L'employée aux écritures

le blog de Martine Sonnet – ISSN : 2267-8735

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"Le problème de la nuit reste entier. Comment la traverser, chaque fois la traverser tout entière ?" Henri Michaux

Archives for la vie tout venant

Habiter Paris (aperçus 2)

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Pour faire suite au billet d’hier, quelques autres extraits du chantier Habiter Paris et plus précisément de la première partie du texte, sous-titrée “Du déménagement”, les quatre autres traitant “De l’appartement”, “Du quartier”, “De Paris en général” et “De quelques autres villes en particulier”.

J’ai écrit un jour que j’habitais la gare Montparnasse et réciproquement. Habiter la gare signifiait clairement que je n’étais dans la ville qu’une passagère agrippée autant qu’elle le pouvait à son sas. Quand j’expliquais à des Parisiens intra murés que j’habitais en banlieue « mais à sept minutes de train seulement de la gare Montparnasse » on me rassurait : sept minutes, quantité négligeable. Quand aux mêmes je dis aujourd’hui que jamais je n’aurais imaginé à quel point la vie pouvait être différente selon que l’on s’endorme et se réveille d’un côté ou de l’autre du périphérique, ils sont hypocritement d’accord : cela n’a rien à voir. A mon tour maintenant de rassurer les banlieusards et de conforter les Parisiens désireux de s’exmurer, mus le plus souvent par un désir d’adéquation entre le nombre de chambres du logement familial et celui des enfants. Mes propos, mesurés, les confortent dans leur projet, mais insistent sur l’absolue nécessité de se scotcher – pas plus de cinq minutes à pied – à une gare ou à une station de l’une de ces lignes de métro prolongées hors les murs, la 4, la 7, la 12 ou la 13 en attendant la 14. Ce disant, un soupçon de mauvaise conscience m’assombrit, sachant pertinemment, pour avoir joué ma partie, qui perd et qui gagne sur cette marelle. Au demeurant ici ou là chacun voit midi à sa porte de Versailles et l’avènement du « GRAND PARIS » est au bout du tunnel.  On ne fera plus qu’un, coeur et couronnes en fusion, disent-ils. Les chantiers de la mégapole promise et de ses gares, je les ai à l’oeil. Mais j’attends toujours celui de la déconstruction du périphérique par lequel tout aurait dû commencer. La ville et les esprits auraient grandis ensemble par capillarité.

Encore banlieusarde, au printemps 2011, j’ai photographié la maternité promise à démolition de l’hôpital Saint-Vincent-de-Paul, 82 boulevard Denfert-Rochereau XIVe arrondissement de Paris, où sont nés mes fils. Maternité Adolphe Pinard : inscription en lettres carrelées au fronton, bâtiments en carré fermé autour d’une pelouse, deux étages, architecture à taille humaine et humanité du service. Des bâtiments de brique, comme ma vieille maison natale normande et comme ma cité d’enfance. Je prends une première série de photos sur le terrain, arpentant l’enclos, puis une seconde, aérienne. Du 56e étage de la tour Montparnasse, je zoome sur l’hôpital aux bâtiments aisément repérables à partir de la mosaïque carroyée de verdure du cimetière qui, vu du ciel, le jouxte. Mes fils prêtent une attention polie à des clichés propres à satisfaire d’éventuelles curiosités tardives, le jour où le 82 boulevard Denfert-Rochereau ne gardera plus trace des naissances pas milliers survenues à cette adresse. Je les engrange aussi pour moi ces photographies d’un lieu auquel m’attachent des raisons que je perçois maintenant plus clairement qu’à l’époque où je jouais des coudes pour y mettre au monde mes enfants bien que n’habitant pas Paris. Qu’ils y voient le jour procédait du parfait accomplissement, en trois générations, de l’exode familial vers la capitale aux portes de laquelle s’étaient arrêtés mes parents, tant par l’embauche de mon père à la Régie Renault de Billancourt, que par le logement obtenu, cité de la Plaine, Clamart, Seine. La montée à Paris de l’ancien artisan charron/forgeron/tonnelier n’ayant pas atteint tout à fait son cœur, je porte au monde mes enfants au terme géographique théorique de sa trajectoire. Je leur fais franchir in puis ex utero l’ultime pas séparant la condition de « Parisiens des taillis » de celle de Parisiens légitimes écrivant « Paris XIVe » à la rubrique « lieu de naissance » des formulaires administratifs.

