Picorant hier matin, à la bibliothèque de l’Arsenal où il fait si bon travailler, dans les 4000 pages du Tableau de Paris de Louis Sébastien Mercier, parues en douze volumes entre 1781 et 1789, je n’en crois pas mes yeux quand je lis au chapitre CXLIV consacré aux Bouquinistes (dans la réédition sous la direction de Jean-Claude Bonnet au Mercure de France en 1994, vol. 1, p. 348-351) :
On ne lit presque point à Paris un ouvrage qui a plus de deux volumes. (…) Nos bons aïeux lisaient des romans en seize tomes, et ils n’étaient pas encore trop longs pour leurs soirées. il suivaient avec transport les mœurs, les vertus, les combats de l’antique chevalerie. Pour nous, bientôt nous ne lirons plus que sur des écrans. (…) Il faut être court et précis, si l’on veut être lu aujourd’hui.
La déploration des impatiences de lecture, déjà, sonne familièrement à nos oreilles, et qu’il faut faire court pour augmenter ses chances d’être lu, au XXIe siècle tout le monde vous le dira mais, franchement, je m’y suis reprise à deux fois pour m’assurer avoir bien lu que pour nous bientôt nous ne lirons plus que sur des écrans.
Parce que je me suis crue tout à coup ramenée au pas de charge des années 1780 à nos discussions de tous les jours, sur le Net, au bureau et au café à propos de nos usages de lecteurs/écriveurs et de leurs évolutions ou sur nos addictions aux écrans de tous les formats. Sans parler des tables rondes dont on voit passer les annonces, (quand on ne vous invite pas à y mettre votre grain de sel) sur ce que le numérique change à la littérature, à la lecture, à l’écriture, à la chaîne du livre, aux métiers du livre, au droit d’auteur, j’en passe et des meilleures.
Je savais Mercier, fureteur hors pair de sa ville et des travers de ses contemporaines et contemporains, également visionnaire : il a écrit un roman d’anticipation, L’an 2440 – dont il faudrait voir de plus près le chapitre sur la Bibliothèque du roi – mais au point d’avoir eu la prescience de nos bibliothèques et cabinets de lecture numériques !
L’illusion n’a duré que le temps d’atteindre la note de bas de page rejetée en fin de volume : les écrans en question ignorent les pixels et les cristaux liquides, il s’agit d’écrans pare-feu « qu’on orne de diverses histoires ou images » précise le Dictionnaire de Trévoux, appuyant sa définition d’exemples : « C’est un ignorant, qui n’a jamais appris le blason que dans les écrans ; un mauvais poète, qui ne fait des vers que pour les écrans. »
Une chose toujours vraie c’est que la lecture occupe nos soirées : sur twitter suivre #lecturedusoir pour en composer quotidiennement une bibliothèque éphémère et constater que parfois c’est bien sur écran que la rencontre avec la littérature de nos jours se produit. Mercier, au coin de sa cheminée, devant son pare-feu (qu’on ne confondra pas avec nos firewalls) voyait assez juste.

(Les salles de travail de la bibliothèque de l’Arsenal, de celles que je fréquente de longue date)












D’



Je les avais toujours vus ronds, en terre cuite, exacte réplique agrandie (tout au plus vernissés et peints de couleurs vives) des modèles de format adapté à leur usage ancien : y faire pousser dans des conditions raisonnables d’enracinnement une plante verte d’intérieur ou une fleur sur un rebord de fenêtre, comme je le fais chaque printemps pour égayer de l’extérieur ma cuisine. Mais 








