Archive pour la catégorie ‘variétés’

Pots de fer de Rombas (contre pots de terre)

Jeudi 2 septembre 2010

On les voit partout depuis quelques années ; les services “espaces verts” des collectivités territoriales en rafolent, comme les jardiniers des gares.

Je les avais toujours vus ronds, en terre cuite, exacte réplique agrandie (tout au plus vernissés et peints de couleurs vives) des modèles de format adapté à leur usage ancien : y faire pousser dans des conditions raisonnables d’enracinnement une plante verte d’intérieur ou une fleur sur un rebord de fenêtre, comme je le fais chaque printemps pour égayer de l’extérieur ma cuisine. Mais ceux du Montparnasse monde avec leurs malheureux arbrisseaux n’égaient rien du tout.

L’agrandissement du pot de fleur au service du décor urbain ou ferroviaire ne m’a jamais convaincue et me mettrait même plutôt un peu mal à l’aise comme toute démesure apportée aux objets du quotidien ou à leur représentation à des fins publicitaires ou pédagogiques.

Ce qui m’a fait vraiment plaisir, roulant à vélo la semaine dernière d’Hagondange vers Rombas, c’est que les pots géants qui là-bas nous signifiaient l’entrée de la ville se distinguaient radicalement de tous ceux croisés jusqu’alors. Ils sont à section carrée, en métal, et boulonnés à leur base, faisant ainsi honneur à leur pays de sidérurgie et à celles et ceux qui luttent pour le faire vivre.

A Rombas,  la pluie nous avait arrêtés longtemps et le PMU – seul refuge possible en ce dimanche après-midi -, et ses habitués nous avaient fait bon accueil. Au PMU, la table voisine de la nôtre était curieusement décorée d’une statuette représentant un François Mitterrand sur le nez duquel un farceur avait posé une paire de lunettes de soleil à branche cassée.

Belle lumière sur la route reprise  en sens inverse, de Rombas vers Hagondange, où la pluie avait tôt fait de nous rattraper. L’usine enjambant la route tournait : on l’entendait respirer. A Hagondange, nouvelle pause dans la boulangerie salon de thé face à la gare. Et s’apercevoir que cette boulangerie ouvre tous les matins dès 5 heures. Ici on se lève tôt.

Pour rester dans l’esprit de ce voyage, je signale que sur Face Terres… Daniel Bourrion a amplifié son Chant acier, devenu Chant acier 2

Uckange U4 – approches

Dimanche 29 août 2010

Prendre son temps, passer d’abord voir la gare, fermée mais les Metrolor qui relient Luxembourg à Nancy s’y arrêtent,

et puis longer la cité d’Italie, en quête d’une vue d’ensemble, d’un peu loin,

tergiverser, parce que l’appellation “Parc du haut-fourneau Uckange U4” sur les affiches et brochures des offices de tourisme fait un peu peur. Inquiétude née du mot “parc” avec ce qu’il suggère d’attractions/répulsion.

Bien à tort, parce qu’après un long détour dans la ville pour trouver l’entrée, on se rassure très vite : le haut-fourneau est libre de tout adventice, juste le cheminement tracé pour en faire le tour d’aussi près qu’il est possible. Le tête à tête n’est troublé par rien.

Des deux chapiteaux, à distance, l’un, voiles relevées, abrite des enfants qui semblent préparer un spectacle, l’autre des expositions de photos qui ont tout à voir avec ce qui nous amène et une librairie où  se procurer le  Retour en Lorraine des photographes du bar Floréal ou le disque Chansons de la forge de Muckrackers.

Dans le temps même que je fais le tour d’U4, seul haut-fourneau conservé, classé monument historique en 2001, de tous ceux, éteints, qu’a comptés la vallée de la Fensch, j’en poste des photos via twitter auxquelles Daniel Bourrion, né pas loin de là, réagit. Sur Face Terres… cela donne son Chant acier. Merci à lui de trouver les mots qui vont avec.

Les jours suivants, repasser à Uckange et, du train cette fois, filmer (pour ne pas entendre les commentaires superflus, couper le son de préférence).

