Des dégâts matériels du déraillement* en gare de Montparnasse 3 Vaugirard auquel j’avais été mêlée, bien malgré moi, le dimanche 7 août 2005 à 16h36 et des poussières restent visibles et je m’assure régulièrement que je n’ai pas rêvé. Un autre qui s’en souviendra longtemps, c’est le malheureux chef de gare ou son substitut – voire substitut de substitut, on était en août, qui plus est un week-end creux - d’astreinte cet après-midi-là. Manque de chance. Un tout jeune homme tiré brutalement de la torpeur dominicale, qui avait enfilé vite fait une chemisette propre et repassée et une cravate pour se ruer voie 25 téléphone portable vissé à l’oreille. Il arpentait le quai à grand pas, le bras qui n’était pas collé à sa joue battant l’air en balancier de belle amplitude. Mais pour en revenir à l’autre accident**, le sérieux, le fameux, celui du 22 octobre 1895, arrivé à peu près à la même heure au Granville-Paris Express très en retard (on l’attendait à 11h45), entré en gare à folle allure son frein de secours Westinghouse ne fonctionnant pas et passé sous le nez du chef de gare assis à son bureau pour aller crever la façade, son mécanicien avait écopé d’une amende et de deux mois de prison pour non respect de la vitesse autorisée. Un nommé Pellerin, 19 ans de Compagnie, pas un débutant.

Ce que je comprends grosso modo au fonctionnement des feux de signalisation quand j’attends le train sur le quai de ma gare de banlieue (en regardant du côté opposé à celui dans lequel le train espéré ardemment arrivera). Rouge : aucune illusion à se faire, il ne (se) passera strictement rien. Orange : il n’est pas formellement impossible qu’un train arrive, mais ne nous réjouissons pas trop vite. Vert : de bonnes chances pour que le train ne tarde plus trop. Seul l’état orange est passible de clignotement, nuance significative mais que ma science empirique et autodidacte n’a jamais décryptée. Un savoir patiemment compilé dont je faisais bien volontiers profiter mes voisins de quai ignorant qu’il fallait tourner le dos au surgissement du train pour savoir si celui-ci arrivait, jusqu’à ce que les écrans du temps réel me clouent le bec. Porteurs, en toutes lettres, dans des tableaux à quatre colonnes de largeurs inégales : du nom de baptême du train – colonne calculée pour 4 caractères seulement parce qu’ils s’appellent tous PORO, POMI ou POGI -, de sa destination, colonne élargie à la mesure de villes comme “Mantes-la-Jolie”, de son heure réelle d’arrivée et sur quelle voie. Dans le vert des feux, à l’écran vient un moment où l’heure laisse place à la mention clignotante “train à l’approche”, même s’il faut compter encore 3 bonnes minutes pour que le train soit enfin “à quai” et que cette précision généralement inutile s’inscrive à son tour.
* Voir Montparnasse Monde 10
**Voir Montparnasse Monde 7
Et rappel : les 24 premiers épisodes repris et mis en belle forme par publie.net et arte.tv






