Dans leurs téléphones ils disent qu’ils t’appellent de la gare, les plus optimistes, ou bien qu’ils sont dans le train, les plus anxieux qui ne croiront à la réalité de leur départ qu’une fois à bord. Place trouvée, sacs posés, manteau en boule sur le siège à côté – premiers arrivés. Certains en partance vers les profondeurs bocagères annonçant successivement à leurs proches le franchissement de ces deux épreuves (comme en soulevant discrètement un pan de leur veston, on découvrirait à la fois une attache de bretelle et une boucle de ceinture). Et dans le cours du voyage, ils s’assureront encore qu’on vient bien les chercher, avec une automobile, sur le parking de quel côté et à la bonne heure – pas forcément celle de la fiche horaire. Dans l’ancien temps, il y avait des cabines, qui fonctionnaient, jusque sur les quais, mais les téléphones portables ont sonné leur glas. Aujourd’hui désaffectées. Je me demandais toujours, passant à leur hauteur, comment ceux qui parlaient dans leurs lourds combinés, abrégeraient poliment la conversation à l’approche du signal sonore. Maintenant je pourrais, si je voulais, munie d’un portable, parler quand le rouge est mis et même quand le train s’ébroue. Mais en gare, je reste muette comme une carpe. D’ailleurs, à qui je dirais que j’y suis, dans la gare, quand c’est un vrai secret de Polichinelle.

Des extensions nécessaires de la gare, en vrac : la librairie Tschann sur le boulevard du Montparnasse, au n°125 , et s’installer pour lire à la cafétéria d’Inno devenu Monoprix en dégustant leur café du mois – comme une fois mémorable avec Tarkos dans le petit sac plastique vert ; les Sept cinémas Parnassiens, en y accédant toujours par la rue Delambre et l’assurance d’un film visible au moins sur les sept ; la dalle-fontaine au cœur de la place de Catalogne quand le film d’eau douce s’y étale, et tourner voluptueusement autour à vélo (aux beaux jours, du temps du bureau sur les voies, j’y arrivais par la piste cyclable de la rue Vercingétorix qui débouche-là, et parfois dans la dernière ligne droite, juste de l’autre côté, un TGV avec qui faire la course) ; la Grande Poste et le Musée Postal du boulevard de Vaugirard, parce que j’ai toujours été maniaque du courrier sous toutes ses formes et je déplore la raréfaction des wagons jaunes, signes d’espoir pour les lettres qu’on venait de lâcher par la fente d’une boîte dans la gare. Mais jamais ne s’inscrira dans mes extensions de la gare, la tour, juste utile à guider de loin – et même depuis mon quai de banlieue, c’est une chance que j’ai -, le regard dans la bonne direction. Aiguille de boussole qui rassure.