Noyade interdite

Samedi 21 août 2010

Je sais bien que c’est une bouée de sauvetage, mode d’emploi superflu, juste écrit dessus, dans le blanc, le nom du port d’attache rendu peu lisible, non par le déchaînement des flots, mais par la succession des averses qui l’ont battue de plein fouet. Il n’y pas de vitre protectrice ni de petit marteau accroché à saisir pour la briser : ce serait perdre un temps précieux. Une bouée de sauvetage, objet utile s’il en est, qu’il y aurait lieu d’arracher au plus vite à son support pour lui faire remplir son office si les circonstances l’exigeaient ; toute autre considération, notamment d’esthétique paysagère, serait alors la plus malvenue, passible même de poursuites pour non assistance à personne en danger. Mais, franchement, je souhaite que nul, promeneur trébuchant sur un rivage sapé par les ragondins, pêcheur aux ambitions démesurées, désespéré aux semelles de plomb, n’y contraigne : dépourvue de son heureux contraste circulaire ma photo perdrait son petit charme. Rien de plus monotone que cette promenade autour du plan d’eau un jour vaquant d’août sans soleil, mais il faut bien, sur le soir, finir par se dégourdir un peu les jambes. De quoi se jeter à l’eau. Heureusement, tout est prévu.

Chose qui existe encore dans une vitrine

Mercredi 11 août 2010

Je n’aurais pas cru : à ce point pareil à ceux qui ne parvenaient pas à tuer l’ennui des vacances d’enfance – mais il faut dire qu’ils étaient plus petits. Un canevas paysager, bien assorti à la saison estivale et à ses villégiatures, avec en marge le nuancier de toutes ses couleurs. Qu’on l’achète et  dépendu de la vitrine, posé à plat sur le comptoir, la marchande mercière s’empressera d’aligner horizontalement les écheveaux de fils (sortis de ses petits tiroirs plats) à côté des rectangles modèles, à la recherche de la teinte la plus proche ; il n’y a pas de repérage par numéro de bain. Pas moins de vingt coloris pour rendre au mieux ce rivage breton, ce qui en augmentera le prix. Trame dont les petits trous sont à remplir au demi-point de croix, ce qui prendra un certain temps et fera enfiler beaucoup d’aiguillées, extrémité des fils suçotée pour en unir les brins qui s’éparpilleraient au moment de passer par le chas de l’aiguille. Puis faire autant de noeuds, roulotés du bout des doigts, pour les arrêter quand les teintes nombreuses s’entremêlent, comme au  massif d’hortensias ou dans le bleu des flots bleus d’avant les algues vertes.

Je me demande quels autres objets témoins d’enfance ont aussi peu changé, en près d’un demi-siècle, que le canevas Royal Paris, made in France, auquel, même en cherchant bien on ne trouve aucun code barre, juste un copyright pour le dessin “original” (à la manufacture royale des Gobelins, on aurait dit le carton) comme si sa production avait résisté non seulement aux années, mais encore à toutes formes de certifications.

Le canevas, il lui suffit toujours d’être imprimé et d’occuper son monde pour exister.

(Enrouler sa toile, avec tous les écheveaux à l’intérieur, dans un torchon propre entre deux séances.)

Scène de bus parisien avec digression d’actualité

Mercredi 21 juillet 2010

Dans le 27, sur une fraction du parcours Feuillantines/Nationale, devant moi une dame chignonnée grisonnante parle avec sa voisine à la silhouette plus jeune. Deux ex-collègues je le comprends vite, la plus âgée à la retraite, depuis plusieurs années, et la plus jeune toujours en activité dans la même administration.

Elles se sont rencontrées par hasard dans le 27 et en sont heureuses, surtout la retraitée, mais très vite leur conversation tourne à la rubrique nécrologique. Toutes celles et ceux qu’elles ont connus – qui au Service juridique, qui aux Affaires générales, etc – morts, de maladie le plus souvent, prématurément ces dernières années. Elles font le tour des bureaux et cela fait du monde. Elles s’en affligent, il y a de quoi, et cherchent longtemps, mais en vain, le vrai nom de “celle que tout le monde appelait Mickey”. De toutes ces morts de collègues, elles disent bien « sans avoir pu profiter de leur retraite ».

