L'employée aux écritures

le blog de Martine Sonnet – ISSN : 2267-8735

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"Le problème de la nuit reste entier. Comment la traverser, chaque fois la traverser tout entière ?" Henri Michaux

Prises d’air (cinq autres)

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Pour compléter une typologie amorcée ici puis

Elégant doublé art nouveau

géométrie circulaire sans fioritures

graphie échappée d’un étrange alphabet

enguirlandée  de fleurs de lys

sobre mais pratique : tient lieu de petite porte avec charnières et serrure.

Poétique de la voirie (45 – de jardin)

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Tant de fauteuils à tendre leurs bras

en pure perte

et sans talent

Christo n’en saura rien (et c’est tant mieux)

Notes confinées (semaine 8)

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Du mardi 5 mai au dimanche 10 mai 2020, avec vues sur rue, sur cour ou sur intérieur.

Mardi sur la rue

la grande soif des jardinières aux fenêtres de ceux qui sont partis fait peine à voir.

Mercredi sur l’intérieur

vérifier quand même que dans cette histoire de 2,5kg/personne on compte pour du beurre.

Jeudi sur la rue

si les mardis, jeudis, samedis,  autour des étals du marché, se dansera un bal masqué ?

Vendredi sur la cour

rêve éveillé : imaginer nos enfants mêlés à ceux d’en bas (mais ils ont bien passé l’âge).

Samedi sur la rue

rideaux de fer à demi levés : états des stocks, serpillères et balais, et dérouiller les tiroirs-caisses.

Dimanche sur l’intérieur

clore ici la dernière livraison hebdomadaire de notes confinées quoi qu’il advienne du déconfinement.

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Notes confinées (semaine 7)

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Du mardi 28 avril au lundi 4 mai 2020, avec vues sur rue, sur cour ou sur intérieur.

Mardi sur la rue

toute averse venant reverdir les platanes est source d’espoir.

Mercredi sur la cour

diversification des jeux : apparition d’un croquet et de quilles de bois numérotées.

Jeudi sur l’intérieur

vert, rouge, alerte orange, que chacun voie l’épidémie à sa porte.

Vendredi sur la rue

disparus le fournisseur de muguet communiste français et ses concurrents de sauvette.

Samedi sur l’intérieur

exhumer les pinces à cheveux des vies antérieures qu’on croyait enfouies à jamais.

Dimanche sur la cour

à 17h chaque après-midi, envol des volutes d’un violoncelle voisin.

Lundi sur la rue

un frémissement, comme un frémissement, des prémices, une amorce (et puis rien ?).

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Notes confinées (semaine 6)

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Du mardi 21 avril au lundi 27 avril 2020, avec vues sur rue, sur cour ou sur intérieur.

Mardi sur l’intérieur

compter en semaines (6) plutôt qu’en jours (36) pour tâcher de s’en tenir à un chiffre.

Mercredi sur la cour

ils ont tous bien progressé en badminton sans doute grâce au filet de fortune installé.

Jeudi sur l’intérieur

jusqu’à la nuit même, lourde de rêves confinés, que le jour ne dissipe pas.

Vendredi sur la rue

le joggeur passant sous la fenêtre à 19 heures pile sort de nulle part, forcément.

Samedi sur l’intérieur

les beaux parleurs de chez eux sur nos écrans ont souvent des plafonds moulurés sur la tête.

Dimanche sur la rue

réapprendre à traverser dans les clous comme les chiens réapprendront la laisse, un jour.

Lundi sur l’intérieur

attendre la stratégie du plan (ou le plan de la stratégie) et tourner en bourrique.

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Notes confinées (semaine 5)

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Du mardi 14 avril au lundi 20 avril 2020, avec vues sur rue, sur cour ou sur intérieur.

Mardi sur l’intérieur

la saint glinglin, la Trinité, les dents des poules : aux environs de la mi-mai – à confirmer.

Mercredi sur la cour

les marelles tracées dans les petits cailloux ne sont pas durables.

Jeudi sur la rue

ce frisson à chaque passage de camion frigorifique.

