L'employée aux écritures

le blog de Martine Sonnet – ISSN : 2267-8735

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"Le problème de la nuit reste entier. Comment la traverser, chaque fois la traverser tout entière ?" Henri Michaux

Scène de rue avec paroles volées

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Posted by ms on 29 mars 2017 at 21:13

A l’amie silencieuse marchant à son côté, elle disait, celle qui traversait devant moi le boulevard du Montparnasse, que, dorénavant, elle ne lirait plus ses mails qu’une fois par jour – tu vois -, le soir, et éteindrait son téléphone – tu vois -, que cette vie ce n’est plus possible, qu’on ne s’appartient plus. Et je me demandais à qui à quoi elle espérait ainsi échapper, de quelles interactions personnelles ou professionnelles elle voulait se soustraire, et si sa vie s’en trouverait vraiment plus légère. Je n’ai pas souvenir que nos jours étaient plus tranquilles quand nos uniques boîtes à lettres s’ouvraient au moyen d’une clé, non d’un mot de passe, ou quand nos conversations téléphoniques ne s’engageaient qu’un fil à la patte et un toit sur la tête. Je pensais donc que la libération – tu vois – qu’elle escomptait des mesures d’abstraction technologique qu’elle s’apprêtait à mettre en oeuvre était un leurre. A l’écouter, rien que le temps de franchir ensemble ce passage clouté (j’emploie l’expression même si je sais les clous aux belles têtes luisantes chassés par les bandes de peinture thermo-collante que nos piétinements ont vite fait de fatiguer) il y avait tout lieu de penser que seule une auto-déconnection de son ego aurait pu lui procurer, ainsi qu’à son entourage, quelque répit.

PS. Vignette illustrée sans rapport direct, juste pour dire : parfois je ne comprends rien aux périmètres de sécurité sur mon chemin.

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1 Comment

  • On 31 mars 2017 at 6:59 PdB said

    (vous auriez tout aussi bien pu ranger cette traversée dans votre série “poétique de la ville” Employée) (bigre, deux billets d’un coup…!!) (c’est que la ville nous réserve parfois quelques surprises) (on devrait pouvoir, d’un geste, enregistrer les propos de nos contemporains, comme nous le faisons, nous autres paparazzi, de leurs images, mais c’est plus compliqué) (je conteste formellement l’adjectif que vous utilisez dans le titre : elles vous ont été données, plus exactement – vous les entendîtes, il me semble, elles vous étaient, par le fait, adressées, non ?) (on pourrait développer aussi puisqu’ici, si je comprends bien, elles étaient deux à s’invectiver sur le mode du débranchisme – il arrive que l’individu se trouve seul avec son petit téléphone et s’oublie complètement, comme au cinéma, et qu’on entende alors la vraie nature des choses dans le soliloque qu’il nous adresse sans le vouloir)

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