L'employée aux écritures

le blog de Martine Sonnet – ISSN : 2267-8735

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"Le problème de la nuit reste entier. Comment la traverser, chaque fois la traverser tout entière ?" Henri Michaux

Author Archives: ms

Poétique de la voirie (41)

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Au pied du mur

la feuille

du Caoutchouc

échoua

jan 26, 2020

Poétique de la voirie (40)

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Chat débotté n’ira pas loin

à sept lieues d’ici

inutile de l’attendre

jan 19, 2020

Poétique de la voirie (39)

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Au sol de la ville

herbe poussée du col

ourle le trottoir

jan 12, 2020

Ouvrir l’année à Gif-sur-Yvette avec Pierre Bergounioux

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Je continue à déposer ici, saison après saison, ma “Conduite à tenir pour vivre une année bergounienne” publiée dans le livre collectif Pierre Bergounioux : le présent de l’invention, dirigé par Laurent Demanze en 2019. Une contribution inspirée par ma relecture des trois premiers Carnets de notes (1980 à 2010) pour y puiser le schéma de l’année bergounienne archétypique. Premier janvier 2020 oblige, ce sont les mois de janvier, février et mars que je propose aujourd’hui, accompagnés des meilleurs voeux de L’employée aux écritures. Tous les passages composés en italiques ci-dessous sont des citations extraites des Carnets.

Janvier, février, mars. Guetter, à Gif-sur-Yvette sur la butte en lisière du bois d’Aigrefoin, l’éclosion de la première jonquille ou le premier chant du merle, événements qui surviennent à dates variables et font le nouvel an. Pour le reste, oublier au plus vite un premier trimestre pénible, du premier dimanche de janvier, le jour le plus triste de l’année, au dernier jour du premier mois de l’année, le pire, après quoi dans l’antre noir et glacé où l’an est en gésine, attendre que février s’achève pour quitter la face d’ombre, le versant noir de l’année ; un mois plus tard, gagner enfin une prometteuse heure d’été en espérant ne pas avoir vu passer le mois de mars. Résister coûte que coûte à ces trois mois sans échappatoires corréziennes, sans forces de la nature à éprouver que le surgissement effronté, sortis du bois, de quelques chevreuils gourmands de bourgeons ou d’une laie suivie de ses marcassins. Mois d’hiver avec, pour tout viatique, des après-midis dominicales à suivre le cours de la Mérantaise qui mêlera son filet d’eau à celles de l’Yvette. Se plier au temps cadencé, semaine A semaine B, de l’emploi du temps du collège. Arracher à la nuit d’avant l’aube les heures d’écriture, de lecture, d’étude, les instants à s’appartenir. Concéder le peu qu’il reste de jour, hors du collège, à la vie domestique : lessives, provisions de pain, courses au supermarché, cuisine – steaks hachés/coquillettes les mercredis. Cours du matin dispensés, semaine contrainte bouclée, s’accorder dans l’ébriété vague des samedis après-midis et leur insidieux parfum de désœuvrement une virée en hôtel des ventes, à Rambouillet, à Versailles – en revenir accompagné d’un crocodile empaillé d’un bon mètre de long- voire jusqu’à Chartres si le ciel s’y prête. Toujours à craindre, l’hiver, la neige et le verglas qui rendent la butte difficilement praticable. Compter, en toutes saisons mais encore plus fâcheux par mauvais temps, avec les incartades de la R 21 ou du RER B, les embarras et les dangers publics sur la N 306. Anticiper en se donnant de la marge, quitte à tuer une heure d’avance dans la salle d’attente du cabinet médical (glisser dans le cartable la dernière livraison des Actes de la recherche en sciences sociales) ou, pire, livré aux courants d’air glacé de la gare. Janvier, février, mars : tenir bon et, au premier soleil, ouvrir grand portes et fenêtres, chasser l’hiver de la maison à grands coups de balais.

Illustration : fanal au pignon de la gare RER B de Gif-sur-Yvette.

