L'employée aux écritures

le blog de Martine Sonnet – ISSN : 2267-8735

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"Le problème de la nuit reste entier. Comment la traverser, chaque fois la traverser tout entière ?" Henri Michaux

Archives for la vie tout venant

Des savoirs encombrants (et de l’obsolescence)

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Comme je passais hier soir rue Saint-Jacques, avait été déposé sur le trottoir, sensiblement à hauteur de l’abbaye du Val-de-Grâce et au coin de la place Alphonse Laveran, ce carton contenant une édition sans doute complète de l’Encyclopedia universalis. Pour s’en débarrasser parce que, probablement, aucune autre solution n’avait été trouvée quand il s’était agi de vider un appartement ou une cave – c’est fou ce qu’il se déverse des logements sur les trottoirs ces mois d’été à Paris, sans que les videurs ne cherchent de voies de recyclage pour ce qui peut encore servir ni ne fassent appel aux services compétents pour le reste. A se demander souvent quels liens unissaient les possesseurs des choses étalées sur la voie publique et les évacuateurs, et quand il s’agit, comme souvent, de se défaire d’un héritage encombrant, quelles rancoeurs voire quelles vengeances se libèrent dans ces expositions à touts vents. Mais là, l’Universalis, tout de même, me donnait encore plus à penser et pas seulement parce que la veille, distraction estivale de dix-huitiémiste, j’avais achevé la lecture du roman d’Arturo Pérez-Reverte, Deux hommes de bien, racontant les tribulations de deux membres de l’Académie royale de Madrid envoyés à Paris, peu avant la Révolution, se procurer, pour la bibliothèque de l’Académie, les 28 volumes de l’édition originale de l’Encyclopédie, l’autre, celle de Diderot et d’Alembert (et collaborateurs). Le carton dans lequel je butais hier signifiait crument qu’on ne sait plus quoi faire de la version imprimée d’une somme de connaissances rassemblées sur le papier il y a un demi-siècle, continuée et mise à jour sur d’autres supports et désormais en ligne. Soit, ces volumes sont plus lourds et moins maniables qu’une tablette, mais plus personne, nulle part, vraiment, pour avoir envie de les feuilleter ? Ce qui me chiffonnait encore, dans l’abandon dont j’étais témoin rue Saint-Jacques, rue originelle des imprimeurs parisiens, c’est que je me souvenais de l’investissement que l’achat (à crédit) de l’Encyclopédie universalis avait pu représenter, dans certaines familles de mes camarades de lycées dans les années 1970, d’une certaine fierté qui allait avec, et de l’invitation faite par ses possesseurs aux moins nantis (dont j’étais) à venir préparer chez eux leurs exposés en partageant cette ressource documentaire convoitée. Ce n’était pas rien, l’alignement de ces volumes au bas d’un meuble bibliothèque, ça en jetait (avant qu’on ne les jette).

août 5, 2017

Des cinémas d’enfance à la campagne et en ville

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De mes deux salles de cinéma d’enfance, ne subsistent les murs que de celle-ci, celle des été à la campagne, sans nom autre que CINEMA, j’en ai déjà parlé sur ce blog, rephotographiée le week-end dernier comme je retournais faire un tour là-bas.  L’autre, celle de la ville, celle du reste de l’année, dite “cinéma des curés” parce qu’animée par l’association paroissiale “Les cigognes du Petit-Clamart” – et pourquoi grand Dieu des cigognes ? – salle à tout faire, polyvalente avant le terme, démolie pour laisser place au gymnase du collège voisin. Je me souviens mieux des salles et des rituels de leurs séances que des films vus dans chacune d’elle. Le seul titre de film me restant de ceux vus à la campagne c’est Barry – et encore j’aurais juré que c’était Barry chien loup mais le catalogue Unifrance me détrompe – un film de Richard Pottier avec Simone Valère, Pierre Fresnay et Pauline Carton, sorti en 1949, atteignant notre bocage dix ou douze ans plus tard. Au cinéma des curés, fréquenté le dimanche à 14h30 essentiellement par les enfants de la cité, pour 1,5 NF nous avions droit, en première partie, aux actualités de la semaine, à un dessin animé, à un épisode d’un feuilleton de science fiction dont la compréhension n’exigeait pas une assiduité hebdomadaire infaillible, et à la bande annonce du film projeté le prochain dimanche. Entracte et place au film. De quoi remplir le dimanche après-midi. Dans cette salle, la programmation lorgnait outre-atlantique, westerns et comédies musicales, et je suis sûre au moins d’y avoir vu, probablement vers 1965, Papa longues jambes de Jean Negulesco, 1955, et  Qu’est-ce que maman comprend à l’amour ? de Vincente Minnelli, 1958. Un titre prometteur qui avait donné beaucoup à penser, les sept longs jours s’étirant entre annonce et vision intégrale, aux gamines que nous étions.

