L'employée aux écritures

le blog de Martine Sonnet – ISSN : 2267-8735

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"Le problème de la nuit reste entier. Comment la traverser, chaque fois la traverser tout entière ?" Henri Michaux

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INTERLUDE

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Après repos hivernal (comme les pelouses des jardins publics), suivi d’un repos printanier, le blog aborde son repos estival pour cause d’interruption de l’image. Une intervention de réparation permettant d’y insérer à nouveau des photographies – souvent supports d’écriture comme dans la série “Poétique de la voirie” – s’impose mais ne sera pas réalisée avant l’automne. Ce devrait être l’occasion de tenter la fusion, sous une forme nouvelle à définir, du vieux site laissé en jachère depuis plusieurs années et du blog. L’employée aux écritures, alors dégagée de ses autres occupations, professionnelles, aura plus de temps et de cerveau disponibles à consacrer à la réouverture de quelques fichiers in progress eux aussi en long repos.

D’ici là, les archives du blog – maison fondée en 2008 – ne demandent qu’à être visitées et même revisitées. Merci au lectorat fidèle de sa patience… et de sa compréhension dirait-on au Montparnasse monde.

juil 5, 2022

Habiter Paris (aperçu 23)

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Nouvel extrait de mon chantier Habiter Paris, tenant de l’esquisse autobiorésidentielle. Pour retrouver les précédents, reculer d’une case et ainsi de suite…

Je ne buvais jamais de cafés de proximité quand au début des années 1990, pour des raisons professionnelles strictement alimentaires, je fréquentais un chic quartier d’affaires, rive droite cela va sans dire. En désespoir de poste plus ou moins en rapport avec ma thèse (je l’attendrai encore quatre ans), j’avais répondu à une annonce d’emploi parue dans le Monde qui se focalisait sur des capacités d’analyse et d’écriture rapides. Elle émanait d’un groupe industriel qui avait commencé petite Compagnie en distribuant de l’eau avant de prétendre offrir au monde entier tous les services possibles. Il s’agissait d’assister à des réunions censées entretenir un bon dialogue social dans l’entreprise, et d’en prendre des notes manuscrites pour en rédiger en quatrième vitesse, malgré les lenteurs de MS-DOS, des comptes rendus ou des procès-verbaux. Ce qui n’est pas la même chose et pas seulement du point de vue du trait d’union. Deux entretiens et une expertise graphologique plus tard j’étais recrutée, en renfort à mi-temps de la préposée historique à ces opérations.

Terrae incognitae le quartier, l’entreprise et l’économie dans laquelle celle-ci s’insérait car si j’avais, passant par Jussieu, survolé la géographie, j’avais ignoré les Unités de Valeur d’économie dont aucune n’était obligatoire. Les rues dans lesquelles la compagnie s’était éparpillée au fil de ses succès – Anjou, Arcade, Pasquier, Tronson du Coudray, Mathurins – je n’y avais jamais mis les pieds et si le boulevard Hausmann me parlait, c’était seulement de Marcel calfeutré dans sa chambre ; Céleste à ses petits soins. Je découvrais sur ce boulevard, descendant du bus 94 qui m’y amenait depuis la gare Montparnasse, arrêt à sa hauteur, une chapelle expiatoire dont je n’avais jamais soupçonné l’existence. Louis XVI avait été guillotiné, point barre, mais pas pour tout le monde. Un temps, le bureau partagé avec ma collègue avait donné sur le square entourant le monument. Boulevard Haussmann, à proximité de nos bureaux, certaines enseignes m’avaient immédiatement fascinée : celle du teinturier de luxe « Parfait élève de Pouyanne », celles du fabricant de fleurs artificielles Trousselier chez qui rien n’avait bougé depuis que la caméra d’Alain Cavalier s’était attachée aux gestes de l’une des employées, Mauricette, dans l’un des ses Portraits, ou celle de la boutique Aux Tortues quand elle vendait encore des objets en ivoire et en écaille.

