L'employée aux écritures

le blog de Martine Sonnet – ISSN : 2267-8735

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"Le problème de la nuit reste entier. Comment la traverser, chaque fois la traverser tout entière ?" Henri Michaux

Habiter Paris (aperçus 15)

2 Comments
Posted by ms on 2 février 2020 at 18:03

Si vous découvrez la série Habiter Paris (aperçus), et souhaitez l’explorer, rien de plus simple, il suffit de reculer d’une case et ainsi de suite.

A l’hiver 2018, un dormeur solitaire de rue est mort dans le quartier, ni vu ni connu. Les jours d’après, une feuille A4 plastifiée l’apprend aux passants. Un prénom masculin et un âge scotchés près d’une entrée de parking. Bernd, 55 ans. Je me demande s’il s’agit de l’homme que j’avais aperçu parfois rouler soigneusement son duvet au matin sous une arcade proche, boucler son paquetage, faire place nette, et qui ne reparaît pas. Même plastifié, le faire-part d’infortune finit par s’effacer avec une discrétion inversement proportionnelle à la violence de ce que ces quelques mots nous disaient sur la ville et sur notre indifférence ; à nous, lecteurs, arrêtés là, précisément au point de rupture du lien d’humanité qui aurait dû nous unir, arrêtés là mais trop tard. Deux poids deux mesures : des souvenirs écrits qui résistent au temps et aux intempéries, gravés près de portes souvent cochères, le quartier n’en manque pas. Adresses auxquelles untel et plus rarement unetelle, porté en grande estime, à titre posthume si ce n’est de son vivant mais dans ce cas sans en tirer profit voire au contraire en tirant le diable par la queue, a vécu ou produit quelque chose de mémorable. Un événement que l’on a jugé pertinent d’immortaliser en apposant une plaque, à hauteur lisible, en façade de la maison où la chose s’est passée. Quelqu’un de remarquable est né, est mort, a vécu, a écrit, a composé, a inventé. Et pour peu que la hauteur sous plafond et la luminosité s’y prête, au dernier étage, a peint ou, de plain-pied suivant l’envergure et le poids des oeuvres, a sculpté. Entre février et juillet 1896, August Strindberg, au 62 rue d’Assas alors adresse de l’hôtel Orfila, « a vécu une phase décisive de sa vie » précise la plaque commémorative, sans en dire plus. De février à juillet, la phase décisive a pu durer quatre mois – en admettant qu’il ait logé là du 29 février (1896 étant bissextile) au 1erjuillet – aussi bien que six – s’il y a pris ses quartiers du 1erfévrier au 30 juillet. Marge d’incertitude non négligeable sur la durée de la « phase décisive » et donc son intensité. A réserver la pose de plaques aux seules adresses de « phases décisives » dans  le cours des vies et/ou l’avancement des oeuvres – étroitement mêlés dans l’Inferno de ce printemps-été strindbergien rue d’Assas -, combien en resterait-il ? Il va de soi que toutes choses sont et resteront inégales par ailleurs, mais passant en revue mes adresses successives, je cherche celle (ou celles) à laquelle (auxquelles) j’aurais vécu une (des) phase(s) décisive(s) de ma vie et je réponds : toutes. Sans compter des adresses qui n’étaient pas les miennes, des adresses même pas forcément habitables au sens résidentiel du terme, celles de bibliothèques par exemple.

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2 Comments

  • On 4 février 2020 at 8:56 PdB said

    sur la plaque il y a quand même pas mal de choses qui sont énoncées (elle a été posée (dixit wiki), en 2010) (notamment un extrait de son “Inferno” qui indique que l’auteur ou le narrateur est “habité” par Orfila et Swendenborg) mais il est certain que des “phases décisives” on peut en vivre partout et en tous lieux (il faudrait savoir qui a posé la plaque, je suppose, dans quelles conditions pourquoi ce truisme etc.) mais l’endroit se situe non loin d’un mur qui fut le héros d’un billet que je ne retrouve plus) (un texte d’atelier d’écriture, je crois me souvenir)

  • On 4 février 2020 at 8:59 PdB said

    ah non,c’est la photo de la plaque qui date de 2010, pardon… (j’étais un peu à côté)

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