L'employée aux écritures

le blog de Martine Sonnet – ISSN : 2267-8735

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"Le problème de la nuit reste entier. Comment la traverser, chaque fois la traverser tout entière ?" Henri Michaux

Grand art perdu de la rature

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Les outils de L’employée aux écritures épargnent à ses lecteurs la vision de ses repentirs, ce n’est pas comme pour le notaire parisien Théodore Girardin dont les minutes rédigées à la plume proposent, en l’espace des deux mois (août-septembre 1781) que j’ai consultés cette semaine, d’infinies variations de ratures. Théodore Girardin officiait rue de Bourbon (aujourd’hui d’Aboukir, Paris IIe arrondissement), près du lieu dit “Les petits carreaux” et les minutes de son étude sont conservées aux Archives nationales sous les cotes MC/ET/XV/939 à 2006.

Filed under du XVIIIe siècle

Habiter Paris (aperçus 4)

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Suite des précédents aperçus : 1, 2, 3.

Il y a dans Paris des rues dont les noms se ressemblent et que je confonds toujours, même habitant désormais à leur proximité relative : les rues Madame, Mademoiselle et Princesse mais ni l’une ni les autres avec Monsieur le Prince, comme on pourrait l’imaginer, celle là trop marquée par le douloureux souvenir de la mort de Malik Oussekine. Autres exemples :  Brézin et Bezout, Boissonade et Boussoulade. Sauf que la rue Boussoulade n’existe pas et n’a jamais existé, la confusion procède d’une erreur de ma part, je crois parfois que la rue Boissonade s’appelle Boussoulade et je me demande bien pourquoi je fais une fixation, au point de vouloir baptiser une rue parisienne de son nom, sur l’abbé Jean Boussoulade certes auteur d’un ouvrage[1] qui m’a bien servi lorsque je rédigeais ma thèse (pourtant non refréquenté depuis). Je confonds encore les rues Laromiguière et Lesdiguières, une seule sur ma rive pourtant, rien à voir géographiquement donc, et des hommes que séparent en outre deux siècles et leurs passions, au premier, celui de la montagne Sainte-Geneviève, les idées, au second, celui du Marais, les armes. Erasme et Descartes : laissez-moi réfléchir, l’une longe mon bureau mais laquelle, celle de l’humaniste ou celle du philosophe ? Et pour rester dans le cinquième arrondissement, je m’embrouille encore, avec Thuillier (Louis) et Toullier (sans prénom), les deux existent et je traîne le vieux remord d’avoir un jour fourvoyé vers l’une (Toullier) un couple qui cherchait l’autre (Thuillier), les envoyant vers le Panthéon. Rues pas si éloignées l’une de l’autre, certes, mais d’où la question m’était posée – près du carrefour Saint-Jacques / Gay-Lussac – gagner l’une puis revenir sur ses pas en quête de l’autre risquait fort de mettre ce couple en retard à un rendez-vous. Rendez-vous qui pouvait être important, médical, et des plus sérieux puisque l’entrée des consultations d’un hôpital spécialisé se fait par la rue Thuillier. Après coup je m’étais dit que forcément c’était cela qu’ils cherchaient.

Depuis que j’habite Paris je comprends que les gens perdus, paniqués, qui cherchaient le métro dans ma ville de banlieue où il n’y en avait pas ne pouvaient être que des Parisiens. Leur effroi faisait peine à voir quand on leur expliquait comment le rejoindre, au moyen d’un autobus, ou quand on leur proposait l’alternative du train qui les amènerait à Montparnasse. Mais l’idée de prendre le train les effrayait au plus haut point, les faisant se sentir tout à coup encore plus égarés et éloignés de Paris qu’ils ne le craignaient. C’était avant le dézonnage de la Carte Orange et la frontière entre les zones 2 et 3 passait entre les stations d’autobus Hébert-Gare et Lazare-Carnot. Il fallait aussi expliquer cela aux égarés anxieux d’âtre en règle avec la RATP qui cherchaient le métro.

Maintenant, ce vers quoi j’aiguille le plus souvent quand on me demande un renseignement, c’est l’hôpital Cochin, le Panthéon, la rue d’Ulm ou l’abbaye du Val-de-Grâce – confondue une fois par une touriste, pas très regardante, avec Notre-Dame de Paris ; je l’avais remise dans le droit chemin de la rue Saint-Jacques.


[1]Jean Boussoulade, Moniales et hospitalières dans la tourmente révolutionnaire : les communautés de religieuses de l’ancien diocèse de Paris de 1789 à 1801, Paris, Letouzay et Ané, 1962, 260 p.

Habiter Paris (aperçus 3)

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Pour servir de suite aux aperçus 1 et aperçus 2 d’un chantier d’écriture lente.

