L'employée aux écritures

le blog de Martine Sonnet – ISSN : 2267-8735

RSS Feed

"Le problème de la nuit reste entier. Comment la traverser, chaque fois la traverser tout entière ?" Henri Michaux

Poétique de la voirie (54)

Comments Off

Abandonné

Bazardé

Cabossé

Dictionnaire

Encyclopédique

Français

Gratoche

Huit volumes

Illustré

Jamais

KO

Larousse

Mille huit cent quatre vingt dix sept – Mille neuf cent quatre

Nomade

Offrande

Parisienne

Qui en veut ?

Rendez-vous

Saint-Michel

Tentation

Utile (encore)

Vénéré (autrefois)

WXYZ (ça finit toujours comme ça)

Poétique de la voirie (53)

Comments Off

Rubriquard des fleurs écrasées

lendemain de Saint-Valentin : une vie de chien

Vie (longue) et mort (récente) d’un commerce d’autographes

Comments Off

Il y avait rue Bonaparte (Paris VIe arrondissement), dos tourné à la Seine trottoir de gauche,  cette boutique proposant, à qui en avait une curiosité soutenue par des moyens financiers rendant leur acquisition possible, des lettres autographes et des “souvenirs historiques et littéraires” aux côtés de livres rares. Toujours vue là depuis que je gagnais régulièrement la rive droite depuis Montparnasse au moyen d’un bus 39, 48 ou 95 qui me ramènerait à Montparnasse par la rue des Saints-Pères, sens interdits obligent, où d’autres devantures accrocheraient mon regard – Debauve et Gallais chocolatier des rois de France. Soit grosso modo depuis le milieu des années 1970. Piétonne rue Bonaparte, je m’arrêtais toujours lire ces lettres dont la vitrine juxtaposait, à l’intention du passant peu formé à la paléographie, la transcription dactylographique au fac-simile de l’autographe. Les originaux, j’imagine, bien à l’abri du soleil dans la boutique entre deux feuilles de papier de soie et maniés avec des gants, offerts à la seule contemplation des clients sérieux (qui ne s’intéressaient pas forcément au texte de la lettre).

Mais ce commerce est bel et bien fini, passant par là hier après-midi (promenade dominicale : aller voir à quelle hauteur exactement en arrivait le fleuve) j’ai constaté que les documents rares soigneusement décryptés et étiquetés avaient laissé place à des bibelots et figurines qui n’avaient pas même l’excuse d’être des soldats de plomb.

Le 11 avril 2016 à 18:54, en avance pour une manifestation programmée à 19 heures au Centre culturel tchèque qui fait face à la boutique,  j’avais saisi-là l’image d’une pièce véritablement unique en son auteur.

RIP Madame Flubert et le commerce des autographes rue Bonaparte.

Ajout du samedi 13 février 2021 : ne manquez pas d’aller lire le billet du blog ami Pendant le week-end qui donne à voir la vitrine au fil des années et de plus près ce que l’on trouve aujourd’hui dans la boutique. Merci à lui pour ce complément bien illustré.

Habiter Paris (aperçu 20)

Comments Off

(Pour continuer la visite de chantier)

La ville me parle toujours quand la campagne ne me dit plus rien. J’avais une maison à la campagne, je l’ai vendue. L’installation à Paris a retardé la mise en vente, fermement décidée déjà de cette maison des champs située dans le bourg – jamais je ne me serais supportée dans une maison des champs dans les champs. Mise en vente à son meilleur, au début du printemps, quand le retour du vert dans le paysage suscite chez certains citadins l’envie d’une charmante résidence secondaire, fort potentiel travaux à prévoir. Sur les murs de la cuisine le temps s’était arrêté en 2007. Dernier calendrier du facteur que l’on n’éprouve pas le besoin de mettre à jour, qui fait bien l’affaire pour les quelques années pendant lesquelles l’on y vient encore, mais de moins en moins. Retours si rares, séjours si brefs que l’on ne procède plus au comptage des nuitées passées là pour, en fin d’année, toutes factures échues, en calculer le coût exorbitant eu égard à leur inconfort. Rêver aux chambres d’hôtels, vue sur mer ou sur montagnes, en quoi convertir des nuits chères et pauvres à la fois, ruineuses à chauffer qui plus est.

