L'employée aux écritures

le blog de Martine Sonnet – ISSN : 2267-8735

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"Le problème de la nuit reste entier. Comment la traverser, chaque fois la traverser tout entière ?" Henri Michaux

Montparnasse Monde 27

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Des dégâts matériels du déraillement* en gare de Montparnasse 3 Vaugirard auquel j’avais été mêlée, bien malgré moi, le dimanche 7 août 2005 à 16h36 et des poussières restent visibles et je m’assure régulièrement que je n’ai pas rêvé. Un autre qui s’en souviendra longtemps, c’est le malheureux chef de gare ou son substitut – voire substitut de substitut, on était en août, qui plus est un week-end creux  - d’astreinte cet après-midi-là. Manque de chance. Un tout jeune homme tiré brutalement de la torpeur dominicale, qui avait enfilé vite fait une chemisette propre et repassée et une cravate pour se ruer voie 25 téléphone portable vissé à l’oreille. Il arpentait le quai à grand pas, le bras qui n’était pas collé à sa joue battant l’air en balancier de belle amplitude. Mais pour en revenir à l’autre accident**, le sérieux, le fameux, celui du 22 octobre 1895, arrivé à peu près à la même heure au Granville-Paris Express très en retard (on l’attendait à 11h45), entré en gare à folle allure son frein de secours Westinghouse ne fonctionnant pas et passé sous le nez du chef de gare assis à son bureau pour aller crever la façade, son mécanicien avait écopé d’une amende et de deux mois de prison pour non respect de la vitesse autorisée. Un nommé Pellerin, 19 ans de Compagnie, pas un débutant.

 

 

Ce que je comprends grosso modo au fonctionnement des feux de signalisation quand j’attends le train sur le quai de ma gare de banlieue (en regardant du côté opposé à celui dans lequel le train espéré ardemment arrivera). Rouge : aucune illusion à se faire, il ne (se) passera strictement rien. Orange : il n’est pas formellement impossible qu’un train arrive, mais ne nous réjouissons pas trop vite. Vert : de bonnes chances pour que le train ne tarde plus trop. Seul l’état orange est passible de clignotement, nuance significative mais que ma science empirique et autodidacte n’a jamais décryptée. Un savoir patiemment compilé dont je faisais bien volontiers profiter mes voisins de quai ignorant qu’il fallait tourner le dos au surgissement du train pour savoir si celui-ci arrivait, jusqu’à ce que les écrans du temps réel me clouent le bec. Porteurs, en toutes lettres, dans des tableaux à quatre colonnes de largeurs inégales : du nom de baptême du train – colonne calculée pour 4 caractères seulement parce qu’ils s’appellent tous PORO, POMI ou POGI -, de sa destination, colonne élargie à la mesure de villes comme “Mantes-la-Jolie”, de son heure réelle d’arrivée et sur quelle voie. Dans le vert des feux, à l’écran vient un moment où l’heure laisse place à la mention clignotante “train à l’approche”, même s’il faut compter encore 3 bonnes minutes pour que le train soit enfin “à quai” et que cette précision généralement inutile s’inscrive à son tour.

* Voir Montparnasse Monde 10

**Voir Montparnasse Monde 7

Et rappel : les 24 premiers épisodes repris et mis en belle forme par publie.net et arte.tv

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“24 City” élévation sur décombres d’usine

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Une semaine tout rond que j’étais tenaillée par l’envie de voir 24 City, parce que j’avais lu ce qu’en disait Le Monde mardi dernier au soir, veille de sa sortie, et que c’était prometteur. 24 (entendre Twenty-Four) City, film de Jia-Zhang-Ke, un cinéaste chinois dont je n’avais rien vu encore, malgré tout le bien entendu à propos de son film précédent, Still Life.

Maintenant que je l’ai vu une première fois qui ne restera pas longtemps la seule (je crois bien qu’au temps du cinéma permanent j’aurais enchaîné deux visions), je ne saurais trop conseiller de courir le voir toutes affaires cessantes. Et pas seulement parce que dans l’usine 420 qu’on abat dans la ville de Chengdu, au centre de la Chine, il y avait, nous disent les ouvriers, un atelier 61 et un atelier 63 – ce qui serait pourtant une raison presque suffisante pour m’émouvoir.

