L'employée aux écritures

le blog de Martine Sonnet – ISSN : 2267-8735

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"Le problème de la nuit reste entier. Comment la traverser, chaque fois la traverser tout entière ?" Henri Michaux

Scène de rue avec paroles volées

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A l’amie silencieuse marchant à son côté, elle disait, celle qui traversait devant moi le boulevard du Montparnasse, que, dorénavant, elle ne lirait plus ses mails qu’une fois par jour – tu vois -, le soir, et éteindrait son téléphone – tu vois -, que cette vie ce n’est plus possible, qu’on ne s’appartient plus. Et je me demandais à qui à quoi elle espérait ainsi échapper, de quelles interactions personnelles ou professionnelles elle voulait se soustraire, et si sa vie s’en trouverait vraiment plus légère. Je n’ai pas souvenir que nos jours étaient plus tranquilles quand nos uniques boîtes à lettres s’ouvraient au moyen d’une clé, non d’un mot de passe, ou quand nos conversations téléphoniques ne s’engageaient qu’un fil à la patte et un toit sur la tête. Je pensais donc que la libération – tu vois parce que je suis à bout  - (moi je reculais d’un pas craignant l’amplitude des grands gestes qui accompagnaient les grands mots) qu’elle escomptait des mesures d’abstraction technologique qu’elle s’apprêtait à mettre en oeuvre était un leurre. A l’écouter, rien que le temps de franchir ensemble ce passage clouté (j’emploie l’expression même si je sais les clous aux belles têtes luisantes chassés par les bandes de peinture thermo-collante que nos piétinements ont vite fait de fatiguer) il y avait tout lieu de penser que seule une auto-déconnection de son ego aurait pu lui procurer, ainsi qu’à son entourage, quelque répit.

PS. Vignette illustrée sans rapport direct, juste pour dire : parfois je ne comprends rien aux périmètres de sécurité sur mon chemin.

Sur tous les tons, piétons

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Comminatoire (comme qui dirait au chien : “au pied” !)

au pas de charge (pas les deux pieds dans le même sabot)

sans paroles (repeint en rose : comprenne qui pourra)

vous laissant désorienté (ne sachant quel parti prendre : gauche ? droite ?)

ou planté sur le trottoir


Et même en peinture, même au singulier, à croire qu’ils ne peuvent pas nous voir. Nous, piétons, tanguons sans repos d’un bord à l’autre, chassés de pancarte en pancarte, ni au revoir ni merci.

PS 1 : Ce n’est pas la première fois que L’employée aux écritures s’émeut de ces injonctions contradictoires mais il lui semble que ça ne s’arrange pas, loin de là.

PS 2 : Les commentaires sont fermés pour cause d’avalanche récente de spams.


Circulez, plus rien à voir

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A la pointe Cardinal Lemoine/Fossés Saint-Bernard, c’en est fait de la bibliothèque, du miroir, du goût des uns pour le papier peint, grands ramages ou fines rayures, du goût des autres pour la peinture, mate ou laquée, Ripolin ou Valentine qu’importe, les voilà tous délogés à la même enseigne. Toutes traces poussiéreuses résiduelles, négatifs des cadres qui solennisaient leurs portraits de familles, leurs diplômes ou leurs emprunts russes comme leurs canevas aux petits trous tous bouchés à grands renforts d’aiguillées de coton DMC, occultées. Une bâche uniforme et monochrome, maintenue sous un entrelac boisé qui ne plaisante pas avec les angles droits, ruine sans pitié des décennies d’efforts de personnalisation des horizons domestiques. Où est passée la distinction des murs porteurs d’ambitions qui séparaient leurs petits chez-eux (valant toujours mieux que de grands chez les autres), leurs domiciles adorés, leurs fors intérieurs, de ceux – exactement les mêmes – de leurs jumeaux mitoyens qui, rue du Cardinal Lemoine ou rue des Fossés-Saint-Bernard, avaient tiré les bons numéros, ceux des immeubles toujours debout ?

Une histoire de palettes

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Ce spam qui obstinément dans ma boîte de déception revient à la charge voulant expédier à bas coût et dans le monde entier mes palettes. Voies des eaux, des airs, et chemins de terre si nécessaire. Rien ne les arrête. Je les en remercie mais je crains que nous ne fassions jamais affaire ensemble. Certes des palettes, j’ai fini par en trouver, et de belles bleues,  mais il m’a fallu courir de l’autre côté de l’Atlantique et encore, une fois là-bas, passer un pont pour m’en procurer. Le problème, maintenant, est que je ne sais pas quoi  empiler sur mes palettes quand bien même je les aurais elles-mêmes désempilées pour faciliter leur chargement. Je les laisse donc ainsi dressées ; elles prennent moins de place et comme je ne compte pas changer mon parquet de sitôt. (Je me souviens de ces petites planchettes en bois, dimensions judicieusement calculées – 11,7 X 2,34 X 0,78 paraît-il -, dont nos enfants élevaient des tours sans fins et qui après effondrement, volontaire ou pas, regagnaient leur baril de rangement). Certes il y aurait bien les oeuvres complètes de L’employée aux écritures à expédier par palettes dans le monde entier (1 200 kg maximum l’une, toutefois)  et j’en serais flattée, mais celles-ci ne sont hélas toujours pas traduites.

