L'employée aux écritures

le blog de Martine Sonnet – ISSN : 2267-8735

RSS Feed

"Le problème de la nuit reste entier. Comment la traverser, chaque fois la traverser tout entière ?" Henri Michaux

Aperçu et actualité de Louis Sébastien Mercier

Comments Off

Picorant hier matin, à la bibliothèque de l’Arsenal où il fait si bon travailler, dans les 4000 pages du Tableau de Paris de Louis Sébastien Mercier, parues en douze volumes entre 1781 et 1789, je n’en crois pas mes yeux quand je lis au chapitre CXLIV consacré aux Bouquinistes (dans la réédition sous la direction de Jean-Claude Bonnet au Mercure de France en 1994, vol. 1, p. 348-351) :

On ne lit presque point à Paris un ouvrage qui a plus de deux volumes. (…) Nos bons aïeux lisaient des romans en seize tomes, et ils n’étaient pas encore trop longs pour leurs soirées. il suivaient avec transport les mœurs, les vertus, les combats de l’antique chevalerie. Pour nous, bientôt nous ne lirons plus que sur des écrans. (…) Il faut être court et précis, si l’on veut être lu aujourd’hui.

La déploration des impatiences de lecture, déjà, sonne familièrement à nos oreilles, et qu’il faut faire court pour augmenter ses chances d’être lu, au XXIe siècle tout le monde vous le dira mais, franchement, je m’y suis reprise à deux fois pour m’assurer avoir bien lu que pour nous bientôt nous ne lirons plus que sur des écrans.

Parce que je me suis crue tout à coup ramenée au pas de charge  des années 1780 à nos discussions de tous les jours, sur le Net, au bureau et au café à propos de nos usages de lecteurs/écriveurs et de leurs évolutions ou sur nos addictions aux écrans de tous les formats. Sans parler des tables rondes dont on voit passer les annonces, (quand on ne  vous invite pas à y mettre votre grain de sel) sur ce que le numérique change à la littérature, à la lecture, à l’écriture, à la chaîne du livre, aux métiers du livre, au droit d’auteur, j’en passe et des meilleures.

Je savais Mercier, fureteur hors pair de sa ville et des travers de ses contemporaines et contemporains, également visionnaire : il a écrit un roman d’anticipation, L’an 2440 – dont il faudrait voir de plus près le chapitre sur la Bibliothèque du roi – mais au point d’avoir eu la prescience de nos bibliothèques et cabinets de lecture numériques !

L’illusion n’a duré que le temps d’atteindre la note de bas de page rejetée en fin de volume : les écrans en question ignorent les pixels et les cristaux liquides, il s’agit d’écrans pare-feu « qu’on orne de diverses histoires ou images » précise le Dictionnaire de Trévoux, appuyant sa définition d’exemples : « C’est un ignorant, qui n’a jamais appris le blason que dans les écrans ; un mauvais poète, qui ne fait des vers que pour les écrans. »

Une chose toujours vraie c’est que la lecture occupe nos soirées : sur twitter suivre #lecturedusoir pour en composer quotidiennement une bibliothèque éphémère et constater que parfois c’est bien sur écran que la rencontre avec la littérature de nos jours se produit. Mercier, au coin de sa cheminée, devant son pare-feu (qu’on ne confondra pas avec nos firewalls) voyait assez juste.

(Les salles de travail de la bibliothèque de l’Arsenal, de celles que je fréquente de longue date)

Filed under du XVIIIe siècle

Maison aux orties

Comments Off

Ceux de la maison aux orties ont renoncé à sortir et même à faire de la soupe. Un temps, ils avaient maîtrisé la situation avec leurs potages, leurs tourtes, leurs terrines, leurs tartes, leurs cakes aux orties. Ils en fumaient, aussi, autant qu’ils pouvaient. Mais leurs invités – parce qu’à eux seuls il n’y arrivaient pas – s’en sont lassés des dîners tout à l’ortie, depuis les amuse-gueules avec l’apéro jusqu’au dessert ; sans parler de l’infusion digestive qu’il aurait été malséant de refuser avant de se séparer. Leurs plus proches voisins les premiers en ont soupé, sont partis, et la maison n’a jamais été relouée. Propriété en deshérence qui s’effrite. Reste le mur troué, vue sur orties et la gouttière pliée. Dans la maison aux orties, ils l’ont mal pris et ont définitivement fermé leurs volets. Pas voir ça, l’abandon. Ce qu’ils bouinent maintenant de l’autre côté, comment ils s’en sortent, pas idée. Ni même s’ils sont encore en vie.