Mais parce que les voix, les visages et les archives brutes en gros plan qui racontent ce qu’on fabriquait là, dans cette usine-ville vers laquelle on avait de longtemps afflué de campagnes lointaines, comme les images de la dévastation des lieux, pour y édifier des résidences de luxe, on les a lus/vus/entendus à Billancourt, autour de l’atelier 62, comme sur le parking de Daewoo à Fameck. 

Des univers en étroite et étonnante résonance, du plus symbolique – les lettres de l’enseigne au fronton qu’on arrache ou les bulldozers qui arasent, des Daewoo justement – au plus infime. Parfaite concordance des lieux, des gestes, des souffrances dites, celles du travail et celles des vies déracinées toutes entières dévolues à l’usine, dans des contextes géopolitiques éloignés mais au bout du compte, à quelques décennies près, réduits par les mêmes lois du capital.

Grand trouble ressenti aussi devant la proximité de nos regards et de notre écoute, que notre empathie soit portée par l’écriture ou par l’image. Des images magnifiques de bout en bout, jusqu’au plan panoramique final sur la ville et ce qu’elle est devenue, son gigantisme que l’on découvre seulement quand il ne reste rien de l’usine et que génération après génération les ouvriers qui l’ont faite se sont tus et éclipsés du tableau.

(Et pour prolonger, parce que j’y ai pensé en voyant le film, ce lien – vers le Japon cette fois – pour explorer de troublants vestiges d’industrie, superbement photographiés, merci à ses découvreurs)

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Montparnasse Monde 26

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Gare grise, mais de toute la gamme chromatique des gris. Unis le plus souvent, plus ou moins dégradés par l’usure générale, mais aussi granités des bordures de quais ou des marches des grands escaliers à l’ancienne du hall Maine – qui tremblent sous nos jambes par moment sans qu’on comprenne pourquoi, par quelle loi mécanique de déformation nécessaire à cette imbrication complexe d’escaliers et d’escalators suspendus dans un grand vide. Ailleurs, gris mats ciment, luisants béton, brillants métal ; sans oublier l’anthracite crasse toujours prête à rajouter sa couche ni le gris souris des souris qui traversent les traverses. Montparnasse monde gris répétitif (comme certaines musiques que je goûte assez). Nuancier de la gare dicté sans nuance par celui des matériaux qu’on ne s’est pas amusé à peindre – une surface pareille et puis, des goûts et des couleurs, allez mettre tout le monde d’accord ! Il y a juste ces deux murs en vis à vis, aux deux extrêmités, du hall Maine confiés, a fresca, à un artiste cinétique bien dans le goût assez pompidolien de l’époque à laquelle on avait reconstruit la gare en lui faisant prendre un certain recul.

 

 

Exercices de gare. Parmi les plus difficiles que je connaisse  : calculer le poids moyen d’un bagage de voyageur, à l’arrivée, au départ (voies 10 à 17 exclues, mais 25 à 28 comprises) ; pour les voies 10 à 17 uniquement, le poids moyen d’un sac à commissions (le soir), d’un cartable et d’un petit sac à dos journalier (la mode des attachés-cases a passé) ; la somme du nombre de pas dépensés dans la gare, un jour ouvré, un jour ouvrable, un dimanche et fête, par les voyageurs, par le personnel de la gare, par celui des trains et par les agents des sociétés sous-traitantes ; le nombre moyen quotidien de chiens, de chats et de furets passant et repassant par la gare ; celui des cafés qu’on y ingurgite ; évaluer l’énergie produite par la mise en marche simultanée, sous le panneau d’affichage des voies, de la totalité des passagers d’un TGV double affiché tardivement, et ce qu’on pourrait faire avec. Il va de soi que tous les calculs afférant aux personnes et aux animaux doivent les distinguer selon leur sexe, sans quoi ces exercices et leurs résultats ne serviraient de rien à l’avancement des travaux en sciences humaines relatifs au genre que je mène par ailleurs.

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Montparnasse Monde : édition spéciale

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Aujourd’hui, publie.net (la coopérative d’édition numérique réunie autour de François Bon) associée à arte.tv à l’occasion du Salon du Livre 2009 (qui se tient jusqu’au mercredi 18 mars, au parc des expositions de la Porte de Versailles, métro du même nom ou tramway) mettent en ligne, remis en page et en pleine forme, les 24 premiers épisodes du feuilleton du samedi.