En janvier 2018, une affiche placardée sous le porche de notre immeuble annonce que celui-ci fait partie des 8% du périmètre de la ville recensé cette année. Je ne cache pas ma joie, un peu puérile, d’être comptée Parisienne, même si d’adoption. J’éprouve le même contentement à devoir renouveler un mois plus tard ma carte nationale d’identité et mon passeport arrivés ensemble à échéance : les nouveaux sont établis à ma bonne et belle adresse. Je compare la photographie rien moins que décorative qui m’identifie sur mes nouveaux papiers avec celle qui ornait encore un peu les anciens : les contraintes de non-sourire, d’oreilles bien dégagées et de dépouillement de toute expression comme de tout accessoire se sont aggravées. Pour un résultat contre-productif : je pense ne me ressembler que bien peu sur mes pièces d’identité nouvelles. Ou alors, si ces photos révèlent la vérité de mon essence de désormais sexagénaire, je comprends mieux que lorsque j’emprunte l’autobus ou le métro, de plus en plus souvent, si ceux-ci sont bondés, une jeune personne me propose sa place assise. Je décline l’offre poliment mais abîmée de réflexions sur mon apparence probablement plus en phase avec l’âge de mes artères qu’avec celui de mon mental exalté par la vie parisienne. Mon rajeunissement consécutif au franchissement du périphérique ne se lit, hélas, pas sur ma figure.

avr 29, 2018

Habiter Paris (aperçus 1)

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Cinq ans ces jours-ci que j’habite Paris : occasion de publier sur le blog quelques petits extraits du début d’un texte en chantier (depuis cinq ans !) “Habiter Paris”.

Habiter Paris m’occupe l’esprit à temps complet depuis que j’ai franchi d’un bond, pieds joints, le boulevard périphérique et ses huit voies de circulation, le boulevard des maréchaux et ses rails de tramway, la Petite Ceinture, ses voies, ses gares, réaménagée loisirs ou à l’abandon, le mur des Fermiers Généraux murmures encore audibles, et l’enceinte de Charles V. Mais pas celle de Philippe Auguste : retouché terre juste avant, en plein « champ des capucins » des plans antérieurs à la percée du boulevard de Port-Royal (en lieu et place de la vieille rue des Bourguignons) et au lotissement du quartier. J’habite Paris depuis le vendredi 29 avril 2013 aux environs de 13 heures, munie d’un bail signé le 1er mars précédent. Se maintenir à loyer constant extra et intra muros supposait, à la mesure de moyens moyens, de se défaire d’un tiers de surface et donc d’un tiers de l’ensemble de nos biens et effets meubles. Avant le grand saut, deux mois se passent à trier, vendre, donner, échanger, et pour finir jeter en fonction du calendrier du passage des encombrants. Le déménagement s’achève pour C. et moi en taxi ; un taxi libre miraculeusement surgi de nulle part sur notre chemin alors que, camion parti, porte et volets de l’appartement quitté verrouillés, nous nous dirigions portant sacs à dos et traînant valises à roulettes vers l’arrêt « Pierre Louvrier » de l’autobus 189 qui nous rapprocherait du métro. Le chauffeur s’enquérant de notre destination de vacances, nous avions répondu que non, c’était un déménagement pour Paris. Depuis le vendredi 29 avril 2013 aux environs de 13 heures, locataire de trois pièces dans Paris à la merci d’une non reconduction de bail, d’un caprice de propriétaire qui sonnerait la fin de la fête, j’en jouis chaque jour comme si c’était le dernier.

Amarrée rive gauche, sans l’avoir cherché ni même jamais osé l’espérer, j’aborde les terres parisiennes qui ont de tout temps été les plus familières aux banlieusards timides d’origine provinciale que nous avons d’abord été. Famille arrivée de sa campagne dans les années cinquante du XXe siècle, effrayée à l’idée de la profondeur à laquelle notre ligne de métro, la 12, Mairie d’Issy – Porte de la Chapelle (le terminus Nord de cet ancien Nord/Sud n’atteignait pas encore Aubervilliers), s’enfonçait pour passer sous le fleuve entre Chambre des députés et Concorde. Nous n’allions voir de l’autre côté qu’en cas de nécessité absolue, comme se faire redresser les dents à meilleur compte dans une École Dentaire que je ne parviens pas aujourd’hui à localiser (du côté du métro Notre-Dame-de-Lorette ?) ou faire appel aux compétences des vendeurs-experts d’un rayon de la Samaritaine ou du Bazar de l’Hôtel de Ville inexistant au Bon Marché – qui l’était encore un peu ou du moins nous restait abordable -, notre grand magasin par défaut puisque seul implanté sur la rive gauche.

