L'employée aux écritures

le blog de Martine Sonnet – ISSN : 2267-8735

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"Le problème de la nuit reste entier. Comment la traverser, chaque fois la traverser tout entière ?" Henri Michaux

Montparnasse Monde 32

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Extinction des feux dans la gare. Reste à savoir s’il s’en trouvera un, parmi ceux de la gare, volontaire ou commis d’office à tour de rôle, qui passera éteindre toutes les lumières après le départ du 00h58. Un lointain héritier des moucheurs de chandelles dans les théâtres. Le dernier train, un transilien omnibus (les TGV sont couchés depuis longtemps) qui s’arrêtera partout en essayant de ramener chez eux, ou au moins de les en rapprocher autant que ses rails le lui permettent, tous les banlieusards fatigués résidant entre Paris-Montparnasse et Versailles-Chantiers (et non pas Château). Comme il resterait également à savoir si avant de rallumer pour les travailleurs matinaux et les fêtards sur le retour qui embarqueront dans le 05h13 (encore un transilien : les TGV ne sont pas réveillés), l’éteigneur solitaire aura le temps de faire son tour. Et, en admettant que celui-ci accomplisse sa mission dans les délais qui lui sont impartis, si une fois plongée dans le noir, la gare sera livrée aux chiens et à leur maîtres. Mais ne comptez pas sur moi pour vous proposer de m’y laisser enfermer un soir afin d’éclaircir ces mystères : en dépit des apparences, cela ne me dit strictement rien.

 

 

Souvenir familial de gare : on se demandait si ce jour-là, férié avec pont – que dans les entreprises on récupérerait avant ou après en travaillant un samedi -, ou début des grandes vacances pour juilletistes ou aoûtiens (comme les appelaient les journaux), ils nous mettraient des  ”trains supplémentaires pour Granville”. Des trains que, dans leurs bureaux en étage, ceux de la gare décideraient tardivement de faire circuler. Des trains assemblés comme ils pouvaient, avec des wagons disparates, le plus souvent de générations antérieures à celle en cours et c’était toujours surprenant. On vivait toute la semaine dans l’incertitude et l’espoir du train supplémentaire qui permettrait finalement à tous les candidats au départ si non de s’asseoir au moins de désengorger les couloirs et les plateformes. On essayait de se renseigner comme on pouvait, sans téléphone ; il fallait au moins aller jusqu’à la gare de banlieue la plus proche glaner, en miséreux, les informations. Notre père achetait le nouveau Chaix à chaque parution, l’étalait sur la table et l’épluchait comme si sa vie en dépendait – et de fait elle en dépendait – mais bien sûr les trains supplémentaires n’y étaient pas répertoriés et les horaires des autres, il les connaissait par coeur.

 

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Montparnasse Monde 31

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Commerce de détail dans la gare. Une fois, une seule fois, j’ai acheté un bouquet de fleurs dans la gare et c’était pour offrir – plaisir d’offrir, joie de recevoir : pas de jaloux grâce au petit adhésif tenant en place le cellophane. Mais je ne me souviens plus du tout à qui était destiné ce bouquet, ce qui me gêne un peu rétrospectivement à l’égard de cette personne. Non seulement parce que je l’ai oubliée ainsi que les circonstances dans lesquelles j’ai voulu lui faire plaisir  - banales au demeurant, il ne s’agissait pas d’une composition florale élaborée festive ni mortuaire que je n’aurais pas plus trouvée au niveau parvis qu’au niveau métro. Je ne sais pas si le même marchand gère les deux étals, ou si l’un ressortirait à une concession SNCF et l’autre à une concession RATP obtenues à l’issue d’appels d’offres différents, mais aux deux niveaux les fleurs se ressemblent étrangement. Toujours est-il que ce jour-là, prise au dépourvu ou trop flemmarde pour l’acheter ailleurs que sur mon chemin, j’ai offert un bouquet qui ne me convainquait guère et que j’aurais moyennement apprécié de recevoir. Ces fleurs de gare, aux couleurs un peu trop vives pour être honnêtes et toujours irréprochables dans leur fraîcheur apparente, me font penser aux œillets teints par Antoine Doinel dans la cour de l’immeuble qui abrite son domicile conjugal, mais elles n’ont pas leur poésie.

