L'employée aux écritures

le blog de Martine Sonnet – ISSN : 2267-8735

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"Le problème de la nuit reste entier. Comment la traverser, chaque fois la traverser tout entière ?" Henri Michaux

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Habiter Paris (aperçus 8)

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(Suite à propos de cartons non vidés)

Les quatre cartons restés intacts à Paris, pas question de les empiler : fragile. Dans ces quatre grands cartons de format adapté à leur contenu sont regroupés tous les tableaux, essentiellement des gravures, qui ornaient nos murs banlieusards. Cadres et oeuvres d’âges et de style différents qui, à un moment donné, avait suscité notre convoitise à moins qu’ils ne soient arrivés par héritage, et rengorgé notre satisfaction une fois arrimés aux crochets X laborieusement plantés dans le béton. Tous cadres – bois verni ou doré aussi bien qu’aluminium brossé – et leurs verres, calés debout, bien emballés, par le spécialiste de l’équipe de déménageurs qui, comme je saluais son travail d’artiste, m’avait expliqué travailler aussi un peu à son compte au transport d’objets d’art ; il m’avait laissé sa carte à la fin des opérations, au cas où. Nous avions fait illusion sur notre potentiel de collectionneurs. Tous nos tableaux, protégés les uns des autres, rassemblés dans ces quatre écrins qu’il avait taillés sur mesure dans du carton extra fort, toujours pas ouverts cinq ans après leur dépôt précautionneux dans une chambre, deux dans l’encoignure de la cheminée, deux le long du mur. Je comprends que cette indifférence ou indolence de notre part étonne : si bris de verre il y a eu au cours du transport, plus personne pour payer les pots cassés. Prescription oblige, cinq ans ont passé.

Images d’Épinal enfermées, Cris de Paris bâillonnés, Tentation de Saint-Antoine étouffée, grimaces de Boilly sans spectateur et l’alphabet brodé au point de croix par l’aïeule, Yvonne T. née en 1888, rendu lettres mortes. Au fil des jours toutes ces figures – et j’en oublie – qui habitaient avec nous sont tombées dans l’oubli. Aucune recomposition partielle de l’ancien décor n’ayant été tentée sur notre nouvelle surface de murs disponible, à quoi bon défaire le parfait rangement de nos gravures par un spécialiste ? Le flot de lumière baignant l’appartement nouveau (sans vis à vis, pas de voilages) aurait tôt fait d’effacer les couleurs et d’estomper les coups de crayons. Il faudrait y réfléchir, trouver des emplacements que les rayons du soleil n’atteignent jamais, mais la volonté manque et autant laisser les cadres dans leurs cartons soignés, à l’abri des poussières grasses de la ville avec lesquelles on n’en a jamais fini. Je me dis que notre apathie décorative a probablement quelque chose à voir avec l’éblouissement qui nous avait saisi dès la porte de l’appartement ouverte lors de notre première visite – 17 heures un soir d’hiver pourtant. Ne rien afficher pour que rien ne s’efface, ne rien superposer à un cadre suffisant tel qu’en lui-même. Ne rien accrocher qui laisserait une empreinte claire sur un mur devenu gris sans qu’on s’en aperçoive avant le décrochage. Ne pas matérialiser le passage du temps et garder l’illusion que la suite de nos vies s’écrit sur des murs parfaitement blancs. Si nos anciens luminaires ont été déballés de leurs cartons, aucun n’a été encore suspendu : l’éblouissement parisien, toujours, au risque des ampoules qui pendent.

jan 12, 2019

Prendre joliment l’air (suite)

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Année bouclée oblige, un peu de ménage dans les photos engrangées en 2018. J’y trouve de quoi étoffer ma collection de ces plaques à prises d’air ouvragées dont je ne sais toujours pas au juste comment les nommer.

J’ai donc croisé, depuis ma série précédente, du très élégant figuratif avec iris (et incrustation de la Société du Gaz de Paris)

du géométrique à angles droits : rareté

beaucoup plus communs, des enroulements

parfois fleuris

ou escargotés.

jan 2, 2019

Poétique de la voirie (23)

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arrière cuisine

tous les goûts sont dans les bocaux

et les couleurs

déc 25, 2018

Manie photographique tête en l’air

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Au rayon de mes manies photographiques, il y a les grues, surtout quand celles-ci transportent quelque chose,

comme un godet rouge par exemple,

ou un godet jaune (à moins que ce ne soit une benne vue de trop loin pour juger de ses dimensions ?)

ou encore un fragment de façade vitrée bien agrippée au moyen de ventouses

ce qui est remarquable, par ailleurs, avec cette grue, c’est à quel point elle a le bras long

long comme on en voit rarement

et, par conséquent, comme il lui faut du temps

pour se déplier le matin

et se replier le soir

sa dernière proie lâchée(*).

