L'employée aux écritures

le blog de Martine Sonnet – ISSN : 2267-8735

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"Le problème de la nuit reste entier. Comment la traverser, chaque fois la traverser tout entière ?" Henri Michaux

Ce qu’on voit en descendant du train à La Rochelle

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A peine à quai, L’employée aux écritures, qui s’y connaît en échafaudages de châteaux au delà des Pyrénées et autres tirages de plans sur la comète, tient à rendre publiquement hommage au travail des échafaudeurs de la gare de La Rochelle : leurs assemblages, à eux, tiennent debout.

 

 

Montparnasse Monde 4

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Que des trains arrivent, que d’autres partent, la présence des voyageurs même, ne me dérangent pas outre mesure. Mais ma préférence va aux heures creuses, les plus propices aux traversées optimales, niveau quais, de l’accès latéral Vaugirard à son pendant Commandant Mouchotte. Droite ligne tracée par le cheminement aveugle qui se garde bien de guider jusqu’aux quais ; on comprend pourquoi. Exercice de gare : ne jamais me dérouter, quitte à ce qu’une valise percute mon talon ou roule sur mes orteils – toujours protégés, jamais de nus-pieds, même en plein été. Gare en mon for intérieur, aller plus loin avec, sans partir nulle part. Sans Nulle Concession Ferroviaire.  (Pourtant, tout à l’heure, je lui emprunterai un TGV numéroté 8711 en partance pour Quimper).

 

 

Pour faire le tour du sujet avec la gare à l’heure du déjeuner, au temps où je disposais d’un bureau sur la place des Cinq Martyrs du Lycée Buffon (que j’avais fini par localiser), immeuble interentreprises Nord-Pont enjambant les voies, je tournais toujours dans le même sens. A savoir : boulevard Pasteur, boulevard de Vaugirard, rue de l’Arrivée, centre commercial traversé d’Habitat à Roussev Sports, rue du Départ, avenue du Maine. Parvenue là, plusieurs options pour boucler par la place de Catalogne : au choix, l’avenue du Commandant Mouchotte, la rue Vercingétorix ou la rue Jean Zay. Pour s’en tenir à un périmètre raisonnable. Revenant vers mon travail par l’une ou l’autre, je marchais en cherchant des mots de la famille de gare, comme : égarement, gare à vous Garance, voie de garage, garez-vous mieux Edgar, etc.

 

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Montparnasse Monde 3

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Voie 1 Voie 2. Butoirs repoussés par l’escalier d’accès au jardin Atlantique : huit volées de marches étroites sans alternative mécanique. Six volées inférieures en métal à motif grains de riz en quinquonce – récurrent au sol de la gare – et les deux dernières en bois rainuré, plus douces, absorbantes, comme une invitation au jardin. Escalier dans lequel on se croise peu, conformément au principe de dissuasion des rencontres. Essentiellement fréquenté, contre leur gré, par des voyageurs fourvoyés, valises balottées à leur suite, dans une gare qu’ils ne comprendront jamais : Montparnasse 1 main station– Montparnasse 2 Pasteur des TGV – Montparnasse 3 Vaugirard des diesels. Il existe un autre escalier, plus secret, pour monter au jardin.

 

 

Ce jardin, les adeptes s’y hissent plus volontiers au moyen des ascenseurs octogonaux verts, stylisés architecture fer, postés latéralement sur les trottoirs de la rue du Commandant Mouchotte et du boulevard de Vaugirard. Ou encore y accèdent de plain pied par la Place des Cinq Martyrs du Lycée Buffon. Ancien « Pont » – entendre au dessus des voies – des Cinq Martyrs du Lycée Buffon,  encore ainsi dénommé dans le Guide indicateur des rues de Paris des éditions Lecomte, un peu ancien mais non daté, rangé dans le tiroir haut du meuble dit « du téléphone » dans l’entrée de l’appartement. Consulté en vue de cet entretien d’embauche, fin juillet 2003 – la canicule ne tarderait pas -, à une adresse qui ne me disait rien : place des Cinq Martyrs du Lycée Buffon.

 

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Couleurs Bergounioux (au couteau)

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Il y a longtemps que je n’avais pas coupé les pages d’un livre.

