L'employée aux écritures

le blog de Martine Sonnet – ISSN : 2267-8735

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"Le problème de la nuit reste entier. Comment la traverser, chaque fois la traverser tout entière ?" Henri Michaux

Montparnasse Monde 33

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Limites latérales de la gare. Autant côté XIVe arrondissement les choses sont claires et la rupture avec la vie civile, par opposition à ce qui serait la vie ferroviaire, franche, autant côté XVe règne une certaine ambiguïté. Côté XIVe donc, longtemps de la façade et du mur (celui longé par la piste cyclable strictement parallèle à la rue Vercingétorix) qui nécessitent peu de solutions de continuité grillagères - le vestige de la gare Ouest-Ceinture étant compris dans l’enceinte. Alors qu’en face, bien malin qui dira où s’arrêtent exactement la gare et ses annexions sur le quartier. Au moins vu du train, parce que si je décidais un jour de suivre consciencieusement à pied ou à vélo l’enfilade des rues de Castagnary et Jacques Baudry, j’y verrais peut-être plus clair. Pour ce que j’en perçois, emprise de  la gare enclose par des grillages le plus souvent, d’états, couleurs et tensions variables, mêlés d’herbes folles par endroits, et ce dès le départ, en gare de Montparnasse 3 Vaugirard, en bordure de ce qui aurait pu être la voie 31. Mais on voit bien, pendant un certain temps, qu’au delà du grillage le premier front de bâtiments, constructions parfois assez légères, à encore à voir avec la pratique ferroviaire. Subsiste donc un doute sur la limite exacte de l’emprise de la gare de ce côté-là.

 

 

Contribution à une typologie des usagers. Une sous-espèce de voyageurs du Paris-Granville, au départ des voies le long du grillage, est composée, en saison, des curistes en partance pour Bagnoles-de-l’Orne où ils vont soigner une maladie veineuse. “A Bagnoles, à bas la varice” : c’était de l’humour de carte postale. Plus de femmes que d’hommes. Plus de femmes d’âge certain que de jeunettes. Lourds sous-entendus des chauffeurs de taxis qui attendaient leurs maris au train de 20h30 le vendredi soir, à l’époque où la gare de la station thermale était encore desservie. C’est du passé. De nos jours, la station se rallie par car, correspondance en gare d’Argentan, ou de Briouze, dans la cour de la gare. Mais jusqu’en 1994, les deux derniers wagons des trains se décrochaient à Briouze et poursuivaient seuls sur voie unique, après une somptueuse manoeuvre – “la manoeuvre” – que les aficionados descendaient observer du quai. C’est quand les deux wagons s’engageaient, griffés par les branches, au cœur de la forêt d’Andaines que les distraits qui voulaient continuer vers Granville sans avoir pris garde au décrochage caudal entraient en transes.

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Questions d’avril et cultiver son jardin

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On dirait bien qu’en avril les internautes ont tous la tête au jardinage.

Et en voilà qui me demandent une brouette motorisée, alors que je ne sais même pas s’il en existe. En tout cas pas la mienne : son fabriquant ne s’est jamais intéressé aux moteurs, seulement à la courbure des matériaux, bois ou fer, et à leur mise en forme.

On se propose aussi de créer un potager au milieu de la pelouse, initiative que j’approuve, sous réserve de l’accord du propriétaire du terrain. Reconversion à encourager même, par le gros temps que nous traversons.

Et j’en passe des questions sur les potagers au carré, les potagers de curés, les potagers du Moyen Age (pourtant jamais été médiéviste, même dans mon passé le plus antérieur) et autres idées pour potagers. Soyez créatifs ou alors adressez vous à des vrais spécialistes. Et en saison, le potage coulera à flots. 

Quand l’internaute d’avril ne songeait pas à ses planches de petits pois, il se posait de drôles de questions. Comment distinguer le sexe d’un furet ? Comment vider sa piscine avec des vases communicants ? Comment camoufler des vieilles tuiles ? Autant de questions qui me laissent coite.

Quant à savoir ce  que pense Diderot du cinéma, j’ai beau être une dix-huitiémiste patentée et l’aimer, le fils du coutelier de Langres, l’amant de Sophie, je ne m’avancerais pas beaucoup non plus. Mon conseil : lisez et relisez sa Lettre sur les aveugles à l’intention de ceux qui voient.