C’est ici que je digresse. Pour souligner par temps gros d’une réforme des retraites dont on ne veut pas – pas de cette injustice, alors qu’il y faudrait du discernement face à nos usures inégales, ni de cette morgue – le leurre de l’argument démographique appuyé sur l’allongement de l’espérance de vie. Parce que celle qui a considérablement crû, c’est l’espérance de vie à la naissance (du fait de l’heureuse chute de la mortalité infantile), pas celle qui reste quand on atteint les 60 ou 70 ans ; parvenus là, les gains sont quasiment stable depuis 1950. Il suffit d’ailleurs d’avoir passé le demi-siècle pour éprouver combien les rangs de celles et ceux avec qui l’on a un temps travaillé, ici ou là, ont vite fait de commencer à se clairsemer.

Je reviens dans le 27. Les deux dames aimeraient aussi se dire des choses plus gaies, prendre le temps, déjeuner ensemble, elles se le promettent : l’active à l’agenda plus rempli se chargera de proposer bientôt une date. Après l’été néanmoins. Place d’Italie, la travailleuse descend du bus, il est près de 14h, elle reprend.

Ensuite, il y a ce geste inabouti qu’a eu celle restée dans le bus, rendue à son inactivité et à sa solitude, douloureusement ressenti comme si je l’avais fait moi-même. Quelques secondes qui m’ont paru infinies mais, en fait, juste le temps que le 27 redémarre et reprenne un peu de vitesse, elle s’est figée, tournée souriante vers la vitre, la main en l’air prête à adresser encore un au revoir.  Sûre que son signe serait reçu, trouverait sa destinataire.

Il aurait suffit que celle hors du bus, filant droit devant elle, ralentisse un peu sa marche et se retourne. Elle ne l’a pas fait. Attente trompée. Lisibles, le renoncement et le dépit de l’autre, dans l’extinction amère du sourire et la main, levée pour rien, qui se repose sur un sac. Incertaine maintenant quant au déjeuner de septembre.

Bords des blés

Mardi 20 juillet 2010

blés pas coupés

bleuets sur les bords

herbes folles

Poires pas encore pour la soif

Mardi 13 juillet 2010

Les poiriers du jardin du Luxembourg, juste derrière la grille, le long de la rue Auguste Comte en face du lycée Montaigne, en hiver m’impressionnaient par leur taille rigoureuse,

au printemps ont fleuri, toujours aussi sévèrement domestiqués,

et cet été donnent leurs fruits que les jardiniers empaquettent soigneusement pour en préserver la maturation ; les feuilles poussées ont rendu un semblant de liberté aux branches des arbres.

Et les fruits passeront la promesse des fleurs : c’est peut-être le beau vers de Malherbe qui inspire aux jardiniers du Luxembourg en charge des poiriers leurs soins si attentionnés.

Longeant leur alignement, je me souviens du Traité d’arboriculture fruitière que consultait régulièrement mon père et revois ses installations de carafes dans les poiriers de son jardin normand. Carafes reposant sur de petites planchettes astucieusement fixées à l’arbre pour que les bourgeons emprisonnés à temps à l’intérieur veuillent bien y développer leurs fruits promis à vieillir dans l’alcool.

Post scriptum : il y a les noms de ces fruits qui m’intriguent aussi ; pour ceux que je déchiffre sur mes photos des trois saisons, les poires s’appellent Baronne de Mello, Délice Cuvelier, La Douce, Sucrée Rosée, Bon Chrétien Napoléon, Poire Citron…

Vide ambulant avec convecteurs et porte

Mercredi 30 juin 2010

Le camion arrêté boulevard Vincent Auriol, entre les stations Chevaleret et Quai de la Gare de la ligne de métro n°6, portait deux éléments de ces bureaux provisoires, baraquements de chantiers améliorés pour travaux d’envergure, qu’on appelle Algeco.