Orpheline tout à fait en 2008  je me résous très vite à me déposséder de cette maison. Parce que la maintenir en bon état est tâche impossible tant les artisans se désintéressent de ces bâtisses mal commodes pour y établir leurs chantiers, préférant oeuvrer, gros et finitions, dans les lotissements qui croissent et multiplient dans des champs devenus terrains à bâtir, viabilisés disent les pancartes haut perchées, qu’on les voie de loin, les proposant pour un prix du mètre carré paraissant dérisoire. Rude épreuve que de convaincre les hommes des arts, de la plomberie, de la charpente ou de l’électricité, de venir considérer les travaux nécessaires, puis de les harceler pour obtenir leur devis quand ils ont consenti à se déplacer. Parfois le devis n’arrive jamais, entre temps l’épouse discrète qui assistait l’artisan dans ses travaux d’écriture a tout laissé en plan et s’est volatilisée. Lui sombrant dans la déprime pour finir par bazarder l’affaire dans laquelle jeune couple, trente ans plus tôt, ils avaient ensemble cru. Dans le meilleur des cas, devis obtenu et travaux réalisés, c’est, à leur issue, la facture qui tarde indéfiniment voire n’arrive jamais en dépit des relances. Immense fatigue de la cliente potentielle qui, découragée, constate les dégâts mais finit par laisser sa maison vieillir sans enrayer sa décrépitude, quelque douleur qu’elle en éprouve.

Je vends ma maison aussi parce que les promesses de visites amies y étaient trop rarement tenues, même du temps où celle-ci était encore pimpante, volets repeints quand le délavage des averses avait eu raison de la couleur précédente. Au fil des étés, car la maison mienne de 1996 à 2014 n’était hospitalière qu’en été, les déconvenues se répétaient. C’était, avant chaque départ en vacances qui séparait collègues et amis, des projets d’y passer quelques jours ensemble – une halte, un crochet, il y a de la place pour dormir, des vélos et des choses à voir pour qui ne connaît pas le coin. Et puis finalement si peu d’estivants, en route pour la Bretagne par exemple, pour s’y arrêter. Finir, y croyant de moins en moins, par confier simplement les clefs à qui envisageait d’y passer en mon absence, mais n’en faisait rien. Ce qui, au fil des ans était de plus en plus compréhensible, le confort objectif du lieu et ses commodités (d’accès sans voiture en particulier) se réduisant comme peau de chagrin, au point que je m’en absentais de plus en plus. Ajoutez à cela l’éloignement de la mer – précision indispensable, que les prétendants à l’occupation temporaire ne se bercent pas d’illusions : « En Normandie, mais bien à l’intérieur ».

Paradoxe de ma maison, c’est hors les murs, dans la cour ou dans le jardin, mais pas sous son toit que je me sentais bien. Un toit qui avait fini par laisser passer la pluie. Il me semblait, parfois, que les infiltrations qui décollaient les affiches des murs tendaient même à désolidariser ma chambre du reste de la maison.

Habiter Paris (aperçu 19)

Comments Off

Nouvel extrait du chantier Habiter Paris (qui n’avance pas vite), le précédent est ici et à partir de là il est possible de repêcher les précédents.