Il serait par ailleurs question d’un  feuilleton tourné à Bordeaux, alors là je dis : attention, la liberté d’adaptation a ses limites et l’on ne nous fera pas plus prendre Bordeaux-Saint-Jean pour Paris-Montparnasse qu’une vessie pour une lanterne.

La robe de la mère du marié d’hiver, vous avez raison, Chère Madame, d’y songer dès le printemps, en même temps qu’à sarcler vos navets : ces affaires-là se préparent longtemps à l’avance. Moi,  je la verrais chaude (un bon tweed par exemple), doublée, ras du cou, manches longues, épaulettes et boutonnières passepoilées. 

Quant à la méthode de pliage des serviettes en forme de locomotive le premier qui la trouve la passe à son voisin : enfin nos dîners mèneront grand train !

Sur ce, les questions jardin m’ont mis le puceron à l’oreille : il est grand temps que j’aille voir comment mes rosiers ont passé l’hiver, et les taupes si elles se tiennent tranquilles (du coup : pour le feuilleton du samedi, passez plutôt dimanche)

 

 

Montparnasse Monde 32

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Extinction des feux dans la gare. Reste à savoir s’il s’en trouvera un, parmi ceux de la gare, volontaire ou commis d’office à tour de rôle, qui passera éteindre toutes les lumières après le départ du 00h58. Un lointain héritier des moucheurs de chandelles dans les théâtres. Le dernier train, un transilien omnibus (les TGV sont couchés depuis longtemps) qui s’arrêtera partout en essayant de ramener chez eux, ou au moins de les en rapprocher autant que ses rails le lui permettent, tous les banlieusards fatigués résidant entre Paris-Montparnasse et Versailles-Chantiers (et non pas Château). Comme il resterait également à savoir si avant de rallumer pour les travailleurs matinaux et les fêtards sur le retour qui embarqueront dans le 05h13 (encore un transilien : les TGV ne sont pas réveillés), l’éteigneur solitaire aura le temps de faire son tour. Et, en admettant que celui-ci accomplisse sa mission dans les délais qui lui sont impartis, si une fois plongée dans le noir, la gare sera livrée aux chiens et à leur maîtres. Mais ne comptez pas sur moi pour vous proposer de m’y laisser enfermer un soir afin d’éclaircir ces mystères : en dépit des apparences, cela ne me dit strictement rien.

 

 

Souvenir familial de gare : on se demandait si ce jour-là, férié avec pont – que dans les entreprises on récupérerait avant ou après en travaillant un samedi -, ou début des grandes vacances pour juilletistes ou aoûtiens (comme les appelaient les journaux), ils nous mettraient des  ”trains supplémentaires pour Granville”. Des trains que, dans leurs bureaux en étage, ceux de la gare décideraient tardivement de faire circuler. Des trains assemblés comme ils pouvaient, avec des wagons disparates, le plus souvent de générations antérieures à celle en cours et c’était toujours surprenant. On vivait toute la semaine dans l’incertitude et l’espoir du train supplémentaire qui permettrait finalement à tous les candidats au départ si non de s’asseoir au moins de désengorger les couloirs et les plateformes. On essayait de se renseigner comme on pouvait, sans téléphone ; il fallait au moins aller jusqu’à la gare de banlieue la plus proche glaner, en miséreux, les informations. Notre père achetait le nouveau Chaix à chaque parution, l’étalait sur la table et l’épluchait comme si sa vie en dépendait – et de fait elle en dépendait – mais bien sûr les trains supplémentaires n’y étaient pas répertoriés et les horaires des autres, il les connaissait par coeur.

 

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Montparnasse Monde 31

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Commerce de détail dans la gare. Une fois, une seule fois, j’ai acheté un bouquet de fleurs dans la gare et c’était pour offrir – plaisir d’offrir, joie de recevoir : pas de jaloux grâce au petit adhésif tenant en place le cellophane. Mais je ne me souviens plus du tout à qui était destiné ce bouquet, ce qui me gêne un peu rétrospectivement à l’égard de cette personne. Non seulement parce que je l’ai oubliée ainsi que les circonstances dans lesquelles j’ai voulu lui faire plaisir  - banales au demeurant, il ne s’agissait pas d’une composition florale élaborée festive ni mortuaire que je n’aurais pas plus trouvée au niveau parvis qu’au niveau métro. Je ne sais pas si le même marchand gère les deux étals, ou si l’un ressortirait à une concession SNCF et l’autre à une concession RATP obtenues à l’issue d’appels d’offres différents, mais aux deux niveaux les fleurs se ressemblent étrangement. Toujours est-il que ce jour-là, prise au dépourvu ou trop flemmarde pour l’acheter ailleurs que sur mon chemin, j’ai offert un bouquet qui ne me convainquait guère et que j’aurais moyennement apprécié de recevoir. Ces fleurs de gare, aux couleurs un peu trop vives pour être honnêtes et toujours irréprochables dans leur fraîcheur apparente, me font penser aux œillets teints par Antoine Doinel dans la cour de l’immeuble qui abrite son domicile conjugal, mais elles n’ont pas leur poésie.

