L'employée aux écritures

le blog de Martine Sonnet – ISSN : 2267-8735

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"Le problème de la nuit reste entier. Comment la traverser, chaque fois la traverser tout entière ?" Henri Michaux

Jonquilles toujours à Gif-sur-Yvette avec Pierre Bergounioux

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“Jonquilles forever “: on pourrait en faire une chanson – des magnolias ont eu la leur – mais je n’irai pas jusque là. Néanmoins, comme un leitmotiv, l’éclosion des premières jonquilles à Gif-sur-Yvette émaille année après année les notes réunies par Pierre Bergounioux en ses Carnets. La livraison consacrée aux années 2021-2025 vient de paraître, en mars 2026, et si les jours en sont empreints des douleurs et des deuils inhérents à nos décennies qui filent, ils portent aussi d’heureuses retrouvailles.

Dans le Carnet de notes 2021-2025 les jonquilles, fleurs aussi fidèles que les lectrices et lecteurs ayant développé une addiction à une publication désormais quinquennale, confirment toujours, à dates variables, que le retour des printemps attendus se profile. Donc pour prolonger le relevé que j’en consigne depuis l’éclosion du vendredi 8 mars 1991(*) – on retrouve ces épisodes précédents ici et ici – s’inscriront aux annales botanico-climatiques les dates du

14 janvier 2021, Trois jonquilles sont fleuries. D’autres sortent de terre. Tant et si bien que le 2 février Une sixième jonquille vient d’éclore et que le 1er mars Presque toutes les jonquilles sont écloses. Le 9 avril s’en est fini : Toutes les jonquilles sont fanées. Les tulipes les ont remplacées.

31 janvier 2022 Quatre ou cinq jonquilles ont fleuri ensemble, sur le talus, rejointes le 3 février Ce sont douze jonquilles qui sont écloses, au jardin. L’imprécision initiale – quatre ou cinq – étonne sous une plume pointilleuse.

5 janvier 2023 Quatre jonquilles ont fleuri ensemble, d’un coup, à la place habituelle (j’en déduis que c’est sur le talus qu’elles ont vu le jour), le 8 janvier Une jonquille supplémentaire a fleuri, le 31 janvier Huit jonquilles ont fleuri – on en est à treize si je compte bien mais ce n’est pas fini puisque le 17 février Trois jonquilles supplémentaires viennent de s’épanouir ; le 24 mars la fête est finie Les jonquilles fanent.

24 janvier 2024 Deux jonquilles ont éclos que l’on sentait venir puisque dès le 27 décembre 2023 Les tiges des premières jonquilles ont percé l’herbe. Le 1er février Trois jonquilles supplémentaires viennent d’éclore.

19 février 2025  Quatre jonquilles sont bien près d’éclore, avec plus d’un mois de retard, floraison tardive j’en conviens mais le 22 février Une quinzaine de jonquilles ont fleuri en l’espace de vingt-quatre heures, on peut considérer que tout rentre dans l’ordre.

Enfin le 17 décembre 2025 La première jonquille vient d’éclore à sa place habituelle et cette prémisse du printemps 2026 éclaire heureusement les jours si sombres à Gif de cette fin d’année 2025. On souhaite de tout coeur que ce printemps bien présent quand j’écris ces lignes, avec force jonquilles, tulipes, chants d’oiseaux et papillons, ait dissipé les ombres.

(*) C’est l’admirable Cathy qui s’en était émue, Pierre ne s’en avisant que deux jours plus tard, le dimanche 10 mars 1991.

NB À la fin de mon billet “Jonquilles” suscité par la livraison précédente, 2016-2020, du Carnet de notes de Pierre Bergounioux se trouvent des liens renvoyant à des billets antérieurs  consacrés à cet écrivain sculpteur.

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Souvenirs de fichiers – pour Josué Seckel

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J’en ai tellement manipulé de ces tiroirs de fichiers à tringles dans ma vie d’intercaleuse qu’en voir s’échouer un lot sur un trottoir de brocante m’émeut. Forcément. En avoir croisé hier, un peu plus bas sur le boulevard, m’incite à reprendre ici mon texte “L’intercalaire” paru dans Raymond Josué Seckel, le bibliothécaire des deux rives,  un très beau volume d’hommage coordonné par par Marie-Noëlle Bourguet-Seckel, Nadine Férey-Pfalzgraf et Jean-Didier Wagneur aux éditions des Cendres en 2021, deux ans après le décès de Josué.