Venue habiter Paris à la fleur de l’âge, et non quinquagénaire avancée, j’aurais été une autre mais je ne sais pas laquelle. Convaincue, pourtant, que ma vie aurait été radicalement différente si j’avais quitté ma banlieue pour Paris à 20 ans, quand j’étudiais l’histoire à Jussieu et gagnais ma vie en intercalant à mi-temps des fiches 75X125 « Auteurs et Anonymes avant 1960 » dans les fichiers en bois sombre de la salle des catalogues, au sous-sol de la Bibliothèque nationale, 58 rue de Richelieu. Pourquoi ne me suis-je pas rapprochée de ce lieu matrice intellectuelle alors que je pouvais assumer le coût du loyer d’une chambre de bonne dans son quartier, ce qui m’aurait simplifié la vie ? Nous étions une petite équipe, tous en cours d’études, installés, soit le matin, soit l’après-midi, autour d’une table sur laquelle nous préclassions alphabétiquement les fiches inserrées ensuite à leur juste place dans les tiroirs des fichiers. Des liens amicaux forts s’étaient tissés entre nous, nous nous ressemblions, allions au cinéma, passions des soirées et parfois même des vacances ensemble, mais tout ce petit monde habitait Paris, sauf moi. Banlieusarde d’origine B., quand elle nous avait rejoints, avait rapidement loué une chambre, haut perchée et sans confort, rue des Petits-Champs, à deux pas de la bibliothèque ; elle s’en trouvait fort bien, économisant en temps de transports comme en nuits d’hôtels partagées avec son petit ami, un banlieusard lui aussi – hôtel Richelieu, rue de Richelieu, collé à la Bibliothèque. Pour les autres, venus de province ou de plus loin encore étudier à Paris, la banlieue n’existait pas : c’était d’évidence dans la ville-même qu’ils s’étaient logés, en son coeur, quelque promiscuité obligée ou inconfort qu’il leur en coûtât. Heureuse de son chez-elle, B. m’avait fait visiter sa chambre sans que je partage son enthousiasme. Habiter Paris au prix de sept étages d’escalier de service rarement balayés et à vous flanquer le tournis, ne me disait pas grand chose.

J’étais moins grande banlieusarde que B. ne l’avait été et disposais, pour moi seule, d’un appartement confortable, dans ma cité HLM d’enfance. Mes parents retraités retournés vivre à la campagne, j’occupais le deux-pièces troqué contre l’appartement familial de nos débuts de citadins, deux-pièces dans lequel ils ne séjournaient que quelques jours par an. J’en assumais en partie le loyer et fonctionner de la sorte tombait sous notre bon sens ; ma présence dans les lieux leur permettait de garder un pied-à-terre en ville au cas où. Je pense maintenant qu’outre la parfaite rationalité économique de l’opération, si je m’étais repliée dans 8 ou 9 m2, aussi bien situés soient-ils, au plus près des commodités dont la banlieue me privait, j’aurais provoqué une régression résidentielle dans l’histoire migratoire familiale. Habiter une chambre de bonne, c’était le lot des débuts parisiens de mes cousins et cousines juste arrivés en ville, ceux dont les parents ne s’étaient pas, comme les miens, arrachés au bocage. L’endurance de cette génération à vivre sous la seule trouée d’un vasistas à crémaillère nous impressionnait et 20 ans après l’exode familial il était impensable que je respire aussi malcommodément l’air de la capitale.

Poétique de la voirie (52)

Comments Off


Las de tourner

lion en cage

a définitivement tourné la page

Poétique de la voirie (51)