Filed under utopiques

Aire tertiaire (allégorie)

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avec ballade de pendus

mais ça n’a plus rien à voir.

Changer de disque (et de saphir)

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33 tours ? 45 tours ? 78 tours ? Ce drôle de disque, qui a du cran, m’en rappelle d’autres et le petit cylindre qu’il y avait lieu d’adapter au milieu du tourne-disques, chapeautant le gros poste de radio, quand on passait d’un coûteux 33 tours à un 45, plus abordable, autorisant donc quelques choix musicaux plus audacieux que Les Plus Belles Valses Viennoises sous la baguette de Franck Pourcel. Souvenir aussi du saphir, du soin fou qu’il convenait d’en prendre : enlever régulièrement la petite pelote de poussière qui ne manquait pas de s’y accrocher, parasitant l’écoute ou provoquant la glissade incontrôlée du dispositif jusqu’au coeur de l’étiquette Disques Barclay sans rien donner à entendre au passage. Soin d’autant plus nécessaire que le prêt des disques par la discothèque annexée à la bibliothèque municipale était conditionné à la présentation, une fois l’an pour inspection, de la pierre précieuse enchâssée dans son bout de bras. Mal commodément dévisser, envelopper, apporter, montrer, rapporter, revisser. On allait pas nous croire seulement sur notre bonne parole qu’on changeait bien de saphir tous les six mois. Effroi absolu quand, les disques convoités obtenus, emprunts ou achats, la maladresse de la pose du bras articulé conférait au saphir un mouvement perpétuel d’inanité sonore ; raclant la fine tranche de la galette noire, il n’embrayerait jamais sur le sillon porteur de notes. Bondir vers l’appareil, soulever, reposer encore plus délicatement, si possible se postant les yeux juste à hauteur du mécanisme, et Dario Moreno de nous transporter à Rio, au paradis, ou de nous regarder danser. Certains en lieu et place du saphir disposaient d’un diamant mais nous n’étions pas si riches.

Où sont passées les planches ?

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Il ne m’avait pas échappé lors d’un précédent passage à la pointe Cardinal Lemoine/Fossés Saint-Bernard que les étagères de la petite bibliothèque nichée dans le mur mise à nu par les démolisseurs, c’était du costaud. Visiblement pas du contre-plaqué ni de l’aggloméré, à grand renfort de colles empoisonneuses, de particules dépourvues de tout souvenir d’avoir été arbre, mais du bois massif, de bonne épaisseur et qui ne ploie pas sous la charge. Aussi passant voir ce dimanche (dimanche parce que le séminaire du jeudi était délocalisé cette semaine) où en sont les choses, ne suis-je qu’à moitié étonnée de constater qu’un bibliophile alerte et ayant des dispositions pour l’escalade (à moins d’une entente avec un conducteur d’engin de chantier qui l’aurait complaisamment rapproché des objets de sa convoitise en l’élevant dans les airs au creux de son godet) se les soit appropriées. Sans doute un amateur d’art, entiché des ouvrages sortant des presses de Messieurs Citadelles & Mazenod & Taschen & Hazan, bref un collectionneur de lourds, de grands, de beaux livres. A charge pour cet esthète de creuser dans l’un des murs de son salon la niche aux dimensions adéquates pour y encastrer les planches récupérées. Des planches qui devraient donner toute satisfaction dans leur nouvel emploi.

Un fidèle lecteur de L’employée aux écritures, lui même tenancier de blog Pendant le week-end, s’étant à son tour ému de la transformation paysagère induite par la démolition de “Jussieu Automobiles” sur le quartier de ses premiers pas dans la vie étudiante, propose l’indispensable complément archéologique à la série publiée ici. Merci à lui. Son enquête illustrée est à lire ici.

Vieille peau du monde aux murs de la ville écrite

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en lambeaux

Point démolition Cardinal Lemoine

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La nouveauté cette semaine c’est ce miroir, tendu aux alouettes, aux pigeons, aux hérons et aux goélands parisiens, apparu du fait de la démolition complète de l’immeuble qui jouxtait le garage sur la rue du Cardinal Lemoine. Grand miroir, à coup sûr pas de dessus de lavabo, plutôt de dessus de buffet bas, destiné à élargir l’horizon d’une salle de séjour à peine plus large que la surface ne réfléchissant ce jeudi matin que le gris du ciel. A l’étage du dessous, trois lés de papier peint avaient suffi à tapisser la même pièce, hauteurs soigneusement découpées dans un rouleau unique, dépense amoindrie encore par le choix d’un décor à petits motifs facilitant les deux raccords. Du papier peint et pas du carrelage : mon hypothèse miroir au mur d’une salle de séjour et non d’une pièce d’eau s’en trouve confirmée, sans quoi bonjour les éclaboussures.

