L'employée aux écritures

le blog de Martine Sonnet – ISSN : 2267-8735

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"Le problème de la nuit reste entier. Comment la traverser, chaque fois la traverser tout entière ?" Henri Michaux

Poires pas encore pour la soif

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Les poiriers du jardin du Luxembourg, juste derrière la grille, le long de la rue Auguste Comte en face du lycée Montaigne, en hiver m’impressionnaient par leur taille rigoureuse,

au printemps ont fleuri, toujours aussi sévèrement domestiqués,

et cet été donnent leurs fruits que les jardiniers empaquettent soigneusement pour en préserver la maturation ; les feuilles poussées ont rendu un semblant de liberté aux branches des arbres.

Et les fruits passeront la promesse des fleurs : c’est peut-être le beau vers de Malherbe qui inspire aux jardiniers du Luxembourg en charge des poiriers leurs soins si attentionnés.

Longeant leur alignement, je me souviens du Traité d’arboriculture fruitière que consultait régulièrement mon père et revois ses installations de carafes dans les poiriers de son jardin normand. Carafes reposant sur de petites planchettes astucieusement fixées à l’arbre pour que les bourgeons emprisonnés à temps à l’intérieur veuillent bien y développer leurs fruits promis à vieillir dans l’alcool.

Post scriptum : il y a les noms de ces fruits qui m’intriguent aussi ; pour ceux que je déchiffre sur mes photos des trois saisons, les poires s’appellent Baronne de Mello, Délice Cuvelier, La Douce, Sucrée Rosée, Bon Chrétien Napoléon, Poire Citron…

Semaine 27 cinq jours en juillet

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Ma semaine ouvrable (au cas peu probable où Libé me la demanderait pour son édition de demain) ; je m’étais déjà livrée une fois à cet exercice sur le blog.

Lundi 5. Pour l’essentiel, la journée tend vers le rendez-vous de 18h30 à l’Atlantique avec Jérôme Wurtz pour parler de son travail cinématographique sur Billancourt et son histoire familiale qui, comme la mienne, passe par là mais venant d’Alsace et du Nord dans son cas. J’aime bien donner des rendez-vous à l’Atlantique, une brasserie idéalement placée pour qui fréquente la gare Montparnasse et se prêtant assez bien à travailler tranquille avec son espace à tables rondes relativement espacées et son wifi. Jérôme parti dans l’idée d’une adaptation d’Atelier 62 évolue vers un travail personnel, riche de sa propre histoire et de ses lieux à lui, comme le puissant 57, rue du Vieux Pont de Sèvres, auquel il intègre des éléments venant de mon “texte usine”, mes chapitres numérotés en romain. Il double ce travail de création d’un autre travail universitaire conduit avec un historien des techniques spécialiste de l’usine Renault de Billancourt dont il reconstitue les ateliers en 3D. Je suis heureuse de tous ces développements. Je lui ai apporté un exemplaire du CD de chansons de forgerons recueillis par Noëlle Gérôme que je possédais en double. Plus tard en soirée, constat de la disparition (à éclaircir) des poissons du petit bassin de l’entrée de l’immeuble sur lequel en tant qu’occupants du rez-de-chaussée et amis des bêtes nous veillons pour la collectivité (réduite à 4 appartements). Et pour finir un régal : le Don Giovanni retransmis en direct depuis Aix sur Arte dont nous approuvons la mise en scène / mise en questions par Dmitri Tcherniakov.

Mardi 6. “Sarkozy doit partir” c’est ce que je lis à la une de France Soir avant de comprendre que je prends mes désirs pour des réalités et que mes lunettes sont à changer une fois de plus. En fait ce qui barre la une de France Soir c’est : “Sarkozy doit parler” ; ça m’étonnait bien un peu, cette prise de position du rejeton de l’oligarchie russe actuel patron du journal. Aujourd’hui résultats du bac, mais je ne suis plus maternellement concernée, c’est fini pour nous depuis l’année dernière et je me revois recevant la bonne nouvelle assise à la terrasse d’un café face à la gare de Toulon. C’était la semaine de ma tournée des plages du Var. Un peu de monde aux portes des lycées proches de l’école qui abrite mon bureau, alors qu’hier j’avais trouvé le quartier particulièrement vide. Peu de suspense pourtant, je pense, pour les élèves scolarisés dans ces parages…  Sur mon chemin de retour, c’est twitter qui m’annonce la mise en ligne dans la revue été 2010 de remue.net du texte que j’ai lu lors de la récente nuit de lectures de l’association, juste avant de trouver le mail de Dominique Dussidour m’en informant. Quant aux poissons rouge en copropriété j’apprends sitôt rentrée qu’ils sont en villégiature dans une baignoire du deuxième étage pour cause de fuite insidieuse vidant leur bassin : ils ont failli finir sur le flanc.

