L'employée aux écritures

le blog de Martine Sonnet – ISSN : 2267-8735

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"Le problème de la nuit reste entier. Comment la traverser, chaque fois la traverser tout entière ?" Henri Michaux

La chance d’avoir Henri Matisse pour voisin

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Posted by ms on 17 juin 2011 at 12:14

Depuis quelques jours j’ai un deuxième livre sur Matisse, mais de format beaucoup plus réduit que le premier.

Le premier, celui de Pierre Schneider, je l’avais reçu en cadeau, peu après sa parution. Le nouveau, c’est le petit livre de Peter Kropmanns que je découvre parce qu’il est exposé dans une vitrine de librairie à Issy-les-Moulineaux – de l’utilité toujours de ces vitrines quand elles sont bien composées : nulle part dans la presse papier ni sur le web je n’avais repéré sa parution et pourtant j’ouvre l’oeil. Présence logique dans cette ville puisqu’il s’agit de Matisse à Issy, l’atelier dans la verdure.

J’ai plusieurs raisons d’être sensible à ce joli petit livre. Les deux principales étant, la première que Matisse est le peintre dont j’ai le plus envie d’habiter les tableaux, en familiarité spontanée et évidente avec personnages, motifs, décors. Etre celle qui converse avec l’homme en pyjama, rêver ou lire dans un fauteuil près d’une table ronde avec pot de géraniums ou bocal de poissons rouges, tapis sous les pieds, rideaux épais. Je crois que cela remonte à ma première visite (classe de 2nde C4D 1970-1971 lycée Rabelais Meudon accompagnée de notre fantastique professeure de lettres alors Annie H.), au Musée national d’art moderne d’avant Beaubourg, donc au Palais de Tokyo, et à mon émerveillement devant sa Blouse roumaine immédiatement adoptée par ma garde-robe.

La deuxième, Matisse a été quasiment mon voisin de 1909 à 1917 et le livre de Peter Kropmanns est précisément consacré à ces années où le peintre habite et travaille à Issy-les-Moulineaux tout près de la gare de Clamart ; commodité d’accès qui justifie son choix. Quand Matisse prospecte, il écrit à Albert Marquet en avril 1909 après une première visite : J’ai déjà vu quelque chose de très bien à Clamart, ou plutôt à Issy-les-Moulineaux, à 10 minutes de la gare de Clamart. Compter encore à l’époque dix bonnes minutes de train pour Montparnasse (sept aujourd’hui).

Le livre de Peter Kropmanns relève de la tentative d’épuisement des neuf années pendant lesquelles le 42, route de Clamart, – aujourd’hui 92, avenue du Général de Gaulle – sera l’adresse principale de Matisse.

Sa maison – l’atelier a été démoli, le terrain attenant sur lequel Matisse le fait construire dès son arrivée a été vendu et construit de longue date – je la connais bien. Le bus 394 passe devant (dans les deux sens) et à vrai dire c’est du bus et de sa hauteur qu’on la voit le mieux, le regard passant alors au dessus du mur qui l’enclôt. Toujours heureuse d’y voir des fenêtres ouvertes ou de la lumière le soir en hiver. Je me suis longtemps désolée de son état d’abandon et puis, fort heureusement, depuis 2007 la villa réveillée abrite les archives Henri Matisse. Archives d’où proviennent les précieuses photos nous invitant chez le peintre, grand honneur qui nous est fait.

C’est d’abord la vie de banlieusard du peintre que raconte Matisse à Issy, l’atelier dans la verdure, vie de famille et vie d’artiste, en même temps que sont évoquées les oeuvres nées de ce qu’il a sous les yeux, intérieurs de la maison ou de l’atelier, fenêtres sur jardin, jardin, et de ses promenades dans les environs, à Clamart, à l’étang de Trivaux, à Villacoublay ou à Malabry. Mais les voyages, l’Espagne, la Russie, le Maroc, et les villégiatures, Nice ou Collioure, qui entrecoupent le séjour et les toiles qui en portent souvenir sont là aussi.

Récit simple et attentif aux moindres détails domestiques de la vie isséenne du peintre avec son épouse Amélie, et les enfants Marguerite, Jean et Pierre, sans oublier les chiens et les poissons rouges.

C’est le train que l’on prend gare de Clamart pour aller à Paris et que l’on fait prendre aux visiteurs et acheteurs. Passent par là Pierre Bonnard, Alice et André Derain, Josette et Juan Gris, Albert Gleizes, mais aussi Serge de Diaghilev, Diego Rivera, Gertrude Stein, Pablo Picasso, entre autres.

C’est la composition du jardin, les belles heures qu’on y passe en été, mais l’isolement qu’on ressent à Issy en hiver malgré le confort de la maison – salle de bains avec baignoire, radiateurs dans chaque pièce, ligne téléphonique – quand les visiteurs se font plus rares. Le mal de Paris qui prend parfois l’artiste et la location d’un appartement 19 quai Saint-Michel pour y remédier quand il saisit trop fort.

Lecture émouvante, lecture de proximité : Matisse et moi fréquentons la même gare

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1 Comment

  • On 6 juillet 2011 at 8:31 elizabeth said

    Voilà un heureux voisinage…

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