plus engagés que nous sur le terrain de ces « humanités numériques » . Je me suis réjouie que cette journée rencontre un si grand succès qu’on a dû refuser du monde pour s’en tenir aux 90 places qu’offrait la salle dans laquelle se déroulaient les présentations, signe de la curiosité, et plus si affinités, d’une partie de mes collègues pour ces questions.

Mais ce qui était tout à fait remarquable, c’est que ce public était aux 4/5e féminin, et même si cela sautait moins évidemment aux yeux, relevait comme moi très majoritairement des catégories de personnel ITA (Ingénieurs, Techniciens, Administratifs) vouées à « accompagner » la recherche. On notera au passage que la féminité et le statut ITA font très bon ménage puisque le dernier bilan social du CNRS dont les chiffres sont accessibles, celui de 2006, fait état de 31,5 % de femmes chez les chercheurs – taux de longue date stagnant -, pour 51,8 % chez les ITA.

Messieurs les éminents chercheurs de nos disciplines ne se bousculaient donc pas au portillon de cette journée ouverte à tous… Et c’est bien regrettable parce qu’au sein des laboratoires de SHS, faire progresser les pratiques de circulation de l’information émanant des différentes équipes (par exemple grâce à la plate-forme Hypothèses destinée à l’accueil de blogs/carnets de recherche dont j’irai bientôt apprendre à me servir), améliorer la rapide mise à disposition par captations audio/vidéo des journées d’études organisées par les uns et les autres, ne plus attendre 3 ans pour publier sur du papier à tout prix les actes d’un colloque ou déposer ses travaux pre-print en archives ouvertes, passe par la familiarisation de tous avec les usages et les outils de l’édition numérique.

 

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nov 24, 2008

Malheureuses erreurs d’aiguillage

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Prenant connaissance de deux requêtes récentes adressées à Google ayant amené des visiteurs sur son site, L’employée aux écritures tient à s’excuser auprès de deux internautes égarés de n’avoir pu les satisfaire.

En effet, bien que possédant effectivement une carte escapade amortie à grand peine et même si au printemps dernier j’ai découvert successivement en TGV les villes de Limoges, Royan et Privas, je ne connais pas le montant d’une “amende voyage TGV carte escapade”, m’efforçant de respecter la réglementation en vigueur et donc de bien dormir sur place la nuit du samedi au dimanche pour bénéficier à juste droit du tarif de faveur.

Je ne suis pas plus en mesure de répondre à la question “lundi matin comment je peux faire pour avoir le train de 8h35?”. S’il m’est effectivement arrivé, toujours au printemps, d’évoquer un train de 8h35 c’est précisément que je ne l’avais pas eu – celui-ci n’étant jamais passé – alors que j’avais fait, en principe, tout ce qu’il fallait pour. Et de plus parlons-nous bien du même train de 8h35 ? Le mien est un omnibus Sèvres Rive Gauche – Paris Montparnasse passant habituellement à cette heure là en gare de Clamart.

Ce que je me demande, c’est s’il faut voir un lien de cause à effet entre ces suggestions de Google et le fait que je vienne d’activer l’option ‘Voyageurs illimités” proposée par mon fournisseur d’accès Internet, aux fins de rester en contact avec le vaste monde ces prochaines semaines au cours desquelles je serai d’abord mi-parisienne/mi-campagnarde puis résolument montagnarde.

Je tiens donc à faire savoir aux aiguilleurs de Google qu’en dépit de l’ambition démesurée, à l’échelle de mes déplacements, dont j’ai fait preuve en activant cette option “Voyageurs illimités”, je reste extrêmement limitée et ne saurais en aucun cas me substituer à une guichetière des renseignements de la sncf.

Chacune son métier.  

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juil 27, 2008

Papiers à en-têtes

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J’utilise le blog pour signaler une nouvelle page mise en ligne sur le site : il s’agit des papiers d’Amand de 1937, pendants de ceux de 1951 déjà numérisés. En 1951 c’était la fermeture de la boutique et la vente dispersant le matériel de sa forge de campagne ; en 1937, c’était au contraire son installation et son ouverture.

J’ai mis en ligne deux factures détaillées d’achats d’outils et équipements divers pour la forge, établies sur des papiers à belles en-têtes, des maisons Cormerais & Blu Sucesseurs à Laval, spécialiste des machines et outils de forges, et Champain, prenant en charge tous travaux mécaniques, mais aussi fournisseur d’écremeuses, barattes et tous instruments d’intérieurs de fermes, établie à Céaucé, place de l’église.

A la maison Champain est acheté en même temps “un piquet de fer pour attacher une vache” : je crois me souvenir qu’il existe une photo, que je vais rechercher, de la vache que la famille avait vendue au moment du grand déménagement. Je l’ajouterai à cette page. Ce que nous avons récemment retrouvé dans une cave, c’est le grand bol en bois avec sa cuillère assortie, qui servait à notre mère pour façonner et décorer le beurre fabriqué avec le lait de cette vache.

Sur le site aussi les mises à jour d’autres pages : échos de presse et liens sur des sites de photographes.

Ce week-end nous sauvegarderons tout cela, parce qu’hier petite frayeur avec la disparition du paysage, heureusement éphémère, du blog de L’employée aux écritures.

vue de l’intérieur de la boutique d’Amand Sonnet, comme elle était en août 2006, 20 ans après sa mort, sur laquelle on voit bien la petite brouette présente page 96 d’Atelier 62

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juil 4, 2008

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