Comments Off

Remonté des grands fonds

fourbu

lassé pressé

déchaussé sur la chaussée

Un kilomètre de rayon

Comments Off

Alors je marcherai droit pour tourner en rond*, cherchant mon nord par la rue Saint-Jacques, poursuivant, dans le sens des aiguilles d’une montre, par les rues Cujas prolongée en Clovis, Descartes, Lacépède, Gracieuse, je contournerai la place Monge, traverserai la rue du même nom, pour prendre la rue Larrey, puis enfiler les rues de la Clef, du Fer à Moulin, Scipion, Vesale, de la Collégiale, avant de traverser le boulevard Saint-Marcel, et de continuer par les rues Michel Peter et de la Reine Blanche ; je traverserai l’avenue des Gobelins pour trouver la rue du même nom, et poursuivrai par les rue Gustave Geffroy, Berbier du Mets et Emile Deslandres ; si j’en suis là aux horaires d’ouverture du jardin ce qui est très probable (8h-19h30 du 25 octobre 2020 au 28 février 2021), je quitterai la rue Emile Deslandres pour traverser le square René Le Gall jusqu’à l’angle des rues Croulebarbe et Corvisart, si par malchance le jardin est fermé pour cause d’intempéries par exemple, je  le contournerai en demeurant rue Emile Deslandres jusqu’à la rue des Cordelières, pour atteindre la rue Vulpian que j’aurai rejointe, si le jardin était ouvert, par la rue Corvisart ; je suivrai la rue Vulpian juqu’à buter sur le boulevard Auguste Blanqui et les voies du métropolitain, ligne 6, Nation-Etoile, entre ses stations Glacière et Corvisart, je marcherai le long du boulevard et des voies jusqu’à la rue de la Santé, avant de continuer par les rues Cabanis, Broussais et Dareau ainsi que par le passage du même nom, puis la rue de la Tombe-Issoire.

Arrivée là j’aurai tracé un demi cercle et deux options se présenteront à moi : faire demi-tour et, dans le contresens des aiguilles d’une montre, revenir sur mes pas jusqu’à la rue Saint-Jacques, ou parfaire mon cercle en rejoignant le boulevard Saint-Jacques par la villa du même nom, les rues Jean Minjoz et Jean-Claude Arnould, avant de traverser la place Denfert-Rochereau en me gardant des voitures et de leurs substituts qui surgissent de partout et de nulle part, pour rejoindre la rue Froidevaux ; si jamais le cimetière du Montparnasse est ouvert je le traverserai pour en ressortir boulevard Edgar Quinet, s’il est fermé, ce que je crains, je le longerai par la rue Emile Bernard pour retrouver le boulevard Edgar Quinet.

Je marcherai là sur mes vieilles brisées, au Montparnasse monde.

Je rejoindrai la rue Delambre par le square du même nom (qui est un bout de rue et pas un jardin contrairement au square René Le Gall qui est un jardin et pas un bout de rue), jusqu’au boulevard du Montparnasse que je quitterai – et le Montparnasse monde avec lui - par le boulevard Raspail et la rue Vavin suivie jusqu’à la rue d’Assas ; encore qu’un crochet soit possible, si j’ai le courage, par la rue Sainte-Beuve pour adhérer sans en perdre une seule miette à la circonférence définie par mon kilomètre de rayon ; butant au bout de la rue Vavin sur les grilles du jardin du Luxembourg, reste à espérer que celui-ci soit encore ouvert (8h-17h du premier au 15 novembre) pour que je puisse le traverser et en ressortir sur le boulevard Saint-Michel ; si le jardin est fermé je le contournerai en continuant sur la rue d’Assas jusqu’à croiser la rue Auguste Comte qui me ramènera boulevard Saint-Michel ; un boulevard que je quitterai par la rue Soufflot, jusqu’à la rue Victor Cousin qui me permettra de rejoindre la rue Cujas ;  quand celle-ci coupera la rue Saint-Jacques, j’aurai bouclé ma boucle.

Mais pas sûre qu’une heure me suffise pour rallier mon point de départ.

(*) Marcher droit, tourner en rond, j’emprunte l’image et l”expression au livre d’Emmanuel Venet (éd. Verdier, 2016) au titre si bien trouvé, car que faisons-nous d’autre que marcher droit pour finalement tourner en rond ?

Poétique de la voirie (50)

Comments Off

Isocèle ?

Equilatéral ?

Carré de l’hypoténuse ?

Avec épicentre : sûr et certain

Poétique de la voirie (49)

Comments Off

Sang de la vigne

perdu en route

vengeance tardive ?

Rubriques du blog

Recherche

Archives du blog depuis avril 2008

Sur Twitter

tous textes et photos copyright Martine Sonnet, sauf mention spéciale