De Paris, longtemps je n’ai connu que deux portes : la porte de Versailles et la porte de Saint-Cloud. Celles vers lesquelles de la cité d’enfance menaient des autobus directs, respectivement les lignes 190 et 136. Il y avait bien aussi la porte d’Orléans dont on savait l’existence, mais le changement d’autobus obligé entre 190 et 195 à l’arrêt « La cavée » en rendait l’accès moins évident ; sans parler du nombre de petits tickets pliés en accordéon à confier au receveur qui augmentait du fait de la correspondance. La porte d’Orléans ne nous était pas plus lointaine mais aborder la ville par son franchissement coûtait plus cher. Trop cher.

Habiter Paris c’est – enfin et joyeusement ! – rentrer dans le rang en ne possédant pas de voiture. Avant notre déménagement du printemps 2013 C. et moi devions nous justifier de notre non-motorisation mûrement résolue et assumée et suscitions parfois sur ce sujet un léger apitoiement dont nous n’avions que faire. Paradoxe : là où, à ma portée et sans aucun effort pour les atteindre, je dispose des transports publics qui me manquaient en banlieue, je les néglige souvent et marche le plus possible. Tout ce qui m’est accessible en 30-35 minutes d’un bon pas, soit, grosso modo, tout ce qui se situe dans un rayon de 3 km ou presque, je n’y vais pas autrement (sous réserve que la météorologie y mette du sien). Je vous parle à vol d’oiseau et je ne vous cache pas que talons aiguilles merci bien pas pour moi. J’ai tracé sur le plan de Paris d’un calendrier de la Poste à terme échu, la superficie délimitée par mon rayon d’action piéton. Pas au compas, plus personne autour de moi n’en possède, mais en déplaçant circulairement, le plus rigoureusement possible, un double décimètre dont je maintenais l’origine sur mon port d’attache. J’ai calculé mon aire de marche : 28,26 km2 (2826 hectares) soit 268/1000e de la surface de la capitale, un peu plus du quart. Encore que mon cercle déborde sur la banlieue entre la Porte de Vanves et la Porte d’Italie et même, à hauteur de ce qui me semble être Arcueil mais ce n’est pas écrit et pour cause, de la limite inférieure du cadrage du plan de la Poste. J’exprime ma surface en millièmes de co-propriété pour mieux la posséder : avec Paris je suis assez possessive. Je calcule aussi le périmètre de cette aire de marche, 18,84 km, mais plus par souci d’exhaustivité arithmétique qu’autre chose, n’ayant aucune intention d’en faire le tour ; pour ordre de grandeur, je constate que c’est à peu près la moitié de la longueur déroulée du boulevard périphérique. Autre paradoxe : désormais cernés de la profusion des taxis ou de leurs émules dont l’absence en banlieue, à certaines heures de la nuit, complique terriblement la vie, nous n’en avons plus besoin.

Lire la suite : aperçus 4.

Le ciel ce jour-là

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comme si Rothko était passé par là


Cette dame au chignon vert

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surgie ces jours derniers, bien cadrée, rue de L’abbé de L’Epée (Paris 5e) me fait me souvenir qu’il y avait autrefois chez nous, ce livre, Ces dames aux chapeaux verts, de Germaine Acremant qui avait dû appartenir à l’une de mes soeurs aînées et que je n’ai jamais lu. En vertu d’un principe, bien établi dans ma petite tête, qu’un livre – et surtout un roman – acquis par l’une de mes soeurs n’était en aucun cas susceptible de m’intéresser. Non que l’on m’ait jamais dissuadée d’ouvrir quelque livre que ce soit : j’édictais mes “mises à l’index” toute seule comme une grande.

Ce qui m’impressionnait avec les chapeaux verts, outre leur logique publication dans la Bibliothèque verte, c’était le fait que l’auteure porte le même prénom que notre mère. Nous n’en connaissions pas beaucoup des livres signés d’une Germaine quelque chose et c’était même probablement le seul présent sur nos étagères. A ces côtés étaient rangés  Trois hommes dans un bateau (Jérôme K. Jérôme – autre nom intrigant – Bibliothèque verte également) et Les Carnets du Major Thompson (Pierre Daninos, collection Le livre de poche) que je n’ai jamais lus non plus. Les dames, les canotiers et le Major, tout ce monde-là faisant bon ménage en une improbable trilogie qu’il me reste à lire (ou pas).

PS du 12 août : on trouvera sur le blog Pendant le week-end le même cadre, vide ou autrement rempli. Merci au tenancier attentif.

Poétique de la voirie (20)

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fondue

enchaînée

sculptée

Injonction piétonnière ciblée

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Toujours intriguée par la variété des formules écrites/imagées par lesquelles on nous enjoint, plus ou moins poliment, à passer notre chemin de l’autre côté de la rue. J’en ai déjà ici répertorié quelques exemples. Mais ce modèle-ci, croisé aujourd’hui dans le VIIe arrondissement, entre boulevard Saint-Germain et rue du Bac,  je ne l’avais encore jamais vu.

Certes, le quartier est riche en ministères et qui dit ministères dit bataillons de costards/cravates/serviettes à l’entour, cela va de soi. Mais à l’heure où l’injonction est aussi à être inclusif (jusque et y compris malheureusement en écriture) on aurait voulu me signifier que je n’avais rien à faire dans le quartier qu’on ne s’y serait pris autrement.