mercredi 7. Pas tous les jours que je vais au bureau sous un chapeau de soleil : aujourd’hui oui et je le suspends derrière ma porte.

Mon directeur de labo (historien du théâtre qui n’a pas aimé le Don Giovanni de lundi soir et en particulier son “déclassement” de l’aristocratie XVIIIe à la bourgeoisie  XIXe – le décor unique en était un typique salon bourgeois) a la gentillesse de me signaler quand j’arrive qu’il vient de lire dans un ouvrage collectif récent Bourdieu et la littérature (mon directeur de labo est heureusement très ouvert à la sociologie, surtout bourdieusienne) un article citant Atelier 62 pour son inscription dans un courant actuel de récits de filiation empreints de l’apport du sociologue. Consultant sur internet sa table des matières, je me dis que l’auteur de cette contribution doit être Dominique Viart qui a déjà écrit ailleurs sur mon livre et m’avait invitée à son séminaire à Lille l’an dernier. Une descente à la librairie Compagnie à l’heure du déjeuner me le confirme. Je pousse jusqu’à la papèterie  la plus proche pour l’achat de mon agenda papier septembre/septembre, complément qui reste indispensable aux divers agendas à la technologie plus avancée dont j’use également. J’ai déjà des choses à écrire desssus, comme les dates du séminaire  Femmes au travail, questions de genre, XVe-XXe siècles, puisque je viens de bloquer les réservations de salles, une conférence à Beauvais en mars, ou les Rencontres à lire de Dax, le week-end du 1er mai au cours desquelles j’irai lire en bonne compagnie.

Jeudi 8. Je travaille chez moi : de l’avantage des chantiers qui, même conséquents, tiennent sur une clef USB. Ce n’est pas la chaleur qui me retient dans ma banlieue encore assez verte – j’avouerais même que j’aime qu’il fasse chaud – mais un rendez-vous banlieusard à 13 h. Dans ma ville et, plus précisément, tout près de la place terminus et correspondance de plusieurs lignes de bus où a été découvert il y a quelques semaines le cadavre d’une femme qui après autopsie s’est révélée être morte de mort naturelle. Si tant est qu’il soit naturel de mourir à la rue d’un cancer généralisé (à deux pas d’une clinique qui les traite), quelques mois après une expulsion ont dit les journaux. Je ne sais de cette affaire et de l’enquête que ce que j’en ai lu : fort peu de choses. Des ouvriers du chantier du tramway qui passera bientôt là pour filer vers Vélizy ont trouvé un matin son corps, en sous-vêtements, dans un terre-plein herbeux broussailleux, anciennement soigné et fleuri mais à l’abandon du fait des travaux. Longeant ces espaces pour me rendre à mon rendez-vous, je pense à elle, malade à l’extrême, venue se coucher là, au milieu des immeubles. Dans la salle d’attente où je passe une heure, il y a un écran de TV qui dégouline du journal de 13 heures de TF1. A chaque fois que je lève les yeux vers lui j’y vois des vacanciers béats sur des plages ou des supporters de football euphoriques : rien qui ressemble à nos soucis.