Venue, quinquagénaire, habiter la capitale intra muros au XXIe siècle, je réinvestis le 75 qui signifiait fièrement la Seine sur les plaques des rares voitures circulant autour des HLM de mon enfance banlieusarde comme sur celles qui roulaient dans Paris. Un 75 indu source d’un léger sentiment de supériorité à l’égard des malheureux flanqués du 78 qui encerclaient comme nous la ville mais à distance ; infortunés (même à Versailles) habitants de la Seine-et-Oise voués en outre à la vindicte automobile pour leur réputation de piètres conducteurs. Avant que le boulevard périphérique, à l’emporte-pièce, renvoie chacun à ses quartiers et que notre 75 usurpé soit rétrogradé en 92 : loi du 10 juillet 1964 entrée en vigueur au premier janvier 1968.

Mon cinquième changement d’adresse en cinq décennies a été de loin le plus radical – je ne compte pas le déménagement qui m’arrache, encore dans mes langes, de la maison du bord de la route. Dans la ville de banlieue dont je ne bouge pas pendant 57 ans, deux fois même je n’ai déplacé mes baluchons que de quelques mètres, pour ainsi dire au diable, à la brouette et au charriot à commission pour les livres, passant du 18 au 12 d’une même rue puis du 138 au 220 d’une même avenue. Des sauts de puce. Venue habiter mon quartier de travail, géographie intégrée de longue date pourtant, tours, détours et raccourcis rebattus, je ne le marche plus du même pas. L’allure sereine, je fréquente volontiers le côté du trottoir que je n’empruntais jamais ; je revisite le quartier, adopte un nouveau point de vue sur des façades ignorées, me laisse guider par des commerces de bouche dans lesquels je n’entrais pas. Et surtout, je marche délestée du souci quotidien de devoir au bout du jour et du compte rentrer à la maison hors la ville et en éprouver toute la lassitude. Plus légère, moins fatiguée, je dors paradoxalement mieux sur le boulevard où hôpitaux et caserne de pompiers nous cernent – sirènes à proportion – qu’entourée de jardins silencieux la nuit au bout de l’allée en impasse dans le quartier pavillonnaire quitté.

avr 28, 2018

Points en suspension et poussières d’écriture

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J’avoue que ce blog est un peu, à l’image de ce godet, en suspension, ce qui ne vous aura pas échappé si vous croisez habituellement dans les parages. Quand L’employée aux écritures déserte, c’est qu’elle est trop occupée par ailleurs. (Depuis le retour des vacances d’été il s’agissait d’immobilier, affaire en passe d’être réglée, encore que les travaux… refrain connu).

Honnêtement, il manquait aussi sans doute l’envie, mise à mal par les injonctions à écrire comme ci ou comme ça, avec des .e par ci et des .e.s par là rendant ce qui s’écrit imprononçable pour peu d’effets sur la cause. Cause que je soutiens bien évidemment mais en pensant qu’on commencerait par combler les écarts de salaires entre les travailleuses et les travailleurs on y verrait plus clair qu’avec ces rustines collées à tout bout de mots. Pour ce qui est d’user des “celles et ceux” ou de féminiser les intitulés de professions, grades etc, aucune objection de ma part, bien au contraire (à condition qu’on me laisse mon métier de chercheuse sans me transformer en chercheure, après tout j’aurais aussi bien pu être danseuse et non pas danseure). Mais ne demandez pas à L’employée aux écritures d’écrire des .e : une bonne fois pour toutes c’est non. Et je profite de ce billet (puisque je n’en écris pas souvent) pour exprimer l’agacement que me cause chaque courriel reçu adressé à de “Cher.e.s collègues” ou à de “Cher.e.s ami.e.s” envoyant valser mon accent grave. J’y tiens à cet accent grave et j’aimerais mieux que le zèle inclusif se déploie sans écorcher l’intégrité orthographique des unes.

La vraie raison d’être de ce billet, précisément aujourd’hui 1er décembre 2017, est qu’il y a juste dix ans, à l’incitation du petit journal (en deux lignes par jour) collaboratif initié en novembre 2007 par François Bon en son Tiers Livre, j’ouvrais une année – 1er décembre 2007 – 30 novembre 2008 – de courtes notations quotidiennes, reprises et augmentées plus tard de leur index. Compilation toujours lisible d’une année pour moi pas du tout comme les autres.