J’ai d’abord nettoyé soigneusement la table de la cuisine, sur laquelle je craignais quelques malheureuses traces sucrées ou, pire, chocolatées, avant d’y déposer l’ouvrage. J’ai ensuite cherché dans le panier à couverts une belle lame propre à remplir cet office, un couteau fabriqué main : que cette affaire se règle entre hommes de fer.

Enfin,  glissant dix fois la lame choisie de la tranche vers le dos du livre, j’ai libéré à la lecture les 36 pages paginées de Couleurs de Pierre Bergounioux – textes – et Joël Leick – dessins – qui vient de paraître aux éditions Fata Morgana.

C’est la dernière lettre de Poezibao qui m’avait alertée sur ces Couleurs, achetées chez mon marchand habituel, retour de Manosque ce début de semaine. Je ne suis apparemment pas la seule à avoir réagi très vite.

Couleurs, un très joli petit livre, comme déjà le précédent bref Années folles de Pierre Bergounioux paru il y a quelques mois aux éditions circa 1924. Des volumes aussi minces que ses Carnet de notes avec leurs milliers de pages sont robustes, mais dispensateurs de petits plaisirs qui aident à patienter.

Années folles, je l’avais lu ce printemps et sept minutes de train, retour de la librairie, y avaient suffi. Couleurs, livré plié se refuse à une lecture compulsive de cette sorte, demande qu’on prenne son temps  (ou alors on l’esquinte) et les yeux n’y suffisent pas.

Mais ne comptez pas sur moi pour annoncer la couleur de ce qu’il y a l’intérieur : tâchez plutôt de mettre à votre tour la main sur un des cinq cents exemplaires…

PS : si vous cherchez d’autres articles de ce blog consacrés à Pierre Bergounioux, en voici quelques uns :

Ouvrir l’année à Gif-sur-Yvette avec Pierre Bergounioux

Une jonquille par temps de chrysanthèmes (offerte par Pierre Bergounioux)

Tristesse des mois en -bre (selon Pierre Bergounioux)

Compression d’étés bergouniens

Lui et nous : à propos du Carnet de notes 2011-2015 de Pierre Bergounioux

Jonquilles primeures à Gif-Sur-Yvette : suite des Carnets de Pierre Bergounioux

Enfin visibles à Paris : des ferrailles de Pierre Bergounioux

Mots de la fin (provisoire) du Carnet de notes 2001-2010 de Pierre Bergounioux

Pierre Bergounioux, Carnet de notes 2001-2010, lecture in progress

Lecture en cours : Pierre Bergounioux, Carnet de notes 2001-2010

“Un concert baroque de soupapes”, Pierre Bergounioux sculpteur

Dans Les moments littéraires, Bergounioux

Histoire, littérature, sciences sociales – et Bergounioux

D’une page 48 de Bergounioux, et tout son monde est là

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Manosque, apéro littéraire

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C’était dimanche à 11 heures, place Marcel Pagnol et le soleil voulait bien être avec nous – ce qui n’a pas toujours été le cas au cours de ces Correspondances littéraires et j’en avais fait tout spécialement les frais l’avant-veille sur la place de l’Hôtel de Ville lors d’une conversation foudroyante et bien arrosée avec Pascal Jourdana…

Autour de la place Marcel Pagnol, certaines enseignes (je vous les montre) créaient une connivence sympathique avec le livre dont Claudine, Jean-Louis, Marie-France et Micheline lecteurs assidus de la médiathèque et membres du Comité de lecture de Manosque, avaient souhaité présenter leur lecture.

Avec l’aide de Raphaël, comédien, ils avaient préparé un montage extrêmement ciselé d’extraits d’Atelier 62, rentrant de front dans le texte et l’usine par l’énumération des métiers, mettant en valeur dans une heureuse polyphonie les listes, mais puisant aussi au registre de l’intime les silhouettes esquissées du forgeron et de la couturière ainsi que quelques instantanés de vie familiale. 

Quand il m’arrive à moi de lire à haute voix des passages du livre – ce que je fais de plus en plus volontiers – je m’aventure assez peu hors de l’usine et hier j’entendais donc grâce à eux pour la première fois l’évocation des bâtiments de briques roses ou ma fascination pour les jupons bouffants des jours de noce…

Merci à eux tous pour cette vie ajoutée aux mots et l’émotion partagée, et merci à Nathanaële et Sylvie, de la médiathèque, organisatrices de ces apéros littéraires mêlant harmonieusement lectures, discussions et dégustations.