Montparnasse monde, 24 variations sur le thème d’une gare est donc lisible et téléchargeable gratuitement pendant un mois à partir du site arte.tv et normalement mis en ligne sur le site publie.net.

Si vous ne connaissez pas encore publie.net : c’est le moment de découvrir. Comme Montparnasse monde, un texte nouveau et gratuit pendant un mois avec arte.tv par jour, tout le temps du salon du livre. Il y a eu Eric Chevillard, vont suivre : Fred Griot,  Béatrice RilosSereine Berlottier et Jacques Séréna.

Bonnes découvertes (et merci à toutes celles et tous ceux qui ont oeuvré à la chose)…

 

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Montparnasse Monde 25

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Rêve de gare, un peu fou et bien au dessus de mes moyens, caressé depuis longtemps : une nuit, j’irais dormir au coeur du monde Montparnasse, en touriste, dans un des deux hôtels triple étoilés collés au plus près de la gare. Sous son emprise. Y arriver à la nuit tombée et le lendemain, franchissant nez en l’air et à nous deux Paris, la porte à tambour, savoir enfin ce qu’elle inspire comme pensée la première vraie gorgée d’air parisienne aspirée (comme il a pu m’arriver de le faire à Rome, à Lisbonne, à Vienne, à Madrid, à Bruxelles, à Londres ou à Copenhague). Deux seuls hôtels de Montparnasse dont les enseignes lumineuses accompagnent un temps ceux qui s’en retournent, assis sens contraire à la marche, vers leurs cités-dortoirs de banlieue ou lotissements bitumés des confins de la grande couronne. NOVOTEL Accor Hôtels au bleu si beau tranchant la nuit des voies, côté Vaugirard des Intercités, et HOTEL CONCORDE MONTPARNASSE, façade circulaire, côté Pasteur des TGV. Hôtels aux arrières cours, par où transitent les chariots de linge sale et les containers-poubelles,  jouxtant les accès de services de la gare, sur ses arrières. Des accès, qu’on préférerait ne pas trop offrir aux regards, mais nécessaires au bon fonctionnement des hôtels comme de la gare et au confort des voyageurs, dans les deux cas.

 

 

Extension de la gare : jusqu’à la S. I. de la Gare, petite plaque sur mur en briques, à côté de la porte d’entrée, chambres tout confort à la semaine et au mois, tarifs sur papier scotché, illisibles du train, bien sûr. En gare de Vanves-Malakoff, quand on roule en direction de Sèvres rive gauche, le wagon de tête arrêté invariablement à sa hauteur : c’est le crocodile qui veut ça (je sais depuis longtemps ce qu’est un crocodile sur une voie). Cinq fenêtres par étage, une chambre par fenêtre, trois étages, 15 chambres au moins dans l’hôtel, pour ce que l’on en voit. Côté trains, vie des habitants qui déborde un peu par les fenêtres. Posés sur les rebords, régulièrement, des paires de chaussures de sport, grandes pointures, et l’hiver des provisions : sacs plastiques avec oranges, bananes ou pommes, briques de lait, packs de yaourts. Mais une seule fois, un poulet sous cellophane. Une des chambres du premier étage a longtemps été occupée par celui que j’appelais, mais seulement en moi-même, « l’homme que sa femme aime ». Elle debout dans l’ombre, on ne voyait que ses mains, posée sur ses épaules à lui découpées du maillot échancré, toujours assis à une table, immobile. On supposait face à un poste de télévision.

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Questions de février

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L’employée aux écritures n’aura jamais réponse à tout, mais veut bien faire encore un effort. Pour n’avoir compté que 28 jours, février n’en a pas moins été pourvoyeur de questions intéressantes confiées aux bons soins de moteurs de recherche (qui ont cru malin de les diriger chez moi).

Dire d’abord ma fierté qu’un internaute se soit adressé à moi dans la belle langue de Cervantès, avec ce qu’il faut de points d’interrogation dans tous les sens, et que mes restes de LV2 m’aient permis de comprendre sa question : ¿Quien es Bertrand de Olerón? à laquelle je me crois en mesure de répondre quelque chose comme :  ”no puedo decir, no lo conozco”. 

A qui pense qu’“on s’amuse dans les p’tits patelins” je répondrai : gardez-vous de toute généralisation hâtive, vous avez peut-être eu seulement la chance d’en traverser un le jour de sa fête patronale.

