L'employée aux écritures

le blog de Martine Sonnet – ISSN : 2267-8735

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"Le problème de la nuit reste entier. Comment la traverser, chaque fois la traverser tout entière ?" Henri Michaux

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Notes confinées (semaine 1)

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Du mardi 17 mars au lundi 23 mars 2020, avec vues sur rue, sur cour ou sur intérieur.

Mardi sur la rue

les chiens, même en laisse, sont les rois du boulevard.

Mercredi sur la rue

la croix verte de la pharmacie signe la vie.

Jeudi sur la cour

un enfant après l’autre joue sa récréation.

Vendredi à l’intérieur

les cheveux poussent désormais sans craintes.

Samedi à l’intérieur

l’adjectif drastique est sorti de sa réserve.

Dimanche à l’intérieur

les heures creusent leurs trous profond.

Lundi sur la cour

jalouse de la corde à sauter, pas pour me pendre, juste sauter.

Filed under la vie tout venant
mar 24, 2020

D’une épidémie l’autre : Paris juillet 1782

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Le volume 7 de la publication du journal tenu par le libraire parisien Siméon Prosper Hardy de 1753 à 1789 sous le titre Mes loisirs ou journal d’événemens tels qu’ils parviennent à ma connoissance, vient de paraître chez Hermann. Il s’agit d’une édition pour la première fois intégrale du manuscrit à laquelle j’ai le bonheur de collaborer. Les volumes papier sont accompagnés d’un site internet mettant à disposition les index. Ce septième volume porte sur les années 1781 et 1782, et justement, en 1782 :

Du vendredi cinq juillet : Espèce d’épidémie répandue à Paris après avoir circulé dans l’Europe.

Ce jour une maladie qu’on prétendoit avoir circulé dans presque toute l’Europe, que les uns appelloient la Coquette du Nord, comme ayant commencé par la Russie, d’autres la Générale, et d’autres encore, la Royale ou la Lévite ; consistant en rhume, mal de gorge et fiebvre, mais qui par bonheur n’étant pas intraitable, moissonnoit peu d’individus, se faisoit sentir dans notre capitale, au point qu’il n’existoit pas, pour ainsi dire, de maison où l’on n’entendît quelqu’un se plaindre d’en être tourmenté. Bien des gens avoient l’esprit frappé qu’une sorte de contagion se répandoit dans l’air et portoient en conséquence par précaution des gousses d’ail dans leurs poches. Parce qu’ils avoient entendu raconter, qu’il étoit entré dans un de nos ports de mer un vaisseau empesté dont les marchandises vendues sans qu’on s’en fût apperçu, avoient porté l’air contagieux en différents endroits. On asseuroit aussi que l’épidémie étoit devenue considérable à l’Hôtel-Dieu, ainsi que dans la prison des galériens dite de la Tournelle size porte Saint Bernard, où il venoit de mourir en peu de jours dix-neuf personnes du charbon, parmi lesquelles se trouvoit même compris le concierge de la dite prison ; comme on prétendoit encore que dans les collèges de Louis le Grand et de Montaigu où nombre de jeunes gens étoient pris de la maladie courante, il avoit été fait dans une chambre où ils étoient plusieurs réunis une expérience pour s’asseurer de la nature de l’air, d’après laquelle on avoit acquis la certitude qu’il étoit effectivement malfaisant et contagieux.

Du dimanche quatorze juillet : Continuité et progrès du rhume épidémique surnommé, la Carmélite ou l’Influence : comment on traitoit les personnes qui en étoient attaquées.

