L'employée aux écritures

le blog de Martine Sonnet – ISSN : 2267-8735

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"Le problème de la nuit reste entier. Comment la traverser, chaque fois la traverser tout entière ?" Henri Michaux

Suspense (et déconvenue) en Archives

4 Comments
Posted by ms on 10 novembre 2019 at 16:12

Soit une journée passée cette semaine dans la salle de lecture si agréable des Archives nationales, site de Pierrefitte-sur-Seine ; on y travaille vraiment très bien une fois atteint par la ligne 13 du métro le terminus Saint-Denis université. Les Archives sont à quelques minutes à pied de la station. C’était mercredi et j’avais réservé à l’avance diverses cotes ayant trait à mes deux chantiers en cours. L’un personnel sur les chercheuses et chercheurs de la Caisse nationale des sciences (ancêtre du CNRS) dans les années 1930, l’autre collectif, l’édition du journal du libraire parisien Siméon Prosper Hardy (le septième volume portant sur les années 1781-1782 est annoncé pour décembre aux éditions Hermann).

C’est pour celui-là que j’avais commandé la cote F/22/1034, relevant des archives de l’administration des tontines et de la Caisse Lafarge (1791-XIXe siècle) et correspondant plus précisément au “Fichier des propriétaires d’actions sur têtes françaises”. J’avais repéré que parmi ces propriétaires figuraient des “Hardy” dont l’inventaire ne précisait pas les prénoms ; Siméon Prosper étant mort en 1806, il avait eu le temps de placer quelques économies dans cette banque-caisse d’épargne. Ne sachant quasiment rien de sa vie entre l’arrêt de son journal le 14 octobre 1789 et sa mort le 16 avril 1806, l’investigation méritait d’être menée.

J’ai d’abord été intriguée par le format du carton d’archives, je n’en avais jamais pratiqué de cette forme beaucoup plus cubique que les boîtes  ”Cauchard” habituelles, plus plates et franchement rectangulaires.

Etonnée encore, ficelle dénouée et couvercle soulevé, de découvrir à l’intérieur, rangés verticalement, ce qui ressemblait à quatre livres à vieilles reliures, chacun protégé par un cartonnage léger.

Le cartonnage épluché, apparaissait une reliure en mauvais état, maintenue par une sangle aux deux picots de fermeture rouillés, qui ne devait pas être ouverte tous les jours.

J’ai compris, lisant les inscriptions sur le dos que les quatre reliures découpaient l’ordre alphabétique et j’ai cherché le volume renfermant la lettre H ; il irait jusqu’au N.

Et une fois la sangle aux picots rouillés défaite, il s’agissait bien d’un fichier et non d’un livre, les fiches nominatives étant soigneusement empilées et serrées à l’intérieur de la reliure. Malheureusement, aucun des trois Hardy épargnants n’était prénommé  Siméon Prosper ; celui qui m’attendait sur le dessus de la pile était un Jean Baptiste Louis. Raté. Coup d’épée dans l’eau.

Avant de ranger soigneusement les quatre reliures et leurs protections dans le carton cubique, je suis allée voir ce qu’il en était tout à la fin du Z et j’ai découvert que dans la dernière tranche alphabétique on avait astucieusement glissé une petite ficelle traversant tout le paquet de fiches, renforcée d’une rondelle cartonnée, évitant un fastideux travail de reclassement au cas où celui-ci échapperait des mains d’un maladroit. Sage précaution et même principe que la tringle transperçant les fiches 75X125 des fichiers à tiroirs en bois ciré de nos débuts.

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4 Comments

  • On 11 novembre 2019 at 21:59 PdB said

    bien essayé !! dommage (mais les enquêtes de ce style sont de pure plaisir pour nous, assez béotiens en ces matières quand même) (beau travail, Employée, si je peux me permettre, que le votre) (si vous voulez mon avis, je pense que votre protégé a participé aux événements : on doit sans doute en savoir un peu pour l’année 89 je suppose… – et lu pas mal aussi…)

  • On 11 novembre 2019 at 22:18 ms said

    En 1789, du moins jusqu’en octobre puisque son journal s’interrompt sur un laconique “fini à cette époque”, le 14, Hardy a surtout regardé les événements de ses fenêtres donnant sur la rue Saint-Jacques (en bas, juste au dessus de la rue de la Parcheminerie) ; il a 60 ans, craint les foules, et son épouse n’aime pas le voir sortir le soir pour aller aux réunions de sa section (qu’il quitte toujours à 8 heures et demi en précisant bien qu’il part avant la fin). Je ne crois pas qu’il ait beaucoup plus participé par la suite. Il a attendu le le 30 juillet pour aller voir ce qu’il restait de la Bastille, lui si curieux de sa ville et de ses changements…

  • On 12 novembre 2019 at 19:37 Doctus Monkey said

    Bonjour
    Je découvre votre blog avec grand plaisir; et notamment cet article passionnant: vais-je réussir à en savoir un peu plus? à pousser un peu plus loin le bouchon de ce que je serai parvenu à extirper de l’oubli? voilà bien au fond la grande question à la réponse de laquelle se voue l’historien.
    Je reformule parce que je crois, à vous lire, que cela va même au delà: il s’agit de chercher à savoir ce qui aurait dû nous rester à jamais inconnu. Historien, démiurge, voyeur, toute puissance même dans la plus minuscule quête…

    Pour autant, moi qui préfère toujours les histoires qui finissent bien alors j’aurais voulu qu’à l’instant fatidique de l’ouverture de la liasse H-N, vous tombiez sur le bon Hardy.

    En tout cas, j’ai marché à fond avec vous.
    Merci de nous faire partager tout cela.
    DM

  • On 12 novembre 2019 at 20:32 ms said

    Heureuse d’avoir fait partager le plaisir d’un moment d’archives, même quand au bout du déballage le résultat n’est pas celui qu’on espérait… Mais les belles trouvailles inattendues compensent largement les mauvaises pioches !

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