L’immeuble dont la démolition achevée révèle ce miroir, j’avais repéré de longue date qu’il allait y passer, malgré les jardinières restées pendues aux garde-corps de fenêtres du deuxième étage. Supports en attente de réapparition printanière de géraniums rentrés pour l’hiver qui ne trompaient plus personne. Lors de mon dernier passage, ne subsistait déjà que la moitié de l’édifice et un paravent pudique et anti-poussière dissimulait (mal) les mâchoires en pleine dévoration.

Mais c’est fini, place nette est faite. La petite bibliothèque nichée dans le mur a sauvé sa peau : jusqu’à quand ?

Exercice d’égo-anthroponymie

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Je n’ai connu aucun de mes quatre grands-parents, tous disparus avant que j’arrive. Et je sais très peu de choses sur elles et eux, n’en ayant quasiment pas entendu parlé dans mon enfance même si ma dernière grand-mère a vécu jusqu’à l’été précédent l’automne de ma naissance. Lorsque j’ai découvert, dans l’usage professionnel que j’ai de ce genre de choses, que les Archives départementales de l’Orne avaient mis en ligne les registres d’état-civil jusqu’en 1902 ainsi que les recensements de population jusqu’en 1911, la curiosité m’a piquée d’y aller voir ce qu’il en était de mes aïeux. Moins dans une intention généalogique exhaustive que dans celle de simplement nommer celles et ceux dont je procède.

Bien m’en a pris, puisque si outre les deux noms de Morin (branche maternelle) et Sonnet (branche paternelle), les patronymes de mes deux grands-mères, Friloux (Marie Modeste) et Vannier (Marie Mouise Victorine) me disaient encore quelque chose, au-delà j’aborde le (petit tout petit) monde de mes ancêtres comme une terra incognita.

J’ai donc fait connaissance avec, par ordre d’entrée en scène en remontant le temps, du côté Morin, des Colin, Delangle, Chaignard, Libert, Leroy, Hubert, Rigoin, Lemarié et Mottier – et nous voilà au milieu du XVIIIe siècle. Du côté Sonnet, des Hardoin, Valet, Jourdan, Héroux, Bulot, Durand et Corvée – avec qui je n’arrive pour l’heure qu’au début du XIXe. Des noms plus exotiques, toutes proportions gardées, côté Sonnet que côté Morin, ceux-là me restant, à l’exception de Delangle, tous dans l’oreille puisque portés encore par des gens du pays alors que je n’ai jamais rencontré de Héroux ni de Bulot.

Celle de mes arrières grand-mère dont le nom me ravit, c’est Rose Valet, née en 1851, mariée en 1872 avec Jean Vannier, né en 1839. Tous événements ayant eu lieu à Céaucé où je suis née moi aussi. Rose Valet signe son acte de mariage quand son époux déclare ne pas savoir. Si j’emprunte un jour un pseudonyme, je crois que je m’appellerai Rose Valet.

Celui de mes arrières grands-pères que je plains sincèrement, c’est Joseph Désiré Sonnet, né en 1843, et qui en à peine plus de deux semaines, en 1858, à quinze ans donc, a perdu, le 12 juillet, son père Jean Sonnet, cultivateur âgé de 52 ans né à Céaucé et y demeurant à Mont Gaucher, puis, le 29 juillet, sa mère Marie Jourdan cultivatrice âgée de 42 ans née à Céaucé et y demaurant à Mont Gaucher. Je ne sais pas de quoi l’un et l’autre sont morts et il me faudra chercher si une poussée épidémique (choléra ?) aurait frappé la région en cet été 1858. De l’acte de mariage de l’orphelin, le 13 décembre 1866, je déduis que ses oncles paternels Sonnet Julien cultivateur 54 ans à Lugerie et Sonnet Pierre 52 ans cultivateur à la Cotière l’ont plus ou moins pris en charge au décès de ses parents.

Parmi la trentaine de mes ancêtres que j’ai identifiés, mis à part une fileuse (Marie Bulot épouse Vannier, arrière-arrière grand-mère côté Sonnet) et un couple fileuse/tisserand (Anne Lemarié et Jean Chaignard, arrières grands-parents côté Morin), tout le monde cultive la – même – terre.

Sur la photo : mère (née Morin), grand-mère (née Friloux) et arrière grand-mère (née Colin) – si je ne me trompe.

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