 

PS pour Anne : fenêtre disponible pour ajout à collection…

Montparnasse Monde 2

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Pièces défectueuses gâchant les effets mosaïques bicolores recherchés au sol du hall Maine ; les neuves, pour réparer, trop brillantes et les degrés de patines ne se rejoindront jamais. Pas pressés emprisonnés dans du ciment trop frais. Plaques métalliques carrées, au jugé 50 cm de côté, relief granuleux sensible, régulières scansions du béton par l’acier au sol du hall Pasteur, dit des TGV. Sol mat ou sol brillant  (mat ou brillant, comme on disait des tirages photo dans les officines spécialisées – il y en avait eu une dans la gare-même, au niveau métro). Brillant de cireuse ou luisant d’eau, les jours de pluies drues. J’ai constaté une certaine porosité des lieux.

 

 

Gare sans pas perdus, toute en lignes de fuites, propice aux évitements. Figures imposées, corps de ballet réglé, cadencé, tendant à la méthodique déconstruction des croisements. Flux de voyageurs qui ont cru, voire espéré, un temps s’atteindre : disloqués, écartelés, par les côtés, par en dessus, par en dessous. Triés sur le volet. Grandes Lignes/Banlieue. Arrivées/Départs et rues qui vont avec. Vous y arriverez et vous en partirez. Pas d’égarés, ni en amont ni en aval. Mais moi je ne me laisse pas faire. Je caresse la gare à rebrousse-poils, étire son emprise, la rends élastique et y loge mon monde. Extensions nécessaires, histoire d’habiter Montparnasse (et réciproquement).


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Carte postale de Manosque

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dans la grande rue

les boutiques de fringues font de drôles d’étalages

hétéroclites

et je m’acclimate doucement

Montparnasse Monde 1

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Dans la gare, certains jours, mes pas adhèrent scrupuleusement aux reliefs du cheminement aveugles. Où il mène, comment, pourquoi. Le système des intersections, des bifurcations suggérées : assimilé. Et l’équidistance parfaitement maintenue des obstacles possibles : admise. Passer entre, intact, sans se cogner, sans se faire de bleus. Exercices de gare : la lire entre les lignes pour la comprendre. Devenir experte de l’identification du sol sous mes pas, ses imperfections, son usure, ses effritements, ses rafistolages imparfaits. Seule pointe du pied posé, savoir où je suis ; semelles fines, sensibles même.

Innombrables marbrures du sol résultant de la fissuration du béton et alvéoles qui disjoignent systématiquement les raccords. La crasse qui s’y niche et les noircit. Et la longue baguette métallique qu’ils finiront par poser pour gommer la crevasse, comme au seuil d’une chambre, la petite barre dorée, doucement convexe, solutionne la continuité entre le parquet du couloir et la moquette. Bandelettes antidérapantes qui manquent au bord de certaines marches et substituent un relief en creux à la légère aspérité qui devrait vous retenir au bord du vide.  Légère incertitude qui naît de ce manque.

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Des veuves avisées

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C’était en rentrant de la Fête de l’Huma dimanche soir, et c’en était d’autant plus incongru qu’on sait bien que la propriété c’est le vol.

Ligne 9, direction Pont de Sèvres (variante de mon itinéraire, passant par Billancourt pour rester dans l’ambiance) sur la portion 16e arrondissement du parcours, dans mon wagon, je voisinais, debout, avec deux femmes, franchement septuagénaires mais il fallait bien regarder pour s’en apercevoir tant leurs mises et apprêts cosmétiques gommaient d’éventuels outrages, assises sur deux strapontins.

D’évidence, deux veuves amies qui rentraient, elles, non pas de La Courneuve mais d’un spectacle parisien donné en matinée, probablement suivi d’une longue station salon de thé avec macarons de qualité. Petits plaisirs du dimanche que leur permettaient des pensions de réversion qu’on imaginait confortables.