Ce jour le rhume épidémique qui après avoir successivement tourmenté les habitants de la Russie, ceux de la Suède, du Dannemarck et de la Pologne, enfin ceux de l’Italie et de l’Angleterre circuloit en France depuis quelque tems, continuoit de parcourir tous les états dans notre capitale, et de s’y reposer sur presque toutes les têtes, au point que dans une seule famille, dans une seule maison, on trouvoit journellement plusieurs membres devenus ses tributaires, et que ceux qu’on avoit vu la veille triompher et se vanter de n’être pas encore rangés, parmi les infirmes à la mode, étoient tout étonnés de se voir le lendemain frappés à leur tour. Cependant un fort petit nombre de personnes parmi lesquelles on en citoit quelques unes qu’on avoit saignées, étoient jusqu’à ce moment devenu ses victimes en payant à la nature le dernier tribut. On se tiroit d’affaire le plus ordinairement en buvant de l’eau de Bourache avec du miel, en faisant diète et en provocquant la sueur ; quelque-fois aussi en prenant l’air et se promenant beaucoup à l’instigation des médecins. Les gens de travail, d’un tempérament vigoureux se bornoient à employer le vin et le succre, restant vingt-quatre heures au lit, quelques uns même ajoutoient la canelle et la muscade. Le nom actuel de ce rhume singulier et de nouvelle espèce, car déjà il en avoit porté plusieurs, comme on l’a vu plus haut article du 5 du présent mois de juillet, étoit la Carmélite, ou l’Influence. On rapportoit que cette maladie donnoit lieu à une telle consommation de bourache qu’on avoit vu vendre à la halle jusqu’à quinze louis une voiture chargée de cette plante.

Et le 25 juillet Siméon Prosper Hardy nous apprend encore que le sieur Lenoir conseiller d’Etat, lieutenant général de police, venoit de suspendre ses audiences pendant trois jours, ayant été attaqué comme le plus grand nombre des habitans de la capitale de l’épidémie intitulée la Coquette du nord [...]

TOUTE RESSEMBLANCE ETC semble assez pertinente, sauf sur le point des remèdes conseillés sans garantie aucune d’efficacité, et même à ne risquer en aucun cas quand il s’agit de se promener beaucoup. N’en faites rien ! RESTEZ CHEZ VOUS ! Et en attendant de retrouver vos libraires et bibliothèques favorites, allez donc jeter un oeil sur le manuscrit de Prosper Siméon Hardy grâce à Gallica, la meilleure amie des jours confinés.

Filed under du XVIIIe siècle
mar 19, 2020

Habiter Paris (aperçus 17)

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Si vous découvrez la série Habiter Paris (aperçus), et souhaitez l’explorer, rien de plus simple, il suffit de reculer d’une case et ainsi de suite.

(Comme une édition spéciale avant confinement : un dernier petit tour de pâté de maison et pour s’en souvenir)

Dans la capitale, je dispose enfin d’un pâté de maison dont je peux faire le tour si cela me chante. Quand j’habitais en cul de sac au bout de l’allée, le pâté ne risquait pas de tourner rond. A mon adresse antépénultième, moins enclavée, le pâté était triangulaire à angle très aigu, ce qui ne faisait pas vraiment l’affaire non plus. Couper la pointe en traversant la station service ne résolvait pas la question, rien d’agréable à slalomer entre voitures en attente de la station de lavage et voitures en attente d’une pompe libre, sans compter le risque d’hydrocarbure renversé au sol par un maladroit. Via la station service le triangle ne devenait jamais qu’un trapèze encore trop pointu (et de trapèze je ne connais que celui de Billancourt) et le tour était fait en moins de cinq minutes. Mon pâté de maison parisien, enfin digne de ce nom, se prête merveilleusement à être entouré, cerné par mes pas, bordé, le soir de préférence. Franchir le porche de l’immeuble, tourner à gauche – je ne le pratique que dans le sens contraire des aiguilles d’une montre : la légère déclivité du boulevard dans cette direction m’y invite – , puis tourner encore à gauche à la première occasion, puis tourner de nouveau à gauche à la prochaine première occasion et tourner enfin une dernière fois à gauche à l’ultime première occasion, et se retrouver à son point de départ devant le porche de l’immeuble sans avoir traversé une seule chaussée. Un tour rectangulaire, net et sans bavures, offrant quatre haltes intéressante, une par côté. Passé rapidement, puisque la pente vous pousse, l’enclave militaire et ses barbelés (qui s’y frotterait s’y piquerait salement), premier arrêt à la brocante qui offre toujours de quoi surprendre le regard, en vitrine, ou directement sur le trottoir, ma préférence allant aux rangées de sièges de cinéma, qui en ont déjà beaucoup vu, ou de boeings, usés de trop d’heures de vols, régulièrement mis en vente. Suivent trois pauses lèche-vitrine d’agences immobilières, l’état du marché parisien, locatif comme à le vente, demeurant l’une de mes préoccupations constantes.