Mais il leur manquait des cloisons et les remorques transportaient surtout du vide ; vide souligné, rendu criant même, par la présence d’un convecteur par pièce et d’une porte pour accéder à l’une d’entre elles seulement. Il faudrait donc disposer ces deux cases de façon à ce qu’elles communiquent. Convecteurs et porte suffisaient à ce que ces parallélépipèdes rectangles tronqués donnent acte de leur destination : se faire bureaux temporaires à la porte desquels il y aurait lieu de frapper avant d’entrer et où l’on pourrait passer l’hiver si la mission s’éternisait. Il y manquerait néanmoins un porte-manteau perroquet dans un angle à quoi suspendre son  pardessus et son chapeau.

Tout le temps que le camion est resté dans mon champ de vision, la porte est restée fermée. Personne n’y a même simplement passé la tête juste pour voir.

Rêve aux chaussures noires

Dimanche 20 juin 2010

Jeudi dernier en début d’après-midi, comme je marchais sur l’esplanade de la BnF pour rejoindre la table ronde qui nous attendait, spécialistes de l’autobiographie, de la conservation ou du suivi des traces et blogueuses difficiles à suivre, le rêve de la nuit passée m’est revenu en conscience.

Je marchais rigoureusement sur les lattes, ayant choisi de me tenir à mon axe de traverse le plus longtemps possible pour, abordant l’esplanade par l’Ouest, me glisser dans les entrailles de la bibliothèque par le soupirail Est. Deux pas sur une latte puis trois sur la suivante, le troisième légèrement freiné pour ne pas mordre sur le raccord, et l’oreille attentive à la résonnance du vide qu’on devine sous le revêtement du bois rare (revêtu lui même d’un complexe réseau de bandelettes antidérapantes et autres reliefs signifiants).

Je portais mes chaussures noires les plus récentes, achetées quelques jours avant mon faux départ à Dublin (un projet de voyage réduit en cendres) en pensant qu’elles résisteraient mieux à la pluie irlandaise que ma vieille paire spongieuse. Chaussures que je ne porte encore que rarement : je les trouve belles et ne veux pas les abîmer trop vite. Donc je marchais écoutant mes pas et contemplative de leur élégance, quand le rêve m’a rattrapée.

Mes chaussures noires en étaient l’objet. Dans le rêve comme dans la réalité, aussitôt qu’achetées,  je les avais portées chez le cordonnier à l’ancienne (ni duplicateur de clefs, ni plastificateur de documents précieux entre deux ressemelages) à échoppe proche de la gare pour qu’il en protège la semelle – exceptionnellement pas en crêpe caoutchouteux et rebondissant comme celles de mes souliers habituels.

Mais mon souci dans le rêve était de trouver après cela un deuxième cordonnier que je puisse convaincre de superposer à la première une seconde épaisseur de revêtement protecteur. Je ne voulais pas vexer le premier en lui demandant à lui de coller cette deuxième couche – il aurait pu en déduire que je n’étais pas contente de sa première intervention – mais tous ceux à qui je demandais ce service estimaient que le travail avait été bien fait et refusaient. Je cherchais donc un cordonnier moins respectueux de ses collègues ; quête d’autant plus désespérée que je ne comptais pas me contenter de deux épaisseurs…

Et avançant sur l’esplanade, je m’interrogeais sur cette idée fixe du rêve, m’isoler le plus possible du sol, alors l’histoire de la princesse au petit pois m’est revenue avec l’incrédulité absolue qu’elle suscitait en moi quand j’étais petite. La crainte du gravier sensible sous ma semelle substituée à celle du petit pois sous les 20 matelas. Aussi irrationnelle.

NB : Les petits pois sont une des spécialités de la ville dans laquelle j’habite et si leur culture a cessé on continue à les fêter chaque année en juin.

Des nouvelles de la brouette

Lundi 10 mai 2010

Pour toutes celles et tous ceux qui s’en sont émus

réapparue ce soir, mais en petite forme

couchée.