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juil 30, 2017

Glissements progressifs des au-revoir dans le langage courant

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Longtemps un simple “au-revoir” a accompagné au quotidien nos séparations. Pour les grandes occasions et autres fins de joies collectives (à fuir) il y avait cette chanson tire-larmes disant que ce n’était qu’un au-revoir mes frères etc. et nous regardions de travers ceux qui usaient du grandiloquent “adieu”. Et puis est venu le temps du “à bientôt” : on commençait à ne plus supporter de se séparer sans fixer un terme à la séparation. Le “à bientôt” s’est dit et écrit partout, dans toutes les formes de congés que l’on prenait les uns des autres. Mais “bientôt” c’était encore un peu loin, alors s’est imposé, avec la même universalité des supports, le “à très bientôt”, plus rassurant. J’ai constaté, ces derniers temps, que le “à très vite” qui rapproche encore le terme des retrouvailles progresse à grand pas. “A très vite” permet de partir chacun de son côté tout en restant quelque part attaché à l’autre (un peu le principe de la balle de jokari au bout de son élastique qu’on ne risque pas de perdre). Je me demande de quoi nous avons tellement peur à chaque fois que nous nous quittons et quelle sera la prochaine formule qui exprimera l’insupportable de toute séparation, fût-elle la plus brève. Deviendrions-nous une espèce de plus en plus grégaire ?

juin 3, 2017

D’un rêve d’avant colloque

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Rare que L’employée aux écritures évoque ici ses rêves, souvenir d’un seul ayant fait l’objet d’un billet, une histoire de chaussures noires qui me valut en son temps beaucoup de visites d’internautes en quête du sens de leurs propres rêves avec chaussures noires.

Or il se trouve que je participais vendredi 26 et samedi 27 mai au colloque “La fabrique des transclasses” organisé par les philosophes Chantal Jaquet et Gérard Bras à l’université Paris I Panthéon Sorbonne ; Chantal Jaquet étant l’auteure d’un très éclairant et subtil ouvrage sur la question paru aux PUF en 2014 : Les transclasses ou la non-reproduction. Ce colloque interdisciplinaire réunissant principalement des philosophes, des psychanalystes et des sociologues s’ouvrait aussi largement aux récits singuliers, côté intervenants comme côté public. J’ai l’habitude des colloques mais je crois n’avoir jamais participé à un événement universitaire de ce type atteignant des deux côtés, tribune et salle, cette qualité égale des prises de parole, cette implication personnelle et ce niveau d’intensité des échanges. Ceci n’étant pas étranger, bien sûr, au fait que ce dont nous parlions concernait directement la plupart des personnes présentes dans la salle, des deux côtés.

Depuis janvier, quand l’invitation s’était précisée (merci encore à Chantal Jaquet et à Gérad Bras) et qu’il m’avait fallu fournir le titre de mon intervention, l’affaire me préoccupait. J’avais laborieusement forgé un intitulé – “Elargir le cercle : et si le voyage n’était pas solitaire ?” – en contournant le mot transclasse que, comme tous les mots bâtis sur le préfixe “trans” je ne trouve pas très beau (sauf transsibérien). J’aurais tendance à lui préférer “passe-classe” que l’on trouve aussi dans l’ouvrage de Chantal Jaquet, pour sa connotation passe-muraille, assez bien dans le sujet.

Sans savoir alors au-delà du titre ce que je pourrais bien dire fin mai, j’y pensais de façon de plus en plus obsessionnelle au fil des mois, lisais sur la question et notais en vrac les idées qui me venaient à la page “semaine 21″ de mon agenda. De ces notes  j’ai finalement bâti, pas du tout en théoricienne de la chose mais du seul petit bout de ma lorgnette, un topo insistant sur 4 points : la visibilisation par l’écriture, l’absence de choix face au non-reproductible, le passage d’une classe à une autre comme co-production de vivants et de morts, enfin qu’en matière de cursus et de carrière, les choses n’étant pas égales par ailleurs, les aboutissements ne le sont pas non plus.

J’en viens au rêve fait dans la nuit de jeudi à vendredi, soit au cours de la nuit précédant mon intervention au colloque. Ma famille au complet sur quatre générations, de mes parents à leurs arrières-petits-enfants, se trouvait réunie à l’occasion d’un événement non identifié, cohabitant pour quelques jours dans une maison trop petite pour contenir tout le monde. C’était, par exemple, un peu compliqué d’organiser les repas et l’on se bousculait sans cesse. Tout cela dans la bonne humeur mais je me demandais vraiment pourquoi s’entasser tous là pareillement alors que, pas bien loin, nous disposions d’une deuxième maison, complètement inhabitée celle-là…

Vendredi, pour la première fois, mon intervention dans un colloque s’est ouverte par le récit d’un rêve.