 

 

Commerce de petit détail et un peu à la sauvette dans la gare : le marchand de stylos à qui je n’en ai jamais acheté. Des années durant posté niveau parvis, juste avant la batterie des escaliers et escalators avalant vers la bouche de métro les arrivants de la banlieue. Placé de telle sorte, en position semi-allongée – sans doute seule supportable à son dos et à ses jambes paralysés – dans son fauteuil/lit roulant sur trois roues, que le flux des usagers en transit s’ouvrait et s’écartait en deux bras l’enserrant, pour se refondre en un corps unique, lui dépassé. Lui qui tendait à bout de bras, une dans chaque main, ses pochettes de quatre bics : capuchons noir, bleu, vert et rouge. On lui voyait rarement un client, ce dont il ne faut rien déduire, compte tenu du fait qu’il n’arrêtait notre regard que les quelques secondes précédant la descente sous terre et pas question, après, de s’arrêter ni de se retourner pour observer s’il aurait maintenant par hasard un acheteur. Mais des gens qui le saluaient, passant à sa hauteur, il n’en manquait pas. Il répondait comme il pouvait, juste secouant la tête et sa casquette. Ne parlait pas, ou alors y mettait trop de temps pour ceux qui passaient, toujours pressés.

 

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“Ce monde en train”, Pierre Vinclair, vertus de l’écriture in situ

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Pour aller à son travail – il enseigne la philosophie – Pierre Vinclair prend le train, le TGV du Mans jusqu’à Rennes, et arrivé là continue avec le bus 13 (un monde à lui tout seul aussi, semble-t-il, ce bus). Un an de trajets quotidiens pendant lesquels il écrit, au stylo sur un carnet ou au clavier posé sur la tablette rabattue du dos du siège de son voisin de devant, de brefs textes qu’il appelait ses  ”proses du TGV” avant que leur réunion donne naissance au livre Ce monde en train qui vient de paraître.

Ce qu’il écrit c’est simplement tout ce qui lui arrive du monde, à hauteur d’yeux et d’oreilles, là où il se trouve, sur un siège de TGV. Soit : du paysage au-delà d’une vitre épaisse qui en coupe les sons, s’il tourne la tête d’un côté ; des dos de fauteuils et des reflets de crânes de voyageurs ou bien des voyageurs assis en face de lui selon le type de place qu’il occupe (carré ou duo) s’il regarde droit devant lui ; des profils ou des 3/4 biais de voyageurs assis sur leurs sièges s’il tourne la tête de l’autre côté et selon qu’il se penche plus ou moins. Et des gens debout sur les plateformes quand il se déplace.

Tout un monde assemblé, avec lequel il lui faut composer, le temps d’un déplacement à grande vitesse dans un espace réduit qui exacerbe les présences de voisins qu’on ne se serait pas forcément choisis. Un monde qui cogne quand on aurait voulu penser à autre chose, rêver, lire, écrire justement. Alors, écrire ce monde-là.

Pierre Vinclair regarde et écoute, déduit et projette, parfois rejette – mais qui n’a jamais regardé de travers son voisin de train ? -, reste aux aguets des vies autour, de leurs possibles et de leurs carences, quand beaucoup s’endorment. Rêveur éveillé (j’ai pensé autant, voire plus, à Pontalis qu’au Paysage fer de François Bon en le lisant) saisissant Ce monde en train d’une écriture élégante, nette et incisive.

Quand il n’est pas dans le train ou devant ses élèves, Pierre Vinclair tient blog. Et je l’ai écouté lire récemment des extraits de son livre à Libralire, une librairie sympathique et  lumineuse, où j’étais très heureuse de retourner, puisqu’elle avait été la première à m’inviter l’année dernière, peu après la sortie d’Atelier 62.

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Montparnasse Monde 30

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Dans leurs téléphones ils disent qu’ils t’appellent de la gare, les plus optimistes, ou bien qu’ils sont dans le train, les plus anxieux qui ne croiront à la réalité de leur départ qu’une fois à bord. Place trouvée, sacs posés, manteau en boule sur le siège à côté – premiers arrivés. Certains en partance vers les profondeurs bocagères annonçant successivement à leurs proches le franchissement de ces deux épreuves (comme en soulevant discrètement un pan de leur veston, on découvrirait à la fois une attache de bretelle et une boucle de ceinture). Et dans le cours du voyage, ils s’assureront encore qu’on vient bien les chercher, avec une automobile, sur le parking de quel côté et à la bonne heure – pas forcément celle de la fiche horaire. Dans l’ancien temps, il y avait des cabines, qui fonctionnaient, jusque sur les quais, mais les téléphones portables ont sonné leur glas. Aujourd’hui désaffectées. Je me demandais toujours, passant à leur hauteur, comment ceux qui parlaient dans leurs lourds combinés, abrégeraient poliment la conversation à l’approche du signal sonore. Maintenant je pourrais, si je voulais, munie d’un portable, parler quand le rouge est mis et même quand le train s’ébroue. Mais en gare, je reste muette comme une carpe. D’ailleurs, à qui je dirais que j’y suis, dans la gare, quand c’est un vrai secret de Polichinelle.