Vendredi 9. Je commence par récupérer (en demandant si ça ne dérange personne) l’article lu dans le Monde hier soir sur la saisonnalité des naissances pour son allusion au déficit du printemps 2004 renvoyant à la canicule d’août 2003. J’ai un dossier papier, un dossier immatériel et un fichier word baptisés “canicule” dans lesquels s’accumulent des articles et de la littérature grise glanés ici et. Plus tard au pub de l’angle Ulm/Gay Lussac, café avec PCH qui sort 2 livres de son sac. Le premier, Les trois saisons de la rage, écrit par son frère Victor, sortira en août et je le lirai pour sûr : c’est l’histoire d’un médecin de la campagne normande (ornaise) au XIXe siècle. Le second, Paris ville moderne, de Virginie Lefebvre, il me le donne, il y est question de l’aménagement des quartiers Montparnasse et Défense, de 1950 à 1975 ; je ne connaissais pas. PCH profite de son café en terrasse pour photographier le 129e lion de sa collection. Après-midi studieux à la BnF, salle N et donc loin de ma place préférée en salle V, parce que le format de la boîte contenant les Bulletins d’information de la RNUR de 1946 à 1959 ne rentre pas dans les petits chariots suspendus qui circulent de n’importe quel magasin à n’importe quelle salle de lecture. J’apprends dans le cours de mes dépouillements qu’une ouvrière soudeuse entrée à l’usine en 1911 est décorée de la légion d’honneur en 1955 : j’essaierai d’en savoir plus sur son compte.

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Vide ambulant avec convecteurs et porte

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Le camion arrêté boulevard Vincent Auriol, entre les stations Chevaleret et Quai de la Gare de la ligne de métro n°6, portait deux éléments de ces bureaux provisoires, baraquements de chantiers améliorés pour travaux d’envergure, qu’on appelle Algeco.

Mais il leur manquait des cloisons et les remorques transportaient surtout du vide ; vide souligné, rendu criant même, par la présence d’un convecteur par pièce et d’une porte pour accéder à l’une d’entre elles seulement. Il faudrait donc disposer ces deux cases de façon à ce qu’elles communiquent. Convecteurs et porte suffisaient à ce que ces parallélépipèdes rectangles tronqués donnent acte de leur destination : se faire bureaux temporaires à la porte desquels il y aurait lieu de frapper avant d’entrer et où l’on pourrait passer l’hiver si la mission s’éternisait. Il y manquerait néanmoins un porte-manteau perroquet dans un angle à quoi suspendre son  pardessus et son chapeau.

Tout le temps que le camion est resté dans mon champ de vision, la porte est restée fermée. Personne n’y a même simplement passé la tête juste pour voir.

Montparnasse Monde 50

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A votre droite, sens de la marche quittant Paris, un arbre s’inscrit si parfaitement dans une encoche faite aux immeubles qu’on en arriverait presque à croire que le maître d’oeuvre a élevé son bâtis autour de lui déjà là. Respectueux pour son antériorité dans le Montparnasse monde et prévoyant pour l’expansion encore à venir de sa ramure. L’ensemble immobilier, on l’imagine plutôt locatif – est-ce qu’on achèterait si près des voies ? – et plutôt social – la si grande proximité des rails minore sans doute le prix du loyer au m2 et peut-être la convoitise des bailleurs privés. J’imagine la frustration qui serait la mienne si je me trouvais, habitant là, à occuper l’un de ces deux ou trois appartements dont la vue sur les voies est occultée à la belle saison par les feuilles de l’arbre, quand les bourgeons ont livré tous leurs possibles. Mon intranquillité à l’approche de chaque printemps avec l’espoir anxieux que celui-ci sera tardif et mon soulagement à l’approche de l’automne.

Que l’on prenne la peine de soulever la gare et de la déplacer jusqu’à pouvoir la déposer sur un sol horizontal et le caractère bancal de l’édifice sautera aux yeux. Pas besoin de s’encombrer d’un niveau à bulle pour le confirmer. Elle penchera, prête à tomber, et de plusieurs côtés à la fois, un peu à la façon d’une toupie instable. Les chances que l’expérience se réalise  in vivo restent des plus ténues alors pour prendre toute la mesure du différentiel des dénivelés, entre accès latéraux Mouchotte et Vaugirard d’une part, ras de parvis et rez de Jardin Atlantique d’autre part, je compte des marches d’escaliers à l’ancienne ; le nombre de celles des escalators ne prouvera jamais rien. Donc, pour accéder latéralement au niveau quais selon que l’on pratique le côté Vaugirard ou le côté Mouchotte, 15 ou 36 marches sont à gravir ; quant au Jardin Atlantique auquel on accède sans effort, de plein pied, par la place des Cinq martyrs du lycée buffon et l’allée de la Deuxième D.B., le rejoindre depuis le parvis contraint à grimper les 40 marches qui mènent au niveau quais, puis les 65 de l’escalier qui le dessert partant de là. C’est dire si la gare déplacée du mont Parnasse à la plaine des Sablons aurait l’air de guingois. Mais inutile de rêver : je ne redresserai jamais la situation à moi toute seule.