Abcisse ordonnée je m’en souviens jamais : creusez-vous un peu les méninges pour trouver un procédé mnémotechnique – c’est toujours ce que je fais dans ces cas-là et, par exemple, pour babord/tribord  et adret/ubac j’en ai trouvé qui fonctionnent très bien.

Par ailleurs, que le naïf qui compte sur moi pour le faire profiter de quelques astuces pour faire un sonnet se mette également au boulot lui même ou renonce à la poésie – ce qui serait sans doute la meilleure solution pour les anthologies à venir.

J’invite l’internaute en quête d’un écureuil roux qui dort et celui s’interrogeant sur la plus grosse fourmi du monde à se rapprocher, ils pourraient avoir des choses à se dire. Pour l’écureuil, je suis arrivée trop tard, il était réveillé et déjà parti d’un bon pied.

Je fais remarquer à qui la cherche que  je ne peux pas sortir de mon i-photo habituel une vue ouest-est de la fontaine du potager sans en savoir plus sur la fontaine et sur le potager et que la proximité qu’on en déduit de l’une avec l’autre ne suffit en aucun cas à les localiser ;  je m’y connais très mal en GPS – n’en ayant pas encore équipé mon vélo – mais je ne crois pas qu’ils me contrediraient.

Bien qu’employée aux écritures, je ne suis pas du tout intéressée par la réalisation d’une étude de marché, même quand il s’agit d’un stylo-plume : il y a belle lurette que je préfère écrire directement sur mon clavier, même si je m’étais acheté mon stylo plume homonyme quand celui-ci était apparu sur le marché (suite à une étude de, bien faite, au moins dans ma famille, côté paternel).

La vie d’un jardin de banlieue, que vous en dire ? L’écureuil roux dort et la plus grosse fourmi du monde s’est mise au régime : vous voyez, il ne s’y passe pas grand chose.

Que serait un monde sans livres ? En attendant que l’Angleterre rejoigne la zone euro et que les kilos de cerises cessent de se partager en deux moitiés égales, c’est très difficile à imaginer, pour la dissert, choisissez l’autre sujet.

Montparnasse Monde 24

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Dans ma gare, j’ai l’air de quoi ? Parce que l’air qu’on y respire, il faut bien aller le chercher : la gueule ouverte des quais rejetée très loin au bout de la dalle, les issues latérales si distantes et les portes automatiques, quand elles veulent bien s’ouvrir, qui en aspirent tellement peu. Juste quelques bouffées insuffisantes à nos échanges gazeux vitaux, oxygène contre gaz carbonique, à nous tous, dedans. Des litres et des litres qu’il en faut. Alors, au passage, prendre un bol d’air au débouché des escalators en façade, niveau quais, fracture horizontale de la verrière, cachée à l’envers des grandes belles lettres du nom de la gare. Se pencher à la rambarde comme ceux qui regardent évoluer les patineurs et aspirer expirer au travers des minces filins tendus à plat sur le vide, trop lâches pour filtrer l’air du parvis. Plus avant vers les trains, se gorger de celui prélevé au jardin par des ouïes discrètes souvent grillagées. Exercice de gare : apprendre à les localiser, vues du dessous, vues du dessus, en dresser la cartographie.  Souffle à prendre aussi à la longue fente au dessus de la voie 1, au ciel ouvert festonné au dessus de la 24, ou encore aux belles échancrures du voilage “plein jour” – pour parler comme un marchand de rideaux – arrimé sur le hall Pasteur.

Souvenir de gare. Ce mercredi 13 août 2003, notre souffle coupé, radicalement, quand les portes du Corail climatisé qui nous ramenait de notre campagne s’étaient ouvertes. Sous la dalle. A 12h49. Nous n’imaginions pas. Ce qu’avait pu être, dans la capitale, la canicule : du 4 au 12 août la station météo de Paris-Montsouris avait relevé des températures maximales toujours supérieures à 36°C. Le 13, ça commençait juste à baisser un peu. Nous, là-bas, à l’ombre sous les deux arbres du jardin (mais le hamac ne serait acheté que l’été d’après), on pouvait encore lire. Et dans la maison, la grande pièce aux murs en pierres apparentes n’avait jamais pris la chaleur ; aux fenêtres des autres on avait tendu des draps mouillés. Juste qu’on attendait 9 heures du soir pour monter sur nos vélos et qu’au retour, vers 11 heures, on était étonné, à l’entrée dans le bourg, d’être sensibles à la chaleur renvoyée par les murs des maisons.  Une différence qu’on n’avait jamais sentie jusqu’à cet été là. On dînait dehors après la ballade, traînant à table très très tard dans la nuit ; le vol de la première chauve-souris ne me chassait pas, comme souvent. C’était les vacances. Mais, là tout d’un coup, les portes du train s’étaient ouvertes et nous avions compris. Sans savoir encore, pourtant, que les morts en trop, au bout du compte, seraient 14 802.