Vendredi sur la rue

statistique personnelle : deux personnes au plus par autobus, même dans les doubles.

Samedi sur la rue sur la cour sur l’intérieur

le geste-barrière n’est pas l’apanage du garde-barrière, heureusement.

Dimanche sur l’intérieur

ce que l’on sait c’est que l’on n’en sait pas beaucoup plus sur la suite.

Lundi sur la rue

tous ces chiens qui habitent la ville dans un rayon de moins d’1 km et que l’on ne connaissait pas.

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Notes confinées (semaine 4)

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Du mardi 7 avril au lundi 13 avril 2020, avec vues sur rue, sur cour ou sur intérieur.

Mardi sur la rue

s’avancer masqués pour une fois qu’avril pouvait nous découvrir d’un fil.

Mercredi sur l’intérieur

pics, plateaux, épicentres, la géographie de 19:15.

Jeudi sur la rue

deux cavaliers et leurs montures carapaçonnés de bleu, chaque jour, au petit trot sur le boulevard.

Vendredi sur la cour sur la rue

nos fenêtres nous ne les verrons plus jamais du même oeil.

Samedi sur la cour

l’érable élagué, de ses jeunes pousses vertes, veut nous dire quelque chose.

Dimanche sur l’intérieur

férié, ouvrable, ouvré, va savoir.

Lundi sur l’intérieur

il faudrait pouvoir en parler au passé mais ce ne sera pas simple.

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Un printemps bergounien malgré tout

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Pandémie et confinement tendant à nous faire perdre le Nord, j’ai oublié de mettre en ligne aux premiers jours d’avril, comme je me l’étais promis, la suite de mon année bergounienne. Je m’en aperçois et je boucle donc l’année, après mes extraits consacrés à l’été, à l’automne et à l’hiver. Un petit bol d’air corrézien nous fera du bien. Donc toujours selon les principes de ma “Conduite à tenir pour vivre une année bergounienne” publiée dans le livre collectif Pierre Bergounioux : le présent de l’invention, dirigé par Laurent Demanze en 2019, suite de ma contribution inspirée par ma relecture des trois premiers Carnets de notes (1980 à 2010) pour y puiser le schéma de l’année bergounienne archétypique. Je rappelle que tous les passages composés en italiques ci-dessous sont des citations extraites des Carnets.

Avril, mai, juin.

Printemps théorique parce que certaines années l’hiver revient au seuil d’avril, quand ce ne sont pas les giboulées qui frappent à contre-temps mars en mai puisque nous avons eu mai en mars. Néanmoins,profiter des vacances dites de printemps pour descendre en Corrèze même si les huit ou dix jours du séjour ne procurent qu’un avant-goût (de trop peu) de la cure régénérative de juillet. Mettre le cap sur les Bordes, lever 5h30, départ 6h, arrivée 11h, horaire susceptible de varier en fonction des arrêts facultatifs à Orléans, Clermont-Ferrand et/ou Brive. Faire éventuellement l’acquisition d’une carte de pêche en chemin, juste avant d’arriver. Dès l’après-midi ou, au pire, le lendemain passer voir les stocks de matière première à souder au camp des Bohémiens et à la chaudronnerie, en faire provisions : toujours au moins des dents de faucheuses (coriaces à arracher) et des riblons à la pelle. En soirée monter sur le plateau taquiner les truites de la Dadalouze, s’il s’en trouve quelques unes de précoces. Respirer, enfin, respirer. De retour dans la vallée de l’Yvette, si la saison se respecte, tout est vert, soudain, et on se rappelle que c’est déjà le mois de mai ; en avril et mai souhaiter aux plus proches (et à soi-même) leurs anniversaires. Un jour férié, le 1erou le 8 mai faisant parfaitement l’affaire, rentrer dans Paris en voiture, stationner le long du boulevard Edgar Quinet et selon une habitude qui s’invétère finir d’atteindre la Foire de Paris à la porte de Versailles par le métro, ligne 12. Faire là ses emplettes-cadeaux d’anniversaires au pavillon abritant les artisans du monde. L’année scolaire tirant vers sa fin, dernier vendredi de semaine B, derniers bulletins, derniers conseils de classes, s’autoriser à respirer la paix divine du soir de juin à dix heures précises, quand tout est parfum, profusion, gloire et s’offrir même le luxe d’une traversée du campus giffois du CNRS pour s’y saouler aux effluves de l’allée des tilleuls. Combiner le dernier book day fraternel parisien de la saison dans son circuit habituel (rue de Provence, passage Verdeau, métro pour le Quartier Latin puis rue de l’Odéon, boulevard Saint-Michel et bistro rue Monsieur-le-Prince avant de se séparer) avec un passage à la foire au livre ancien de la place Saint-Sulpice. Retour cartable plein à craquer, dos cassé pour trois jours. Corriger les copies du brevet et prendre enfin congé du collège dans la paix mystérieuse, un peu magique, du dernier jour.