(*) précautionneusement quand il s’agit d’une vitre.

Filed under variétés
déc 21, 2018

Habiter Paris (aperçus 7)

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En 2013 nous installant à Paris, comme en 1999 quittant l’avenue pour le bout de l’allée, nous ne vidons pas la totalité de nos cartons – 117 en tout cette fois – mais ce ne sont pas les mêmes qui restent bardés d’adhésif marron. La fois précédente c’étaient des cartons de livres qui avaient fait les frais de notre paresse à ouvrir, déballer, ranger des ouvrages dont on savait bien qu’ils resteraient fermés. Comme la collection de la revue Les temps modernes de C.. Il lisait depuis des lustres (et son père avant lui) dès son arrivée chaque numéro trouvé dans la boîte aux lettres mais n’y revenait pas. Ce qui explique que dans la pile de cinq cartons collée dans l’angle du séjour le moins visible quand on entrait dans la pièce, reposaient quelques décennies de Temps modernes bien rangés dans ces cartons calibrés pour les livres, format réduit de moitié par rapport à ceux destinés au linge de maison par exemple. Petits parallélépipèdes rectangles calculés pour, même remplis à ras bord, rester manipulables par un être humain de morphologie et musculature communes. De toutes façons de février 1999 à avril 2013 nul ne s’était avisé de les transbahuter. Un jour, que je ne saurais dater précisément, était apparu au sommet de la pile un coussin à housse fleurie et, dès lors, de longues heures posé sur le coussin, le chat. Heureux de disposer d’un point de vue confortable, de haute teneur en matière à penser, à la base. Le chat philosophe avait considéré, de haut, son monde – autrement dit nous – jusqu’en avril 2009 qu’une maladie des plus humaine l’emportait dans l’autre. La pile était restée intacte après la disparition de son habitant, admirable bête, irremplaçable.

Dans une chambre, d’autres cartons de livres, dont la mémoire du contenu plus composite que la collection ordonnée du séjour s’était rapidement perdue, édifiaient une pyramide à trois degrés qui avait fini par se faire oublier dans le paysage. Adhésif marron, déteint à la longue, arraché seulement lors des préparatifs du déménagement pour Paris, quand il s’était agi de se défaire en parfaite connaissance de cause des ouvrages muselés si longtemps. Le besoin de nous y référer ne nous ayant pas effleuré au cours des quatorze années qui venaient de s’écouler, nous pouvions raisonnablement continuer sans eux ; tourner la page. Un bouquiniste était venu les chercher disant que c’était vraiment pour nous rendre service, qu’il ne les vendrait pas, et encore moins les revues, pensez ! et heureusement qu’il avait son garage pour stocker. Tout ce papier qui devait, à l’entendre, lui rester pour l’éternité sur les bras, le libraire d’occasion avait néanmoins jugé pertinent de faire deux voyages pour s’en encombrer.

Pour rembobiner les aperçus Habiter Paris passer par le précédent.

déc 16, 2018

Habiter Paris (aperçus 6)