 

 

Des extensions nécessaires de la gare, en vrac : la librairie Tschann sur le boulevard du Montparnasse, au n°125 , et s’installer pour lire à la cafétéria d’Inno devenu Monoprix en dégustant leur café du mois – comme une fois mémorable avec Tarkos dans le petit sac plastique vert ; les Sept cinémas Parnassiens, en y accédant toujours par la rue Delambre et l’assurance d’un film visible au moins sur les sept ; la dalle-fontaine au cœur de la place de Catalogne quand le film d’eau douce s’y étale, et tourner voluptueusement autour à vélo (aux beaux jours, du temps du bureau sur les voies,  j’y arrivais par la piste cyclable de la rue Vercingétorix qui débouche-là, et parfois dans la dernière ligne droite, juste de l’autre côté, un TGV avec qui faire la course) ; la Grande Poste et le Musée Postal du boulevard de Vaugirard, parce que j’ai toujours été maniaque du courrier sous toutes ses formes et je déplore la raréfaction des wagons jaunes, signes d’espoir pour les lettres qu’on venait de lâcher par la fente d’une boîte dans la gare. Mais jamais ne s’inscrira dans mes extensions de la gare, la tour, juste utile à guider de loin – et même depuis mon quai de banlieue, c’est une chance que j’ai -, le regard dans la bonne direction. Aiguille de boussole qui rassure.

 

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Laissez Monsieur Hulot fumer tranquille !

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Trouvée à l’instant dans ma boîte, je relaie illico la pétition à signer sur cette page du site de la Ligue des droits de l’homme, pour que ceux qui nous transportent en train, en bus et en métro retrouvent un peu de sang froid et restituent dans les plus brefs délais à Monsieur Hulot l’usage de sa pipe, sottement masquée par un moulin à vent sur leurs affiches de l’expo que lui consacre la Cinémathèque, parce que là vraiment, ça ne s’appelle plus politiquement correct mais connerie pure.

Et pourquoi pas un casque et un gilet fluo pendant qu’ils y sont…

Voir aussi Rue89 et Pierre Assouline il y a quelques jours

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Blog en deuil de chat

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Le chat Moumine - ainsi dénommé en hommage au troll invité favori des lectures du soir faites des années durant à nos fils dans leur plus jeune âge -, admirable bête, vaillante et d’humeur égale,  et la meilleure compagnie d’écriture qui soit au monde,  s’acquittant à la satisfaction générale (jamais reçu la moindre plainte) des fonctions qui lui avaient été confiées il y a un an à l’accueil de ce blog et d’une page du site, s’est endormie aujourd’hui de son sommeil définitif. 

Assistée avec toute la douceur possible et pour lui éviter qu’à très court terme la sorte de nénuphar (comme aurait dit Bison ravi) qui lui poussait dans la poitrine depuis quelques temps – ses quintes de toux venaient de là – ne l’étouffe. Le diagnostic confirmé par une image radiographique ne laissait malheureusement pas place au doute sur l’issue prochaine, douloureuse pour la bête si l’on ne l’anticipait pas à temps. Ce que nous avons fait, en conscience et gratitude pour les années partagées.

Tristesse.

 

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“Roman” coupe réglée par Joachim Séné

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L’employée aux écritures s’intéresse, comme son nom l’indique, à l’écriture dans la pluralité de ses formes, y compris les plus brèves, et s’en félicite parce que les 12 pages du Roman réduit à ses plus simples expressions de Joachim Séné récemment paru dans la série “formes brèves” de publie.net, l’ont plongée dans une satisfaction profonde et durable – texte lu jeudi soir à effet persistant.

12 pages (et, ce nonobstant, 5 chapitres) pour vider un roman lambda qu’on aurait pris les yeux fermés sur une table à la rentrée, dans une gare même pourquoi pas, de la somme des semblants d’actions et autres avatars de personnages, qui voudraient faire croire qu’un roman n’en est pas un autre, et garder les plus petits communs dénominateurs, langagiers et circonstanciels, entre tous à partir desquels chacun rebâtira celui qui lui convient.