PS. Si vous découvrez le blog et souhaitez continuer votre lecture par quelques autres articles dans lesquels il est question de Pierre Bergounioux, passez donc par ici :

Une jonquille par temps de chrysanthèmes (offerte par Pierre Bergounioux)

Tristesse des mois en -bre (selon Pierre Bergounioux)

Compression d’étés bergouniens

Lui et nous : à propos du “Carnet de notes 2011-2015″ de Pierre Bergounioux

Jonquilles primeures à Gif-sur-Yvette : suite des Carnets de Pierre Bergounioux

“Vies métalliques”, rencontres avec Pierre Bergounioux

Enfin visibles à Paris : des ferrailles de Pierre Bergounioux

Mots de la fin (provisoire) du Carnet de notes 2001-2010 de Pierre Bergounioux

Pierre Bergounioux, Carnet de notes 2001-2010, lecture in progress

Lecture en cours : Pierre Bergounioux, Carnet de notes 2001-2010

“Un concert baroque de soupapes”, Pierre Bergounioux sculpteur

Dans Les moments littéraires, Bergounioux

Histoire, littérature, sciences sociales – et Bergounioux

D’une page 48 de Bergounioux, et tout son monde est là

Couleurs Bergounioux (au couteau)

Filed under coin lecture
jan 1, 2020

Habiter Paris (aperçus 14)

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Si vous découvrez la série Habiter Paris (aperçus), et souhaitez l’explorer, rien de plus simple en repartant du précédent aperçu.

Ma curiosité pour les dessous du quartier je l’ai satisfaite lors d’une journée porte ouvertes de l’hôpital qui nous fait face. Il était possible à cette occasion de descendre, par un accès situé sur son emprise, visiter les carrières sur lesquelles tout le secteur est bâti. Une exploration sur inscription préalable, dûment encadrée et commentée par la « Société d’études & d’aménagement des anciennes carrières des capucins » ; ses bénévoles assurant un chantier de restauration du site classé Monument historique. J’ai ainsi, un samedi après-midi, descendu une centaine de marches, traversé souterrainement en faisant fi du feu rouge le boulevard, et me suis promenée sous mon immeuble. Le groupe d’urbains cavernicoles que nous formions (compté soigneusement par nos guides à la descente, recompté aussi soigneusement à la remontée, que personne ne finisse desséché au fond d’une galerie) était en tenue de ville, rien à voir avec les petites bandes de cataphiles, fréquentant clandestinement les mêmes soubassements de la ville. J’ai appris à les identifier à leur uniforme : combinaison et bottes de caoutchouc kaki blanchies de calcaire, sac à dos renfermant provisions en tous genres ; de quoi tenir une nuit. J’ai repéré, sur les trottoirs qui nous environnent, les grilles qu’ils soulèvent prestement et par lesquels ils disparaissent au soir ou surgissent impromptu au matin, à l’ébahissement des passants peu rompus aux us, coutumes et mystères de la ville. Les empreintes de pas blanches, laissées autour des grilles couvrant des goulots verticaux crantés de barreaux tenant lieu d’échelles, trahissent les explorations illicites.