Au petit bonheur des “Annonces, affiches et avis divers” dans le Paris des Lumières

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Toujours grand plaisir à l’immersion dans le quotidien des Parisiennes et des Parisiens du XVIIIe offerte (sans avoir besoin de coiffer un casque de réalité virtuelle) par la simple lecture des Annonces, affiches et avis divers disponibles sur Gallica pour les années 1752 à 1778, (sauf 1767, 1770 et 1777). Ce que l’on cherche à vendre, ce que l’on cherche à acheter (biens immobiliers ou effets mobiliers), les objets perdus que l’on voudrait retrouver, les charges, rentes et offices convoités, les emplois offerts ou demandés, les nouveautés commerciales, le cours des changes, les enterrements, aussi bien que le tirage de la loterie ou les spectacles à l’affiche, allez-y faire un tour et vous saurez tout cela. Avec du nouveau deux fois par semaine : la feuille périodique paraît les lundis et les jeudis.

Ce qui me frappe et me réjouit comme je dépouille quelques numéros – les mois de mars et octobre 1768 et la dernière semaine de décembre 1778 pour être précise -, c’est, en moins de trois mois donc, la grande variété des types de véhicules rencontrés sur le marché de l’occasion. Je ne résiste pas à la tentation de les lister. Si certaines appellations me parlent, d’autres me sont moins familiers. Ce qui est certain c’est que pour se transporter, ou plutôt se faire transporter, l’embarras du choix n’était pas mince puisque vous pouviez choisir entre

une berline

une berline à la française

une berline de campagne

une berline de campagne à l’allemande

une berline de ville

un berlingot*

un cabriolet

un cabriolet à l’anglaise

un cabriolet de voyage

un cabriolet du matin

un cabriolet en solo

une calèche de voyage

une chaise de famille à quatre places

une chaise de poste à la milanaise

une chaise de poste à ressorts à l’écrevisse

une désobligeante**

une désobligeante à ressorts

une désobligeante à timon et limonière

un diable en calèche***

une diligence

une diligence à la française

une diligence de campagne

un trois-quarts

un vis-à-vis à la polonaise

une voiture anglaise

une voiture anglaise à flèche

une voiture de provisions

autant de modèles souvent spécifiés de hasard : entendez par là que vous ferez en les achetant une bonne affaire.

Je vous fais grâce de la variété des garnitures intérieures, les velours, cramoisi, gris, jaune ou vert, d’Utrecht ou de Venise, bleu et blanc à petits bouquets ou à ramages, comme je vous fais grâce des précisions sur le bon état des véhicules mis en vente, le meilleur étant probablement ce cabriolet qui n’a fait que le chemin de Versailles à Paris qu’une seule fois. Pour se renseigner sur celui-ci, dont on aimerait savoir quelle désillusion ou déconvenue a conduit à s’en défaire si vite après un aller simple de la cour à la ville, on s’adressera à M.Dulot, à l’hôtel Saint-Louis, rue des Grands Augustins.

* Berlingot : Berline coupée. On dit plus ordinairement Brelingot. (Dictionnaire de l’Académie française, 4e édition, 1762)

** Désobligeante : Sorte de voiture étroite qui ne peut contenir que deux personnes. (Dictionnaire de l’Académie française, 6e édition, 1835)

*** Diable en calèche : inconnu au bataillon des dictionnaires auxquels je me réfère.

Filed under du XVIIIe siècle

De ce qu’il advient… (j’y reviens)

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Moi je trouve qu’ils ont bossé vite. Aujourd’hui c’était démontage de grue rue des Fossés Saint-Bernard. J’y passais rentrant à pied de la bibliothèque de l’Arsenal où je me réjouis toujours d’avoir quelques ouvrages à consulter (on vous les apporte encore à votre place après que vous ayez rempli à la main des bulletins papier de demande – un peu comme à Richelieu au XXe siècle quand je débutais dans le métier). La grue démontée ça sent la fin de chantier. Quelque chose de l’ordre de la commedia e finita, on démonte et on remballe, on va jouer ailleurs. Seulement là, un décor nouveau reste planté.

Pour mémoire quand j’ai commencé à m’intéresser à ce qui se tramait entre rue des Fossés Saint-Bernard et du Cardinal Lemoine on était le 15 janvier 2017 et ce qu’on longeait encore descendant vers la Seine, c’était l’immémoriale façade verte du garage Mercedes Benz “Jussieu automobiles”, photographiée cernée des palissades annonciatrices dès septembre 2016.

Entre temps il y a eu brèche,

respiration dans le vis à vis, percée de perspectives dont, dans la succession des générations de passants dans la ville, nous aurons été les seuls témoins. A charge pour nous d’archiver ces hiatus fugaces du tissu urbain.

PS : la phase table rase du chantier est visible du ciel dans le billet du jour du blog Pendant le week-end, merci à lui de ses compléments toujours bien inspirés et illustrés.

Poétique de la voirie (19)

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la nature a horreur du vide

et la verdure a la dent dure

ah mais

(les mégots donnent l’échelle)

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