Filed under utopiques

Mercredi, septembre, cinquième arrondissement

Comments Off

Les enfants du cinquième arrondissement le mercredi, dès neuf heures le matin, sur les trottoirs des rues calmes du cinquième arrondissement, cheminent. Enfants uniques ou petites grappes de deux, trois, ou quatre, escortés d’une jeune fille ou d’une grand-mère avec laquelle ils conversent d’égal à égal. Enfants porteurs de raquettes ou violons sous étuis, bombes sur la tête, bottes aux pieds, justaucorps et chaussons dans sac de danse, feuilles de papier canson dans cartons au format demi-raisin, en marche vers leurs leçons de tennis, de musique, d’équitation, de danse, ou de dessin. Et, qui sait, moins ostensiblement, de catéchisme ? Les emplois du temps des enfants du cinquième arrondissement bannissent l’oisiveté. Début d’année scolaire : inscriptions toutes fraîches – à grand renfort d’attestations d’assurances, justificatifs de domicile, certificats médicaux de non-contr’indication – et efffectifs au complet. Viendra la mauvaise saison, avec elle la fatigue, les frimas et les épidémies ; les trottoirs des rues calmes du cinquième arrondissement, le mercredi, seront moins courus. Mais subsiteront ici et là, à demeure sans domiciles, les hommes couchés des encoignures, leurs duvets et leurs ballots.

Au creux de l’angle Feuillantines/Pierre Nicole, le chat noir

Post scriptum j’ai créé la catégorie “variétés parisiennes” pour ce genre de billets : archives revisitables.

Plus que dix feuilles (pas un mot)

Comments Off

Questions de quoi remplir un caddy

Comments Off

L’employée aux écritures n’est pas un catalogue de vente par correspondance, aussi je fais suivre à La Redoute à Roubaix – puisqu’à la Manufacture d’armes et de cycles de Saint-Etienne, c’est trop tard – la liste des commissions (que je ne me prive pas de commenter au passage) des internautes venus ici dans l’espoir déçu d’y trouver

des chaussures de pluie irlandaises : bien préciser la pointure lors de la commande et penser qu’un chapeau de pluie peut aussi être utile pour la ballade irlandaise (que je n’ai pas faite)

une robe de marquise : j’ai bien prêté ma voix à une marquise mais je ne rentrais pas dans sa robe et dans ma garde-robe photographique je n’ai que cette jupe de duchesse, sur strapontin de wagon de métro à défaut de tabouret

du carrelage de cuisine multicolore et du carrelage pelouse avec des marguerites : ici, on trouve plus aisément son bonheur en papier peint

un cd rom obsolète : vous aurez l’embarras du choix, le cd rom est intrinsèquement obsolète sauf pour faire peur aux oiseaux (croit-on) accroché aux branches des arbres fruitiers

un canevas Mickey : un beau paysage vous occuperait plus longtemps

un piquet clôture béton : personnellement, dans le paysage, j’aime beaucoup mieux ceux en traverses de chemin de fer

une chaussure noire à petits pois blanc : ne mégotez pas, prenez la paire (en tout cas, les miennes sont unies)

trois robes : si vous n’êtes difficile que sur leur nombre, vous devriez trouver assez facilement : mais au cas où,  j’en ai trois en magasin, certes un peu passées de mode

une maison algeco : difficile à faire rentrer dans un catalogue, ou alors il faudrait revenir à ces livres cartonnés dont tourner une page faisait surgir en le dépliant un décor en relief ; volume plus simple à contraindre pour un algeco que pour le château de la belle au bois dormant.

PS : il n’échappera à personne que j’ai la main lourde sur les liens internes à L’employée aux écritures : c’est tout simplement parce que plus la liste de ses archives s’allonge, plus l’inéluctable enfouissement des textes dans la si bien nommée fosse à bitume du blog me désole.

Scènes d’une boulangerie parisienne

Comments Off

Les scènes se passent dans une boulangerie de la rive gauche, sur un boulevard de mon itinérance quotidienne Cette boulangerie n’a jamais été sympathique mais propose de bons financiers à la pistache et j’aime bien, d’une part, les financiers, d’autre part, tout ce qui est à la pistache.

Acte I, à la veille des dernières petites vacances de printemps de la zone C : comme je me trouve dans la boutique, les deux jeunes vendeuses parlent entre elles à mots couverts mais je comprends que leurs patrons les soupçonnent de distraire de la monnaie de la caisse.

Acte II, à la rentrée de ces même congés, jour de réouverture de la boulangerie : queue jusque sur le trottoir mais je prends mon tour et quand il arrive je comprends pourquoi l’attente et les étranges bruits de jackpot : une machine infernale dans laquelle il faut introduire ses pièces et qui rend automatiquement la monnaie trône sur la caisse ; personne n’y comprend rien et les vendeuses en réexpliquent le fonctionnement à chaque client.