Si les noctambules du sous-sol en ressortent blanchis bien avant l’âge c’est que de ces carrières on a tiré de quoi construire la ville, des tombereaux de pierre à bâtir – du calcaire grossier – et de pierre à plâtre – du gypse -, et que leurs tenues et leur attirail se poudrent de poussière d’un blanc jaunâtre. Extraire, des siècles durant, la pierre de Paris pour élever Paris, creuser plus profond, plus loin, et remonter, grandes roues des treuils aidant,  de quoi édifier des murs sur du vide qu’on a fini par remblayer en grande partie. L’hospice pour les pauvres malades qui avait vu le jour sur des terres des capucins, à l’initiative du curé de la paroisse Saint-Jacques-du-Haut-Pas, Jean Denis Cochin, s’était d’ailleurs donné pour mission première de soigner les ouvriers estropiés des carrières. Premières pierres posées le lundi 25 septembre 1780, vers cinq heures après midi précise le libraire parisien Siméon Prosper Hardy qui raconte cela très bien dans son journal : il assistait à l’événement. Deux premières pierres, une à la base de chacune des deux colonnes de la principale porte, sont posées par deux pauvres « les nommés Louis Buffet, âgé de soixante onze ans et Marie Claude Ottier veuve Michaux, âgée de soixante cinq ans,  tous deux natifs de la paroisse, pauvres et recommandables par leur bonne conduite »[1]. Maçons carriers accidentés du travail ou usés à la tâche seront accueillis juste au dessus de leur fronts de tailles et c’est par l’hôpital qui a pris le relais de l’oeuvre charitable du curé Cochin, en gardant son nom, que je suis passée pour descendre voir les ultimes traces de leurs coups de pioche. Avec Hardy, dont comme historienne je contribue à éditer le journal, Cochin, que j’ai vu se démener pour que les petites filles pauvres de sa paroisse aillent à l’école quand j’écrivais ma thèse, et la porte de l’hospice devenu l’hôpital en face de chez moi : je suis décidément dans mon monde dans ce quartier.


[1]Siméon Prosper Hardy, Mes loisirs ou journal des événements tels qu’ils parviennent à ma connoissance (1753-1789), Vol. 6, 1779-1780, Paris, Hermann, 2017, p. 515-518.

déc 15, 2019

Habiter Paris (aperçus 13)

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Un jour dans la vitrine d’une agence immobilière, je me suis vue dans ma cuisine, entre les lamelles des stores vénitiens réglées bien à l’horizontale. La photo illustrait l’annonce invitant à acquérir une chambre de bonne située dans un immeuble face au nôtre au-delà des deux cours, 7esans ascenseur ; sa vue, faute de mieux, pour argument de vente. Je ne me suis pas immédiatement reconnue, éprouvant d’abord un sentiment d’étrange familiarité avec ce qui était montré, sans comprendre encore que c’était de nous qu’il s’agissait, que j’étais face à un autoportrait de ma façade sur cour. J’avais repris mes esprits et mes repères en reconnaissant la cage d’ascenseur vitrée en saillie sur notre cour, desservant la partie la plus noble de l’immeuble. L’annonce en vitrine avait fort à faire pour magnifier 8 m2 sans confort et c’est pourquoi insister sur la vue panoramique, ses vastes perspectives sur quelques monuments bien parisiens (on ne parlait pas de ma cuisine), était judicieux. J’étais heureuse de nous voir, pour une fois, comme dans la peau de ceux d’en face, d’un peu loin mais assez distinctement. Curiosité satisfaite sans devoir aller avouer mon nombrilisme aux habitants du vis à vis, à supposer que je parvienne à m’introduire dans leur immeuble. Soulagée de na pas avoir à demander poliment l’accès à une fenêtre le temps de jeter un coup d’oeil dans ma direction, en promettant que je ne regarderai rien d’autre chez eux, ne vous dérangez pas, je ne fais que passer, juste pour voir là-bas si j’y suis. La FNAIM l’a fait pour moi, merci.

L’immeuble dans lequel la chambre cherchait preneur est assez incompréhensible : élevé en belle façade sur la rue perpendiculaire au boulevard, mais totalement dépourvu d’accès par cette rue autre qu’une petite porte métallique ouvrant sur les caves mais toujours fermée. Entrer dans cet immeuble clos en façade d’apparat, suppose de tourner le coin de la rue, prendre le boulevard, avancer jusqu’au troisième immeuble, en franchir la voûte pour traverser sa cour en biais. Une allée dallée guide les pas vers les deux entrées de l’immeuble dont une de service. Standing assuré mais les deux portes, la prestigieuse, à double battant avec son petit perron au haut de trois marches, et sa parente pauvre, étroite et de plain pied, sont si proches l’une de l’autre que les gens des chambres de bonnes et les gens des grands appartements rentrent et sortent de chez eux au coude à coude. Sur les cours donne aussi un immeuble collé à aucun autre, au point que l’on se demande comment il est arrivé là, l’intrus raccordé à rien, et s’il n’a pas été tout bonnement posé là, livré travaux finis, tombé du ciel. Mais il y a longtemps, c’est de l’ancien.

