Ma toute fraîche expérience de la fréquentation des salons du livre en province, comme auteure et non plus seulement lectrice, m’inspire une ou deux réflexions - mais je me garderai bien de toute généralisation abusive, ne m’appuyant que sur mes venues à Limoges, fin mars, et Caen, ce dernier week end.
Dans les deux cas ma présence était liée à une opportunité de parole sur Atelier 62, dans le cadre d’une table ronde, “Littérature et mémoire ouvrière” à Limoges animée par Gérard Meudal, et d’un café littéraire, animé par Baptiste Liger à Caen. A Limoges comme à Caen, j’ai apprécié la façon dont les animateurs menaient leurs affaires, mettant en oeuvre un savoir faire sensible et en empathie avec les livres qu’ils évoquaient.
Cette parole qui m’était donnée, avec petite lecture à Caen, a certainement joué dans ma perception positive de ma participation à ces Salons. Je ne les aurais pas vécus de la même façon s’il s’était agi de n’être là que pour rester assise à une table derrière une pile de livres. Mais cette présence plus “passive” complémentaire, je l’ai beaucoup mieux supportée que je le pensais.
Essentiellement sans doute parce que de nombreuses discussions ce sont nouées avec des visiteurs qui connaissaient le livre, l’ayant lu déjà ou simplement repéré par les articles et émissions de radio dont il a pu bénéficier. A Caen, c’était facile d’embrayer du cas de l’arasement de Billancourt à celui de la SMN, dont l’effondrement, retracé dans un livre d’Alain Leménorel, cause à son voisinage et à son monde un traumatisme comparable. A Caen, où je pensais qu’on me parlerait aussi de la fin d’un monde rural et de son artisanat, géographiquement tout proche, c’est bien d’usines et d’ouvriers dont il était question dans nos échanges.
J’en ai profité pour rappeler à mes interlocuteurs l’existence de la pétition à signer pour l’indispensable inscription d’un lieu de mémoire ouvrière dans les aménagements à venir de l’île Seguin et le colloque du 17 juin à Boulogne, procédant de la même opération de sensibilisation initiée par les anciens travailleurs du site. Longuement parlé avec des gens qui étaient des adeptes de la librairie La Réserve à Mantes-la-Jolie et avaient participé à la fête de ses 30 ans l’année dernière. Longuement parlé aussi avec le libraire qui m’accueillait sur son stand, Laurent du Brouillon de culture, qui se pose plein de questions sur Internet et librairie et envisage, en espérant une amélioration du délai de mise à jour pour les livres réservés, de rejoindre le portail Place des libraires.
A Caen, j’ai noué également des contacts en vue de déplacements à venir dans la bibliothèque de la ville, et je l’espère dans celles d’Ouistreham et d’Honfleur. J’ai aussi retrouvé avec plaisir une blogueuse de la médiathèque de Lisieux, où j’etais passée en Décembre.
Petite pierre à l’avancement de la sociologie des auteurs, mais je ne suis pas Bernard Lahire, j’ai affiné mon observation initiée à Limoges d’une sous-catégorie parmi les habitués des salons provinciaux que l’on pourrait définir comme “auteur venant avec son épouse pour laquelle on rajoute une chaise et qui le remplace en cas d’absence momentanée”.
Appareil photo oublié encore une fois, sinon je vous aurais montré les assiettes dressées pour le banquet-lecture “A table avec Gustave Flaubert” du dimanche midi, avec serviettes pliées en bonnet d’évêque comme au repas de noces d’Emma.