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Les premiers déménagements, ces sauts de puce, qui m’avaient fait passer d’un 18 au 12 d’une même rue, d’un 138 au 220 d’une même avenue, toujours dans la même ville de banlieue, étaient sources d’économie à l’article des cartes de visites. Si peu à modifier que les corriger proprement à la main suffisait ; la transformation du 8 en 2 requérant seule un peu d’habileté. Je m’attachais encore à cette époque à la possession de cartes de visites personnelles, n’ayant accédé que tardivement à leur version professionnelle. Je m’adonnais d’ailleurs, quand il s’en trouvait sur mon chemin, à la contemplation des vitrines d’imprimeurs exposant leurs modèles de cartes aux côtés de ceux de papiers à en tête et de faire-part. Ces derniers toujours choisis dans le dessus du panier de la clientèle, si possible à particule, avec militaires et ecclésiastiques de haut rang dans la parentèle, tous unis pour n’annoncer et ne bénir que des événements consensuellement considérés comme heureux, naissances, fiançailles (il s’en trouvait encore) et mariages – jamais de décès pour attirer le chaland. Il n’y avait que du beau monde fort réjoui de ce qui lui arrivait dans la vitrine de l’imprimeur Boisnard graveur à Paris depuis 1920, sous la voûte du passage Choiseul, que ma fréquentation assidue de la Bibliothèque nationale rue de Richelieu m’amenait à traverser régulièrement. Les mariages surtout s’annonçaient en grandes pompes, cartons d’invitations déclinés le plus souvent en trois formats, dépliants pour la cérémonie « tout public » et deux simples cartes pour les réceptions qui suivraient, tables ouvertes à des cercles de plus en plus restreints. Complexité du bulletin de commande avec quantités différenciées, longs conciliabules avec un personnel des plus compétent.

Après contemplation obstinée de leurs virtuosités typographiques, j’avais fait confectionner dans cette boutique mes cartes de visites, petits cartons de rien à l’aune du savoir-faire de l’imprimeur, flanquées d’une adresse devant laquelle jamais aucun lécheur de vitrine n’aurait trouvé matière à rêve. Par deux fois néanmoins, l’une pour la rue, l’autre pour l’avenue, commande passée de deux modèles, l’un passible de correspondance, l’autre réduit, juste pour laisser ma trace, avec espoir, façon cailloux de petit poucet. Boîtes en plastique transparent gardées, vides. Depuis que j’en dispose, les cartes professionnelles me suffisent au point que je n’en épuise jamais le stock entre deux changements de logos de mon employeur. Je ne vois plus la nécessité de faire imprimer en discret relief d’un bleu ou d’un vert recherché, sur carton champagne finement rainuré ton sur ton, mon nom et mon adresse. Une adresse pourtant désormais parisienne, digne, pour ainsi dire, de la vitrine de Boisnard – une vitrine qui m’a semblé moins donneuse d’exemples tirés du grand monde la dernière fois que je suis passée devant. J’ai pensé que le bricolage maison aujourd’hui de nombre de faire-part et de cartes de visites devait avoir retenti sur l’activité de l’entreprise bientôt centenaire. Ou bien que la clientèle recourant encore aux professionnels était moins encline à l’ostension de sa vie de famille.

On peut rembobiner les aperçus Habiter Paris à partir du précédent.

nov 21, 2018

Montparnasse monde à aiguiller

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A la gare du Montparnasse monde que l’on s’active à transformer en centre commercial

(je préfère ne pas y penser, je préfère ne plus y passer)

côté Départ

la ronde des heures nouvelle attend qu’on l’aiguille.

Pour mémoire : la série Montparnasse monde existe sur ce blog depuis septembre 2008, le livre Montparnasse monde depuis janvier 2011.

Filed under Montparnasse monde
nov 19, 2018

Poétique de la voirie (22)

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Place de la Bastille

ils ont cueilli les réverbères

en ont fait un bouquet

l’ont posé

le temps d’aller chercher un vase

mais ne sont toujours pas revenus.

nov 3, 2018

Percée éphémère dans la ville (une de plus)

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Paris, Ve arrondissement, entre rue Henri Barbusse et boulevard Saint-Michel

au niveau d’une intrication de bâtis qui m’a toujours intriguée,

adviennent des choses qui, comme celles advenues un peu plus bas, près du fleuve,

ne m’ont pas échappé.

Aujourd’hui on en est là : plus aucun rapprochement n’est possible,

quand bien même les murs à vifs auraient des penchants l’un pour l’autre.

Moi j’archive la percée éphémère, une de plus. Parce que la perspective sur la rue Herschel depuis la rue Henri Barbusse, faisant fi du boulevard, on ne la reverra pas de sitôt quand ils auront fini leurs affaires.

Et pour découvrir ce qu’il en était des lieux côté boulevard Saint-Michel (et en savoir plus sur la famille Herschel), aller faire un petit tour chez l’ami Pendant le week-end. Merci à lui pour l’enquête.

oct 28, 2018

Poétique de la voirie (21)

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Le camion de poubelles n’est pas toujours celui que l’on croit

à moitié plein à moitié vide comme vous voudrez

et parfois un peu dérangé.

oct 24, 2018

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