Si vous découvrez la série Habiter Paris (aperçus) : j’ai commencé à publier des extraits de cette écriture en cours à l’occasion du 5e anniversaire de mon installation à Paris intra muros, le 29 avril 2018, on peut les retrouver tous en remontant à partir du précédent.

nov 30, 2019

En faut-il vraiment pour tout le monde ?

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Il y a des choses dont on croit qu’elles n’existent plus et puis un jour on les recroise, dans une vitrine ou ailleurs. Comme ce modèle de cendrier, encore en vente, sans prix affiché, dans une quincaillerie-droguerie du quartier. Je me souviens bien de ces cendriers : on appuyait sur le piston, une petite trappe s’actionnait et la cendre ou le mégot disparaissait au moins de la vue, de l’odeur peut-etre pas, dans le réceptacle. C’était un temps où les fumeurs étaient plus nombreux et plus gros (fumeurs) qu’aujourd’hui. Il y en avait même encore dans ma famille. Ce type de cendrier me semblait alors la perfection faite cendrier, prodige technologique (la pression générant un mouvement rotatif de l’opercule de fermeture) et comble de l’élégance, posé sur une table basse, à proximité d’un fauteuil et d’un porte-revues en fer forgé. S’il n’y en avait pas chez nous – je ne vois pas mon père escamoter de la sorte ses mégots de gitanes papiers maïs ou autres confectionnés maison – il y en avait un en usage pas bien loin. Mais dépourvu de toute inscription. Un modèle granité ton sur ton, sans fioritures, sans esprit. Encore heureux.

A vrai dire, autant que la résurgence de l’objet c’est aussi son message qui m’arrête. Je ne pensais pas non plus qu’il y eût encore, par les temps qui courent, un marché pour cette bêtise, raz de zinc ou de caniveau, là où finissent, crachés, les mégots. Que l’on produise de nos jours, en allant chercher un graphiste, cette horreur n’ayant pas même l’excuse de venir d’un siècle, le précédent, moins regardant sur les double sens. Mais aujourd’hui : espérer vendre ça ? A qui ? Pour offrir (avec un gros clin d’oeil) ou pour convenance personnelle ? Ce lundi, la boutique était fermée, impossible d’entrer, faire mine de m’y intéresser, m’enquérir du prix, soulever le cendrier en quête du tampon d’un lieu de fabrication et, malencontreusement le laisser tomber. Un accident est si vite arrivé.

Certains jours je me demande s’il existe encore des ramasse-miettes et des pinces à sucre. D’autres mécanismes que j’aimais bien actionner à la fin des repas de famille. Mais si c’est pour les retrouver réduits à dire des inepties dans une vitrine…

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nov 26, 2019

Poétique de la voirie (38)

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Un petit pan de mur jaune

citron

jamais n’abolira la tombée du jour

nov 20, 2019

Habiter Paris (aperçus 12)

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(Pour retrouver les aperçus antérieurs, rembobiner à partir du précédent)