Chose vue aussi dans la vitrine de la brocante
mar 16, 2020

Habiter Paris (aperçus 16)

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Il y a dans Paris des lieux faciles d’accès et repérables où les gens – pas forcément des Parisiens -, se donnent communément rendez-vous mais où je n’ai jamais rendez-vous avec personne. Sur ma rive et dans mon périmètre d’action quotidien, je citerai la statue de Danton à Odéon et la fontaine Saint-Michel, pour le VIe arrondissement, la sortie du métro Edgar-Quinet pour le XIVe. Je n’y rejoins jamais personne, sauf exceptions antédiluviennes dont témoigneraient mes agendas conservés d’années étudiantes, si je prenais la peine de les ouvrir : cours à Jussieu, ciné entre Odéon et Saint-Michel, point de retrouvailles Danton. C’était donc au XXe siècle. Au XXIe, je ne saurais dire si ces non-lieux de rendez-vous tiennent à ma géographie affective de la ville ou aux gens avec qui je pourrais convenir de m’y retrouver. Leur existence, leur non-existence, ou le fait que nous ne nous soyons pas encore rencontrés. Tout rendez-vous dans la ville, géo-localisé à la convenance des protagonistes, deux ou plus, supposant au moins un contact voire des négociations préalables, le plus souvent virtuels. Passez par ces points communs de rencontres, Danton, fontaine Saint-Michel, Edgar Quinet, et quelle que soit l’heure vous y verrez des gens, parfois impatients, parfois inquiets, occupés à en attendre d’autres. A vérifier l’heure qu’il est, à la grosse horloge carrée, perchée sur son mât, cadran triple face, mobilier urbain conçu pour être bien visible, si la place en est dotée, ou vérifier des messages, écrits ou murmurés, en déshérence sur un téléphone portable dont l’écran d’accueil confirmera ou corrigera au besoin l’heure indiquée à la pendule municipale. Hier en début d’après-midi, comme je passais aux pieds de Danton, filant droit, sans y chercher des yeux quiconque, m’arrête une femme entre deux âges, paniquée, cherchant la fontaine Saint-Michel. Une qui connaissait mal la ville, mélangeait tout, Odéon-Saint-Michel pour elle du pareil au même, repartie en courant dans la bonne direction, aiguillée par mes soins et gagnée à ma suggestion de raccourcis. J’avais compris l’urgence, saisi et rasséréné l’angoisse autant qu’il m’était possible.

A qui ne maîtrise qu’approximativement la ville, je donnerai plutôt rendez-vous à la sortie du métro Edgar-Quinet, point de ralliement qui ne se prête à aucune confusion, unique en son espace, et ce d’autant moins que la station ne connaît qu’une seule sortie. Imparable et sans excuse à qui prétendrait être venu sans vous avoir trouvé. Impossible : vue dégagée de tous les côtés. A Edgar Quinet, le bénéfice du doute n’a pas cours, on vous a posé un lapin. Je serai moins affirmative à propos d’un rendez-vous à la sortie du métro Sèvres-Babylone. En toute innocence et parfaite bonne foi, l’un émergeant rue Velpeau, l’autre boulevard Raspail (côté rue de Sèvres ou côté la rue du Four), une jonction dans la verdure du square Boucicaut, autour du manège de chevaux de bois, garde un caractère aléatoire, surtout les jours de vent fort quand la ville boucle ses jardins. Principe de précaution. Ne parlons pas des inconscients qui tenteraient de se rejoindre à la station Châtelet-Les Halles écartelée en ses 19 sorties ; n’y pensons pas même.

