L'employée aux écritures

le blog de Martine Sonnet – ISSN : 2267-8735

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"Le problème de la nuit reste entier. Comment la traverser, chaque fois la traverser tout entière ?" Henri Michaux

Habiter Paris (aperçu 21)

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Posted by ms on 26 décembre 2021 at 18:41

Je réveille mon blog en état d’hibernation depuis l’automne – et en panne d’insertion photographique, il faut que je trouve une solution – avec un nouvel extrait de mon chantier Habiter Paris, réouvert récemment (attention travaux). Pour retrouver les précédents, reculer d’une case et ainsi de suite…

Ce qu’il me reste à faire maintenant que je connais les noms de tous les habitants de 1926 : une nuit de 31 mars au 1eravril, discrètement quand tout dort, descendre substituer les CHARPAUX, PETITJEAN, CHABERNAUD, KAAN, ROUSSEL, CAUQUIL, BONNEVILLE, VEZIN, MAILLY, RONDELEUX, PIQUARD, LECLERC, LEVAVASSEUR, GUETON, TILLOY, BISCAY, MAROT, PERIER, MULLER, VOISIN, PANNIER, TOUDOIRE aux nôtres sur les étiquettes des boîtes aux lettres sous la voûte. Au matin nous ne saurons plus qui est qui, qui est où, mes voisins n’y comprendrons rien et le facteur n’y retrouvera pas ses petits. D’une certaine façon, je  lui simplifierai la tâche : chaque étiquette sera moins chargée en noms doubles ou triples difficiles à caser, quand sur nos boîtes aujourd’hui plusieurs cohabitent, avec ou sans traits d’unions. Ménages nominalement dissociés mais ensemble – deux noms – voire recomposés – trois noms ou plus. Ceux de 1926 étaient juste décomposés par la guerre, leurs rangs tristement dégarnis, réduits pour certains à leur plus simple expression de veuve solitaire.

Je cherche dans ma liste quel nom collerait le mieux sur notre boîte, quel ménage recevant son courrier à notre adresse en 1926 ressemblerait au moins dans ses grandes lignes à celui que nous composons. Une famille dont nous descendrions par les murs et non par le sang ; une famille à qui l’appartement en L du troisième étage aurait pu convenir. Faute de calque mieux ajusté, Pierre Toudoire, comptable de la Compagnie du PLM, administrateur du bureau de bienfaisance de l’arrondissement – un homme de coeur en outre historien amateur – , son épouse Marguerite, institutrice, et leur fils Maurice, lycéen puis étudiant, feront l’affaire. Ces gens-là se sont maintenus au moins dix ans à notre adresse, du moins les parents, le fils étudiant, futur avocat, encore chez ses parents en 1931 n’y est plus recensé en 1936. Il est parti faire sa vie ailleurs, mais pas bien loin : mariés le 11 avril 1934 à la mairie du Ve, Maurice et son épouse s’installent boulevard Saint-Michel. Maurice Toudoire boucle in extremis une autobiographie, en 2004 l’année de sa mort. Elle est publiée un an plus tard, laissée aux bons soins de ses enfants, chez un éditeur de spiritualité comme la plupart de ses autres écrits, des ouvrages de morale chrétienne. Dans son Epique époque je relève ses souvenirs de l’immeuble dans lequel il a grandi. Pauvres glanes mais quelques repères sur le confort gagné tardivement : des seaux de charbon remontés à pied par son père de la cave jusqu’au cinquième – leur appartement n’était donc pas le nôtre, raté – pour le fourneau de la cuisine et le poêle de la salle à manger ; l’électricité arrivée seulement après la Grande Guerre. Pour le reste ses jeux d’enfants dans le quartier, la balle rebondissant contre le long mur du Val-de-Grâce, et le coiffeur du nom de Rigolot en bas de l’immeuble chez lequel le petit Maurice se fait couper les cheveux.

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4 Comments

  • On 26 décembre 2021 at 19:45 brigitte celerier said

    un régal : les noms de maintenant (moi l’ex gérante et les difficultés pour les faire rentrer dans l’ordinateur…) et cette idée de famille par les murs !

  • On 26 décembre 2021 at 20:58 ms said

    Merci Brigitte : votre approbation de professionnelle me va droit au coeur !

  • On 27 décembre 2021 at 11:30 PdB said

    (j’aime assez le bégaiement de Levavasseur) (pour le reste, ça me fait me souvenir que la personne acariâtre, cheveux courts, légèrement acnéique qui m’a foutu dehors de l’entreprise setec économie sise du côté de la gare de Lyon en soixante-seize dix-sept portait le patronyme de Panier (un “n” ou deux,je ne sais): ces choses apparaissent tout à coup – c’est le bon côté des listes)
    (ôtez-moi d’un doute, Employée : il y a près d’un siècle plus tard autant d’appartements (ou de locataires/propriétaires/occupant.es) qu’alors ?) – difficile de savoir comment vous parvenez à rendre ces choses vraies – un coiffeur Rigolot ne s’inventerait-il pas, par exemple ? eh bien non…! – vous avez beau pratiquer par stases de longueurs indéterminées, on suit quand même – et avec grand plaisir (bonnes fêtes/suites/agapes etc…)

  • On 27 décembre 2021 at 17:58 ms said

    Merci de votre visite cher PdB et d’heureuses fêtes à vous de même.
    Levavasseur pourrait être un nom normand : j’en ai connu. Quant au nombre d’étiquettes, il en faut moins aujourd’hui, des murs ayant été poussés. Pour ce qui est du coiffeur, l’autobiographe l’écrit Rigolo sans “t” mais j’ai adopté l’orthographe des annuaires commerciaux du temps qui précisent parfois Mme Rigolot. Véridique donc, mon imagination ne va pas jusque là…

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