L'employée aux écritures

le blog de Martine Sonnet – ISSN : 2267-8735

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"Le problème de la nuit reste entier. Comment la traverser, chaque fois la traverser tout entière ?" Henri Michaux

Les chiens, le chat, le lion et la centenaire – New York City 1

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En une semaine à New York, au bout de laisses liées souvent par deux ou trois  j’ai croisé de nombreux chiens, généralement petits et assez laids. Quand ils affichaient un même pédigrée, menés par la main de leur maître ou de leur maîtresse, tous trottinaient de la même petite foulée ; quand l’attelage était disparate, les bêtes ne présentant plus entre elles qu’un lointain air de famille, la main était mercenaire et la promenade plus tranquille, réglée sur un pas de senior chichement pensionné. Les chiens ne m’intéressent pas trop, je n’en ai pas photographiés (mais j’ai bien remarqué sur une table de nouveautés à l’entrée de la librairie Barnes et Noble d’Union Square une biographie canine et filmique tout à la fois : Rin Tin Tin: The Life and the Legend).

En revanche je n’ai en tout et pour tout rencontré qu’un seul chat aventuré sur les trottoirs de la ville, un peu inquiet comme l’on comprend qu’il le soit, exposé aux embarras de la circulation par temps de session générale de l’Assemblée des Nations Unies

et à une rude concurrence féline, sculpturale, monumentale et architecturale.

La New York Public Library, entre ses deux lions, fêtait ses cent ans, j’ai visité l’exposition consacrée à son anniversaire, fait un tour dans ses salles de lecture qui m’en rappelaient d‘autres et constaté que sa boutique dispensait de bons conseils aux employées aux écritures de tous poils : sûre qu’en s’aidant de ces deux manuels on doit pouvoir écrire l’autre biographie, la non autorisée, de Rintintin.

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Contribution au bestiaire urbain des Hauts-de-Seine

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Rentrant ce soir traînant un peu le pas, sur les dalles menant à l’entrée de l’immeuble,  j’ai d’abord vu l’une,

puis l’autre

et j’ai pris grand soin, comme à la marelle, de poser mes pas en diagonale, sur les dalles où elles n’étaient pas ; nous nous sommes seulement croisées

sans que je leur demande vers quel rendez-vous elles convergeaient. Cocktail dînatoire à partir de 19 heures, limaces obligatoires RSVP  ? Mais ces deux-là n’arriveront pas bras dessus dessous et moi je n’ai pas trouvé le carton d’invitation dans ma boîte aux lettres.

Déstockage de rentrée

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Je n’aime déjà pas le mot déstockage pour le trop plein qu’il charrie quand les manques sont par ailleurs tellement criants. Je n’aime pas non plus de façon générale les vidéos-clubs qui en matière d’enlaidissement du paysage urbain tiennent souvent le haut du pavé. Je déplore encore la négligence qui tronque si souvent les enseignes aux boutiques, lettres ou chiffres manquants. Enfin, je n’ai jamais eu de goût particulier pour les plantes vertes et encore moins pour celles sur les feuilles desquelles on laisse s’accumuler la poussière et dont le vert tourne au grisâtre.

En résumé, cette vitrine saisie de la vitre du bus 189 me consterne mais je lui sais gré, au moins, de nous épargner l’épithète massif : le déstockage pourrait être massif et la vitrine encore enlaidie d’autant.

A tout prendre, puisque tout doit disparaître, je me demande si la liquidation totale, version tas de tuyaux d’arrosages posés à même le trottoir n’est pas moins nocive pour le paysage : un petit effort des passants, à hauteur de 5 euros chacun, pas la ruine, et tout aura vraiment disparu, quand la vitrine du vidéo-club, toujours là, ne tardera pas à vanter un nouvel arrivage…

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Sources d’inspiration nouvelle

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Jailliront bientôt ici à flanc de montagne

(irriguant les épilobes qui sèment à tous vents la fin du mois d’août)

fluides de nos jours enrobés de menthe et de grenadine

Exacerbation du géranium

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Evidemment cela ne s’est pas fait en un jour

le mal est insidieux

les lotissements ainsi faits

Résistance du trapèze

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Ne dites surtout pas au service cartographique de la RATP que l’usine a fermé il y a près de 20 ans, qu’ils sont tous partis (même si certains reviennent tourner autour), que les ateliers ont été dépecés, démolis (qu’on en a fait des livres en mots et en images), qu’il n’en reste plus rien et que l’on construit autre chose à la place : ils croient la forteresse ouvrière toujours dressée. Pas la peine d’aller désespérer les cartographes

qui ne savent pas que même le grand portail noir a disparu

(un jour

j’ai posé ma main dessus

il était grand temps).

Pour tous les goûts et des couleurs

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Embarras du choix ?

mais décidez-vous avant l’heure de la fermeture.

Et le grand jeu de l’été de L’employée aux écritures qui n’est pas encore en vacances : dans quelles villes touristiques françaises, l’une littorale atlantique, l’autre méditerranéenne intérieure ont été prises ces deux photographies ?  (Un indice : j’y étais passée avec les forgerons.)

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La fabrique de paragraphes

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La fabrique de paragraphes fonctionne à flux tendu : jamais sûre de la production du lendemain.

