L'employée aux écritures

le blog de Martine Sonnet – ISSN : 2267-8735

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"Le problème de la nuit reste entier. Comment la traverser, chaque fois la traverser tout entière ?" Henri Michaux

Habiter Paris (aperçus 16)

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Posted by ms on 3 mars 2020 at 19:08

Si vous découvrez la série Habiter Paris (aperçus), et souhaitez l’explorer, rien de plus simple, il suffit de reculer d’une case et ainsi de suite.

Il y a dans Paris des lieux faciles d’accès et repérables où les gens – pas forcément des Parisiens -, se donnent communément rendez-vous mais où je n’ai jamais rendez-vous avec personne. Sur ma rive et dans mon périmètre d’action quotidien, je citerai la statue de Danton à Odéon et la fontaine Saint-Michel, pour le VIe arrondissement, la sortie du métro Edgar-Quinet pour le XIVe. Je n’y rejoins jamais personne, sauf exceptions antédiluviennes dont témoigneraient mes agendas conservés d’années étudiantes, si je prenais la peine de les ouvrir : cours à Jussieu, ciné entre Odéon et Saint-Michel, point de retrouvailles Danton. C’était donc au XXe siècle. Au XXIe, je ne saurais dire si ces non-lieux de rendez-vous tiennent à ma géographie affective de la ville ou aux gens avec qui je pourrais convenir de m’y retrouver. Leur existence, leur non-existence, ou le fait que nous ne nous soyons pas encore rencontrés. Tout rendez-vous dans la ville, géo-localisé à la convenance des protagonistes, deux ou plus, supposant au moins un contact voire des négociations préalables, le plus souvent virtuels. Passez par ces points communs de rencontres, Danton, fontaine Saint-Michel, Edgar Quinet, et quelle que soit l’heure vous y verrez des gens, parfois impatients, parfois inquiets, occupés à en attendre d’autres. A vérifier l’heure qu’il est, à la grosse horloge carrée, perchée sur son mât, cadran triple face, mobilier urbain conçu pour être bien visible, si la place en est dotée, ou vérifier des messages, écrits ou murmurés, en déshérence sur un téléphone portable dont l’écran d’accueil confirmera ou corrigera au besoin l’heure indiquée à la pendule municipale. Hier en début d’après-midi, comme je passais aux pieds de Danton, filant droit, sans y chercher des yeux quiconque, m’arrête une femme entre deux âges, paniquée, cherchant la fontaine Saint-Michel. Une qui connaissait mal la ville, mélangeait tout, Odéon-Saint-Michel pour elle du pareil au même, repartie en courant dans la bonne direction, aiguillée par mes soins et gagnée à ma suggestion de raccourcis. J’avais compris l’urgence, saisi et rasséréné l’angoisse autant qu’il m’était possible.

A qui ne maîtrise qu’approximativement la ville, je donnerai plutôt rendez-vous à la sortie du métro Edgar-Quinet, point de ralliement qui ne se prête à aucune confusion, unique en son espace, et ce d’autant moins que la station ne connaît qu’une seule sortie. Imparable et sans excuse à qui prétendrait être venu sans vous avoir trouvé. Impossible : vue dégagée de tous les côtés. A Edgar Quinet, le bénéfice du doute n’a pas cours, on vous a posé un lapin. Je serai moins affirmative à propos d’un rendez-vous à la sortie du métro Sèvres-Babylone. En toute innocence et parfaite bonne foi, l’un émergeant rue Velpeau, l’autre boulevard Raspail (côté rue de Sèvres ou côté la rue du Four), une jonction dans la verdure du square Boucicaut, autour du manège de chevaux de bois, garde un caractère aléatoire, surtout les jours de vent fort quand la ville boucle ses jardins. Principe de précaution. Ne parlons pas des inconscients qui tenteraient de se rejoindre à la station Châtelet-Les Halles écartelée en ses 19 sorties ; n’y pensons pas même.

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2 Comments

  • On 4 mars 2020 at 20:35 PdB said

    il me semble me souvenir que dans un des livres de Fred Vargas la station Edgar Quinet joue un rôle, c’est là qu’officie le hurleur peut-être ou je délire – ça m’arrive fréquemment comme on sait – ou pas, peu importe après tout – nous autres rive droite nous donnons rendez-vous à Châtelet mais au café Sarah Bernhardt c’est plus facile – mais le plus souvent c’est au café que les rendez-vous sont donnés il me semble (chacun fait comme il veut ou peut aussi bien) – il y a le floréal assez merdique coin Goncourt, les folies dans la rue ou au Carillon du côté de la rue Bichat – mais plutôt les cafés : croyez-vous qu’il y ait là attitude genrée Employée ? (votre numéro aperçu 16 me fait penser à ces rendez-vous que se fixent (dit le cinéma, mais il ne peut pas non plus aller pêcher ses informations n’importe où) dans les musées les agents au service de STGME2 ou autres lieux – par exemple ce jardin de Rio où Cary Grant retrouve Ingrid Bergman dans ce fameux Notorious (1946) qu’on aime tant)

  • On 4 mars 2020 at 20:51 ms said

    Je n’ai jamais rien lu de Fred Vargas, je ne vous serai donc d’aucun secours pour confirmer ou infirmer votre peut-etre souvenir. Quant à toutes vos bonnes adresses, merci de nous en faire profiter, j’engrange (mais pas le floréal) ! Pour tout vous dire, la suite du chapitre est précisément consacrée aux rendez-vous dans les cafés, mais je ne sais pas encore si je la passerai en Aperçus 17 : les aperçus je les pioche un peu n’importe où dans le fichier WIP et quand un fragment cohérent me semble faire la bonne longueur, je copie-colle sur le blog. Voilà, vous savez tout !

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