Mais en parfaite connaissance de cause, Joachim Séné démont(r)ant magistralement l’interchangeabilité du genre, à partir de ses “tics d’écriture”, qu’ils émaillent les dialogues ou relèvent des compléments de temps ou de postures.

Quant à la profonde satisfaction que la lecture de l’exercice, aussi salutaire que stimulant, me procure, je soupçonne mon incapacité à inventer la moindre histoire d’y être pour quelque chose. Parce que c’est rassurant, tout compte fait, de savoir que ce n’était que cela un roman.

Joachim Séné, signe par ailleurs Hapax, autre texte astucieux aux mots si bien choisis qu’il n’a pas besoin de les écrire deux fois, toujours chez publie.net, et tient blog sous le titre Journal Ecrit, un blog inclus dans son site.

Et à propos de blogs et de sites : un an tout rond que j’émettais mes premiers signaux de fumée. Un grand merci à celles et ceux qui les ont captés et sont venus souffler sur les braises…

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Montparnasse Monde 29

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Tous ceux assis, tassés, collés, tristes, sur les sièges (bancs lattes boisées hachées séparateurs acier pour que les plus las n’aillent pas y coucher de tout son long leur fatigue) disposés niveau quais devant la pharmacie, une main posée sur la poignée du bagage, à cause de l’insécurité qu’on leur serine et de la destruction des abandonnés, ignorent, pauvres d’eux, que sous la bienveillante horloge* du hall Pasteur les rangées de sièges/fauteuils tout métal sont toujours vides. Il faudrait leur faire savoir et qu’ils attraperaient leurs trains tout aussi bien. Par l’autre bout. Dans le calme. Les stimuler, les aider à se relever, délier leur ankylose, tirer un peu avec eux sur la poignée de la valise pour les mettre en marche. Et les guider : qu’ils n’aillent pas se perdre dans des espaces qu’ils maîtrisent si mal. Amorcer un principe de vases communicants entre Maine trop plein et Pasteur trop vide. Mais ce qui ne me viendrait pas à l’idée, c’est de m’asseoir à leurs côtés et encore moins parmi les accablés devant la pharmacie. Moi, dans la gare, je ne tiens pas en place. Je marche. 

 

 

Souvenir, mauvais et personnel, de gare : une fois, je suis tombée en descendant du train. Un faux pas en posant pied à quai au temps des travaux préparant l’arrivée du TGV, à la fin des années 1980. Les butoirs des trains de banlieue reculés tellement loin qu’ils auraient pu, tout aussi bien, nous faire descendre à Ouest Ceinture. Voyages finis à pied sur le sol d’un quai de fortune, irrégulier et caillouteux. Inutile d’incriminer ce dont j’étais chaussée : jamais de talons aiguilles, dans ce temps-là non plus. J’étais avec C. et l’ami J.D. J’étais aussi avec un tout petit enfant, encore invisible sous ma robe d’été rouge et, sans l’avoir laissé paraître, ma chute m’avait grandement inquiétée pour lui. Prestement relevée j’avais assuré que tout allait bien. Je me revois feignant de sortir de la gare, me séparer de mes compagnons de voyage – nous partions chacun de notre côté pour la journée – et revenir aussitôt sur mes pas, seule,  pour une halte à la pharmacie du bout des quais, dire ma crainte et qu’on nettoie mes genoux, me retaper là cinq minutes avant de continuer. Le mauvais accueil qui m’y avait été fait et la mauvaise grâce avec laquelle on avait fini par me faire asseoir et bien voulu considérer mon anxiété et mes écorchures.

 

* Voir Montparnasse Monde 19

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Mars, juste une question, mais aller aussi dans ses marges

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Quels sont les accidents de lentille ?

A cette question transmise par Google, je pourrais bien sûr répondre, en tant que porteuse de lunettes, que l’accident de lentilles le plus fréquent s’appelle le caillou oublié. En effet, un tri déficient de ces légumineuses, vertes, blondes ou plus rarement corail (délicieuses celles cuisinées par A.A. la dernière fois qu’elle m’a invitée à déjeuner), et le petit caillou oublié, rond, sournois, ressemblant comme deux gouttes d’eau à une lentille, risque d’être la cause d’une prise de rendez-vous rapide chez votre dentiste habituel.

