L'employée aux écritures

le blog de Martine Sonnet – ISSN : 2267-8735

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"Le problème de la nuit reste entier. Comment la traverser, chaque fois la traverser tout entière ?" Henri Michaux

L’article n’a plus la cote

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Posted by ms on 13 janvier 2017 at 18:39

Mais quelle mouche pique toutes ces entités siglées de notre quotidien qui envoient, d’un même élan, valser les articles qui précédaient leurs appellations déjà raccourcies à l’état d’initiales ?

Je viens d’entendre dans l’autobus 91 – celui qui parle si bien pourtant – qu’on espère me revoir bientôt “sur nos lignes RATP” comme la semaine dernière me rendant en train à Roubaix, SNCF tout court me souhaitait un bon voyage au départ et SNCF tout court espérait que je l’avais fait à l’arrivée. J’ai aussi maintenant affaire (le moins souvent possible) à MGEN et je subis au cinéma avant le grand film (quand je calcule mal mon heure tardive d’arrivée) les publicités de “MAIF assureur militant”. Si j’étais encore cliente, CAMIF me livrerait – ou pas ou pas dans les temps – mes chaussons fourrés pour l’hiver.  Nul doute que si LA RNUR était encore de ce monde elle céderait aussi à l’engouement et c’est RNUR qui fabriquerait les 4CV à la chaîne.

Je remarque en passant que c’est généralement de l’article féminin qu’on ratiboise  : à ma connaissance mon employeur reste LE CNRS et LE MEDEF ne s’est pas non plus affranchi de son déterminant masculin.

Je ne comprends absolument pas cette mode de l’élision de l’article. Les sigles ainsi délestés lâchés dans la nature, ou plutôt sur le marché, seraient-ils plus vendeurs ?  Plus susceptibles de parler aux Millenials ? Ce qui est sûr c’est qu’ils m’écorchent les oreilles. Et, plus grave, me gênent en ce qu’ils me semblent liés à une volonté de raccourcir la mémoire des entités/entreprises concernées, mémoire déjà singulièrement abrégée en 4 lettres dont la signification est oubliée par la plupart d’entre nous en les prononçant, les entendant ou les lisant.

Je ne peux m’empêcher de penser que l’on cherche ainsi à faire oublier que l’on a d’abord été une Régie Autonome (des Transports Parisiens), une Société Nationale (des Chemins de Fer), une Mutuelle Générale (de l’Education Nationale) ou d’Assurance (des Instituteurs de France), une Coopérative (des Adhérents aux Mutuelles des Instituteurs de France). Le faire oublier aux usagers, coopérateurs et autres adhérents promus (ou dégradés ?) clients – le faire oublier à leurs personnels aussi ?

Des origines en voie d’effacement pourtant pas honteuses, loin de là, et porteuses de valeurs qui, au contraire, gagneraient à reprendre du poil de la bête aujourd’hui. Prochaine étape remplacer l’acronyme par un “petit nom”  séduisant ? Voir ce qu’il est advenu récemment du bon vieux Gaz de France (à tous les étages).

Filed under à chaud
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2 Comments

  • On 14 janvier 2017 at 13:58 PdB said

    (j’ai un avis sur tout, comme tout sociologue qui se respecte) (je me respecte d’ailleurs) il s’agit (selon moi) d’un procédé complètement frelaté d’un marketing insidieux qui veut faire prendre les sigles pour des marques lesquelles seront alors prises pour des personnes (rien de moins) afin de rendre leur insupportables menées plus humaines – je trouve cette attitude, que j’avais notée d’ailleurs, avant que vous ne vous en fassiez l’écho pertinent, Employée, et je partage absolument votre sentiment – je trouve cette attitude dis-je complètement imbécile – je ne crois pas (mais je me trompe peut-être) que la fameuse génération i grec (je n’en suis pas) – comme celle qu’on avait voilà quelques lustres baptisée “bobo” (je n’en suis pas non plus) – ait quelque chose à entendre là, non plus que les autres d’ailleurs, sinon le plus parfait creux de l’indigence d’un certain mode de pensée (si on ose dire)…

  • On 14 janvier 2017 at 14:32 L'employée aux écritures said

    Nous sommes d’accord : il s’agit bien d’une sournoise extension de la tyrannie des marques.

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