*****

La dernière fois que j’ai rencontré Maurice Louis Merlant-Caillé de La Haye c’était aux Auteurs et Anonymes avant 1960. Rencontré n’est pas le terme approprié puisque je l’y ai installé dans ses meubles, du moins sa fiche 75 x 125 millimètres dans son tiroir en bois. Une installation tenant de l’assignation à résidence au moyen d’une tringle vissée privant le pauvre auteur de toute possibilité de mouvement. Dans une vie aussi antérieure que souterraine, j’ai été intercaleuse à la salle des catalogues de la Bibliothèque nationale, 58 rue de Richelieu, Paris. Matière première : de la fiche. Destinée au fichier « Auteurs et Anonymes avant 1960 » (comprendre : Auteurs dont le nom commence par une lettre déjà avalée par le Catalogue général des livres imprimés de la Bibliothèque nationale (*) dont la parution des 231 tomes suit son bonhomme de chemin et Œuvres dont nul ne se prévaut, à ce titre snobées par ce catalogue) ou destinée à son continuateur « depuis 1970 ». De la fiche manuscrite reproduite photographiquement ou dactylographiée pour l’Avant 1960 ; de la fiche informatisée de première génération (**), crachotée par un ordinateur logé à L’Isle-d’Abeau, pour l’Après 1970. Toutes déversées en vrac sur la table autour de laquelle quatre juvéniles paires de mains animées d’une joyeuse ardeur les malaxent, celles d’étudiants heureux d’avoir trouvé ce boulot à mi-temps. De 9h à 13h ou de 13 à 17h, avec 15 minutes de pause nous hissant vers la lumière du jour et l’un des cafés voisins de la Bibliothèque. Selon leurs heures de permanences dévolues au renseignement des lecteurs, les plus jeunes conservateurs de la salle et de ses fichiers, Paulette [Perec], Marcelle [Beaudiquez] et Josué, nous emboîtent le pas vers le Louvois ou la Fleur de Lys.

Avant et après ce répit partagé, notre travail consiste à préclasser le vrac à la première lettre, puis de plus en plus finement, à la deuxième, à la troisième – les tas perdent de la hauteur – jusqu’au nec plus ultra du parfait ordre alphabétique. Descendre alors du semblant de balcon d’où la table des intercaleurs domine la salle des catalogues chercher le tiroir réceptacle de notre labeur ; de l’index droit faire jouer la lame de ressort le verrouillant, main gauche à plat sous le tiroir prête à le recevoir ; ne détringler qu’une fois celui-ci ayant recouvré sa stabilité, posé sur la table des opérations. Nos heures restantes occupées qui à écrire ses mémoires (encore sans prétentions autres qu’universitaires) qui à bûcher ses concours. Moi, entre automne 1976 et automne 1980, aux prises avec ma maîtrise puis la moitié de ma thèse, naviguant entre salle du sous-sol le matin et salles du haut l’après-midi, côté vert de la salle Labrouste de préférence ; au plus près de l’élégant escalier invitant à descendre frayer avec les dieux de la bibliographie.

Si, dans l’exercice de mes fonctions, j’avais transpercé un matin Maurice Louis Merlant-Caillé de La Haye (1896-1993) pour le faire tenir en place, je ne lui voulais aucun mal, bien au contraire. Malgré le fait qu’il soit l’homme d’une seule œuvre, des Études héraldiques, archéologiques, historiques et généalogiques (***), séduite pas son patronyme je l’avais gratifié d’un intercalaire à son nom – carton beige se haussant du col calligraphié par mes soins. Un honneur qui ne s’accordait qu’aux illustres auteurs, les plus recherchés, ceux sur lesquels des doigts de lecteurs avides se jetaient en grand nombre. Ma bienveillance à l’égard de Maurice Louis Merlant-Caillé de La Haye relevait du passe-droit, voire de la faute professionnelle.

Je me demande aujourd’hui si mon intercalaire au nom d’un auteur si discret, mis à part son patronyme, a tenu bon jusqu’à la clôture/emmurage de la salle des catalogues. S’il a fini écorné au point que sa tête se noie dans le flot des fiches, si quelque zélé de mes successeurs l’a un jour escamoté – un intercalaire pour une seule fiche à ce nom, et puis quoi encore ? Ou s’il a déménagé, dans son fichier entouré de ses voisins de l’Avant 1960, de l’Après 1970, des Matières, et de tous les autres, confiés aux bons soins de Josué pour leur faire traverser la Seine et gravir les tours du quai François Mauriac. Josué seul aurait su me dire ce qu’il était advenu, au fil des ans, de mon intercalaire distinguant l’œuvre unique de Maurice Louis Merlant-Caillé de La Haye.

