L'employée aux écritures

le blog de Martine Sonnet – ISSN : 2267-8735

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"Le problème de la nuit reste entier. Comment la traverser, chaque fois la traverser tout entière ?" Henri Michaux

Le furet de l’abribus m’a tuer

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Posted by ms on 24 octobre 2011 at 20:23

La campagne publicitaire pour l’ouverture d’une succursale du Furet du Nord en proche banlieue Sud colonise les deux faces de mon abribus le plus quotidien, celui du coin de la rue au bout de mon allée. Je me souviens de mon émerveillement lors de la découverte, que je situe vers 1969 ou 1970, de cette librairie à l’étrange enseigne, Furet du Nord, alors implantée en un lieu unique, Lille, quand celles que je pratiquais dans ma banlieue (déjà la même) n’avaient vraiment rien de mirobolant* et que je ne m’aventurais pas encore dans les librairies parisiennes.

En dépit de ce bon souvenir, une chose sûre est que le Furet de Cachan ne me verra pas souvent passer, ni encore moins repasser, par chez lui parce que d’un côté de l’abri nous infliger une citation de Marc Lévy écrivain

et de l’autre nous présenter Shirley S. écrivain amateur qui fait son marché au rayon stylos, franchement !

Naturellement l’écrivain patenté et vendeur qui, narquois les mains dans les poches, se vante “de toutes ces choses que j’ai écrites” (comme s’il y avait de quoi) est un homme, aussi naturellement que l’écrivain amateur acheteuse de stylos est une femme. L’inversion des rôles est inconcevable. Histoire de nous accabler encore un peu plus, la femme écrivain amateur écrit au stylo. Pas fichue de se servir d’un clavier l’écrivaine en herbe. On lui souhaite bien du courage : ses chances de passer de l’autre côté du miroir/abribus déloger Marc Lévy sont des plus minces.

Ceci était une leçon de marketing sexiste ordinaire – mais pas de littérature contemporaine avec laquelle toute ressemblance ne saurait être que fortuite.

* Je précise, pour donner l’échelle, que la librairie la plus proche du domicile familial était alors tenue par un couple d’ex-tripiers qui appréciaient particulièrement de ne plus avoir à se lever à 2h du matin pour aller aux Halles.

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10 Comments

  • On 24 octobre 2011 at 20:48 brigetoun said

    ceci dit avaient bien raison les ex-tripiers

  • On 27 octobre 2011 at 9:39 PCH said

    On doit aussi pouvoir trouver que les émoluments de l’une sont sans commune mesure avec ce que l’autre exige (le débraillé de l’auteur de best sellers est joliment négligé: de la fripe, pas de la tripe…) : en même temps que si l’enseigne ne s’intitule pas “librairie” ce que ce n’en est point une…

  • On 27 octobre 2011 at 11:03 angélique said

    “toutes ces choses que j’ai écrites”!
    Franchement, ça me coupe le sifflet. ça veut dire quoi? C’est tellement prétentieux qu’on se dit que ce n’est pas possible qu’il ait choisi ça. Toutes ces choses que t’as écrites, mon gars, eh ben quoi?

  • On 28 octobre 2011 at 18:29 PhA said

    Vite, un pavé !

  • On 28 octobre 2011 at 19:15 ms said

    Mais que n’y ai-je pas encore pensé ! Merci PhA

  • On 29 octobre 2011 at 9:31 Isabelle Pariente-Butterlin said

    Merci de cet éclairage de notre regard. Tout ce que le texte dépose sur ces images est parfaitement juste et net. Je soulignerais aussi que Marc Levy écrit des “choses”, ce qui dénote un rapport tout à fait étrange à l’écriture …

  • On 29 octobre 2011 at 9:51 ms said

    Merci Isabelle pour cette remarque à propos de “ces choses” : la distanciation induite est presque rassurante…

  • On 29 octobre 2011 at 10:40 elizabeth said

    Choses pour choses, je préfère celles de Georges Perec !!!

  • On 4 novembre 2011 at 15:30 Clopine Trouillefou said

    Il vous coure donc un peu sur le fayot, ce furet ?

  • On 4 novembre 2011 at 15:49 ms said

    Disons que si l’on m’avait demandé de choisir l’écrivain qui m’attendrait tous les matins sous mon abribus j’en aurais plus que probablement choisi un autre…

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