Les salles d’attente de la gare je ne les fréquente pas puisque la (dé)raison d’être de ma présence en ce lieu ne se réduit jamais à la perspective d’un train. Mais, à supposer que je rentre un jour dans le rang des usagères ordinaires, ma carte escapade ne m’ouvrira pas leur saint des saints : le salon « Grands Voyageurs » qui dispense à ceux-là, exclusivement, ses honneurs et aménités. Avec obséquiosité, du moins vu, au dérobé, de l’extérieur : le salon ne s’ouvre sur l’accès latéral Commandant Mouchotte qu’au moyen de meurtrières horizontales vitrées sécurité. Pour la tranquillité et l’entre soi de ceux à l’intérieur. Je respecte la distance de courtoisie (comme au guichet de la Poste) et ne colle pas l’objectif de l’appareil photo sur un rai ajouré. Sans faire de paranoïa excessive, escapade et Grand Voyageur, c’est un peu torchon et serviette. Je me demande pourtant si mon entreprise d’écriture ne justifierait pas l’obtention d’un mot de passe dérogatoire, au moins à usage anthropologique. Je ne cherche pas à me faire plaindre, mais dans la gare, je n’ai pas forcément tous les atouts dans mon jeu.

Dans mon bureau au dessus des voies, je ne voyais pas le temps passer. Tout d’un coup, il pouvait être 7 heures du soir, voire plus tard encore, et je devais me sauver : les courses, la cuisine. Je n’étais jamais restée aussi tardivement dans aucun des bureaux par lesquels j’étais passée. Et je n’en rentrais pas fatiguée. La gare, le bureau, le jardin et moi, nous formions un écosystème. J’étais bien et je n’étais pas la seule : nous étions tous bien ensemble au dessus de la gare Pasteur, tous angles arrondis, sur les voies 1 à 9 ; nos fenêtres côté jardin. Même les chargés de mission que leur archéologie familiale ne scotchait pas, comme la mienne, à la gare, vivaient avec elle en parfaite harmonie, recourant à ses nombreux services – intrinsèquement ferroviaires ou adventices – autant que de besoin. Qui descendait acheter le journal ; qui des cigarettes ; qui un billet de train ; qui un sandwich si vraiment pas le temps d’aller plus loin ; qui y garait sa voiture un jour exceptionnel nécessitant une voiture (par exemple pour y transporter du matériel et des provisions de pique-nique). Et toujours proposer aux autres d’en profiter : se rendre mutuellement service et avec la gare. J’ai beaucoup aimé cette vie-là, mon petit éco-système dans notre symbiose générale.