La fabrique de paragraphes s’est beaucoup automatisée ces dernières années : désormais, un seul ouvrier – qui est souvent une ouvrière – suffit par ligne de production. Il est loin le temps des équipes en 3X8.

La fabrique de paragraphes fait pour certaines commandes, très spécifiques, appel à la sous-traitance. Il en est ainsi de la production de strophes, notamment quatrains et tercets, ainsi que leurs combinaisons deux à deux bien connues sous le nom de sonnets. Les commandes de haïkus sont, pour leur part, honorées depuis la nuit des temps par une filiale établie au Japon.

Dans la fabrique de paragraphes, ils redoutent le jour où les romans fleuves sortiront tous de leurs lits en même temps : les digues ne sont pas si solides.

L’activité de l’atelier serrurerie de la fabrique de paragraphes connaît une expansion qu’on aurait eu peine à imaginer il y a seulement cinq ans. Les nouveaux supports d’écriture ont fait littéralement exploser la demande de mots clefs et la pénurie de main d’œuvre est désormais endémique dans le secteur

A la fabrique de paragraphes, au DEFDIC (département définitions de dictionnaires) ils ont encore eu des mots et c’était à qui aurait le dernier. Le rappel à l’ordre alphabétique a été sévère.

Quelle que soit la complexité de ce qu’elle entreprend de vous expliquer (ou de vous démontrer dans le cas d’un théorème), la fabrique de paragraphes ne vous fera jamais un dessin. N’y comptez pas. Pas outillée pour.

Impitoyable avec les veuves et les orphelines, la fabrique de paragraphes les chasse et tourne la page.

(Reprise de quelques unes de mes contributions anonymes au collectif Convoi des glossolales publiées l’hiver dernier, illustrées du détail d’une machine à recycler les paragraphes oubliée au bord du chemin)

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Crapaud plate couture

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C’était l’auto de trop celle qui fait la peau

pauvre crapaud t’en as eu plein le dos

sec sur graviers petit doigt en l’air.

Je me souviens de Crapaud, Blaireau, Rat et Taupe quand on lisait le soir, il y a longtemps, Le vent dans les saules de Kenneth Grahame à nos enfants (Folio junior n° 713).

Oloé du bord de l’eau

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Le concept de l’oloé – le lieu Où Lire Où Ecrire : quête incessante - est une heureuse invention d’Anne Savelli auteure de Franck (mais pas seulement) paru l’année dernière, livre fort avec dérives et rencontres en villes, en gares et en prisons, le tout nimbé d’amour et accompagné magnifiquement en images et en voix sur la Toile. Son livre numérique Des Oloé Espaces élastiques où lire où écrire qui vient de paraître est lui natif du web, conçu lors de sa résidence virtuelle chez mélico – à qui je livrais dans le même temps mes Notes de voyages avec livre et où, en ce moment, des textes de Philippe Annocque et de Thierry Bienstingel sont accueillis.

Ce début juillet 2011, j’ai habité un Oloé auquel je mettrais bien ***** s’il en allait des Oloé comme des hôtels, mais mon Oloé n’était pas un hôtel mais un moulin sur un bras de Seine à Andé dans l’Eure, assez connu pour que je me dispense de raconter son histoire ; une longue histoire commençant au XIIe siècle et fortement enrichie à partir du milieu du XXe des présences des hôtes, artistes, musiciens et cinéastes notamment, et écrivains, reçus là par Suzanne Lipinska conquise par le lieu et désireuse de le partager.

Au moulin j’écrivais en bon voisinage avec Maurice Pons (et ses chats) vivant là à demeure ; ma chambre à soi d’une semaine située juste au dessus de chez lui. Souvenirs forts de Georges Perec dans les murs, comme de François Truffaut, de Jules, de Jim et de Catherine, pour ne pas dresser une trop longue liste de celles et ceux passés par là.

Précieuse semaine sans autres pensées que celle d’écrire quand l’ordinaire des jours c’est l’éparpillement et assez souvent le spectre des choses à faire dans le reste de la journée qui vient se mettre en travers de l’écriture des petites heures du matin tôt. Chantier en cours, chantier au long cours, esquissé jusqu’à son terme.

Le dimanche, comme tous les dimanches sans doute, un bateau de croisière est passé, apparition étonnante dans ce paysage ressenti comme l’écho d’un lointain “sentiment de la nature au XVIIIe siècle” ; beau sujet à méditer dans un parc dans lequel le végétal et la rocaille se fondent à la perfection.

Je me suis plue à Andé parce que dans la nature sans me ressentir à(de) la campagne. Nuance. Sentiment partagé me dit Suzanne Lipinska : je ne serais pas la seule,  assez loin de là, à aimer le moulin sans trop goûter la campagne. Grande pensée amusée pour les pages de Georges Perec à propos de  la campagne dans Espèces d’espaces(le chapitre IX, p.101-107 dans mon édition, collection Médiations Denoël/Gonthier, achetée en septembre 1978, je l’ai noté à l’intérieur).

Sur la Seine croisent les bateaux du dimanche et sur l’herbe les bateaux des autres jours au fond desquels des arbres poussent.

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