En 1923, un habitant de l’immeuble, Marcel C., qui n’avait jamais fait parler de lui, rédacteur principal à la préfecture de la Seine, est retrouvé mort la gorge tranchée à coups de rasoir dans la forêt de Saint-Germain. Un suicide selon Le Matin du 11 septembre 1923 relatant la découverte du cadavre quelques jours plus tôt. L’acte consigné le 6 septembre à l’état-civil estime que le décès s’est produit « vers le 1erseptembre ». Le Recueil des actes administratifs de la préfecture du département de la Seine situe deux étapes de sa carrière de gratte-papier : rédacteur de première classe à l’administration centrale de l’Octroi de Paris en 1915, puis rédacteur principal de troisième classe dans le même service en 1918. Né le 22 septembre 1881, à Paris, IIIe arrondissement, l’homme est âgé de 42 ans quand il se donne la mort aussi je me demande si, dans notre immeuble, il vivait seul ou en famille. Désireuse d’en savoir plus sur lui, je tente ma chance aux Archives de la Seine, boulevard Serrurier, où les recensements parisiens sont conservés. J’en apprendrai là-bas plus sur lui mais aussi sur ses voisins.

Recensement le plus ancien consultable : celui de 1926. Un peu tardif pour y rencontrer des primo-occupants qui devraient ne pas avoir bougé depuis 35 ans. En 1926 l’immeuble compte 22 logements ou ménages en terme de recensement ; nous sommes moins nombreux aujourd’hui, des cloisons ont dû bouger et même disparaître au sixième si l’étage avait logé d’abord des bonnes (en 1926, deux familles comptent encore une domestique dans leur ménage, des jeunes femmes, l’une bretonne l’autre normande). Les 53 habitants recensés ont tous la nationalité française, une moitié sont natifs de Paris et des vieux départements de la Seine et de la Seine-et-Oise, les autres y sont montés de leur province. Ce qui est frappant, c’est le déséquilibre des sexes : 34 femmes et 19 hommes : on a beau savoir les ravages de la toute récente Première Guerre mondiale, en mesurer les effets sur la photographie des habitants d’un immeuble parisien en 1926 stupéfie. Et si l’on considère la population adulte, les seuls majeurs, c’est évidemment pire : 13 hommes et 30 femmes. L’agent recenseur place autant de femmes que d’hommes dans sa colonne « chef de famille », onze et onze, les femmes qui mènent seules leur barque sont huit veuves et trois célibataires endurcies (dont une bibliothécaire de la Sorbonne qui vit avec sa vieille mère et une surveillante de Cochin, médaillée, retraitée). Le désespéré de la forêt de Saint-Germain a bien laissé dans l’immeuble une veuve, Denise C. née à Paris comme feu son époux, cinq ans après lui. Ils s’étaient mariés à Vincennes en 1910 m’apprend l’état-civil, lui déjà rédacteur à l’Octroi ; elle qui était sans profession à 24 ans travaille désormais comme caissière. Conséquence de son veuvage cet accès tardif à l’emploi. Pas d’enfants en 1926 dans le ménage dont elle est devenue chef, ou s’ils en ont eus, ceux-ci ne vivraient pas ou plus avec leur mère.  Je jette un coup d’oeil au recensement suivant, celui de 1931, la veuve Denise C. n’est plus là : trop cher le loyer ici avec son salaire de caissière ?

Les doyens de l’immeuble sont le vieux le couple de concierges lui né en 1845, elle en 1848, donc lui 81 ans, elle 78 ; je les imagine dans la place depuis l’origine. En 1926, ils commencent à en avoir plein le dos et les mollets de frotter les escaliers, balayer la cour, monter le courrier, mais restent attachés à leur loge. Cinq ans plus tard, au recensement de 1931, les deux octogénaires, déclarés « sans profession », sont passés dans l’immeuble mitoyen où je les retrouve sans les chercher. Ils n’ont pas eu loin à pousser leur attirail. Leurs successeurs à la loge, dans la pleine force de l’âge, ont pu leur prêter la main. La nouvelle concierge, venue des Vosges comme son mari, a 34 ans et lui, un gardien de la paix, 29. En 1931 comme en 1936, la libraire, puisque c’est une libraire qui accueille dans la boutique/galerie, est toujours-là, adresses personnelle et professionnelle confondues, avec son époux, chef de fabrication dans une imprimerie ; des Parisiens tous les deux, nés en 1896. Leur affaire m’intéresse - j’aime l’idée de ce lieu animé ayant existé un temps dans l’immeuble, par déduction probablement installé là où nous connaîtrons un fleuriste puis le bureau de tabac. En creusant,  je découvre que la librairie est aussi une petite maison d’édition, du moins pour les oeuvres de l’époux de la libraire répertoriées au catalogue de la Bibliothèque nationale de France. A voir. Imprimeur, certes, note à son propos l’agent recenseur mais il est aussi par ailleurs auteur et illustrateur. Contrairement à la libraire, la pharmacienne des années 1930 n’a jamais habité sur place : pas trace d’elle ni d’aucun professionnel de cette profession dans les colonnes des recensements que je consulte.

