Sur l’ordi resté plié sur mon bureau, retour de Molines m’attendait mon cadeau de Noël : 3 films de Nanni Moretti, époque Michele Apicella, présent complémentaire à mon récent cadeau d’anniversaire. Il y avait donc, posés sur le macbook préféré du chat, le coffret Bianca / La messe est finie, proposé par les Cahiers du cinéma et le DVD Palombella Rossa.
Trois films quasi invisibles jusqu’à ces récentes publications, vus une seule fois lors d’un festival Moretti, peut-être dix ans de cela, au temps où les salles du quartier latin, l’été venu, assuraient nos révisions des intégrales Bergman, Fellini, Lubitsch and co. Trois films de l’amateur de sacher torte et de nutella que j’aspirais grandement à revoir.
J’ai commencé hier par Palombella Rossa, à cause de ce plan gravé tellement fort que j’en avais retenu parfaitement le mouvement de caméra, ce zoom arrière partant de la vue en plongée sur la cabine (sans plafond) de piscine dans laquelle la mère de Michele, enfant, lui frictionne vigoureusement la tête avec une banale serviette éponge (on n’est pas dans un monde à grands draps de bain). La caméra recule et l’on découvre les cabines voisines dans lesquelles d’autres mères répètent la scène avec leurs fils, la caméra recule encore et c’est tout l’écran qui s’emplit de ces couples mères/fils “en friction”, à la mesure du grand vestiaire collectif voisin des cabines.
Cette image et son amplification, parmi les plus belles signées Moretti, propose à mon sens une des visions les plus justes de la relation mère/fils, saisie au travers de ces têtes d’enfants frottées par des mères “agies” par la folle inquiétude de les voir prendre froid au sortir de l’eau.
Je vois le pendant père/fils de cette image beaucoup plus tard dans l’oeuvre de Moretti quand, devenu père et départi de sa posture de fils, il filme les vastes étalages de legos dans Le Caïman, et la recherche, efforts de père et de fils conjugués, de la pièce introuvable. Dans les deux cas, même saisissement compréhensif visuel immédiat, même économie de longs discours pour exprimer ce que c’est qu’être parent.
Palombella Rossa comme Le Caïman sont des films complexes, de propos avant tout politique, mais l’intelligence des visions d’enfance et de parentalité insérées par leur réalisateur dans l’un et l’autre pèse sur leur universalité. C’est de “générations” à tous les sens du terme, qu’il s’agit.
Ce qui fait le communiste amnésique au centre de Palombella Rosa – grande question que se pose inlassablement Michele marchant autour de la piscine entre les temps du match de water polo – , c’est aussi cette enfance aux bribes si superbement esquissées.
Jamais je ne suis dans une piscine sans, à un moment ou à un autre, dans l’eau, dans ma cabine, ou autrefois assise sur les gradins à regarder mes fils nager, comme les mères du film, en arriver à penser à Palombella Rossa.
Le plan des mères frictionnant leur fils n’est pas visible sur You Tube, mais j’ai trouvé celui-ci, qui le précède, porteur de la même tension grave.