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déc 1, 2017

Des savoirs encombrants (et de l’obsolescence)

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Comme je passais hier soir rue Saint-Jacques, avait été déposé sur le trottoir, sensiblement à hauteur de l’abbaye du Val-de-Grâce et au coin de la place Alphonse Laveran, ce carton contenant une édition sans doute complète de l’Encyclopedia universalis. Pour s’en débarrasser parce que, probablement, aucune autre solution n’avait été trouvée quand il s’était agi de vider un appartement ou une cave – c’est fou ce qu’il se déverse des logements sur les trottoirs ces mois d’été à Paris, sans que les videurs ne cherchent de voies de recyclage pour ce qui peut encore servir ni ne fassent appel aux services compétents pour le reste. A se demander souvent quels liens unissaient les possesseurs des choses étalées sur la voie publique et les évacuateurs, et quand il s’agit, comme souvent, de se défaire d’un héritage encombrant, quelles rancoeurs voire quelles vengeances se libèrent dans ces expositions à touts vents. Mais là, l’Universalis, tout de même, me donnait encore plus à penser et pas seulement parce que la veille, distraction estivale de dix-huitiémiste, j’avais achevé la lecture du roman d’Arturo Pérez-Reverte, Deux hommes de bien, racontant les tribulations de deux membres de l’Académie royale de Madrid envoyés à Paris, peu avant la Révolution, se procurer, pour la bibliothèque de l’Académie, les 28 volumes de l’édition originale de l’Encyclopédie, l’autre, celle de Diderot et d’Alembert (et collaborateurs). Le carton dans lequel je butais hier signifiait crument qu’on ne sait plus quoi faire de la version imprimée d’une somme de connaissances rassemblées sur le papier il y a un demi-siècle, continuée et mise à jour sur d’autres supports et désormais en ligne. Soit, ces volumes sont plus lourds et moins maniables qu’une tablette, mais plus personne, nulle part, vraiment, pour avoir envie de les feuilleter ? Ce qui me chiffonnait encore, dans l’abandon dont j’étais témoin rue Saint-Jacques, rue originelle des imprimeurs parisiens, c’est que je me souvenais de l’investissement que l’achat (à crédit) de l’Encyclopédie universalis avait pu représenter, dans certaines familles de mes camarades de lycées dans les années 1970, d’une certaine fierté qui allait avec, et de l’invitation faite par ses possesseurs aux moins nantis (dont j’étais) à venir préparer chez eux leurs exposés en partageant cette ressource documentaire convoitée. Ce n’était pas rien, l’alignement de ces volumes au bas d’un meuble bibliothèque, ça en jetait (avant qu’on ne les jette).

août 5, 2017

Des cinémas d’enfance à la campagne et en ville

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De mes deux salles de cinéma d’enfance, ne subsistent les murs que de celle-ci, celle des été à la campagne, sans nom autre que CINEMA, j’en ai déjà parlé sur ce blog, rephotographiée le week-end dernier comme je retournais faire un tour là-bas.  L’autre, celle de la ville, celle du reste de l’année, dite “cinéma des curés” parce qu’animée par l’association paroissiale “Les cigognes du Petit-Clamart” – et pourquoi grand Dieu des cigognes ? – salle à tout faire, polyvalente avant le terme, démolie pour laisser place au gymnase du collège voisin. Je me souviens mieux des salles et des rituels de leurs séances que des films vus dans chacune d’elle. Le seul titre de film me restant de ceux vus à la campagne c’est Barry – et encore j’aurais juré que c’était Barry chien loup mais le catalogue Unifrance me détrompe – un film de Richard Pottier avec Simone Valère, Pierre Fresnay et Pauline Carton, sorti en 1949, atteignant notre bocage dix ou douze ans plus tard. Au cinéma des curés, fréquenté le dimanche à 14h30 essentiellement par les enfants de la cité, pour 1,5 NF nous avions droit, en première partie, aux actualités de la semaine, à un dessin animé, à un épisode d’un feuilleton de science fiction dont la compréhension n’exigeait pas une assiduité hebdomadaire infaillible, et à la bande annonce du film projeté le prochain dimanche. Entracte et place au film. De quoi remplir le dimanche après-midi. Dans cette salle, la programmation lorgnait outre-atlantique, westerns et comédies musicales, et je suis sûre au moins d’y avoir vu, probablement vers 1965, Papa longues jambes de Jean Negulesco, 1955, et  Qu’est-ce que maman comprend à l’amour ? de Vincente Minnelli, 1958. Un titre prometteur qui avait donné beaucoup à penser, les sept longs jours s’étirant entre annonce et vision intégrale, aux gamines que nous étions.

