L'employée aux écritures

le blog de Martine Sonnet – ISSN : 2267-8735

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"Le problème de la nuit reste entier. Comment la traverser, chaque fois la traverser tout entière ?" Henri Michaux

Montparnasse Monde 24

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Posted by ms on 7 mars 2009 at 8:00

Dans ma gare, j’ai l’air de quoi ? Parce que l’air qu’on y respire, il faut bien aller le chercher : la gueule ouverte des quais rejetée très loin au bout de la dalle, les issues latérales si distantes et les portes automatiques, quand elles veulent bien s’ouvrir, qui en aspirent tellement peu. Juste quelques bouffées insuffisantes à nos échanges gazeux vitaux, oxygène contre gaz carbonique, à nous tous, dedans. Des litres et des litres qu’il en faut. Alors, au passage, prendre un bol d’air au débouché des escalators en façade, niveau quais, fracture horizontale de la verrière, cachée à l’envers des grandes belles lettres du nom de la gare. Se pencher à la rambarde comme ceux qui regardent évoluer les patineurs et aspirer expirer au travers des minces filins tendus à plat sur le vide, trop lâches pour filtrer l’air du parvis. Plus avant vers les trains, se gorger de celui prélevé au jardin par des ouïes discrètes souvent grillagées. Exercice de gare : apprendre à les localiser, vues du dessous, vues du dessus, en dresser la cartographie.  Souffle à prendre aussi à la longue fente au dessus de la voie 1, au ciel ouvert festonné au dessus de la 24, ou encore aux belles échancrures du voilage “plein jour” – pour parler comme un marchand de rideaux – arrimé sur le hall Pasteur.

Souvenir de gare. Ce mercredi 13 août 2003, notre souffle coupé, radicalement, quand les portes du Corail climatisé qui nous ramenait de notre campagne s’étaient ouvertes. Sous la dalle. A 12h49. Nous n’imaginions pas. Ce qu’avait pu être, dans la capitale, la canicule : du 4 au 12 août la station météo de Paris-Montsouris avait relevé des températures maximales toujours supérieures à 36°C. Le 13, ça commençait juste à baisser un peu. Nous, là-bas, à l’ombre sous les deux arbres du jardin (mais le hamac ne serait acheté que l’été d’après), on pouvait encore lire. Et dans la maison, la grande pièce aux murs en pierres apparentes n’avait jamais pris la chaleur ; aux fenêtres des autres on avait tendu des draps mouillés. Juste qu’on attendait 9 heures du soir pour monter sur nos vélos et qu’au retour, vers 11 heures, on était étonné, à l’entrée dans le bourg, d’être sensibles à la chaleur renvoyée par les murs des maisons.  Une différence qu’on n’avait jamais sentie jusqu’à cet été là. On dînait dehors après la ballade, traînant à table très très tard dans la nuit ; le vol de la première chauve-souris ne me chassait pas, comme souvent. C’était les vacances. Mais, là tout d’un coup, les portes du train s’étaient ouvertes et nous avions compris. Sans savoir encore, pourtant, que les morts en trop, au bout du compte, seraient 14 802.

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3 Comments

  • On 8 mars 2009 at 2:00 PdB said

    Cet été là j’étais parti avec les filles et leur mère dans le nord, on attendait le train qui m’amènerait à Paris, travailler dans ces jours-là, le 12 je crois bien me souvenir, un mardi en tout cas, et la chaleur avant de reprendre le train gare du nord, et le pastis je me souviens aussi, à la maison blanche il me semble quelque chose, le retour, la pesanteur des soirs, oui…

  • On 8 mars 2009 at 11:22 PhA said

    Je me souviens que, loin des gares, je lisais à la cave.

  • On 9 mars 2009 at 9:28 gilda said

    La canicule pour moi, un souvenir formidable : la chaleur me va et toute l’énergie qui ne sert plus à tenter de chauffer mon corps je la récupère pour meilleure activité.
    N’ayant plus tant de fatigue, heureuse, je dormais peu et commençais d’écrire après mes journées de bureau sans pour autant être épuisée.
    C’était un feuilleton en exclusivité pour ma meilleure amie (“Comment adopter un home cinema”) farfelu et joyeux. Une veine d’écriture humorisée que j’aimerais retrouver, au lieu du sombre et triste ensuite arrivé.

    Mes vagues scrupules quant aux victimes effacés depuis une conversation avec un de mes cousins qui bosse dans les pompes fu et m’avait expliqué que ceux tombés en cette saison-là furent les morts de moins de l’hiver suivant, les fortes chaleurs les ayant faits de sans doute assez peu devancer l’appel. La météo n’aurait fait que bouleverser la répartition, créant un pic spectaculaire au lieu d’une habituelle répartition au fil de l’an.

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