L'employée aux écritures

le blog de Martine Sonnet – ISSN : 2267-8735

RSS Feed

"Le problème de la nuit reste entier. Comment la traverser, chaque fois la traverser tout entière ?" Henri Michaux

Author Archives: ms

Poétique de la voirie (51)

1 Comment

Remonté des grands fonds

fourbu

lassé pressé

déchaussé sur la chaussée

nov 14, 2020

Un kilomètre de rayon

Comments Off

Alors je marcherai droit pour tourner en rond*, cherchant mon nord par la rue Saint-Jacques, poursuivant, dans le sens des aiguilles d’une montre, par les rues Cujas prolongée en Clovis, Descartes, Lacépède, Gracieuse, je contournerai la place Monge, traverserai la rue du même nom, pour prendre la rue Larrey, puis enfiler les rues de la Clef, du Fer à Moulin, Scipion, Vesale, de la Collégiale, avant de traverser le boulevard Saint-Marcel, et de continuer par les rues Michel Peter et de la Reine Blanche ; je traverserai l’avenue des Gobelins pour trouver la rue du même nom, et poursuivrai par les rue Gustave Geffroy, Berbier du Mets et Emile Deslandres ; si j’en suis là aux horaires d’ouverture du jardin ce qui est très probable (8h-19h30 du 25 octobre 2020 au 28 février 2021), je quitterai la rue Emile Deslandres pour traverser le square René Le Gall jusqu’à l’angle des rues Croulebarbe et Corvisart, si par malchance le jardin est fermé pour cause d’intempéries par exemple, je  le contournerai en demeurant rue Emile Deslandres jusqu’à la rue des Cordelières, pour atteindre la rue Vulpian que j’aurai rejointe, si le jardin était ouvert, par la rue Corvisart ; je suivrai la rue Vulpian juqu’à buter sur le boulevard Auguste Blanqui et les voies du métropolitain, ligne 6, Nation-Etoile, entre ses stations Glacière et Corvisart, je marcherai le long du boulevard et des voies jusqu’à la rue de la Santé, avant de continuer par les rues Cabanis, Broussais et Dareau ainsi que par le passage du même nom, puis la rue de la Tombe-Issoire.

Arrivée là j’aurai tracé un demi cercle et deux options se présenteront à moi : faire demi-tour et, dans le contresens des aiguilles d’une montre, revenir sur mes pas jusqu’à la rue Saint-Jacques, ou parfaire mon cercle en rejoignant le boulevard Saint-Jacques par la villa du même nom, les rues Jean Minjoz et Jean-Claude Arnould, avant de traverser la place Denfert-Rochereau en me gardant des voitures et de leurs substituts qui surgissent de partout et de nulle part, pour rejoindre la rue Froidevaux ; si jamais le cimetière du Montparnasse est ouvert je le traverserai pour en ressortir boulevard Edgar Quinet, s’il est fermé, ce que je crains, je le longerai par la rue Emile Bernard pour retrouver le boulevard Edgar Quinet.

Je marcherai là sur mes vieilles brisées, au Montparnasse monde.

Je rejoindrai la rue Delambre par le square du même nom (qui est un bout de rue et pas un jardin contrairement au square René Le Gall qui est un jardin et pas un bout de rue), jusqu’au boulevard du Montparnasse que je quitterai – et le Montparnasse monde avec lui - par le boulevard Raspail et la rue Vavin suivie jusqu’à la rue d’Assas ; encore qu’un crochet soit possible, si j’ai le courage, par la rue Sainte-Beuve pour adhérer sans en perdre une seule miette à la circonférence définie par mon kilomètre de rayon ; butant au bout de la rue Vavin sur les grilles du jardin du Luxembourg, reste à espérer que celui-ci soit encore ouvert (8h-17h du premier au 15 novembre) pour que je puisse le traverser et en ressortir sur le boulevard Saint-Michel ; si le jardin est fermé je le contournerai en continuant sur la rue d’Assas jusqu’à croiser la rue Auguste Comte qui me ramènera boulevard Saint-Michel ; un boulevard que je quitterai par la rue Soufflot, jusqu’à la rue Victor Cousin qui me permettra de rejoindre la rue Cujas ;  quand celle-ci coupera la rue Saint-Jacques, j’aurai bouclé ma boucle.

Mais pas sûre qu’une heure me suffise pour rallier mon point de départ.

(*) Marcher droit, tourner en rond, j’emprunte l’image et l”expression au livre d’Emmanuel Venet (éd. Verdier, 2016) au titre si bien trouvé, car que faisons-nous d’autre que marcher droit pour finalement tourner en rond ?

nov 1, 2020

Poétique de la voirie (50)

Comments Off

Isocèle ?

Equilatéral ?

Carré de l’hypoténuse ?