Mais je sais bien que l’arrivée de cette question sur le blog résulte mécaniquement du billet consacré au beau livre de Sébastien Rongier, Ce matin, et toute la gravité masquée par l’incongruité. Alors je la lis autrement et je suis frappée par la capacité du moteur de recherche à abstraire et traduire la matière du livre : une mère meurt dans un accident de voiture le jour où son fils étrenne les lentilles de contact substituées à ses vieilles lunettes, et la vie neuve promise avec par l’opticien.

Je suis troublée par ce raccourci surréaliste qui rapproche la mort accidentelle d’une mère, événement des plus graves qui soient, d’un souci avec des lentilles. Juxtaposition improbable de la taille et de la violence de l’événement avec la petitesse et l’insignifiance de la lentille, plante aux tiges si fines qu’elles ont vite fait de plier dans tous les sens quand on en cultive dans du coton humide pour montrer aux enfants.

D’accident et de mère, il est aussi question dans le livre de Patrick Souchon que je viens de lire, comprendre et aimer, La chanson de Nell. Celui qui meurt dans l’accident de voiture, c’est le père du narrateur, mais de cet accident naissent plusieurs écrivains, de mère en fils – mère dont la disparition, bien des années plus tard, justifie l’écriture de cette émouvante chanson de Nell. Se dire que les livres importants procédent souvent d’un accident, survenu ou à survenir, dans la vie de leurs auteurs ?

Pour en revenir à la question prétexte à ce billet, la logique des internautes qui posent en toutes lettres, formulées sous forme de question sémantiquement correctes avec point d’interrogation final, les questions qui les tracassent aux moteurs de recherche, me surprend toujours. Parce que cette logique suppose, en la poussant un peu, que certaines questions renfermeraient dans leur formulation même tous les termes de leurs réponses.

Montparnasse Monde 28

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Tuyauterie de la gare. A vrai dire je ne pensais pas que j’en parlerais, même s’il allait de soi que des tuyaux circulaient aussi dans la gare : colonnes montantes, eau potable, circuits d’eau chaude, d’eau froide, colonnes évacuant des eaux usées d’usagers, descentes de gouttières avec réceptacles pour eaux pluviales ou résultant de la  fonte des neiges. Conduits qui s’imposent assez naturellement à l’esprit dès lors qu’on y réfléchit un peu, sans être plombier pour autant et pour s’en tenir à ceux qui acheminent autre chose que du vent. Mais leur évocation s’imposait avec moins d’évidence que si j’avais entrepris de décortiquer le Centre national d’art et de culture Georges-Pompidou, autrement dit Beaubourg, en lieu et place de la gare Montparnasse. Edifice recevant lui aussi du public, mais se contentant de tuyaux moins spectaculaires et qui se laisseraient même oublier, si l’on en excepte ceux qu’on a jugé utile – ou décoratif, je ne sais pas et à qui demander ? – de peindre d’un vert assez franc pour bousculer le gris gare. Du jour où j’ai posé les yeux sur leurs volutes et bouquets, comme sur leurs ramifications, tous les autres, même les plus discrets, fondus dans le paysage, ont forcé mon champ de vision et avec eux la dimension intestine obligée de la gare. 

 

 

Extension de la gare. Un peu tirée par les cheveux sous le bonnet de bain obligatoire jusqu’à la piscine Blomet – en cas de fermeture, se rabattre sur la piscine Aspirant Dunant, face à la mairie du XIVe arrondissement ou, en dernier choix, sur celle du centre commercial du pied de la tour, Armand Massard, aux effluves de Javel qui étourdissent le marcheur longeant le C&A. Mais, à Dunand comme à Massard, déplaisir de bassins trop courts et de cabines mal commodes, avec dépôt obligé des vêtements tassés en boule dans un casier consigne trop petit surtout l’hiver avec les manteaux, les écharpes, les bonnets et les moufles. A Blomet, chacun ses affaires pendues dans son petit chez soi carré le temps de nager de vraies belles longueurs dignes de ce nom dans un bassin de 50 mètres. C’est pour cela qu’avec les collègues du bureau du dessus des voies nous l’avions choisie ; régénération dans ses eaux bienvenue à l’heure du déjeuner. Piscine gagnée à pied, en longeant d’abord le chantier du NOVOTEL – au bar duquel il nous arrivera plus tard, travaux achevés, de boire le café au sortir du restaurant inter-entreprises – avant de descendre la longue rue des Volontaires jusqu’à ce qu’elle croise la rue Blomet. Nous allions nager en formation interdisciplinaire SHS, notre Mission voulait cela, mais les deux économistes étaient, et de loin, les meilleurs nageurs (le plus jeune était aussi, par ailleurs, pianiste de jazz).

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