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Rêve aux chaussures noires

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Jeudi dernier en début d’après-midi, comme je marchais sur l’esplanade de la BnF pour rejoindre la table ronde qui nous attendait, spécialistes de l’autobiographie, de la conservation ou du suivi des traces et blogueuses difficiles à suivre, le rêve de la nuit passée m’est revenu en conscience.

Je marchais rigoureusement sur les lattes, ayant choisi de me tenir à mon axe de traverse le plus longtemps possible pour, abordant l’esplanade par l’Ouest, me glisser dans les entrailles de la bibliothèque par le soupirail Est. Deux pas sur une latte puis trois sur la suivante, le troisième légèrement freiné pour ne pas mordre sur le raccord, et l’oreille attentive à la résonnance du vide qu’on devine sous le revêtement du bois rare (revêtu lui même d’un complexe réseau de bandelettes antidérapantes et autres reliefs signifiants).

Je portais mes chaussures noires les plus récentes, achetées quelques jours avant mon faux départ à Dublin (un projet de voyage réduit en cendres) en pensant qu’elles résisteraient mieux à la pluie irlandaise que ma vieille paire spongieuse. Chaussures que je ne porte encore que rarement : je les trouve belles et ne veux pas les abîmer trop vite. Donc je marchais écoutant mes pas et contemplative de leur élégance, quand le rêve m’a rattrapée.

Mes chaussures noires en étaient l’objet. Dans le rêve comme dans la réalité, aussitôt qu’achetées,  je les avais portées chez le cordonnier à l’ancienne (ni duplicateur de clefs, ni plastificateur de documents précieux entre deux ressemelages) à échoppe proche de la gare pour qu’il en protège la semelle – exceptionnellement pas en crêpe caoutchouteux et rebondissant comme celles de mes souliers habituels.

Mais mon souci dans le rêve était de trouver après cela un deuxième cordonnier que je puisse convaincre de superposer à la première une seconde épaisseur de revêtement protecteur. Je ne voulais pas vexer le premier en lui demandant à lui de coller cette deuxième couche – il aurait pu en déduire que je n’étais pas contente de sa première intervention – mais tous ceux à qui je demandais ce service estimaient que le travail avait été bien fait et refusaient. Je cherchais donc un cordonnier moins respectueux de ses collègues ; quête d’autant plus désespérée que je ne comptais pas me contenter de deux épaisseurs…

Et avançant sur l’esplanade, je m’interrogeais sur cette idée fixe du rêve, m’isoler le plus possible du sol, alors l’histoire de la princesse au petit pois m’est revenue avec l’incrédulité absolue qu’elle suscitait en moi quand j’étais petite. La crainte du gravier sensible sous ma semelle substituée à celle du petit pois sous les 20 matelas. Aussi irrationnelle.

NB : Les petits pois sont une des spécialités de la ville dans laquelle j’habite et si leur culture a cessé on continue à les fêter chaque année en juin.

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Chez mélico, pour finir, je m’endors chambre 62

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Voilà, nous y sommes, en juin sixième et dernière livraison de mes Notes de voyages avec livre sur le site mélico (pour MEmoire de la LIbrairie COntemporaine, je rappelle).

Il y a eu en janvier des départs, en février des villes, en mars des hôtels, en avril des rencontres, en mai des retours et pour finir cette petite fantaisie chambre 62 qui nous ramène donc dans un hôtel.

C’est dans la ville où se trouvait cet hôtel un peu étrange qu’on pouvait voir, sur le chemin de la gare au centre, la vitrine aux trois robes entre lesquelles j’aurais été bien en peine d’en choisir une. C’est dans cette ville aussi que le chef de gare n’aimait pas que l’on photographie sa gare.

Toutes les notes de voyages avec livre ont été écrites dans des trains, des TGV le plus souvent, et leur écriture, comme toutes les images saisies, faisait partie du voyage dès lors que le projet a été arrêté il y a un an.