La Compagnie ne cessait de redistribuer bureaux et salles de réunion entre ses différentes adresses dans le quartier mais investissait aussi, certains jours de grandes assemblées, les palaces du 8earrondissement. S’y tenaient, les séances du comité de groupe avec représentations des filiales implantées « à l’international » ; des séances exceptionnelles mobilisant des services de traduction simultanée. La prise de notes s’en trouvait perturbée autant par le mélange de langues brouillant l’écoute que par un décorum dont la Direction escomptait qu’elle épaterait nos invités étrangers et rabattrait le caquet des intervenants de chez nous les plus vindicatifs. J’entrais dans ces salles de réunion avec toujours l’inquiétude des places qui seraient affectées aux rédactrices par le plan de table. J’avais une nette préférence pour une petite table distincte nous isolant de la brochette directoriale. Quand j’avais démissionné, enfin casée par ailleurs, de mes fonctions d’employée aux écritures, j’avais appris de la bouche d’un élu du Comité que mes restitutions écrites de leurs revendications étaient particulièrement appréciées des syndicats – sans doute plus que de la Direction.

jan 30, 2022

Habiter Paris (aperçu 22)

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Nouvel extrait de mon chantier Habiter Paris, réouvert récemment. Pour retrouver les précédents, reculer d’une case et ainsi de suite…

À se demander si, en grattant un peu les façades, on ne trouverait pas, attaché à chaque adresse parisienne, un fait divers tragique. Là où j’habite, c’est Louis B. retrouvé la gorge tranchée dans la forêt de Saint-Germain qui l’incarnerait ; là où j’achète mon confetti de surface parisienne, c’est Marcel D. jeune opticien de 23 ans qui tue sa fiancée Renée B., une employée de commerce âgée de 20 ans, puis se suicide. Autant de malheurs à mes portes m’accablent, encore que le meurtrier suicidé qui partageait bien mon adresse secondaire ait commis les faits à deux pas de là, chez sa promise. Les quotidiens du 30 septembre 1926, Le matin comme Le journal relatent d’un entrefilet le drame survenu la veille et le peu de choses que l’on en sait ; le commissaire Barnabé, en charge du quartier Croulebarbe, s’attachera à les éclaircir. Ceux du lendemain reviennent sur l’affaire, cherchent à comprendre, en vain pour l’Excelsior.

Mercredi soir, toute la famille B. s’était rendue à la fête foraine du Lion de Belfort et l’on était joyeusement revenu tous ensemble, rue de la Glacière [rien de plus simple depuis Denfert-Rochereau ils auront pris le boulevard Arago qui la croise]. Là, sur le seuil de la porte, M. D. salua sa future belle-mère et sa future belle-sœur, puis s’attarda un peu plus longtemps à bavarder avec sa fiancée. Que se passa-t-il alors ? On ne sait. Mais deux détonations retentirent et Mlle B. s’affaissa, tandis qu’on percevait le bruit d’une troisième détonation et que l’opticien tombait à son tour. Les deux jeunes gens avaient vécu. On se perd en conjectures sur les causes de ce drame que rien dans l’entourage des victimes ne laissait prévoir.

Le reporter du Petit journal, lui, est allé tiré les vers du nez d’une connaissance de Mme B. qui n’a guère de doutes sur l’origine d’un drame pas si imprévisible que cela :

M. D. avait contracté une maladie en Algérie à la suite de laquelle il subit une opération. Souvent il était fortement indisposé et je crois savoir que Mme B. en raison de l’état de santé du jeune homme ne désirait pas le mariage. C’est certainement à cela qu’il faut attribuer le drame. Certes, je n’assistais pas à la scène, mais je la vois cependant comme si j’y étais. La jeune fille, sur les conseils de sa belle-mère, aura voulu essayer encore d’éloigner la date de la cérémonie ; peut-être de faire comprendre à son fiancé l’impossibilité de leur union. C’est alors que, fou de désespoir, l’opticien aura tiré sur la malheureuse et se sera suicidé.

Le passage – mais quand ?- de l’opticien par l’Algérie pourrait expliquer la mention, inattendue, en rubrique « Dernière heure » et sous le titre « Drame mystérieux » du fait divers du XIIIe arrondissement de Paris dans L’Écho d’Alger du 1eroctobre. Ni le recensement, puisque l’on est en 1926, de ma co-propriété ni les actes d’état civil de Marcel B. ne livrent d’indices à ce sujet. L’opticien est né à Paris XVe, le 19 novembre 1903 à 5 heures du matin de Jean D., employé de commerce né en Haute-Savoie en 1875 et de son épouse Aurélie, sans profession, née la même année en Ille-et-Vilaine. En 1926, seuls ses parents sont recensés dans l’immeuble où le jeune homme est censé être domicilié ce qui peut signifier que le recensement est effectué après le fatal 29 septembre ou bien que le jeune homme officiellement encore sous leur toit pratique ailleurs, et pourquoi pas en Algérie, son métier d’opticien. Dix ans plus tard, le couple D. vit toujours dans la place contrairement à la famille B. qui dès le recensement de 1931 a disparu de la rue de la Glacière. En 1926, Renée la fiancée de Marcel, qui a vu le jour à Charenton-le-Pont le 25 mai 1906, y vivait entre son père Augustin, horloger, la seconde épouse, sans profession, de celui-ci (sa mère à elle étant décédée), et sa jeune demi-sœur, Rose. Les actes de décès des deux jeunes gens officialisent leurs derniers souffles à 22 heures pour elle et 22 heures 30 pour lui ; des morts consignées à la suite l’une de l’autre sans rien laisser paraître de leur lien qui pourtant avait bien dû se savoir et émouvoir, à la mairie comme dans tout le quartier.