(*) Sauf Voltaire qui a remonté toute la file et fait l’objet à lui tout seul d’un tome, en deux volumes, du catalogue, paru avant son heure.

(**) Dites « fiches CANAC » issues du CAtalogage NAtional Centralisé, service créé en 1972.

(***) Nantes : Impr. M. Saunier, 1932. -1 vol. (54 p.) : ill. ; in-8 à 2 col.

Filed under variétés

D’une lessive l’autre, d’une brouette l’autre

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Au musée d’Orsay, vendredi, comme j’étrennais mon pass Orsay/Orangerie,

je me suis arrêtée devant ce tableau de Camiille Pissarro

Femme étendant du linge (1887)

et je me suis souvenue de mes vacances de l’été 1960

du fil à linge tendu de ma maison natale à l’ancienne boutique paternelle.

J’avais 4 ans, le baigneur s’appelait Pascal,

comme le petit voisin du premier étage dans notre HLM en banlieue parisienne.

Ajout du dimanche 18 janvier 2026

Et comme la lessive étendue dans la tableau de Pissarro

la lessive familiale arrivait du lavoir (qu’on disait le “doué”)

en brouette (qu’on disait beurouett’ ou quelque chose comme ça).

PS : vous aurez reconnu le forgeron (en vacances)

Filed under la vie tout venant

Rue Cujas, rue à remonter le temps

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Décidément, il y a toujours quelque chose d’avant à voir rue Cujas ces temps-ci.

Je ne reviens que pour mémoire et précision sur la restauration de l’hôtel des 3 collèges. Au point où celle-ci en est, il apparaît que les bribes d’enseigne de la libraire COTILLON resteront en place mais cachées sous un nouveau placage.

Ni vu ni connu et à charge pour quelque passante ou passant d’en saisir à nouveau l’image lors de la prochaine réfection de l’édifice mais nul doute qu’elles auront encore pali.

Ce qui me rappelle l’ahurissante scène du film Fellini Roma au cours de laquelle les travaux de creusement du métro de la ville mettent à jour les fresques ornant les murs d’une villa enfouie jusqu’alors ignorée. Vision fugitive, à peines découvertes les couleurs vives des fresques s’estompent et disparaissent, l’irruption de l’air dans ce milieu préservé les corrompt.

Ma digression archéologique n’en est pas vraiment une puisque grâce aux travaux de voirie transformant actuellement la rue Cujas en rue “aux écoles”, piétonne et végétalisée, des vestiges de bâtis anciens affleurent, au fond de la tranchée destinée à la future installation de jardinières. Le bulletin municipal d’octobre (Cinq magazine. Magazine d’information de la mairie du 5e) mentionne ce chantier et précise qu’il s’agit d’un vestige du collège de Cluny.

Renseignement pris hier auprès d’un archéologue au gilet fluo siglé Ville de Paris, la fouille sera limitée au creusement nécessaire aux jardinières. Là encore il y aura recouvrement jusqu’au prochain chantier de voirie. Les murs anciens dormant sous le bitume de la chaussée s’inscrivent dans le prolongement du site archéologique exploré il y a quelques mois sous un autre hôtel de la rue Cujas, celui du n°20 ayant fait lui aussi l’objet d’une rénovation récente.

L’énigme COTILLON : affaire classée

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Fin du mystère des inscriptions partiellement lisibles apparues grâce à la rénovation de l’hôtel des 3 collèges, à l’angle des rues Cujas et Victor Cousin (Paris, Ve arrondissement), que j’évoquais ici-même les 20 juillet et 10 août dernier. John Faux, meilleur photographe et enquêteur plus perspicace que moi, de passage à Paris en septembre a photographié les mêmes vestiges typographiques et trouvé le fin mot de l’histoire. Merci à lui de m’en faire part et de m’autoriser à inclure ses photos dans ce billet.

Donc il y avait ce COTILLON lisible sans ambiguïté dont j’avais déduit un peu vite que dans les murs qui deviendraient ceux du Grand Hôtel de Flandre puis des 3 collèges on avait un temps mené joyeuse farandole.

Grossière erreur initiale de ma part : ne pas avoir soupçonné un seul instant que ce COTILLON pouvait être un nom propre, celui d’un M. ou d’une Mme Cotillon, et non le nom commun d’une danse. Partant de là, je me suis fourvoyée en m’en tenant au seul registre de l’hôtellerie, de la restauration et d’autres lieux de réjouissances en tentant de décrypter les bribes d’inscriptions subsistantes. Ainsi de ce fragment, sur la rue Victor Cousin, se terminant par RIE, que je ne parvenais pas à prolonger en brasserie, pâtisserie ni même crèmerie.