Un très grand merci à l’équipe de mélico pour les six mois d’accueil et les mises en pages/mises en ligne des quatre premiers textes sous formes de livrets calaméo, des deux derniers qui ne fonctionnaient pas sur le même rapport textes/images directement sur le blog création contemporaine du site, sur lequel on suit aussi les séries Oloé d’Anne Savelli et C’est en lisant qu’on devient liseron de Pierre Ménard.

(Je poste ce billet qui est prêt depuis quelques jours pour rassurer les fidèles qui s’inquiètent de mon long arrêt à la 200e station, mais il reste des petites scories à enlever sur le texte mélico, j’espère qu’elles partiront très vite)

200 billets au compteur

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Accédant au tableau de bord de L’employée aux écritures pour créer un billet sur un sujet qui me démange ces jours-ci, voilà qu’il apparaît que ce billet sera le 200e du blog. Du coup je remets à plus tard mon projet et me dis que finalement 200 billets, en deux ans et des poussières, à l’actif d’un blog qui a accroché l’adjectif sporadique à son enseigne (se gardant bien de s’engager à tenir une cadence infernale) c’est tout de même honorable.

Petite fierté pour ce qui s’est écrit, indissociable d’un léger pincement au coeur : les blogs sont des icebergs (ailleurs on dit  fosses à bitumes)… Ecriture qui existe, donne la satisfaction d’un partage immédiat et amorce souvent des conversations en commentaires (mille mercis aux fidèles), mais s’enfonce inexorablement.

Ce qu’il en reste de plus visible ? Sans doute la série Montparnasse monde, arrivée aux 49 billets sans compter les extensions vidéos et digressions sonores. Un texte à états successifs, d’abord feuilleton du samedi puis de n’importe quel jour, livre numérique aux éditions publie.net reprenant les 40 premières variations, puis récemment recomposé et réécrit, défait de ses images et solide sans, en vue d’une forme papier espérée. Je suis pour la coexistence pacifique de ces états différents d’un texte à transformations, comme le monde changeant qu’il évoque, jamais tout à fait le même quand on sait le regarder.

Si l’on met à part le cas des billets consacrés à des ouvrages que j’ai aimé lire pour lesquels mes invitations à partager la lecture, par je ne sais quel miracle de référencement, sont haut placées dans les réponses fournies par les moteurs de recherche à qui cherche à s’informer sur ces livres, la plupart des autres textes enfouis dans le passé du blog ne refont de temps en temps surface qu’à la bonne grâce de questions biscornues sur tout et n’importe quoi posées à ces mêmes moteurs par les internautes. Erreurs d’aiguillages cocasses par dessus le marché : nous en sourions parfois ensemble.

Grande envie, après deux ans de pratique du blog et du site que j’ai ouvert en même temps, de les fondre en un lieu unique parce que la circulation entre mes deux adresses manque de fluidité et qu’un changement de structure serait une invitation stimulante à renouveler les contenus. Malheureusement, l’opération est hors de mes moyens sonnants et trébuchants si je la confie (le site est déjà suffisamment touffu pour la rendre complexe) et au-delà de mon tout petit savoir-faire en la matière.

Donc rien ne change et la partition actuelle garde tous ses défauts. Blog d’un côté, où les choses disparaissent, et site de l’autre, où elles restent affichées, mais figées : pas assez de courants d’air entre les deux. Je le sais bien et le regrette. Continuer quand même parce que, même s’il est un peu de travers, par le blog l’écriture respire.

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Echéances juinesques

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Deux déjà passées, trois encore à venir.

Il y a eu, c’était le 29 mai, on était presque en juin, la conférence donnée aux sympathiques Ernest de la rue d’Ulm, Retour à Billancourt, dans l’atelier 62, dont la vidéo sera mise en ligne sur leur site, le temps que toute la journée d’enregistrements soit montée.

Hier 5 juin, j’animais la journée-séminaire de fin d’année du groupe “Femmes et histoire” de l’IHMC avec lequel nous réfléchissons sur le thème Femmes au travail, questions de genre, XVe-XXe siècles, en nous arrêtant cette année sur les écritures du travail. Journée riche, variée, pleine d’échanges autour d’écritures “noir sur blanc” et d’autres formes moins attendues : sur soi (le vêtement de travail), en soi (la crise de nerf des ouvrières) ou autour de soi dans son chez-soi (le travail à domicile). Programme détaillé (et enregistrements d’exposés à venir) sur le carnet de recherche* du groupe. A l’heure du déjeuner, pique-nique en bonne compagnie puisque le séminaire Genèse et autobiographie de l’ITEM (qui m’avait invitée en décembre) avait eu la même idée que nous.