Acte III : après avoir un certain temps évité la boutique, le jour où ma gourmandise l’emporte je paie mon financier à la pistache avec le plus gros billet à ma portée (20 euros) par esprit de rébellion contre une technologie prétendument hygiéniste à l’égard des clients mais surtout suspicieuse envers le personnel ; je constate qu’une affichette explicative a été collée sur l’appareil antipathique, spécifiant d’introduire les pièces LENTEMENT et UNE PAR UNE dans la fente (comme les billets de train dans les composteurs).

Acte IV, hier matin : je me demande si la machine a passé l’été, déroge à mon boycott et règle mon achat avec un billet de 5 euros – les temps sont durs ; mais grande est ma jubilation à la lecture de la nouvelle affichette apparue sur l’engin démoniaque, ajoutant aux recommandations antérieures la demande expresse d’attendre calmement le retour des pièces dues et de NE PAS TAPER SUR LA CAISSE.

Trop prise au dépourvu pour pouvoir photographier discrètement ; une autre fois peut-être. Et puisque j’y pense, à propos des boulangers parisiens, j’en profite pour suggérer de lire le beau livre que l’historien américain Steven L. Kaplan, a consacré à ceux du XVIIIe siècle, Le meilleur pain du monde : les boulangers de Paris au XVIIIe siècle.


D’autres villes, en “ange” ou pas

Comments Off

Après celles d’Uckange et de Rombas, juste encore quelques images que je ne me résous pas à archiver sans partage

De Thionville, cette façade sur laquelle on cogne une fois la gare, aux convois interminables de lourds containers débarqués des ports de la vieille Hanse, laissée derrière soi et la rivière, aux péniches taillées à la même aune, franchie par un large pont. Premier immeuble en vue, seul de son espèce, sans même approximatives copies dans la ville.

D’Hayange, me crève les yeux ces jours derniers que les rails qui traversent ma gare de banlieue proviennent. HAYANGE, écrit dessus à intervalles réguliers, il me faudrait un zoom pour montrer. Je m’amuse du fait que je n’ai jamais lu cette inscription avant d’être allée là-bas.

D’Hagondange, dimanche, heure du déjeuner, l’immensité incongrue du parking devant la mairie et les voix des déjeuners familiaux échappées par les fenêtres ouvertes des maisons qui bordent la place. Il fait lourd, le temps est à l’orage, le verbe haut. Souvenir revenu de l’affiche de cette pièce de Jean-Paul Wenzel, que je voudrais tellement voir jouer ou au moins lire maintenant, Loin d’Hagondange, au mur d’un appartement ami dans les années 1970.

De Villerupt, le regret d’y passer hors saison du festival de cinéma italien dont l’hôtel de ville pavoise déjà la prochaine édition à l’automne. Et l’animation, voitures klaxonnantes aux passagers sur leur 31, causée par les deux mariages qui se succèdent en ce samedi après-midi, à la mairie puis à l’église, remplissant ici, un temps, les parkings.

D’Audun-le-Tiche, la compréhension immédiate.

Filed under variétés

Pots de fer de Rombas (contre pots de terre)

Comments Off

On les voit partout depuis quelques années ; les services “espaces verts” des collectivités territoriales en rafolent, comme les jardiniers des gares.

Je les avais toujours vus ronds, en terre cuite, exacte réplique agrandie (tout au plus vernissés et peints de couleurs vives) des modèles de format adapté à leur usage ancien : y faire pousser dans des conditions raisonnables d’enracinnement une plante verte d’intérieur ou une fleur sur un rebord de fenêtre, comme je le fais chaque printemps pour égayer de l’extérieur ma cuisine. Mais ceux du Montparnasse monde avec leurs malheureux arbrisseaux n’égaient rien du tout.

L’agrandissement du pot de fleur au service du décor urbain ou ferroviaire ne m’a jamais convaincue et me mettrait même plutôt un peu mal à l’aise comme toute démesure apportée aux objets du quotidien ou à leur représentation à des fins publicitaires ou pédagogiques.

Ce qui m’a fait vraiment plaisir, roulant à vélo la semaine dernière d’Hagondange vers Rombas, c’est que les pots géants qui là-bas nous signifiaient l’entrée de la ville se distinguaient radicalement de tous ceux croisés jusqu’alors. Ils sont à section carrée, en métal, et boulonnés à leur base, faisant ainsi honneur à leur pays de sidérurgie et à celles et ceux qui luttent pour le faire vivre.

