L'employée aux écritures

le blog de Martine Sonnet – ISSN : 2267-8735

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"Le problème de la nuit reste entier. Comment la traverser, chaque fois la traverser tout entière ?" Henri Michaux

Lecture, sens contraire de la marche

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Posted by ms on 29 août 2008 at 22:13

Hier, L’employée aux écritures a mis à profit les 3h38 de voyage dans le train brouette (voie unique) 17354 puis les 2h13 passées dans le TGV (voies qui se croisent) 6220 (solution de continuité = 30 minutes en gare de Valence TGV) pour lire les 351 pages de CV roman de Thierry Beinstingel (Fayard, 2007).

Lecture de vacances délibérément sens contraire de la marche (et même pas du bon côté pour la vue sur le lac, photographié au téléphone portable, debout sur son siège, par ma voisine qui a fini par se faire inviter à partager le box-bureau du contrôleur, et j’étais plus tranquille pour lire) puisque c’est du travail qu’il est question.  

Du travail, ou plus précisément de sa mise en page sur feuille unique 21X29,7 recto seul, sous forme de CV quand il s’agit de se mettre en mouvement pour continuer à exister et que d’un côté de la table il y a celui qui sait faire (le Conseiller Mobilité Référent) et de l’autre celui qu’il s’agit de vendre sur le marché des emplois (pas des amants comme sous une avalanche soi-disant littéraire – cf le titre à la une du Monde daté d’aujourd’hui et son dessin qui m’agace).

Quand il se trouve que le Conseiller Mobilité Référent dans sa vie autre est travaillé par l’écriture et la travaille, seul ou en chef d’ateliers, et que l’histoire se passe pas loin du hameau de Roche (panneau cherché comme ailleurs on guetterait celui des Bordes) les CV sont décryptés bien au-delà des cheminements apparents des vies. Pour Thierry Beinstingel les deux lettres CV veulent dire aussi Creux Visibles, C’est ma Vie, Courber les Verbes, Coquille Vide, Cramer une Voiture, Cogner nos Vies, Courir en Vain ou Continuer Voguer, au gré des entretiens préparatoires à la rédaction du fameux document.

Expérience – Formation – Loisirs – Situation : le Conseiller Mobilité Référent aide à ranger les années de vies dans ces rubriques, rogne et ajuste pour que ça tienne et donne envie d’en savoir plus. Et toutes s’y plient à ces mobilités, “volontaires suscitées”, accidentelles, ou de bout de course, tandis que rôdent les silhouettes convoquées de Rimbaud et de Sylvain Schiltz, celui qui meurt un hiver, par là pas loin, dans sa voiture sans rien demander à personne.

CV roman, déplie des feuilles A4 (à toujours plier en 3 et non en 4) et des gens vrais en sortent, gens au travail, gens chez eux, gens qui font leurs courses, gens d’aujourd’hui, observés par un oeil qui rappelle la justesse de la caméra de Laurent Cantet quand elle saisit le travail ou sa comédie (Ressources humaines et L’emploi du temps). Mais le regard de l’écrivain-Conseiller Mobilité Référent, qui un temps à son tour s’en ira apprendre encore pour rajouter des lignes à sa propre rubrique formation, perce plus profond les mots sur les CV et ceux produits dans ses ateliers, comme seule l’expérience totale du travail “avec” la littérature l’autorise.

 

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11 Comments

  • On 30 août 2008 at 15:42 michèle pambrun said

    Texte magistral que ces lignes que je viens de lire, Martine. Si sobre, si juste, si fort.

    Je fais un pacte avec le diable quand il veut pour une écriture pareille.

  • On 30 août 2008 at 16:03 ms said

    Michèle merci, mais pour le diable, le cas échéant, réfléchissez quand même à deux fois – ou alors vous n’avez peut-être pas lu le troublant “Aller au diable” de Glykos (L’Escampette, 2007)…

  • On 31 août 2008 at 22:09 PdB said

    Bonjour je n’ai pas lu CV Roman ( je crains d’ailleurs de ne pas le lire, peu importe ou tout importe je en sais plus) mais ça ne m’a pas empêché de passer des “vacances” studieuses (en fait, je n’arrête jamais et tant mieux); je vois aussi, enfin j’ai vu, que vous étiez de garde à la fête de l’huma, tant mieux (mais je n’y fus jamais, malgré, je dois dire, mes vraies tendresses pour cette manifestation, tout comme pour le journal qui la programme, crois-je penser, et le parti qui le soutient, imaginé-je : en clair, j’ai toujours, et continue à, préféré Aragon à Drieu la Rochelle, et merdaladroite); j’ai croisé ceci dans mes lectures récentes, dans le numéro 441 de Populations et sociétés de janvier 2008, “la “double peine” des ouvriers : plus d’années d’incapacité au sein d’une vie plus courte” qui me semble bien exactement correspondre à l’atelier 62… Bonne fête, en tout cas