Philippe Lejeune, co-animateur du séminaire de l’ITEM, je suis appelée à le revoir très bientôt : nous sommes invités l’un et l’autre à participer le 17 juin à 14h30 à la table ronde “récits de soi” de l’après-midi d’étude Le web à la première personne : quelles traces conserver ? du cycle Mémoire du web de la BnF. Interviendront notamment dans la même table ronde Gilda Fiermonte, des Traces et trajets (et autres blogs) et Christine Genin, des Lignes de fuite. Perspective stimulante.

Deux jours (deux nuits) plus tard, le 19 je participe à la 4e nuit remue.net, invitée à lire par Yun Sun Limet. Je me souviens que j’étais allée écouter la première nuit remue.net, en juin 2006, je n’y connaissais encore personne mais le site venait d’accueillir une vingtaine de pages, toute première ébauche de ce qui deviendrait le livre  Atelier 62. Le 19 je lirai quelques pages d’une écriture en cours, au long cours, fichier ouvert en janvier 2008, un mois lourd d’événements.

Enfin le 25 juin, TGV pour Nantes, où le Centre nantais de sociologie, à l’université, m’invite à participer à sa journée de fin d’année. Il y sera question des forgerons et puis on pique-niquera. J’aime beaucoup les pique-niques, ceux du Montparnasse monde et ceux d’ailleurs.

(*) Si vous cliquez sur le carnet de recherche, profitez-en pour lire le billet Aller au bout du quai avec Florence Aubenas : j’avais été tentée d’écrire sur ce livre pour le “coin lecture” de L’employée aux écritures, et puis finalement je l’ai évoqué dans le carnet de recherche puisqu’il avait tout à voir avec noter sujet.

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Cafés fermés et “Le train des jours” de Gilles Ortlieb

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Extrait méticuleusement recopié de Gilles Ortlieb, Le train des jours (Ed. Finitude, 2010)

Sur le chemin de Gandrange, visité plusieurs fois ces derniers mois, traverser en plusieurs sens le chapelet des localités moyennes et mitoyennes qui s’étendent depuis Thionville jusqu’aux vallées de l’Orne et de la Fensch (Florange, Fameck, Hayange, Rombas, Vitry-sur-Orne, Boussange…) où je pourrais presque, maintenant, tenir la chronique des fermetures, abandons, disparitions (la boucherie-charcuterie de M. Lhuillier, par exemple, désormais condamnée à Clouange, tout comme le Café du Commerce dont j’avais poussé la porte il y a quleques mois, le temps d’échanger quelques phrases avec un patron déjà très désabusé). Ce qui ne répond pas pour autant à la question, si ancienne qu’elle devrait avoir cessé d’en être une : mais que vient-on chercher là – quelle révélation ou confirmation, quelles leçons ? – dans ces endroits si ordinaires et perdus qu’ils n’existent, très passagèrement, que pour ceux qui les traversent – ou pour ceux qui y vivent.

Livre recueil de signes de vie, que ce soit à Luxembourg (où le Portugal se profile) où Gilles Ortlieb travaille, en Grèce où il se promène, en Lorraine comme dans l’extrait cité, où il déambule sans savoir très bien ce qu’il cherche, ou à Lisbonne où il finit l’année puisque ses textes sont les glanes d’une année qui pourrait être 2008. Des voyages, des lectures, quelques événements privés, quelques événements publics. Une écriture attentive et sensible ; pudique aussi, ce qui en fait toute la force quand le train des jours n’amène pas que du bon.

J’ai choisi l’extrait des pages 63-64 parce que le Café du Commerce qui ferme à Clouange m’évoque le Café du Courrier, fermé, que j’ai photographié à Saint-Claude cette semaine et les questions qui ne peuvent manquer de surgir devant sa devanture blanchie. Ce qu’ils sont devenus ceux qui ont eu, un temps, plaisir à se retrouver là. Et ce qui fonde le désenchantement des patrons de café, de Clouange à Saint-Claude, occultant leurs vitres les uns après les autres.