Jamais il ne me viendrait à l’idée d’aller farfouiller de la sorte dans les vies des occupants qui m’ont précédée à mes cinq adresses de banlieue, d’ailleurs quatre des immeubles étant plus jeunes que moi ou mes justes contemporains, je manquerais un peu de recul. Le cinquième, il nous suffisait de savoir qu’il résultait d’une fortune de marchands de « Bois et charbons » prospère pendant la Seconde Guerre mondiale. Dans notre cave demeuraient, de ce temps-là, de vieilles caisses de savons oubliés.

jan 14, 2022

Habiter Paris (aperçu 21)

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Je réveille mon blog en état d’hibernation depuis l’automne – et en panne d’insertion photographique, il faut que je trouve une solution – avec un nouvel extrait de mon chantier Habiter Paris, réouvert récemment (attention travaux). Pour retrouver les précédents, reculer d’une case et ainsi de suite…

Ce qu’il me reste à faire maintenant que je connais les noms de tous les habitants de 1926 : une nuit de 31 mars au 1eravril, discrètement quand tout dort, descendre substituer les CHARPAUX, PETITJEAN, CHABERNAUD, KAAN, ROUSSEL, CAUQUIL, BONNEVILLE, VEZIN, MAILLY, RONDELEUX, PIQUARD, LECLERC, LEVAVASSEUR, GUETON, TILLOY, BISCAY, MAROT, PERIER, MULLER, VOISIN, PANNIER, TOUDOIRE aux nôtres sur les étiquettes des boîtes aux lettres sous la voûte. Au matin nous ne saurons plus qui est qui, qui est où, mes voisins n’y comprendrons rien et le facteur n’y retrouvera pas ses petits. D’une certaine façon, je  lui simplifierai la tâche : chaque étiquette sera moins chargée en noms doubles ou triples difficiles à caser, quand sur nos boîtes aujourd’hui plusieurs cohabitent, avec ou sans traits d’unions. Ménages nominalement dissociés mais ensemble – deux noms – voire recomposés – trois noms ou plus. Ceux de 1926 étaient juste décomposés par la guerre, leurs rangs tristement dégarnis, réduits pour certains à leur plus simple expression de veuve solitaire.

Je cherche dans ma liste quel nom collerait le mieux sur notre boîte, quel ménage recevant son courrier à notre adresse en 1926 ressemblerait au moins dans ses grandes lignes à celui que nous composons. Une famille dont nous descendrions par les murs et non par le sang ; une famille à qui l’appartement en L du troisième étage aurait pu convenir. Faute de calque mieux ajusté, Pierre Toudoire, comptable de la Compagnie du PLM, administrateur du bureau de bienfaisance de l’arrondissement – un homme de coeur en outre historien amateur – , son épouse Marguerite, institutrice, et leur fils Maurice, lycéen puis étudiant, feront l’affaire. Ces gens-là se sont maintenus au moins dix ans à notre adresse, du moins les parents, le fils étudiant, futur avocat, encore chez ses parents en 1931 n’y est plus recensé en 1936. Il est parti faire sa vie ailleurs, mais pas bien loin : mariés le 11 avril 1934 à la mairie du Ve, Maurice et son épouse s’installent boulevard Saint-Michel. Maurice Toudoire boucle in extremis une autobiographie, en 2004 l’année de sa mort. Elle est publiée un an plus tard, laissée aux bons soins de ses enfants, chez un éditeur de spiritualité comme la plupart de ses autres écrits, des ouvrages de morale chrétienne. Dans son Epique époque je relève ses souvenirs de l’immeuble dans lequel il a grandi. Pauvres glanes mais quelques repères sur le confort gagné tardivement : des seaux de charbon remontés à pied par son père de la cave jusqu’au cinquième – leur appartement n’était donc pas le nôtre, raté – pour le fourneau de la cuisine et le poêle de la salle à manger ; l’électricité arrivée seulement après la Grande Guerre. Pour le reste ses jeux d’enfants dans le quartier, la balle rebondissant contre le long mur du Val-de-Grâce, et le coiffeur du nom de Rigolot en bas de l’immeuble chez lequel le petit Maurice se fait couper les cheveux.

déc 26, 2021

Soit Jean-Paul Belmondo

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casquetté lunetté en Michel Poiccard par Jean-Luc Godard, couché sur le bitume, sensiblement là où il tombe, et c’est dégueulasse,  au débouché de la rue Campagne Première sur le boulevard Raspail

tel qu’en lui même le 8 décembre 2018 à 13h30

et le 24 septembre 2021 à 19h17

(parce que je suis routinière, je repasse souvent par les mêmes chemins au Montparnasse monde, mais pas forcément aux mêmes heures).