nov 16, 2019

Suspense (et déconvenue) en Archives

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Soit une journée passée cette semaine dans la salle de lecture si agréable des Archives nationales, site de Pierrefitte-sur-Seine ; on y travaille vraiment très bien une fois atteint par la ligne 13 du métro le terminus Saint-Denis université. Les Archives sont à quelques minutes à pied de la station. C’était mercredi et j’avais réservé à l’avance diverses cotes ayant trait à mes deux chantiers en cours. L’un personnel sur les chercheuses et chercheurs de la Caisse nationale des sciences (ancêtre du CNRS) dans les années 1930, l’autre collectif, l’édition du journal du libraire parisien Siméon Prosper Hardy (le septième volume portant sur les années 1781-1782 est annoncé pour décembre aux éditions Hermann).

C’est pour celui-là que j’avais commandé la cote F/22/1034, relevant des archives de l’administration des tontines et de la Caisse Lafarge (1791-XIXe siècle) et correspondant plus précisément au “Fichier des propriétaires d’actions sur têtes françaises”. J’avais repéré que parmi ces propriétaires figuraient des “Hardy” dont l’inventaire ne précisait pas les prénoms ; Siméon Prosper étant mort en 1806, il avait eu le temps de placer quelques économies dans cette banque-caisse d’épargne. Ne sachant quasiment rien de sa vie entre l’arrêt de son journal le 14 octobre 1789 et sa mort le 16 avril 1806, l’investigation méritait d’être menée.

J’ai d’abord été intriguée par le format du carton d’archives, je n’en avais jamais pratiqué de cette forme beaucoup plus cubique que les boîtes  ”Cauchard” habituelles, plus plates et franchement rectangulaires.

Etonnée encore, ficelle dénouée et couvercle soulevé, de découvrir à l’intérieur, rangés verticalement, ce qui ressemblait à quatre livres à vieilles reliures, chacun protégé par un cartonnage léger.

Le cartonnage épluché, apparaissait une reliure en mauvais état, maintenue par une sangle aux deux picots de fermeture rouillés, qui ne devait pas être ouverte tous les jours.

J’ai compris, lisant les inscriptions sur le dos que les quatre reliures découpaient l’ordre alphabétique et j’ai cherché le volume renfermant la lettre H ; il irait jusqu’au N.

Et une fois la sangle aux picots rouillés défaite, il s’agissait bien d’un fichier et non d’un livre, les fiches nominatives étant soigneusement empilées et serrées à l’intérieur de la reliure. Malheureusement, aucun des trois Hardy épargnants n’était prénommé  Siméon Prosper ; celui qui m’attendait sur le dessus de la pile était un Jean Baptiste Louis. Raté. Coup d’épée dans l’eau.

Avant de ranger soigneusement les quatre reliures et leurs protections dans le carton cubique, je suis allée voir ce qu’il en était tout à la fin du Z et j’ai découvert que dans la dernière tranche alphabétique on avait astucieusement glissé une petite ficelle traversant tout le paquet de fiches, renforcée d’une rondelle cartonnée, évitant un fastideux travail de reclassement au cas où celui-ci échapperait des mains d’un maladroit. Sage précaution et même principe que la tringle transperçant les fiches 75X125 des fichiers à tiroirs en bois ciré de nos débuts.

nov 10, 2019

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