Entre Franklin D. Roosevelt, où elles étaient montées ensemble, et Ranelagh puis Jasmin où elles sont successivement descendues, elles n’ont pas cessé d’échanger, suffisamment fort pour que j’en profite, les propos les plus ahurissants et décomplexés sur la transmission des patrimoines aux enfants – patrimoines qui, dans leur cas comportaient au moins un appartement dans le 16e et une – voire plusieurs – résidence secondaire.

Leitmotiv : même sous prétexte de réduire son impôt sur la fortune, ne surtout pas faire n’importe quoi. Donc, malgré les conditions apparemment avantageuses, y aller mollo avec les donations anticipées aux enfants. Parce qu’on ne sait jamais : que les fils meurent prématurément et on se retrouve avec des belles-filles qui font la noce – pouvant même aller jusqu’à se remarier -, et dilapident gaiement votre bien sous vos yeux… Elles n’avaient que des fils, ou bien avaient intériorisé à ce point la loi salique que leurs filles comptaient pour du beurre.

Pas question de lâcher le magot maintenant, et ce d’autant moins qu’elles avaient encore 30 ans d’espérance de vie devant elles – elles disaient cela aussi – et donc tout le temps d’en jouir herselves de leurs fortunes et pas l’intention de s’en priver…

Additif : me suis souvenue dans la journée que comme historienne, j’avais été invitée à conclure un colloque sur le thème “Veufs, veuves et veuvage dans la France d’Ancien Régime” à Poitiers en 1998, dont les actes ont été publiés chez Champion (mais sans ma conclusion, jamais écrite)

 

Spécial Fête de l’Huma

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Avant. A 10h44 je me mets en marche sur les conseils de ma feuille de route RATP, à qui j’ai indiqué que je souhaiterais arriver à La Courneuve 8 mai 1945 à midi. Je vise donc le train de 10h59 qui me permettra d’attraper un métro de la ligne 4 à 11h15 à Montparnasse, qui lui même me permettra d’attraper un métro de la ligne 7 gare de l’Est à 11h34 et au bout du compte j’y serai à 11h52 à La Courneuve 8 mai 1945. Et après : navette.

La Fête de l’Huma, pour être franche je n’y suis jamais allée, j’y pense tous les ans mais la seule édition de ma feuille de route coupe mon élan. Donc au moins, maintenant, je saurai ce qu’il en est. 

C’est peu dire que l’expédition me soucie : parler deux fois dans la même journée pour une carpe de mon espèce ; je me demande maintenant si je n’aurais pas mieux fait de m’envoler mardi dernier avec C. (qui lui y est allé tous les ans jusqu’en 1979 à la fête de l’huma) pour les Açores dont il apprécie particulièrement le climat, stable, le relief, volcanique, la tranquillité des vaches qu’on y élève et la saveur du thé qu’on y cultive. Marcher, respirer, rêver là-bas avec lui.

Mais au lieu de ça, qu’est-ce qu’ils ne me feront pas faire les gars du 62 ?

Après. De retour au bercail vers 21 h, fourbue, ravie, et j’y retournerai même demain alors que je ne m’étais pas engagée sur le dimanche. Seule fausse note, mon cafouillage horaire pour le deuxième débat que je rejoins, après qu’on m’ait cherchée partout, avec une demi-heure de retard (je n’ai pas lu le dernier courrier qui avançait l’horaire de 18 à 17 heures…)

Longtemps parlé de boulots (les nôtres et ceux des autres), d’études, d’ateliers d’écritures et de bûcherons avec Thierry Beinstingel.

Beaucoup parlé avec des lecteurs et croisé nos histoires familiales qui se recoupaient du côté de Domfront ou de Billancourt. 

L’un d’eux me raconte qu’il avait une tante cantinière à la Régie. Cette dame (morte à 103 ans) y était entrée en 1918 pour fabriquer des obus et avait pris sa retraite, devenue cantinière des cadres, à la fin des années 1950. Propos qui aiguisent ma curiosité sur le personnel féminin de Billancourt et il n’est pas dit que je ne retournerai pas un de ces jours dépouiller certains journaux en y cherchant autre chose que les échos de l’atelier 62…)

Parlé aussi avec une bibliothécaire notulienne de fraîche date, qui m’invitera peut-être, et avec une Arrageoise, qui m’invitera, sûr, l’année prochaine, à partager des colères du présent.

 

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