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juil 30, 2017

Glissements progressifs des au-revoir dans le langage courant

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Longtemps un simple “au-revoir” a accompagné au quotidien nos séparations. Pour les grandes occasions et autres fins de joies collectives (à fuir) il y avait cette chanson tire-larmes disant que ce n’était qu’un au-revoir mes frères etc. et nous regardions de travers ceux qui usaient du grandiloquent “adieu”. Et puis est venu le temps du “à bientôt” : on commençait à ne plus supporter de se séparer sans fixer un terme à la séparation. Le “à bientôt” s’est dit et écrit partout, dans toutes les formes de congés que l’on prenait les uns des autres. Mais “bientôt” c’était encore un peu loin, alors s’est imposé, avec la même universalité des supports, le “à très bientôt”, plus rassurant. J’ai constaté, ces derniers temps, que le “à très vite” qui rapproche encore le terme des retrouvailles progresse à grand pas. “A très vite” permet de partir chacun de son côté tout en restant quelque part attaché à l’autre (un peu le principe de la balle de jokari au bout de son élastique qu’on ne risque pas de perdre). Je me demande de quoi nous avons tellement peur à chaque fois que nous nous quittons et quelle sera la prochaine formule qui exprimera l’insupportable de toute séparation, fût-elle la plus brève. Deviendrions-nous une espèce de plus en plus grégaire ?

juin 3, 2017

D’un rêve d’avant colloque

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Rare que L’employée aux écritures évoque ici ses rêves, souvenir d’un seul ayant fait l’objet d’un billet, une histoire de chaussures noires qui me valut en son temps beaucoup de visites d’internautes en quête du sens de leurs propres rêves avec chaussures noires.

Or il se trouve que je participais vendredi 26 et samedi 27 mai au colloque “La fabrique des transclasses” organisé par les philosophes Chantal Jaquet et Gérard Bras à l’université Paris I Panthéon Sorbonne ; Chantal Jaquet étant l’auteure d’un très éclairant et subtil ouvrage sur la question paru aux PUF en 2014 : Les transclasses ou la non-reproduction. Ce colloque interdisciplinaire réunissant principalement des philosophes, des psychanalystes et des sociologues s’ouvrait aussi largement aux récits singuliers, côté intervenants comme côté public. J’ai l’habitude des colloques mais je crois n’avoir jamais participé à un événement universitaire de ce type atteignant des deux côtés, tribune et salle, cette qualité égale des prises de parole, cette implication personnelle et ce niveau d’intensité des échanges. Ceci n’étant pas étranger, bien sûr, au fait que ce dont nous parlions concernait directement la plupart des personnes présentes dans la salle, des deux côtés.

Depuis janvier, quand l’invitation s’était précisée (merci encore à Chantal Jaquet et à Gérad Bras) et qu’il m’avait fallu fournir le titre de mon intervention, l’affaire me préoccupait. J’avais laborieusement forgé un intitulé – “Elargir le cercle : et si le voyage n’était pas solitaire ?” – en contournant le mot transclasse que, comme tous les mots bâtis sur le préfixe “trans” je ne trouve pas très beau (sauf transsibérien). J’aurais tendance à lui préférer “passe-classe” que l’on trouve aussi dans l’ouvrage de Chantal Jaquet, pour sa connotation passe-muraille, assez bien dans le sujet.

Sans savoir alors au-delà du titre ce que je pourrais bien dire fin mai, j’y pensais de façon de plus en plus obsessionnelle au fil des mois, lisais sur la question et notais en vrac les idées qui me venaient à la page “semaine 21″ de mon agenda. De ces notes  j’ai finalement bâti, pas du tout en théoricienne de la chose mais du seul petit bout de ma lorgnette, un topo insistant sur 4 points : la visibilisation par l’écriture, l’absence de choix face au non-reproductible, le passage d’une classe à une autre comme co-production de vivants et de morts, enfin qu’en matière de cursus et de carrière, les choses n’étant pas égales par ailleurs, les aboutissements ne le sont pas non plus.

J’en viens au rêve fait dans la nuit de jeudi à vendredi, soit au cours de la nuit précédant mon intervention au colloque. Ma famille au complet sur quatre générations, de mes parents à leurs arrières-petits-enfants, se trouvait réunie à l’occasion d’un événement non identifié, cohabitant pour quelques jours dans une maison trop petite pour contenir tout le monde. C’était, par exemple, un peu compliqué d’organiser les repas et l’on se bousculait sans cesse. Tout cela dans la bonne humeur mais je me demandais vraiment pourquoi s’entasser tous là pareillement alors que, pas bien loin, nous disposions d’une deuxième maison, complètement inhabitée celle-là…

Vendredi, pour la première fois, mon intervention dans un colloque s’est ouverte par le récit d’un rêve.