  • On 1 septembre 2008 at 7:30 ms said

    Dommage de ne pas lire et dommage de ne pas venir à la fête, mais merci pour le “Populations et Sociétés” qui se télécharge ici
    http://www.ined.fr/fr/ressources_documentation/publications/pop_soc/bdd/publication/1341/

  • On 1 septembre 2008 at 9:51 PdB said

    Ou (et merci pour l’adresse, vous êtes experte hein )i, mais voyez-vous, lire, il y a 10 études qui attendent, sans compter celles que je dois produire, il y a au moins 20 livres, juste derrière moi, et puis la fête, je n’en ai pas vraiment le coeur ni la possibilité (et même dans des dispositions plus tranquilles, je n’y suis pas allé, c’est mon côté Brassens qui ressort, je suppose…); mais tout arrive aussi…

  • On 1 septembre 2008 at 15:51 PhA said

    Coïncidence : on parle ailleurs de vitesse de lecture (des Idées Heureuses au JLR), on passe par Lignes de fuite où l’on se rend compte en lisant votre commentaire, que le livre, ouvert hier soir, et qu’on se promet de faire durer, interrompu par la vie comme par la divagation, c’est le vôtre – remarqué grâce aux Ldf. (CV roman aussi, je l’ai lu lentement.)

  • On 1 septembre 2008 at 17:15 ms said

    la vie interrompt mais provoque aussi, les lectures, l’écriture, les croisements : c’est ça qui est bien pendant qu’on y est en (vie)

  • On 7 septembre 2008 at 21:29 PdB said

    Vous boudez ou quoi ?
    des ennuis d’informatique, ou quelque chose (quoi que je vous lis dans le petit journal…)
    j’ai lu la “critique” de mauger dans le diplo, c’est vraiment du service minimum (en même temps il n’a pas l’air d’avoir haï le 62) : savez-vous que j’ai suivi ses séminaires à l’ehess ? c’est un type vraiment sympa (avec ses étudiants au moins), mais il ne fait pas dans le panégyrique (vous n’en avez pas non plus besoin, il faut bien dire…)

  • On 7 septembre 2008 at 21:53 ms said

    Qu’est-ce que vous allez vous imaginer PdB ! que je boude ou que je suis en panne, not at all. Mais : c’est la rentrée vous savez bien (et il faut quasiment maintenant que j’emboîte deux emplois à temps plein l’un dans l’autre), la petite famille comme chez vous, et les affaires de dents de sagesse qui continuaient cette semaine, vous savez bien aussi.
    Et puis vous ne savez pas, mais pour un billet pour lequel je clique sur “publier”, il y en a en moyenne 3 qui passent à la trappe…
    Aujourd’hui, par exemple, j’ai testé, sans publier mais sans jeter non plus, ce à quoi je pensais quand j’avais annoncé un feuilleton du samedi pour la rentrée. Mais je suis perplexe, sans la moindre idée de l’intérêt éventuel de la chose, je ne sais pas encore si je vais ou non le publier ce n°0.
    Voilà où j’en suis avec ce blog sporadique comme son sous-titre l’indique.
    Merci de votre fidélité en tout cas.

  • On 8 septembre 2008 at 8:30 PdB said

    Tant mieux (et pour la rentrée, quelle barbe !) Vous nous expliquerez peut-être cette histoire de deux temps pleins imbriqués ? Mais sur les conditions de travail (moi, parfois, j’envie les salariés, mais ça me passe rapidement), un feuilleton, ce serait bien…! C’était le feuilleton que j’attendais, je suppose, mais la bouderie, c’était plus ce dont je parlais avec le notulographe à propos de sa critique des mémoires de l’auteur de votre exergue de l’atelier 62, aussi… Bon, on attend le feuilleton, alors et bon courage !

  • On 10 octobre 2008 at 17:48 Clélia said

    Je suis entrain de lire ce bouquin, il me plait vraiment et je me rend compte, même si je n’ai que 15ans a quel point cette homme raconte avec perfection la vie.
    CV.

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