 

 

Commerce de petit détail et un peu à la sauvette dans la gare : le marchand de stylos à qui je n’en ai jamais acheté. Des années durant posté niveau parvis, juste avant la batterie des escaliers et escalators avalant vers la bouche de métro les arrivants de la banlieue. Placé de telle sorte, en position semi-allongée – sans doute seule supportable à son dos et à ses jambes paralysés – dans son fauteuil/lit roulant sur trois roues, que le flux des usagers en transit s’ouvrait et s’écartait en deux bras l’enserrant, pour se refondre en un corps unique, lui dépassé. Lui qui tendait à bout de bras, une dans chaque main, ses pochettes de quatre bics : capuchons noir, bleu, vert et rouge. On lui voyait rarement un client, ce dont il ne faut rien déduire, compte tenu du fait qu’il n’arrêtait notre regard que les quelques secondes précédant la descente sous terre et pas question, après, de s’arrêter ni de se retourner pour observer s’il aurait maintenant par hasard un acheteur. Mais des gens qui le saluaient, passant à sa hauteur, il n’en manquait pas. Il répondait comme il pouvait, juste secouant la tête et sa casquette. Ne parlait pas, ou alors y mettait trop de temps pour ceux qui passaient, toujours pressés.

 

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“Ce monde en train”, Pierre Vinclair, vertus de l’écriture in situ

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Pour aller à son travail – il enseigne la philosophie – Pierre Vinclair prend le train, le TGV du Mans jusqu’à Rennes, et arrivé là continue avec le bus 13 (un monde à lui tout seul aussi, semble-t-il, ce bus). Un an de trajets quotidiens pendant lesquels il écrit, au stylo sur un carnet ou au clavier posé sur la tablette rabattue du dos du siège de son voisin de devant, de brefs textes qu’il appelait ses  ”proses du TGV” avant que leur réunion donne naissance au livre Ce monde en train qui vient de paraître.

Ce qu’il écrit c’est simplement tout ce qui lui arrive du monde, à hauteur d’yeux et d’oreilles, là où il se trouve, sur un siège de TGV. Soit : du paysage au-delà d’une vitre épaisse qui en coupe les sons, s’il tourne la tête d’un côté ; des dos de fauteuils et des reflets de crânes de voyageurs ou bien des voyageurs assis en face de lui selon le type de place qu’il occupe (carré ou duo) s’il regarde droit devant lui ; des profils ou des 3/4 biais de voyageurs assis sur leurs sièges s’il tourne la tête de l’autre côté et selon qu’il se penche plus ou moins. Et des gens debout sur les plateformes quand il se déplace.

Tout un monde assemblé, avec lequel il lui faut composer, le temps d’un déplacement à grande vitesse dans un espace réduit qui exacerbe les présences de voisins qu’on ne se serait pas forcément choisis. Un monde qui cogne quand on aurait voulu penser à autre chose, rêver, lire, écrire justement. Alors, écrire ce monde-là.

Pierre Vinclair regarde et écoute, déduit et projette, parfois rejette – mais qui n’a jamais regardé de travers son voisin de train ? -, reste aux aguets des vies autour, de leurs possibles et de leurs carences, quand beaucoup s’endorment. Rêveur éveillé (j’ai pensé autant, voire plus, à Pontalis qu’au Paysage fer de François Bon en le lisant) saisissant Ce monde en train d’une écriture élégante, nette et incisive.

Quand il n’est pas dans le train ou devant ses élèves, Pierre Vinclair tient blog. Et je l’ai écouté lire récemment des extraits de son livre à Libralire, une librairie sympathique et  lumineuse, où j’étais très heureuse de retourner, puisqu’elle avait été la première à m’inviter l’année dernière, peu après la sortie d’Atelier 62.