PS. Si vous découvrez le blog et souhaitez continuer votre lecture par quelques autres articles dans lesquels il est question de Pierre Bergounioux, passez donc par ici :

Ouvrir l’année à Gif-sur-Yvette avec Pierre Bergounioux

Une jonquille par temps de chrysanthèmes (offerte par Pierre Bergounioux)

Tristesse des mois en -bre (selon Pierre Bergounioux)

Compression d’étés bergouniens

Lui et nous : à propos du “Carnet de notes 2011-2015″ de Pierre Bergounioux

Jonquilles primeures à Gif-sur-Yvette : suite des Carnets de Pierre Bergounioux

“Vies métalliques”, rencontres avec Pierre Bergounioux

Enfin visibles à Paris : des ferrailles de Pierre Bergounioux

Mots de la fin (provisoire) du Carnet de notes 2001-2010 de Pierre Bergounioux

Pierre Bergounioux, Carnet de notes 2001-2010, lecture in progress

Lecture en cours : Pierre Bergounioux, Carnet de notes 2001-2010

“Un concert baroque de soupapes”, Pierre Bergounioux sculpteur

Dans Les moments littéraires, Bergounioux

Histoire, littérature, sciences sociales – et Bergounioux

D’une page 48 de Bergounioux, et tout son monde est là

Couleurs Bergounioux (au couteau)

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Notes confinées (semaine 3)

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Du mardi 31 mars au lundi 6 avril 2020, avec vues sur rue, sur cour ou sur intérieur.

Mardi à l’intérieur

tisser détisser retisser les fils d’infos, faire sa Pénélope sur la toile.

Mercredi sur la rue

l’obstination de l’anticyclone confine à l’insolence.

Jeudi sur la cour

les pâtés de petits cailloux manquent de tenue, il faudrait du sable humide.

Vendredi sur la rue

les valises à roulettes, toutes, métamorphosées en charriots à commissions.

Samedi sur la rue

de nuit, à l’hôpital en face, des fenêtres éclairées qu’on a toujours vu éteintes.

Dimanche à l’intérieur

les chaussures de ville alignées dans l’entrée s’empoussièrent et n’en reviennent pas.

Lundi à l’intérieur

innocente intrusion du dehors la botte de radis prend des airs de cheval de Troie.

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Notes confinées (semaine 2)

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Du mardi 24 mars au lundi 30 mars 2020, avec vues sur rue, sur cour ou sur intérieur.

Mardi à l’intérieur

agendas gommés à perte de vue, angoisse des pages blanchies.

Mercredi sur la cour

deux par deux, les fratries, badmington, sans échange de raquettes.

Jeudi à l’intérieur

les mains récurées y laisseront leurs peaux.

Vendredi sur la rue

les couloirs de bus coulent des jours paisibles.

Samedi à l’intérieur

nos fors intérieurs n’en demandaient pas tant.

Dimanche à l’intérieur

passage à l’heure d’été sans penser l’été.

Lundi sur la rue

plus personne ne compte ses pas : 10 000 par jour on n’y arrivera jamais.

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