Avec épicentre : sûr et certain

oct 25, 2020

Poétique de la voirie (49)

Comments Off

Sang de la vigne

perdu en route

vengeance tardive ?

oct 4, 2020

Poétique de la voirie (48)

Comments Off

Peau de pub écorchée

sous les néons dénudés

la ville et son ciel

L’ESSENTIEL

sept 26, 2020

Habiter Paris (aperçu 18)

Comments Off

(Suite du précédent aperçu à partir du quel vous pouvez remonter le fil des précédents)

Depuis mon achat, je ne marche plus en zig-zag dans les rues, traversant et retaversant au gré des vitrines d’agences immobilières aperçues de loin – j’aurais pu me faire écraser cent fois. Je ne me jette plus non plus sur les petits journaux d’annonces empilés sous la pluie sur des présentoirs à leur porte comme on en trouve toujours sur le boulevard du Montparnasse. Quoi que : je garde aujourd’hui encore, en passant, un oeil curieux sur les titres de leur « dossier » du mois cycliquement consacrés à « L’esprit village dans Paris », aux « Grandes surfaces atypiques », au « Charme des jardins oubliés », au « Bonheur sous les toits », à « Vendre son bien rapidement », à « Tirer le meilleur parti d’une petite surface », à « Où vivre en famille dans Paris ? » etc. Je les dévorais du temps de ma prospection, épluchant les annonces, m’arrachant les yeux à chercher le défaut caché sur les photos de petits formats montrant des séjours tous mieux rangés et plus lumineux les uns que les autres et que le mien, mais rarement pourvus de bibliothèques. C’était une constante : on y voyait des canapés, des fauteuils, des tables servies, des plantes vertes luxuriantes, des luminaires design, des grands écrans plats collés au mur, mais jamais de rangées de livres jusqu’au ciel ni de tables de travail avec ordinateur et lampe de bureau, enfin tout ce qui fait mon nécessaire à vivre. Je ne risquais pas de trouver mon bonheur dans ces pages-là.

Mon acquisition signe l’extension du domaine de ma curiosité en repoussant ses bords de mon quartier d’habitation à la parcelle dont je suis devenue micro-co-propriétaire à hauteur de 90/10040. Quotient mal arrondi du fait qu’il y a eu, par le passé, avant mon arrivée, accord pour vendre une fraction des parties communes de l’immeuble. De ma nouvelle adresse parisienne, je ne descendrai pas sous les caves explorer les tréfonds comme je l’ai fait pour l’immeuble du boulevard. Je risquerais de me noyer. Sous ma maison subsidiaire coule une rivière. Je le sais et je l’ai toujours su, les petites pastilles de métal qui matérialisent l’ancien cours de la Bièvre au sol du quartier sont là pour le rappeler aux passants oublieux de cet affluent de la Seine. Sur ce point, le vendeur, à qui je pourrais reprocher par ailleurs certaines approximations ou certains silences, ne pouvait me leurrer. J’ai acheté, en parfaite connaissance de cause, au risque de la résurgence d’eaux précieuses autrefois aux tanneurs, teinturiers et aux tapissiers du quartier comme au moulin tout proche de Croulebarbe.

Un pied sur le vide de carrières, l’autre sur l’eau, je reste une Parisienne instable, même légitimée par un titre de propriété.

sept 20, 2020

Habiter Paris (aperçu 17)

Comments Off

La série Habiter Paris (aperçus), fait de sporadiques apparitions sur le blog, si vous souhaitez l’explorer, rien de plus simple, il suffit de reculer d’une case et ainsi de suite.

En octobre 2017, je parfais mon emprise sur la ville : j’en deviens co-propriétaire grâce aux 12,67 m2 selon Carrez que j’achète, autant dire un confetti, dans un arrondissement limitrophe de celui dans lequel je vis locativement. Une poignée de mètres carrés qui ne tombent pas juste sauf pour engloutir toutes mes économies et le fruit de la vente de ma maisonnette de campagne que je ne regrette pas pour deux sous. Je m’achète une pièce pas pour habiter mais pour soigner ma culpabilité de pièce rapportée dans la ville. Sans droit de cité immémorial. Sans eau de la Seine coulant dans mes veines. Avec mon attestation de propriété je soigne le versant résidentiel de mon syndrome de l’imposteur. J’ai pris tout de même quelques précautions si jamais je devais y vivre mes extrêmes vieux jours. J’achète à deux pas d’une station de ligne de métro desservant en dix minutes la Cinémathèque et avec ascenseur pour me hisser jusqu’à mon sixième étage au cas où, sur la fin, la tête cinéphile marcherait mieux que les jambes. Le confetti parisien me coûte les yeux de la tête et toutes mes économies mais je ne suis pas volée : mon sixième a vue sur Le Monde (du moins avant que celui-ci ne transporte ses clics et ses claques sur la dalle couvrant les voies de la gare d’Austerlitz).