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Montparnasse Monde 30

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Dans leurs téléphones ils disent qu’ils t’appellent de la gare, les plus optimistes, ou bien qu’ils sont dans le train, les plus anxieux qui ne croiront à la réalité de leur départ qu’une fois à bord. Place trouvée, sacs posés, manteau en boule sur le siège à côté – premiers arrivés. Certains en partance vers les profondeurs bocagères annonçant successivement à leurs proches le franchissement de ces deux épreuves (comme en soulevant discrètement un pan de leur veston, on découvrirait à la fois une attache de bretelle et une boucle de ceinture). Et dans le cours du voyage, ils s’assureront encore qu’on vient bien les chercher, avec une automobile, sur le parking de quel côté et à la bonne heure – pas forcément celle de la fiche horaire. Dans l’ancien temps, il y avait des cabines, qui fonctionnaient, jusque sur les quais, mais les téléphones portables ont sonné leur glas. Aujourd’hui désaffectées. Je me demandais toujours, passant à leur hauteur, comment ceux qui parlaient dans leurs lourds combinés, abrégeraient poliment la conversation à l’approche du signal sonore. Maintenant je pourrais, si je voulais, munie d’un portable, parler quand le rouge est mis et même quand le train s’ébroue. Mais en gare, je reste muette comme une carpe. D’ailleurs, à qui je dirais que j’y suis, dans la gare, quand c’est un vrai secret de Polichinelle.

 

 

Des extensions nécessaires de la gare, en vrac : la librairie Tschann sur le boulevard du Montparnasse, au n°125 , et s’installer pour lire à la cafétéria d’Inno devenu Monoprix en dégustant leur café du mois – comme une fois mémorable avec Tarkos dans le petit sac plastique vert ; les Sept cinémas Parnassiens, en y accédant toujours par la rue Delambre et l’assurance d’un film visible au moins sur les sept ; la dalle-fontaine au cœur de la place de Catalogne quand le film d’eau douce s’y étale, et tourner voluptueusement autour à vélo (aux beaux jours, du temps du bureau sur les voies,  j’y arrivais par la piste cyclable de la rue Vercingétorix qui débouche-là, et parfois dans la dernière ligne droite, juste de l’autre côté, un TGV avec qui faire la course) ; la Grande Poste et le Musée Postal du boulevard de Vaugirard, parce que j’ai toujours été maniaque du courrier sous toutes ses formes et je déplore la raréfaction des wagons jaunes, signes d’espoir pour les lettres qu’on venait de lâcher par la fente d’une boîte dans la gare. Mais jamais ne s’inscrira dans mes extensions de la gare, la tour, juste utile à guider de loin – et même depuis mon quai de banlieue, c’est une chance que j’ai -, le regard dans la bonne direction. Aiguille de boussole qui rassure.

 

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Laissez Monsieur Hulot fumer tranquille !

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Trouvée à l’instant dans ma boîte, je relaie illico la pétition à signer sur cette page du site de la Ligue des droits de l’homme, pour que ceux qui nous transportent en train, en bus et en métro retrouvent un peu de sang froid et restituent dans les plus brefs délais à Monsieur Hulot l’usage de sa pipe, sottement masquée par un moulin à vent sur leurs affiches de l’expo que lui consacre la Cinémathèque, parce que là vraiment, ça ne s’appelle plus politiquement correct mais connerie pure.

Et pourquoi pas un casque et un gilet fluo pendant qu’ils y sont…

Voir aussi Rue89 et Pierre Assouline il y a quelques jours

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Blog en deuil de chat

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Le chat Moumine - ainsi dénommé en hommage au troll invité favori des lectures du soir faites des années durant à nos fils dans leur plus jeune âge -, admirable bête, vaillante et d’humeur égale,  et la meilleure compagnie d’écriture qui soit au monde,  s’acquittant à la satisfaction générale (jamais reçu la moindre plainte) des fonctions qui lui avaient été confiées il y a un an à l’accueil de ce blog et d’une page du site, s’est endormie aujourd’hui de son sommeil définitif. 

Assistée avec toute la douceur possible et pour lui éviter qu’à très court terme la sorte de nénuphar (comme aurait dit Bison ravi) qui lui poussait dans la poitrine depuis quelques temps – ses quintes de toux venaient de là – ne l’étouffe. Le diagnostic confirmé par une image radiographique ne laissait malheureusement pas place au doute sur l’issue prochaine, douloureuse pour la bête si l’on ne l’anticipait pas à temps. Ce que nous avons fait, en conscience et gratitude pour les années partagées.

Tristesse.

