L'employée aux écritures

le blog de Martine Sonnet – ISSN : 2267-8735

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"Le problème de la nuit reste entier. Comment la traverser, chaque fois la traverser tout entière ?" Henri Michaux

Habiter Paris (aperçus 7)

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Posted by ms on 16 décembre 2018 at 17:32

En 2013 nous installant à Paris, comme en 1999 quittant l’avenue pour le bout de l’allée, nous ne vidons pas la totalité de nos cartons – 117 en tout cette fois – mais ce ne sont pas les mêmes qui restent bardés d’adhésif marron. La fois précédente c’étaient des cartons de livres qui avaient fait les frais de notre paresse à ouvrir, déballer, ranger des ouvrages dont on savait bien qu’ils resteraient fermés. Comme la collection de la revue Les temps modernes de C.. Il lisait depuis des lustres (et son père avant lui) dès son arrivée chaque numéro trouvé dans la boîte aux lettres mais n’y revenait pas. Ce qui explique que dans la pile de cinq cartons collée dans l’angle du séjour le moins visible quand on entrait dans la pièce, reposaient quelques décennies de Temps modernes bien rangés dans ces cartons calibrés pour les livres, format réduit de moitié par rapport à ceux destinés au linge de maison par exemple. Petits parallélépipèdes rectangles calculés pour, même remplis à ras bord, rester manipulables par un être humain de morphologie et musculature communes. De toutes façons de février 1999 à avril 2013 nul ne s’était avisé de les transbahuter. Un jour, que je ne saurais dater précisément, était apparu au sommet de la pile un coussin à housse fleurie et, dès lors, de longues heures posé sur le coussin, le chat. Heureux de disposer d’un point de vue confortable, de haute teneur en matière à penser, à la base. Le chat philosophe avait considéré, de haut, son monde – autrement dit nous – jusqu’en avril 2009 qu’une maladie des plus humaine l’emportait dans l’autre. La pile était restée intacte après la disparition de son habitant, admirable bête, irremplaçable.

Dans une chambre, d’autres cartons de livres, dont la mémoire du contenu plus composite que la collection ordonnée du séjour s’était rapidement perdue, édifiaient une pyramide à trois degrés qui avait fini par se faire oublier dans le paysage. Adhésif marron, déteint à la longue, arraché seulement lors des préparatifs du déménagement pour Paris, quand il s’était agi de se défaire en parfaite connaissance de cause des ouvrages muselés si longtemps. Le besoin de nous y référer ne nous ayant pas effleuré au cours des quatorze années qui venaient de s’écouler, nous pouvions raisonnablement continuer sans eux ; tourner la page. Un bouquiniste était venu les chercher disant que c’était vraiment pour nous rendre service, qu’il ne les vendrait pas, et encore moins les revues, pensez ! et heureusement qu’il avait son garage pour stocker. Tout ce papier qui devait, à l’entendre, lui rester pour l’éternité sur les bras, le libraire d’occasion avait néanmoins jugé pertinent de faire deux voyages pour s’en encombrer.

Pour rembobiner les aperçus Habiter Paris passer par le précédent.

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2 Comments

  • On 16 décembre 2018 at 20:09 Dominique Hasselmann said

    “Les Temps modernes” : une époque où n’importe quel charlot n’accédait pas aussi facilement qu’à France Culture pour tenir une chronique hebdomadaire en forme de sermon réac.

    J’en ai gardé quelques numéros, leur papier tient bien le coup.

    Merci pour ces souvenirs particuliers ! :-)

  • On 18 décembre 2018 at 19:32 PdB said

    ces choses auxquelles on finit par s’attacher même si elles ne nous sont de rien (ou presque) (les cartons fermés d’adhésif brun et fin : je crois qu’il en restait un ou deux datant du déménagement de 1993 au dessus de l’armoire, lorsque l’appartement s’est consumé, de son fond à ses combles) (il existe aussi des gens qui récupèrent ces livres pour les envoyer ailleurs où on ne dispose pas de cette manne – bibliothèques sans frontière je crois, mais les livres doivent être en bon état : c’est d’un ennui – mais le débarras me fait souvenir de monsieur Desmars qui officiait à ses débuts (fin des années quarante) dans une librairie du seizième -où il avait croisé Cendrars… – et qui venait chercher les livres avec un grand drap de toile – il avait confié ses souvenirs à feu mélico) cette série d’habiter Paris… j’adore

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