Le livre de Gilles Ortlieb, je l’ai acheté un peu  ”par raccroc”. Je ne savais pas qu’il venait d’en publier un nouveau. J’étais entrée jeudi soir dans la librairie Tschann à cause de ce coin de vitrine résolument industrieuse, qui rapprochait les grands livres d’Alain Pras et d’Edward Burtynsky de celui de Bernd et Hilla Becher, Bergwerke und Hütten. C’est celui des Becher que je voulais voir de plus près et Muriel me l’a extrait de la vitrine. Il n’y est jamais retourné. C’est comme je terminais de le payer (par carte) que la pile de petits Ortlieb posée devant la caisse a attiré mon regard et j’ai aussitôt  sorti mon porte-monnaie pour compléter mes achats. Achats groupés cohérents : dans le livre des Becher, des sites sidérurgiques dont parle Ortlieb, Rombas par exemple, sont photographiés.

Et puis vendredi matin, nouvelle heureuse découverte : tout à la fin du Train des jours, Ortlieb fait allusion à sa lecture d’Atelier 62 et en cite un extrait. Tout cela est parfaitement logique finalement. C’est d’ailleurs ce dont nous convenons avec Muriel, lorsque, quelques heures plus tard, la boutique se situant sur mon trajet le plus quotidien, j’ai  passé la tête dans la librairie pour lui dire la coïncidence qui n’en est pas une.

J’aime aussi beaucoup cette note brève de Gilles Ortlieb parce qu’elle sonne familier : “Réfugié dans la pièce du fond”. Je ne vois pas comment, parfois, résumer autrement la situation.

Pièce du fond de soi : celle d’où l’on écrit.

Filed under coin lecture

Les repasseuses donnent de la voix du 24 au 27 mai

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Du lundi 24 au jeudi 27 mai, sur France Culture, tout à la fin des Passagers de la nuit, ce qui nous amène vers 23h40-45, est diffusée ma nouvelle contribution à l’émission produite par Thomas Baumgartner, sous forme de 4X5 minutes pour deux voix.

Le texte s’appelle “Non mais, t’as vu le tableau ?” et sera lu par deux comédiennes puisque le tableau ce sont les deux repasseuses de Degas appartenant au musée d’Orsay, l’une qui baille et l’autre qui pèse de tout son poids sur son fer. Avec une petite aide de ma part, elles prennent enfin la parole. Deux femmes qui ont des choses à se dire et à nous dire et pas seulement sur l’art du repassage.

Mon choix fixé – mon coeur a un temps balancé entre les repasseuses et les joueurs de cartes de Cézanne – j’ai eu des émotions parce que du musée d’Orsay (en rénovation) où je les cherchais un soir d’hiver, elles avaient pris la poudre d’escampette. Je les ai heureusement retrouvées, dans Paris, au musée d’Art et d’Histoire du judaïsme, prêtées pour l’exposition temporaire La splendeur des Camondo.

J’aime beaucoup écrire ces textes à contrainte formelle forte. Exercice stimulant, par exemple, pour le travail de la ponctuation nécessaire pour transmettre, par écrit, à celles qui parleront le rythme et le phrasé que l’on entend spontanément soi-même en écrivant. Et puis grand plaisir éprouvé, lors des enregistrements, à observer et écouter les comédiennes se saisir du texte et l’enrichir. Merci à Julie Monnet et Evelyne Guimarra qui font parler les repasseuses et à Clotilde Pivin pour sa réalisation.

Bien sûr “Non mais, t’as vu le tableau” s’écoutera aussi (après le coup de fer) en ligne et se podcastera (et j’en profite pour dire que le succès des podcasts de France Culture fait vraiment plaisir). Pour mémoire, ma première collaboration aux Passagers de la nuit s’appelait “Couture à domicile” et avait été diffusée en novembre 2009.

Une suggestion pour prolonger l’écoute : plutôt que de faire du repassage, relire ou lire L’assommoir de Zola, dont j’avais oublié toute la richesse depuis ma lecture de lycéenne, ainsi que ses fabuleux Carnets d’enquêtes préparatoires que pour ma part je n’avais jamais ouverts.

Récupérer l’émission de lundi 24, mardi 25, mercredi 26, jeudi 27.

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