L'employée aux écritures

le blog de Martine Sonnet – ISSN : 2267-8735

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"Le problème de la nuit reste entier. Comment la traverser, chaque fois la traverser tout entière ?" Henri Michaux

Cafés fermés et “Le train des jours” de Gilles Ortlieb

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Posted by ms on 22 mai 2010 at 23:06

Extrait méticuleusement recopié de Gilles Ortlieb, Le train des jours (Ed. Finitude, 2010)

Sur le chemin de Gandrange, visité plusieurs fois ces derniers mois, traverser en plusieurs sens le chapelet des localités moyennes et mitoyennes qui s’étendent depuis Thionville jusqu’aux vallées de l’Orne et de la Fensch (Florange, Fameck, Hayange, Rombas, Vitry-sur-Orne, Boussange…) où je pourrais presque, maintenant, tenir la chronique des fermetures, abandons, disparitions (la boucherie-charcuterie de M. Lhuillier, par exemple, désormais condamnée à Clouange, tout comme le Café du Commerce dont j’avais poussé la porte il y a quleques mois, le temps d’échanger quelques phrases avec un patron déjà très désabusé). Ce qui ne répond pas pour autant à la question, si ancienne qu’elle devrait avoir cessé d’en être une : mais que vient-on chercher là – quelle révélation ou confirmation, quelles leçons ? – dans ces endroits si ordinaires et perdus qu’ils n’existent, très passagèrement, que pour ceux qui les traversent – ou pour ceux qui y vivent.

Livre recueil de signes de vie, que ce soit à Luxembourg (où le Portugal se profile) où Gilles Ortlieb travaille, en Grèce où il se promène, en Lorraine comme dans l’extrait cité, où il déambule sans savoir très bien ce qu’il cherche, ou à Lisbonne où il finit l’année puisque ses textes sont les glanes d’une année qui pourrait être 2008. Des voyages, des lectures, quelques événements privés, quelques événements publics. Une écriture attentive et sensible ; pudique aussi, ce qui en fait toute la force quand le train des jours n’amène pas que du bon.

J’ai choisi l’extrait des pages 63-64 parce que le Café du Commerce qui ferme à Clouange m’évoque le Café du Courrier, fermé, que j’ai photographié à Saint-Claude cette semaine et les questions qui ne peuvent manquer de surgir devant sa devanture blanchie. Ce qu’ils sont devenus ceux qui ont eu, un temps, plaisir à se retrouver là. Et ce qui fonde le désenchantement des patrons de café, de Clouange à Saint-Claude, occultant leurs vitres les uns après les autres.

Le livre de Gilles Ortlieb, je l’ai acheté un peu  ”par raccroc”. Je ne savais pas qu’il venait d’en publier un nouveau. J’étais entrée jeudi soir dans la librairie Tschann à cause de ce coin de vitrine résolument industrieuse, qui rapprochait les grands livres d’Alain Pras et d’Edward Burtynsky de celui de Bernd et Hilla Becher, Bergwerke und Hütten. C’est celui des Becher que je voulais voir de plus près et Muriel me l’a extrait de la vitrine. Il n’y est jamais retourné. C’est comme je terminais de le payer (par carte) que la pile de petits Ortlieb posée devant la caisse a attiré mon regard et j’ai aussitôt  sorti mon porte-monnaie pour compléter mes achats. Achats groupés cohérents : dans le livre des Becher, des sites sidérurgiques dont parle Ortlieb, Rombas par exemple, sont photographiés.

Et puis vendredi matin, nouvelle heureuse découverte : tout à la fin du Train des jours, Ortlieb fait allusion à sa lecture d’Atelier 62 et en cite un extrait. Tout cela est parfaitement logique finalement. C’est d’ailleurs ce dont nous convenons avec Muriel, lorsque, quelques heures plus tard, la boutique se situant sur mon trajet le plus quotidien, j’ai  passé la tête dans la librairie pour lui dire la coïncidence qui n’en est pas une.

J’aime aussi beaucoup cette note brève de Gilles Ortlieb parce qu’elle sonne familier : “Réfugié dans la pièce du fond”. Je ne vois pas comment, parfois, résumer autrement la situation.

Pièce du fond de soi : celle d’où l’on écrit.

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4 Comments

  • On 23 mai 2010 at 16:04 cjeanney said

    coïncidence qui n’en est pas. Vais garder l’expression “réfugié dans la pièce du fond” tant elle est juste, merci de ce “passe à ton voisin”

  • On 28 mai 2010 at 16:55 jérôme W said

    Bernd & Hilla Becher, je ne peux qu’à approuver et vais de ce pas découvrir Le train des jours.

    http://www.youtube.com/watch?v=6ZSLvFY1X6g

  • On 28 mai 2010 at 23:50 PdB said

    Excusez moi, Employée, mais le plan “logique” dans cette affaire-là me semble directement importé d’une rationalisation à tout crin (la question de savoir pourquoi vous avez choisi de passer quotidiennement sur ce morceau du boulevard aurait, elle aussi, une réponse des plus logiques : évidemment puisque c’est vous) (comme disait Montaigne de la Boétie, on pourrait en faire autant de vous et de Montparnasse – toutes proportions gardées – ou alors mutatis mutandis comme disent les faquins et les pompeux – dont il m’arrive d’être parfois – ceci dit avec forfanterie). Vous expliquer pourquoi m’entraînerait trop loin (dans entraîner, est-ce qu’il y a “train” ? ) mais je m’exprime mal : plutôt pourquoi ne pas croire à la logique de nos comportements ? Ou alors c’est le “finalement” qui m’a induit dans ce discours verbeux comme j’aime à en produire de temps en temps, histoire de noyer un poisson pêché et rejeté à son eau (d’ailleurs, les pêcheurs, comme les chasseurs m’horripilent – je ne parle même pas des cueilleurs…!- , vous dire pourquoi m’entraînerait trop loin). Cela dit, Muriel va faire quelques ventes, ces jours-ci, je vous le garantis…

  • On 4 juin 2010 at 12:19 albin said

    Sur le chemin de la boulangerie Albin fait un détour par la bibliothèque, emprunte Atelier 62 dont il commence aussi sec la lecture, on est dans les Landes, il fait beau et chaud.

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