En fait, le mot se termine par AIRIE et dès lors changement de registre, c’est d’une LIBRAIRIE qu’il s’agit, la librairie COTILLON, ou plus précisément la Librairie de jurisprudence Cotillon, fondée au début des années 1830 et installée à cette adresse (alors 16 rue des Grès, ancien nom de la rue Cujas). Libraire au sens du XIXe siècle, également éditeur et imprimeur, A. Cotillon travaille pour le Conseil d’Etat et imprime de nombreuses thèses de droit ; la faculté est à deux pas. La généalogie de l’entreprise ainsi qu’un article de Guillaume Richard sur les professeurs de droit et l’édition juridique nous apprennent que celle-ci s’inscrit dans l’histoire de l’actuelle LGDJ – Librairie générale de droit et de jurisprudence – du 24 rue Soufflot.

Comme quoi, dans ce genre d’enquête, il faut toujours garder présent à l’esprit que nombre de noms communs sont aussi des noms propres. Je ne m’en étais pas méfiée et je suis pourtant bien et nommément placée pour le savoir !

Poétique de la voirie (72)

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Mine de rien

Thin Brother is watching you

(mon conseil : prenez plutôt le trottoir d’en face)

Cotillon etc.

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Sur les inscriptions de devanture qui entouraient le joyeux COTILLON en façade de l’établissement qui deviendrait le Grand Hôtel de Flandre puis l’hôtel des 3 Collèges situé à l’angle des rues Cujas et Victor-Cousin, il est en craindre que nous n’en saurons jamais plus. Mes espoirs sont déçus, la mise en place de nouvelles vitrines a impliqué le retrait des palissades mais, ni rue Victor Cousin

ni rue Cujas

les fragments d’inscriptions partiellement découverts ne sont hélas lisibles… L’énigme reste entière et la suite du chantier n’en livrera probablement pas la clef.

Jeu des 10 erreurs

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Aujourd’hui, 24 juillet 2025, je repasse devant cette vitrine

devant laquelle j’étais passée le 15 aout 2023

et je constate que les talons ont gagné de la hauteur et du terrain.

Pour le reste peu de choses ont changé, hormis un papillon égaré, l’esprit est le même.

Énigme avec cotillon

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Soit l’hôtel des 3 Collèges à l’angle des rues Cujas et Victor-Cousin (Paris, Ve arrondissement) actuellement en travaux de restauration/transformation. Comme souvent lors de ces opérations le décapage des vitrines et placages divers laisse lire les traces d’occupations passées des lieux. Ainsi des façades de cet hôtel baptisé “des 3 Collèges” relativement à la proximité de son emplacement avec les anciens collèges de Cluny,  des Cholets et de la Sorbonne.  Sous son enseigne précédente de Grand Hôtel de Flandre, l’établissement des 16 rue Cujas et 8 rue Victor-Cousin à accueilli, pour un prix abordable, aux XIXe et XXe siècles plusieurs écrivains en attente de reconnaissance ou de meilleure fortune, Gabriel García Márquez notamment pour n’en citer qu’un.

Sur la façade en pan coupé juste à l’angle des rues Cujas et Victor-Cousin, les travaux actuels ont fait apparaître, lisible, l’inscription COTILLON.

En ces murs l’on a donc un temps joyeusement dansé ; le Dictionnaire de l’Académie française précise à partir de sa 5e édition (1798) que quand il ne s’agit pas de son acception première de jupon féminin, “C’est aussi Une sorte de danse. Danser le cotillon”. Les académiciens rédacteurs de la 8e édition (1932-1935) sont plus précis : cotillon “se dit aujourd’hui d’une danse avec figures variées qui termine certains bals. Danser, conduire, mener le cotillon.”

Sur les façades sur la rue Cujas,

comme sur la rue Victor-Cousin, d’autres inscriptions de même typographie et complémentaires au COTILLON se devinent. Mais les palissades du chantier collées aux façades en masquent l’essentiel. Je suis malheureusement passée trop tard et ne dois qu’à la nécessité de permettre l’accès au bâtiment d’avoir saisi le COTILLON. Passer par là régulièrement pour suivre l’avancement des travaux en espérant être là quand l’enlèvement des palissades s’imposera ?

Médusée

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par les méduses échouées comme la mer redescendait

du côté de Scheveningen, lundi matin.

Des méduses comme je n’en avais jamais vues.

Etranges.

Etrangement belles.

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