A Rombas,  la pluie nous avait arrêtés longtemps et le PMU – seul refuge possible en ce dimanche après-midi -, et ses habitués nous avaient fait bon accueil. Au PMU, la table voisine de la nôtre était curieusement décorée d’une statuette représentant un François Mitterrand sur le nez duquel un farceur avait posé une paire de lunettes de soleil à branche cassée.

Belle lumière sur la route reprise  en sens inverse, de Rombas vers Hagondange, où la pluie avait tôt fait de nous rattraper. L’usine enjambant la route tournait : on l’entendait respirer. A Hagondange, nouvelle pause dans la boulangerie salon de thé face à la gare. Et s’apercevoir que cette boulangerie ouvre tous les matins dès 5 heures. Ici on se lève tôt.

Pour rester dans l’esprit de ce voyage, je signale que sur Face Terres… Daniel Bourrion a amplifié son Chant acier, devenu Chant acier 2

Filed under variétés

Uckange U4 – approches

Comments Off

Prendre son temps, passer d’abord voir la gare, fermée mais les Metrolor qui relient Luxembourg à Nancy s’y arrêtent,

et puis longer la cité d’Italie, en quête d’une vue d’ensemble, d’un peu loin,

tergiverser, parce que l’appellation “Parc du haut-fourneau Uckange U4” sur les affiches et brochures des offices de tourisme fait un peu peur. Inquiétude née du mot “parc” avec ce qu’il suggère d’attractions/répulsion.

Bien à tort, parce qu’après un long détour dans la ville pour trouver l’entrée, on se rassure très vite : le haut-fourneau est libre de tout adventice, juste le cheminement tracé pour en faire le tour d’aussi près qu’il est possible. Le tête à tête n’est troublé par rien.

Des deux chapiteaux, à distance, l’un, voiles relevées, abrite des enfants qui semblent préparer un spectacle, l’autre des expositions de photos qui ont tout à voir avec ce qui nous amène et une librairie où  se procurer le  Retour en Lorraine des photographes du bar Floréal ou le disque Chansons de la forge de Muckrackers.

Dans le temps même que je fais le tour d’U4, seul haut-fourneau conservé, classé monument historique en 2001, de tous ceux, éteints, qu’a comptés la vallée de la Fensch, j’en poste des photos via twitter auxquelles Daniel Bourrion, né pas loin de là, réagit. Sur Face Terres… cela donne son Chant acier. Merci à lui de trouver les mots qui vont avec.

Les jours suivants, repasser à Uckange et, du train cette fois, filmer (pour ne pas entendre les commentaires superflus, couper le son de préférence).

D’autres images (fixes) sur la page de mon site consacrée à U4, rubrique Portail des images.

Filed under variétés

Noyade interdite

Comments Off

Je sais bien que c’est une bouée de sauvetage, mode d’emploi superflu, juste écrit dessus, dans le blanc, le nom du port d’attache rendu peu lisible, non par le déchaînement des flots, mais par la succession des averses qui l’ont battue de plein fouet. Il n’y pas de vitre protectrice ni de petit marteau accroché à saisir pour la briser : ce serait perdre un temps précieux. Une bouée de sauvetage, objet utile s’il en est, qu’il y aurait lieu d’arracher au plus vite à son support pour lui faire remplir son office si les circonstances l’exigeaient ; toute autre considération, notamment d’esthétique paysagère, serait alors la plus malvenue, passible même de poursuites pour non assistance à personne en danger. Mais, franchement, je souhaite que nul, promeneur trébuchant sur un rivage sapé par les ragondins, pêcheur aux ambitions démesurées, désespéré aux semelles de plomb, n’y contraigne : dépourvue de son heureux contraste circulaire ma photo perdrait son petit charme. Rien de plus monotone que cette promenade autour du plan d’eau un jour vaquant d’août sans soleil, mais il faut bien, sur le soir, finir par se dégourdir un peu les jambes. De quoi se jeter à l’eau. Heureusement, tout est prévu.

Filed under utopiques

Rubriques du blog

Recherche

Archives du blog depuis avril 2008

Sur Twitter

tous textes et photos copyright Martine Sonnet, sauf mention spéciale
var _gaq = _gaq || []; _gaq.push(['_setAccount', 'UA-25117361-1']); _gaq.push(['_trackPageview']); (function() { var ga = document.createElement('script'); ga.type = 'text/javascript'; ga.async = true; ga.src = ('https:' == document.location.protocol ? 'https://ssl' : 'http://www') + '.google-analytics.com/ga.js'; var s = document.getElementsByTagName('script')[0]; s.parentNode.insertBefore(ga, s); })();