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Forgerons passés en revues

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Un an après sa publication, Atelier 62 reste un livre vivant et c’est un vrai bonheur que ces échos prolongés. Parmi les plus récents, ceux parus dans les derniers numéros de Savoir/Agir (revue trimestrielle du collectif Raisons d’agir, n°6, décembre 2008, Editions du Croquant) et de La Faute à Rousseau (revue de l’APA*, n°50, février 2009). Deux articles lisibles en ligne à partir de la page échos de mon site, merci aux auteurs.

Dans Savoir/Agir, Gérard Mauger propose une lecture sociologique d’Atelier 62, tout à fait fouillée et référencée, et pertinente. Au point que sur chacun des quatre thèmes qu’il observe de près (paysans ouvriérisés – corps valeureux et malmenés – familialisme et ethos ouvrier – la lutte de classes au jour le jour) il éclaircit ma perception d’une histoire familiale inscrite dans la relecture des “Trente glorieuses”. A signaler : dans ce même numéro de Savoir/Agir un solide dossier “Mai-juin 68 : la rencontre ouvriers/étudiants”.

Dans La Faute à Rousseau, Atelier 62 est évoqué par un compte rendu de Véronique Montémont suivi d’un entretien. Je suis particulièrement heureuse que cette revue consacrée à l’autobiographie s’intéresse à ma démarche parce que je tiens la découverte, toute jeune doctorante, des travaux de Philippe Lejeune – son initiateur – pour une “balise” de mon itinéraire d’historienne, bien sensible déjà à ce qui se passait du côté de la littérature et des vies ordinaires…  

Le coeur de ce n°50 de La Faute à Rousseau, propose un beau dossier sur les villes, qui invite à emboîter le pas d’écrivains d’hier et d’aujourd’hui à travers villes et banlieues, Londres, Paris, Genève, Marseille, Helsinki, Bruxelles, Berlin ou Edimbourg, qui livre des modes d’emploi – dont un Paris/Perec de Philippe Lejeune – et réfléchit à “la ville de l’autobiographie”.

Gérard Mauger n’est pas le seul sociologue à s’intéresser à Atelier 62, le livre a aussi été évoqué par Xavier Zunigo sur son site, et figure dans des bibliographies de cours de sociologie du travail et de la famille. Dans les facultés de lettres, on s’y intéresse aussi. Début février, j’étais heureuse de rencontrer Jérôme Meizoz, un autre auteur du Temps qu’il fait, convié avec moi au séminaire doctoral de Dominique Viart à Lille-3 pour parler de récits de filiation.

Toute cette vie-là d’Atelier 62, après, je ne m’y attendais vraiment pas.

* APA : Association pour l’autobiographie et le patrimoine autobiographique

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Montparnasse Monde 23

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Numérotation des voies de la gare. Continue, de gauche à droite, chiffres arabes indiscutablement lisibles. Ils ne se sont pas amusés à alterner avec des chiffres romains, comme on l’a vu faire des chapitres d’un livre, il n’y a pas si longtemps. Aucune fantaisie. Et que des nombres appartenant à l’ensemble N des entiers naturels tous positifs. 1,2,3,4,5,6,7,8,9, TGV, départs et arrivées, 10,11, 12, 13, 14, 15, 16, 17, va et vient en cadence des trains de banlieue dits Transiliens en langue de gare, 18, 19, 20, 21, 22, 23, 24 TGV ou TER Centre, départs et arrivées. Le doute ne s’insinue que voie 10 et voie 18, ambivalentes, à la limite : on a déjà vu des TGV voie 10 et des Transiliens voie 18. Restent 25, 26, 27, 28  reléguées en gare de Paris-Montparnasse Vaugirard et affectées aux Corail Intercités reliant à grand peine Paris à Granville. De la 28, on s’aperçoit que la numérotation aurait pu continuer jusqu’à 31 puisque trois autres voies repoussent le grillage bleu qui clôture l’emprise ferroviaire (de façon beaucoup moins hermétique que les façades qui la sertissent longtemps de l’autre côté). On se dit que ces trois voies, qui se seraient appelées 29, 30 et 31, ne regardent pas les voyageurs, finalement.