Force est de constater qu’il a repris des couleurs et je peux dire que c’est récent, croyez-moi sur parole parce que si je suis routinière je ne suis pas pour autant obsessionnelle, et je ne le rephotographie pas systématiquement à chacun de mes passages.

J’en déduis que cette revitalisation est un effet secondaire, rare, de la mort récente de l’acteur. Mort qui me rappelle cette étrange rencontre faite en octobre 2008, il était alors bien vivant,  dans le cimetière du Montparnasse, je copicolle le récit que j’en avais fait ici même dans mon feuilleton du samedi qui deviendrait trois ans plus un livre :

l’autre jour, je traversais de mon bon pas le cimetière, un de mes raccourcis favoris, et cette femme qui venait de très loin, disait-elle, pour voir la tombe de Jean-Paul Belmondo, m’arrête brutalement et me demande avec insistance où la trouver. Je lui suggère un autre nom de comédien, bien mort, lui, récemment, et qui repose tout près, je crois qu’elle confond, mais rien n’y fait. C’est Jean-Paul Belmondo et personne d’autre qu’elle cherche. J’ai beau lui asséner, et plusieurs fois, que non vraiment, Jean-Paul Belmondo, n’est pas mort, je ne parviens pas à la convaincre et la renvoie vers les gardiens. Je poursuis, troublée, ma traversée, elle reste, désemparée, au milieu de l’allée, et puis je ne la distingue plus quand je me retourne.

PS du 29 septembre : passer chez l’ami “Pendant le week-end” pour un point de vue complémentaire.

sept 25, 2021

Poétique de la voirie (55)

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Dans un sens

comme dans l’autre

jamais moyen de s’accorder

août 19, 2021

Deux araignées sur un parquet néerlandais

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Depuis que je les épingle ici à chaque fois que j’en croise une (*), c’est notre septième rencontre, et cette fois elles sont deux, mère et fille, araignées de bronze sculptées par Louise Bourgeois en 2003. Celles-ci m’attendaient la semaine dernière au Kunstmuseum de La Haye, musée magnifique, autant par son architecture comblant mon goût pour la brique (signée Berlage, 1934),  que par ses collections faisant la part belle (et bellement présentée) à Van Doesburg et à Mondrian.

J’ai en outre découvert dans ce musée, et recroisé quelques jours plus tard au Stedelijk Museum d’Amsterdam, le peintre Peter Alma (1886-1969) dont j’ignorais tout avant ce petit voyage aux Pays-Bas. Malheureusement peu de choses à glaner sur lui, là où nous cherchons en premier lieu désormais les réponses à toutes nos questions, mon lien est maigrichon.

Pour vous donner néanmoins une idée de son travail, je vous montre ses grévistes peints en 1927, à voir au Stedelijk Museum.

Le passage à Amsterdam, vide de ses touristes habituels, m’a aussi permis de visiter, juste à côté de la grande baignoire du Stedelijk, le “nouveau” musée Van Gogh. C’était donc la troisième fois que je m’arrêtais devant ses Tournesols : la première c’était à l’exposition de l’Orangerie au printemps 1972 (j’étais en 1ère, expo vue avec l’ami du lycée, j’ai toujours l’affiche dans un carton à dessin sous mon lit) et la deuxième c’était en 1979 à Amsterdam dans l’ancien musée Van Gogh, un petit voyage que j’avais organisé avec les amis retrouvés chaque été sur les chantiers de fouilles normands.

J’aime toujours l’éclat saisissant des Tournesols.

Mais comme aucune reproduction, jamais, quelqu’en soit le pointu technologique ne rendra la luminosité du bouquet offert par Van Gogh, je préfère vous montrer, moins attendu, son portrait d’un contrebassiste que je crois n’avoir jamais rencontré auparavant. Je suis sortie du musée en ayant bien envie de revoir le film de Pialat et de lire la correspondance des deux frères, Vincent et Théo.

Et à propos des deux frères Van Gogh il y a ce projet de monument leur rendant hommage du sculpteur Ossip Zadkine que l’on peut voir dans une niche du jardin de sa maison-atelier de la rue d’Assas à Paris, qui m’émeut follement. L’enlacement fraternel, le bronze si tendre.

