Si le blog de L’employée aux écritures tourne parfois au ralenti c’est à cause du clavier qui ne facilite pas la tâche.

le blog de Martine Sonnet – ISSN : 2267-8735
Si le blog de L’employée aux écritures tourne parfois au ralenti c’est à cause du clavier qui ne facilite pas la tâche.


Ceux de la gare ne ménagent ni leur peine ni leur imagination pour nous la faire aimer mieux. Ainsi cet escalier de passage obligé métamorphosé en clavier de piano. Il fallait y penser. Je n’ai rien contre seulement je ne sais rien jouer de mes dix doigts de pieds – des autres non plus, d’ailleurs, je ne connais pas la musique. Mais portant de longue date une attention soutenue à la variété, musicale ou non, des sols du Montparnasse monde, je ne pouvais passer sous silence cette initiative. Ce que j’aime le plus dans l’idée c’est la grande confiance accordée (mieux que le pseudo piano) à nous autres, usagers de la gare lestés de nos valises de grands voyageurs ou de nos soucis de banlieusards, mais néanmoins censés nous jouer, les sautillant en mesure, des touches noires comme des touches blanches. Et sans fausses notes s’il vous plaît. Quel optimisme et comme on nous surestime ! Glenn Gould se réveillerait-t-il d’entre les morts je crains que ce clavier-là ne soit jamais bien tempéré. Bien piétiné, en revanche il l’est, des graves aux aigus et des aigus aux graves.

(et si vous ne le savez pas : Montparnasse monde c’est une série sur ce blog mais aussi un livre)

L’employée aux écritures sur la piste de la femme 100 têtes (dans son quartier évidemment)

Ailes de l’ange
offertes
au repos
musée du cinéma
Berlin
nos regards éblouis
plumes célestes
désirs d’envols
Pauvre Marie Jean Antoine Nicolas de Caritat, marquis de Condorcet (1743-1794), cerné d’algécos et de palissades de chantiers qui l’affichent mal. Je me suis émue de son triste sort l’autre matin, au presque encore petit jour quand l’autobus 27 s’est obstiné à faire son Terminus Pont-Neuf et que j’ai continué à pied pour gagner la galerie Vivienne.

Cruelle mise en quarantaine posthume quand ses contemporains ne lui ont déjà pas fait de cadeaux. L’historienne de l’éducation des filles que je demeure (en dépit parfois des apparences) éprouve quant à elle une admiration certaine pour ce penseur des Lumières. Son Nouveau plan d’Instruction Publique présenté à l’Assemblée Législative le 20 avril 1792 est bien le seul plan d’éducation révolutionnaire revendiquant la mixité de l’enseignement au nom de l’égalité des sexes. Egalité évidente pour Condorcet et source, dès 1790, de son discours Sur l’admission des femmes au droit de cité. C’est dire si, de son vivant tristement abrégé, avec des idées pareilles Condorcet a suffisamment souffert de la solitude… Les algécos c’est trop.
Je m’aperçois que L’employée aux écritures éprouve une certaine fascination pour les algécos, si vous la partagez vous en trouverez d’autres sur le blog ici et là.
Corps couché
en travers de ma route
ni gendarme
ni d’âne un dos rond
corps couché
familier
je le reconnais
dame, c’est le mien
(sans pour si peu
arrêter ma course folle
auto destructrice)
Certains jours, toutes ces histoires que je vous raconte à propos de Montparnasse,

je n’en vois pas le bout : leur dénouement reste nébuleux.
(Pour ne rien vous cacher, sauf le sommet, la photo n’est pas d’aujourd’hui, je la trouve en faisant un peu de ménage de début d’année)
Pour finir l’année je retourne mes poches
(mais sans les coudre comme je ferais du col et des poignets râpés d’une chemise pour qu’elle sauve encore une pauvre apparence)
seulement pour les vider
poussière grenue qui en tombe
rien qui justifie le vide-poche – au mieux le coup de plumeau
juste des mots
grains sans éclats de voix
impropres au phrasé
sans suite
ni tenants ni aboutissants
mots pas justes : ceux-là je continue à les chercher l’an prochain
je n’ai pas fini (j’ai commencé tard)
l’écriture condition de continuité
ma seule solution
Le fric (très grosses coupures) des pros

ce qui résiste aux déchirures
Il y en a de gros arrondis type galets à prétentions aussi démesurées que celles de certaine grenouille rêvant de faire un effet boeuf : on s’assied dessus – au passage remarquez comme l’état du sol ne s’arrange pas depuis que je vous en parle.

Il y en a de maigres anguleux, sur lesquels je ne conseille pas de s’asseoir, fichés dans le pseudo terreau de ces végétaux dont en désespoir de cause ils ont repeint les bacs en rouge parce que plus personne ne les regardait (depuis le temps qu’ils sont là). Dans le nuancier de la gare ce rouge est un hapax.

Mais moi, les petits cailloux, dans le Montparnasse monde je n’en ai nul besoin : je connais mon chemin.
(Pour info, si vous arrivez là par hasard : Montparnasse monde c’est une série sur ce blog mais aussi un livre)