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mai 29, 2017

Opus 500 et jour de l’an

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Pour célébrer, d’une pierre deux coups, son cinq-centième billet (par temps de grande paresse blogueuse) et le premier jour d’une année nouvelle, bonne fille, L’employée aux écritures vous décroche la lune et ses cratères. Je mentirais si je prétendais que nous partîmes 500 mais que par un prompt renfort etc. puisque les statistiques de visites du blog loin d’avoir jamais affiché de tels sommets tutoieraient plutôt les abysses (*), mais grand merci (et bonne année) à la poignée de fidèles de L’employée que l’intermittence de ses écritures ne décourage pas de passer voir de temps en temps s’il y a du neuf…

(*) Très heureuse toutefois que les billets les plus lus demeurent, année après année, ceux dans lesquels il est question de jonquilles, de Gif-sur-Yvette, de ferrailles, de carnets de notes et donc, vous l’aurez reconnu, de Pierre Bergounioux.

jan 1, 2017

Hypothèse au tableau jeté

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Soit l’avenue de l’Observatoire (Paris 6e arrondissement) et son habitat cossu. A l’abandon sur le trottoir au pied de l’un de ces immeubles pierre de taille, balcons de fer forgé filant en façade aux 2e et 5e étages, ces rebuts de savoir scientifique que l’on n’a pas pris le soin de trier. Les chemises cartonnées renferment encore leurs archives papier, les classeurs rigides leurs feuilles perforées. Des livres jetés là aussi et parmi eux des annuaires révolus de l’Ecole polytechnique qui disent assez que ce n’est pas du menu fretin que l’on bazarde ainsi.

Et puis ce tableau noir, non effacé, à la démonstration soumise aux passants, du moins à ceux précédant les Encombrants qui ne feront ni une ni deux et embarqueront le tout.

Je longe l’étalage de ces années d’exercice professionnel de haut vol, tombées bien bas, en regrettant de ne pouvoir sortir de ma poche un bâton de craie blanche pour, au moins, repasser sur les symboles qui s’estompent, à défaut d’être capable de pousser le raisonnement un peu plus loin (voire d’en corriger une étape s’il y avait lieu). Je ne suis pas L’employée aux écritures mathématiques.

M’étonne enfin, dans cette déconfiture algébrique, que personne là-haut ne se soit porté volontaire pour effacer le tableau, d’un coup d’éponge humide, même, si l’on n’avait pas sous la main l’un de ces beaux tampons aux bandes de feutre – ici pensée pour Joseph Beuys évidemment – serties dans leur support de bois verni, objets de tant de convoitise dans nos classes de prime jeunesse.

sept 23, 2016

Réminiscence à la cithare

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Saisie au vol, cette cithare posée au bas de la vitrine du loueur d’instruments de musique, sur le boulevard en descendant vers les Gobelins. Décorative, je ne pense pas qu’elle soit à louer.

Cette cithare m’en a rappelée une autre, une réplique un peu plus petite, au bois plus clair, pareillement pourvue de sa clé, mais une clé moins ouvragée si je me souviens bien. La cithare  était arrivée chez nous, un Noël du tout début des années soixante de l’autre siècle, par la grâce du Comité d’établissement de la Régie Nationale des Usines Renault. Cadeau aux enfants du personnel.

Les cordes de cette cithare sans prétention autre que d’amusement enfantin, justement pincées, jouaient parfaitement leur partition. C’est peut-être ce qui a le plus attiré mon attention comme je passais devant la boutique du loueur, ce jeu de partitions surgies du fond de mon âge, glissées entre table et cordes. Nous avions exactement les mêmes, feuilles cartonnées à la savante découpe trapézoïdale tronquée et aux notes hors de portées.

Pas besoin de connaître la musique, oeil et doigts agiles, aptes à suivre leurs zigs et leurs zags suffisaient à faire naître la mélodie, pas forcément au bon tempo, mais reconnaissable. Que des airs relevant d’un répertoire assez populaire pour supporter nos anicroches sans perdre leur entrain.

Et je trouvais ce système de notation musicale absolument prodigieux : une invention sur mesure faite pour nous.

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juin 18, 2016

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