(*) Pour retrouver les autres araignées de Louise prises dans la toile de L’employée aux écritures, il suffit de saisir “araignée” dans le module de recherche en haut à droite de l’écran, et vous irez vous promener avec elles à Washington, Bilbao, Beacon… Bon voyage.

juil 13, 2021

Persistance de l’affichette (avril 1997 – juin 2021)

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Ce dernier dimanche, allant visiter à Versailles, dans l’ancien hôpital royal, l’exposition des photographies de Willy Ronis faites en RDA, passant par la rue Montbauron pour rejoindre depuis la gare de Versailles-Chantier ce très beau lieu, l’affichette demeurée en place sur la grille de ce qui avait été l’annexe du département des périodiques de la Bibliothèque nationale jusqu’à sa fermeture le samedi 5 avril 1997 (*) m’a sauté aux yeux. Nul ne s’est donc soucié de l’en ôter, depuis le temps, et l’encre ne s’en est pas même estompée.

J’ai fréquenté, quand j’étais bibliographe (de 1981 à 1989 et de 1995 à 2003), la salle de lecture de cet élégant bâtiment des années 1930 pour y dépouiller de minces bulletins confidentiels d’associations et autres petits  journaux locaux rarement consultés et à ce titre semblant pouvoir être conservés à l’écart de la presse digne de la salle ovale du 58 rue de Richelieu. Je gardais sous le coude, au fil de l’année, les cotes qui commençaient par “Jo” que j’avais à voir là-bas et en une semaine de décembre ou de janvier, j’en avais fait le tour. Ce qu’il me reste de ces séances de travail hivernales à l’annexe de Versailles, c’est la dextérité remarquable de Mme D., magasinière régnant sur la salle depuis sa table à droite de l’entrée, à déficeler les petites liasses de brochures, après s’être jouée déjà des rabats retords des enveloppes de papier kraft qui les enserraient. Et même chose pour le reficelage/réempaquetage, après rapide contrôle que le compte y était bien quand, en ayant fini avec les feuilles de choux, on les lui restituait. Un professionnalisme intransigeant couplé, une fois la confiance gagnée, à une extrême serviabilité valant à Mme D. d’apparaître à la page “remerciements” d’ouvrages à l’érudition insatiable.

Ce qui m’avait fait gagner au-delà de la confiance, la complicité de Mme D., c’est qu’à la ville, nous étions voisines. Dans ces temps où les bulletins de demande de la bibliothèque se remplissaient au stylo en appuyant fort pour atteindre le troisième feuillet, il y avait lieu d’y inscrire son adresse. Mme D. avait ainsi repéré que seule la largeur des voies du chemin de fer de Paris-Montparnasse (**) à Versailles nous séparait ; nous résidions juste de part et d’autre d’un ancien passage à niveau séparant deux villes banlieusardes limitrophes. Du jour où elle m’avait fait part de cette proximité, mes doutes chaque dimanche matin quant à la présence d’un sosie de Mme D. derrière un étal de légumes de mon marché s’étaient dissipés. Ces jours-là, m’avait expliqué celle dont la vie n’avait pas toujours été rose, loin de là, elle donnait un coup de main à sa belle-soeur maraîchère.

Mme D. est partie en retraite lorsque les collections de l’annexe de Versailles ont rejoint la tour T2 de Tolbiac. Des années plus tard j’ai déménagé et nous nous sommes perdues de vue ; entre-temps, il était arrivé que Mme D. passe nourrir notre chat lors de nos absences estivales.

(*) Merci à Nadine Ferey pour la confirmation de cette date et pour cette référence et celle-ci.

(**) Mme D. fait une apparition discrète dans les pages du Montparnasse monde (saurez-vous la reconnaître ?).

Filed under variétés
juin 11, 2021

Poétique de la voirie (55)

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A leur terrasse pourtant dédiée

les gens qui ne peuvent pas se voir

ne se bousculent pas

(allez comprendre)

juin 6, 2021

O ! Soupiraux (nouvelle livraison)

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Marcher dans la ville sans toujours chercher à voir plus loin ou plus haut : savoir aussi baisser les yeux.  Et  continuer ainsi à emmagasiner les images de ces jours artistiquement ouverts sur les caves, au bas des murs de façades des immeubles parisiens. J’ai découvert récemment cinq nouveaux motifs que je pose ici pour servir de suite à mes première, deuxième et troisième livraison de soupiraux ouvragés. Il y en a pour tous les goûts

du fantasque

du maniéré

du m’as-tu-vu

de l’elliptique

et du sûr de lui.

mai 24, 2021

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