 

 

Ce dernier Noël, la gare enguirlandée comme jamais. Dans la ville, on en avait moins fait, la crise, on s’en ressentait - moins de pères Noël gonflés pour s’élancer à l’assaut des façades et la glace de la patinoire tardivement installée sur le parvis était pour la première fois synthétique – mais ceux de la gare, rien ne les avait arrrêtés. Sans qu’on puisse dire si c’était par esprit de contradiction ou suite à une erreur d’appréciation de ce que serait la conjoncture fin décembre 2008, quand, bien en amont, ils avaient porté à l’ordre du jour d’une de leurs réunions la question : décor de la gare pour les fêtes. A l’issue de la discussion, un crédit,  plus conséquent que les années précédentes, avait été ouvert au rehaussement festif du béton. Et commandes avaient été passées de rideaux de lumière, or et bleu, de stères entiers de branches de conifères, laissées à leur état de nature ou revêtues de fausse neige, de boules de verre rouges, de mètres et de mètres de ruban doré élégamment noué, et jusqu’à ce père Noël sur son traîneau à grand équipage de rennes réalisé en guirlande lumineuse ; ampoules logées à l’intérieur d’une sorte de tuyau en plastique transparent dessinant la forme de l’attelage – qui gagnait à être vu de loin. Installation perchée sur la cabine de l’accueil banlieue, au débouché des voies 13 et 14.

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Montparnasse Monde 22

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Ces jours où je ne perçois plus de la gare que son usure et sa crasse : la grande contrariété et le découragement insondable qui me saisissent. Privent ma marche de tout allant, me feraient fermer les yeux, m’agripper désespérément aux voies toutes tracées du cheminement aveugles. Salissures épaisses et sombres insinuées dans la moindre fissure, agglomérées dans chaque encoignure, qui condamnent la gare à broyer du noir. Gangues grasses capteuses de peluches de poussières enrobant chaque picot repousse-pigeons. Déchets, à trier, essaimés entre les traverses : restes de pizza à pâte trop épaisse, récurée de sa garniture, sur laquelle on a calé, barquettes à frites maculées ketchup déchiquetées, bouteilles de sodas, canettes 8° au moins et, spécifiques à la voie 24 en partie découverte, ces balles de tennis propulsées depuis le jardin Atlantique. D’autres reliefs plus douteux, moins immédiatement lisibles, qu’on ne décryptera pas. S’y mettre tous ensemble un dimanche à ramasser, comme on ferait d’un coin de forêt ou des bords d’un bras de rivière délaissés : je n’imagine pas.

 

 

Leur souci visible de propreté, pourtant, à l’égard des trains de banlieue schampouinés chacun son tour, un peu plus loin, au-delà du parking aux locomotives. Au niveau de l’ancienne gare Ouest Ceinture – un coquet pavillon de briques, discrètement Mansard, où les trains ne marquent plus l’arrêt depuis l’irruption du TGV dans le monde Montparnasse -, au droit de l’étrange édifice porteur d’un semblant de phare. L’entrepôt du marchand de poissons bon marché de la rue Castagnary, XVe arrondissement, longé par ces voies soustrayant les trains à leur cadencement le temps d’être lavés à grande eau. Les entrailles au jet – même les rognures d’ongles extirpées et toutes dégoulinures estompées – et la carapace léchée par le rouleau brosse en portique. Petites silhouettes jaunes qui s’activent au toilettage, bottes, cirés, chapeaux, balais. Et le séchage des trains, après, toutes portes vis à vis grandes ouvertes, pour l’appel d’air. Sourde inquiétude qui naît de cet excès d’aération : sûr qu’on en tomberait, de cette dentelle de train, si elle venait à s’ébranler. Trains transpercés de jours à l’image insaisissable, pas faute d’avoir essayé, mais toujours de mon propre Transilien déjà (ou encore) lancé bien trop vite.

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