L'employée aux écritures

le blog de Martine Sonnet – ISSN : 2267-8735

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"Le problème de la nuit reste entier. Comment la traverser, chaque fois la traverser tout entière ?" Henri Michaux

Habiter Paris (aperçu 18)

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Posted by ms on 20 septembre 2020 at 12:26

(Suite du précédent aperçu à partir du quel vous pouvez remonter le fil des précédents)

Depuis mon achat, je ne marche plus en zig-zag dans les rues, traversant et retaversant au gré des vitrines d’agences immobilières aperçues de loin – j’aurais pu me faire écraser cent fois. Je ne me jette plus non plus sur les petits journaux d’annonces empilés sous la pluie sur des présentoirs à leur porte comme on en trouve toujours sur le boulevard du Montparnasse. Quoi que : je garde aujourd’hui encore, en passant, un oeil curieux sur les titres de leur « dossier » du mois cycliquement consacrés à « L’esprit village dans Paris », aux « Grandes surfaces atypiques », au « Charme des jardins oubliés », au « Bonheur sous les toits », à « Vendre son bien rapidement », à « Tirer le meilleur parti d’une petite surface », à « Où vivre en famille dans Paris ? » etc. Je les dévorais du temps de ma prospection, épluchant les annonces, m’arrachant les yeux à chercher le défaut caché sur les photos de petits formats montrant des séjours tous mieux rangés et plus lumineux les uns que les autres et que le mien, mais rarement pourvus de bibliothèques. C’était une constante : on y voyait des canapés, des fauteuils, des tables servies, des plantes vertes luxuriantes, des luminaires design, des grands écrans plats collés au mur, mais jamais de rangées de livres jusqu’au ciel ni de tables de travail avec ordinateur et lampe de bureau, enfin tout ce qui fait mon nécessaire à vivre. Je ne risquais pas de trouver mon bonheur dans ces pages-là.

Mon acquisition signe l’extension du domaine de ma curiosité en repoussant ses bords de mon quartier d’habitation à la parcelle dont je suis devenue micro-co-propriétaire à hauteur de 90/10040. Quotient mal arrondi du fait qu’il y a eu, par le passé, avant mon arrivée, accord pour vendre une fraction des parties communes de l’immeuble. De ma nouvelle adresse parisienne, je ne descendrai pas sous les caves explorer les tréfonds comme je l’ai fait pour l’immeuble du boulevard. Je risquerais de me noyer. Sous ma maison subsidiaire coule une rivière. Je le sais et je l’ai toujours su, les petites pastilles de métal qui matérialisent l’ancien cours de la Bièvre au sol du quartier sont là pour le rappeler aux passants oublieux de cet affluent de la Seine. Sur ce point, le vendeur, à qui je pourrais reprocher par ailleurs certaines approximations ou certains silences, ne pouvait me leurrer. J’ai acheté, en parfaite connaissance de cause, au risque de la résurgence d’eaux précieuses autrefois aux tanneurs, teinturiers et aux tapissiers du quartier comme au moulin tout proche de Croulebarbe.

Un pied sur le vide de carrières, l’autre sur l’eau, je reste une Parisienne instable, même légitimée par un titre de propriété.

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2 Comments

  • On 23 septembre 2020 at 16:54 PdB said

    Parisien je ne me sens point (si vous me disiez génois, vénitien ou à la rigueur napolitain ou barésien (de Bari, dans les Pouilles auquel cas je deviendrai (peut-être, Pouilleux?), je ne dis pas…) mais parisien ? peut-être à la limite (comme je ne suis juif que pour les antisémites) je ne me trouverai dans cet état qu’aux yeux de certains abrutis de nos campagnes (car il y en a aussi par là-bas) – je force le trait, certes… Je comprends votre instabilité Employée – je la ressens en moi-même, bien que n’étant que rive droite – je vécus rive gauche quand même un bon moment mais plus en aval que votre nouveau pied à terre ou plutôt votre nouvelle propriété (on cherche où se trouve ce charmant studio dont vous fîtes l’acquisition, entre la rue de Bièvre où vécut tonton et l’église Saint-Jacques du Haut-Pas, si j’ai bien compris) non loin d’où officiait le tordu du cigare (il régnait au 5 quand je vivais au 32) (c’était rue de Lille, rien n’est loin dans Paris)

  • On 23 septembre 2020 at 18:52 L'employée aux écritures said

    Cher lecteur fidèle, je crains que vous n’ayez pas assimilé toutes les données géographiques de l’aperçu 17… (mais vous êtes tout excusé).

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