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mai 29, 2017

Opus 500 et jour de l’an

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Pour célébrer, d’une pierre deux coups, son cinq-centième billet (par temps de grande paresse blogueuse) et le premier jour d’une année nouvelle, bonne fille, L’employée aux écritures vous décroche la lune et ses cratères. Je mentirais si je prétendais que nous partîmes 500 mais que par un prompt renfort etc. puisque les statistiques de visites du blog loin d’avoir jamais affiché de tels sommets tutoieraient plutôt les abysses (*), mais grand merci (et bonne année) à la poignée de fidèles de L’employée que l’intermittence de ses écritures ne décourage pas de passer voir de temps en temps s’il y a du neuf…

(*) Très heureuse toutefois que les billets les plus lus demeurent, année après année, ceux dans lesquels il est question de jonquilles, de Gif-sur-Yvette, de ferrailles, de carnets de notes et donc, vous l’aurez reconnu, de Pierre Bergounioux.

jan 1, 2017

Hypothèse au tableau jeté

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Soit l’avenue de l’Observatoire (Paris 6e arrondissement) et son habitat cossu. A l’abandon sur le trottoir au pied de l’un de ces immeubles pierre de taille, balcons de fer forgé filant en façade aux 2e et 5e étages, ces rebuts de savoir scientifique que l’on n’a pas pris le soin de trier. Les chemises cartonnées renferment encore leurs archives papier, les classeurs rigides leurs feuilles perforées. Des livres jetés là aussi et parmi eux des annuaires révolus de l’Ecole polytechnique qui disent assez que ce n’est pas du menu fretin que l’on bazarde ainsi.

Et puis ce tableau noir, non effacé, à la démonstration soumise aux passants, du moins à ceux précédant les Encombrants qui ne feront ni une ni deux et embarqueront le tout.

Je longe l’étalage de ces années d’exercice professionnel de haut vol, tombées bien bas, en regrettant de ne pouvoir sortir de ma poche un bâton de craie blanche pour, au moins, repasser sur les symboles qui s’estompent, à défaut d’être capable de pousser le raisonnement un peu plus loin (voire d’en corriger une étape s’il y avait lieu). Je ne suis pas L’employée aux écritures mathématiques.

M’étonne enfin, dans cette déconfiture algébrique, que personne là-haut ne se soit porté volontaire pour effacer le tableau, d’un coup d’éponge humide, même, si l’on n’avait pas sous la main l’un de ces beaux tampons aux bandes de feutre – ici pensée pour Joseph Beuys évidemment – serties dans leur support de bois verni, objets de tant de convoitise dans nos classes de prime jeunesse.

sept 23, 2016

Réminiscence à la cithare

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Saisie au vol, cette cithare posée au bas de la vitrine du loueur d’instruments de musique, sur le boulevard en descendant vers les Gobelins. Décorative, je ne pense pas qu’elle soit à louer.

Cette cithare m’en a rappelée une autre, une réplique un peu plus petite, au bois plus clair, pareillement pourvue de sa clé, mais une clé moins ouvragée si je me souviens bien. La cithare  était arrivée chez nous, un Noël du tout début des années soixante de l’autre siècle, par la grâce du Comité d’établissement de la Régie Nationale des Usines Renault. Cadeau aux enfants du personnel.

Les cordes de cette cithare sans prétention autre que d’amusement enfantin, justement pincées, jouaient parfaitement leur partition. C’est peut-être ce qui a le plus attiré mon attention comme je passais devant la boutique du loueur, ce jeu de partitions surgies du fond de mon âge, glissées entre table et cordes. Nous avions exactement les mêmes, feuilles cartonnées à la savante découpe trapézoïdale tronquée et aux notes hors de portées.

Pas besoin de connaître la musique, oeil et doigts agiles, aptes à suivre leurs zigs et leurs zags suffisaient à faire naître la mélodie, pas forcément au bon tempo, mais reconnaissable. Que des airs relevant d’un répertoire assez populaire pour supporter nos anicroches sans perdre leur entrain.

Et je trouvais ce système de notation musicale absolument prodigieux : une invention sur mesure faite pour nous.

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juin 18, 2016

Des centenaires et de la relativité des âges

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J’entends ce matin à la radio qu’Edith Piaf aurait eu 100 ans aujourd’hui, une semaine après Frank Sinatra, un mois et des poussières après Roland Barthes, qui auraient bouclé leur siècle, eux, respectivement les 12 décembre et 12 novembre derniers. J’ai pourtant du mal à placer ces trois-là sur la même ligne de départ, 1915, à me représenter leur contemporanéité – certes tronquée Edith ayant lâché les deux autres dès 1963 – et à l’intégrer dans mon ego-chronologie du XXe siècle.