 

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“Roman” coupe réglée par Joachim Séné

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L’employée aux écritures s’intéresse, comme son nom l’indique, à l’écriture dans la pluralité de ses formes, y compris les plus brèves, et s’en félicite parce que les 12 pages du Roman réduit à ses plus simples expressions de Joachim Séné récemment paru dans la série “formes brèves” de publie.net, l’ont plongée dans une satisfaction profonde et durable – texte lu jeudi soir à effet persistant.

12 pages (et, ce nonobstant, 5 chapitres) pour vider un roman lambda qu’on aurait pris les yeux fermés sur une table à la rentrée, dans une gare même pourquoi pas, de la somme des semblants d’actions et autres avatars de personnages, qui voudraient faire croire qu’un roman n’en est pas un autre, et garder les plus petits communs dénominateurs, langagiers et circonstanciels, entre tous à partir desquels chacun rebâtira celui qui lui convient.

Mais en parfaite connaissance de cause, Joachim Séné démont(r)ant magistralement l’interchangeabilité du genre, à partir de ses “tics d’écriture”, qu’ils émaillent les dialogues ou relèvent des compléments de temps ou de postures.

Quant à la profonde satisfaction que la lecture de l’exercice, aussi salutaire que stimulant, me procure, je soupçonne mon incapacité à inventer la moindre histoire d’y être pour quelque chose. Parce que c’est rassurant, tout compte fait, de savoir que ce n’était que cela un roman.

Joachim Séné, signe par ailleurs Hapax, autre texte astucieux aux mots si bien choisis qu’il n’a pas besoin de les écrire deux fois, toujours chez publie.net, et tient blog sous le titre Journal Ecrit, un blog inclus dans son site.

Et à propos de blogs et de sites : un an tout rond que j’émettais mes premiers signaux de fumée. Un grand merci à celles et ceux qui les ont captés et sont venus souffler sur les braises…

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Montparnasse Monde 29

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Tous ceux assis, tassés, collés, tristes, sur les sièges (bancs lattes boisées hachées séparateurs acier pour que les plus las n’aillent pas y coucher de tout son long leur fatigue) disposés niveau quais devant la pharmacie, une main posée sur la poignée du bagage, à cause de l’insécurité qu’on leur serine et de la destruction des abandonnés, ignorent, pauvres d’eux, que sous la bienveillante horloge* du hall Pasteur les rangées de sièges/fauteuils tout métal sont toujours vides. Il faudrait leur faire savoir et qu’ils attraperaient leurs trains tout aussi bien. Par l’autre bout. Dans le calme. Les stimuler, les aider à se relever, délier leur ankylose, tirer un peu avec eux sur la poignée de la valise pour les mettre en marche. Et les guider : qu’ils n’aillent pas se perdre dans des espaces qu’ils maîtrisent si mal. Amorcer un principe de vases communicants entre Maine trop plein et Pasteur trop vide. Mais ce qui ne me viendrait pas à l’idée, c’est de m’asseoir à leurs côtés et encore moins parmi les accablés devant la pharmacie. Moi, dans la gare, je ne tiens pas en place. Je marche. 

 

 

Souvenir, mauvais et personnel, de gare : une fois, je suis tombée en descendant du train. Un faux pas en posant pied à quai au temps des travaux préparant l’arrivée du TGV, à la fin des années 1980. Les butoirs des trains de banlieue reculés tellement loin qu’ils auraient pu, tout aussi bien, nous faire descendre à Ouest Ceinture. Voyages finis à pied sur le sol d’un quai de fortune, irrégulier et caillouteux. Inutile d’incriminer ce dont j’étais chaussée : jamais de talons aiguilles, dans ce temps-là non plus. J’étais avec C. et l’ami J.D. J’étais aussi avec un tout petit enfant, encore invisible sous ma robe d’été rouge et, sans l’avoir laissé paraître, ma chute m’avait grandement inquiétée pour lui. Prestement relevée j’avais assuré que tout allait bien. Je me revois feignant de sortir de la gare, me séparer de mes compagnons de voyage – nous partions chacun de notre côté pour la journée – et revenir aussitôt sur mes pas, seule,  pour une halte à la pharmacie du bout des quais, dire ma crainte et qu’on nettoie mes genoux, me retaper là cinq minutes avant de continuer. Le mauvais accueil qui m’y avait été fait et la mauvaise grâce avec laquelle on avait fini par me faire asseoir et bien voulu considérer mon anxiété et mes écorchures.

 

* Voir Montparnasse Monde 19

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