Avant de visiter, le bien précieux qui serait mien deux mois plus tard, affaire rondement menée – vice caché sous le lino, débusqué, réparé par le vendeur, compris -, j’avais successivement visité des biens situés

1°) cité du Wauxhall, Paris 10earrondissement

2°) rue des Cordelières, Paris 13earrondissement

3°) rue Brézin, Paris 14earrondissement

4°) rue Buffon, Paris 5earrondissement

5°) rue de l’Aude, Paris 14earrondissement.

Des appartements réduits eux-aussi à portion congrue de studettes mais présentant divers autres inconvénients dont celui déniché était exempt. Soit, respectivement dans l’ordre des adresses citées : 1°) des parties communes au bord de l’effondrement, 2°) un prix encore plus excessif que l’excessif attendu au mètre carré et un propriétaire ne voulant rien entendre, 3°) des visiteurs passés juste avant moi raflant la mise, 4°) une surface si mal fichue qu’il fallait y choisir entre déplier son canapé et ouvrir sa porte – gros regret pour celui-là : du pur XVIIIe siècle, probable dépendance du Jardin du Roy, imaginez dans quel état d’excitation la perspective de sa visite m’avait mise et mon effondrement sur le canapé plié une fois la porte, difficilement ouverte par la négociatrice, refermée, 4°) la promiscuité imposée par une fausse entrée précédent l’entrée véritable résultant du fait qu’un appartement de déjà petite taille avait été partagé en deux encore plus petits par effet de scissiparité immobilière spéculative. Je liste ceci pour donner une idée du marché parisien, à l’été 2017,  des très petites surfaces en précisant que j’éliminais d’emblée de ma prospection les rez-de-chaussée sur cour avec poubelles sous le nez, les mansardes, les plus de troisième étage sans ascenseur, les erzats de WC ou, encore plus gênant, leur absence, tout ce qui était pudiquement à « rafraîchir » (je ne suis pas cool) et, passé ma première déconvenue, tous les arrondissements de la rive droite. Ceci explique mon petit nombre de visites par rapport aux offres en circulation en une période d’incertitude sur ce qu’il adviendrait de la fiscalité des pieds à terre dans la capitale.

sept 6, 2020

Poétique de la voirie (47)

Comments Off

Emprunter

l’empreinte.

août 22, 2020

Poétique de la voirie (46)

Comments Off

Sur le pavé

CIEL BLEU

(juste une miette)

août 16, 2020

Des hôtels parisiens fermés

Comments Off

S’il voulait aujourd’hui prendre pour point de départ, comme en 1927 aux premières lignes de Nadja, l’Hôtel des grands hommes place du Panthéon, André Breton serait bien en peine : celui-ci reste fermé depuis le confinement. Fermé, barricadé, comme beaucoup d’hôtels parisiens, la ville s’étant durablement délestée de sa haute fréquentation touristique et d’affaires habituelle, pour les raisons que l’on sait et pour l’heure sans perspective de retour à la normale. C’est quelque chose qui me tracasse tous ces hôtels fermés lorsque je passe devant leurs entrées et vitrines condamnées, laissés à la garde de sociétés de surveillance.  Je pense aux chambres vides, aux lis faits non défaits, aux piles de linge de toilette resté plié, aux couloirs déserts, aux salles de petits déjeuners sans effluves de café ni de pain grillé. Je me souviens qu’au temps où j’arrivais chaque matin dans Paris par la gare Montparnasse et en rejoignais le boulevard en coupant par la rue Delambre, j’avais toujours cette curiosité pour les salles de petits déjeuners et leurs occupants offerts à la vue des passants en rez-de-chaussée des hôtels se succédant dans cette rue. Touristes – à l’heure qui était celle de mon passage ceux pour affaires déjà à leurs affaires – pas forcément bien réveillés, mal remis de leur Paris by night de la veille, non encore tout à fait habillés pour sortir, indécis sur l’emploi de leur journée, dans un entre deux donnant à voir des miettes de leur intimité. Que des hôtels parisiens restent portes closes et paillassons plus ou moins étoilés remisés ne devrait pas me troubler plus que cela maintenant que j’habite à l’intérieur du périphérique, j’ai où dormir, peu de risque que j’aie besoin de leurs services et room services, au demeurant mes moyens ne me permettraient pas de me loger de la sorte bien longtemps, mais néanmoins je le ressens comme un empêchement de vivre la ville dans sa plénitude, comme une atteinte à son hospitalité*.

* Quand bien même les tarifs hôteliers pratiqués dans la capitale ne sont pas vraiment hospitaliers.

août 7, 2020

Rubriques du blog

Recherche

Archives du blog depuis avril 2008

Sur Twitter

tous textes et photos copyright Martine Sonnet, sauf mention spéciale