mar 3, 2020

Poétique de la voirie (44)

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Comme on nous parle en ville, il faut voir


ni bonjour ni au-revoir ni merci

fév 21, 2020

Poétique de la voirie (43)

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La poétique de la voirie

certains jours

l’envie vous prend de refermer le couvercle

et tourner les talons

fév 12, 2020

Poétique de la voirie (42)

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IL est passé par ici

IL repassera par là
forcément

fév 7, 2020

Habiter Paris (aperçus 15)

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Si vous découvrez la série Habiter Paris (aperçus), et souhaitez l’explorer, rien de plus simple, il suffit de reculer d’une case et ainsi de suite.

A l’hiver 2018, un dormeur solitaire de rue est mort dans le quartier, ni vu ni connu. Les jours d’après, une feuille A4 plastifiée l’apprend aux passants. Un prénom masculin et un âge scotchés près d’une entrée de parking. Bernd, 55 ans. Je me demande s’il s’agit de l’homme que j’avais aperçu parfois rouler soigneusement son duvet au matin sous une arcade proche, boucler son paquetage, faire place nette, et qui ne reparaît pas. Même plastifié, le faire-part d’infortune finit par s’effacer avec une discrétion inversement proportionnelle à la violence de ce que ces quelques mots nous disaient sur la ville et sur notre indifférence ; à nous, lecteurs, arrêtés là, précisément au point de rupture du lien d’humanité qui aurait dû nous unir, arrêtés là mais trop tard. Deux poids deux mesures : des souvenirs écrits qui résistent au temps et aux intempéries, gravés près de portes souvent cochères, le quartier n’en manque pas. Adresses auxquelles untel et plus rarement unetelle, porté en grande estime, à titre posthume si ce n’est de son vivant mais dans ce cas sans en tirer profit voire au contraire en tirant le diable par la queue, a vécu ou produit quelque chose de mémorable. Un événement que l’on a jugé pertinent d’immortaliser en apposant une plaque, à hauteur lisible, en façade de la maison où la chose s’est passée. Quelqu’un de remarquable est né, est mort, a vécu, a écrit, a composé, a inventé. Et pour peu que la hauteur sous plafond et la luminosité s’y prête, au dernier étage, a peint ou, de plain-pied suivant l’envergure et le poids des oeuvres, a sculpté. Entre février et juillet 1896, August Strindberg, au 62 rue d’Assas alors adresse de l’hôtel Orfila, « a vécu une phase décisive de sa vie » précise la plaque commémorative, sans en dire plus. De février à juillet, la phase décisive a pu durer quatre mois – en admettant qu’il ait logé là du 29 février (1896 étant bissextile) au 1erjuillet – aussi bien que six – s’il y a pris ses quartiers du 1erfévrier au 30 juillet. Marge d’incertitude non négligeable sur la durée de la « phase décisive » et donc son intensité. A réserver la pose de plaques aux seules adresses de « phases décisives » dans  le cours des vies et/ou l’avancement des oeuvres – étroitement mêlés dans l’Inferno de ce printemps-été strindbergien rue d’Assas -, combien en resterait-il ? Il va de soi que toutes choses sont et resteront inégales par ailleurs, mais passant en revue mes adresses successives, je cherche celle (ou celles) à laquelle (auxquelles) j’aurais vécu une (des) phase(s) décisive(s) de ma vie et je réponds : toutes. Sans compter des adresses qui n’étaient pas les miennes, des adresses même pas forcément habitables au sens résidentiel du terme, celles de bibliothèques par exemple.

fév 2, 2020

Poétique de la voirie (41)

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Au pied du mur

la feuille

du Caoutchouc

échoua

jan 26, 2020

Poétique de la voirie (40)

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Chat débotté n’ira pas loin

à sept lieues d’ici

inutile de l’attendre

jan 19, 2020

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