Parce qu’Edith Piaf me renvoie à l’enfance : j’allais avoir 8 ans quand elle est morte et je me souviens du traumatisme pour beaucoup de cette disparition aggravée de celle de Jean Cocteau. On connaissait mal chez nous Jean Cocteau, mais qu’un poète meure à l’annonce de la mort de la chanteuse, amplifiait indiscutablement la dimension tragique de son décès. Nous n’avions pas de disque d’Edith Piaf à la maison mais j’aimais beaucoup entendre à la radio “la fille du port, l’ombre de la rue”, réconforter le pauvre Milord, et l’asseoir à sa table. Et, comme elle, je n’en revenais pas : il pleurait, “ça je l’aurais jamais cru”. Inimaginable qu’un homme pleure, j’étais bien de son avis.

Frank Sinatra est d’une autre époque et pourtant – je vérifie – quatre ans seulement séparent la mort d’Edith Piaf de l’envahissement du paysage sonore par ses Strangers in the night. Chanson étroitement associée à l’auto-radio de la Renault 4 verte qu’avait achetée ma soeur D. peu avant que notre père quitte la Régie. Nous roulions, D. au volant, J. à ses côtés, moi seule à l’arrière, cet été là sur les routes de Normandie, poussant plus loin que nos vélos nous l’avaient jamais permis, osant jusqu’à la mer, et Sinatra chantait inlassablement Strangers in the night. Je crois que c’est avec cette chanson-là, pleine de promesses, que nous avons découvert The Voice (c’est une autre chanson de lui que je propose ici d’écouter, je laisse volontiers désormais ces étrangers à leur nuit)

Roland Barthes, pour tristement disparu qu’il soit depuis 35 ans maintenant, me reste de loin le plus jeune et le plus vivant des trois centenaires virtuels. Je ne sais pas quand ni par qui j’ai entendu prononcer son nom pour la première fois, si c’est au cours de mes années de lycée ou seulement une fois arrivée à la fac, toujours est-il que j’aborde sa lecture avec la parution de ses Fragments d’un discours amoureux, donc en 1977, confondue devant la justesse et l’universel de ses mots. Dès lors, sa lecture prolongée et son écoute puisque, par bonheur, tant de documents sonores et filmés demeurent*, le font résolument mon contemporain. C’est bien lui, si présent, que j’ai le plus de mal à imaginer en centenaire.

*Parmi ces enregistrements il y en a un, introuvable, que j’aimerais réécouter, (la cassette audio que j’en avais réalisée, radio collée au magnétophone, lors d’une rediffusion ayant rendu l’âme de trop de rembobinages) c’est l’émission consacrée au chant romantique, de la série “La musique et les hommes”, diffusée pour la première fois sur France Culture en 1976.

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déc 19, 2015

Désabusée

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La vieillesse me tire par les cheveux

par les pieds

par la peau des deux pieds

me racornit

rend soucieuse

cassante

Haut / Bas / Fragile

sauvage

ongles bientôt griffes : n’approchez pas.

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oct 31, 2015

Du nom des choses écrit inutilement sur les choses

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Interloquée hier, dans les toilettes du TGV Est qui m’emmenait visiter le Centre Pompidou de Metz et ses expositions du moment – que je conseille : ce fut une belle journée – , par une précision que la SNCF, son chef de bord, son personnel d’accompagnement et les membres de l’Alliance Rail-Team, ont cru nécessaire d’accoler à un accessoire qui jusque-là, dans les toilettes ferroviaires, s’en passait très bien. Etonnée d’abord qu’un logisticien/signalétiqueur de trains en ait conçu l’idée et que du n+1 de cet employé créatif au Président de la Société Nationale celle-ci ait semblé suffisamment pertinente pour être mise en oeuvre avec attribution du budget idoine. A moins que ledit employé, amateur de littérature sud-américaine, ne l’ait emprunté à ce passage de Cent ans de solitude de Gabriel García Márquez au cours duquel les habitants de Macondo frappés d’un mal étrange leur faisant perdre la mémoire des choses et de leurs usages collent des étiquettes partout pour y remédier. Déconcertée aussi par le vocabulaire choisi, parce que le “papier hygiénique” me semble avoir été détrôné par le “papier toilette” des gondoles de supermarchés et par le “PQ” du langage courant des ménages. Sans compter que si l’on voulait s’en tenir au registre de l’hygiène et user de l’adjectif qui s’y rapporte, il convenait d’inverser le sens de l’accent sur le E. Bref une innovation qui ne m’a pas convaincue et pourtant j’aime les trains.

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août 20, 2015

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