L'employée aux écritures

le blog de Martine Sonnet – ISSN : 2267-8735

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"Le problème de la nuit reste entier. Comment la traverser, chaque fois la traverser tout entière ?" Henri Michaux

Habiter Paris (aperçus 6)

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Posted by ms on 21 novembre 2018 at 0:21

Les premiers déménagements, ces sauts de puce, qui m’avaient fait passer d’un 18 au 12 d’une même rue, d’un 138 au 220 d’une même avenue, toujours dans la même ville de banlieue, étaient sources d’économie à l’article des cartes de visites. Si peu à modifier que les corriger proprement à la main suffisait ; la transformation du 8 en 2 requérant seule un peu d’habileté. Je m’attachais encore à cette époque à la possession de cartes de visites personnelles, n’ayant accédé que tardivement à leur version professionnelle. Je m’adonnais d’ailleurs, quand il s’en trouvait sur mon chemin, à la contemplation des vitrines d’imprimeurs exposant leurs modèles de cartes aux côtés de ceux de papiers à en tête et de faire-part. Ces derniers toujours choisis dans le dessus du panier de la clientèle, si possible à particule, avec militaires et ecclésiastiques de haut rang dans la parentèle, tous unis pour n’annoncer et ne bénir que des événements consensuellement considérés comme heureux, naissances, fiançailles (il s’en trouvait encore) et mariages – jamais de décès pour attirer le chaland. Il n’y avait que du beau monde fort réjoui de ce qui lui arrivait dans la vitrine de l’imprimeur Boisnard graveur à Paris depuis 1920, sous la voûte du passage Choiseul, que ma fréquentation assidue de la Bibliothèque nationale rue de Richelieu m’amenait à traverser régulièrement. Les mariages surtout s’annonçaient en grandes pompes, cartons d’invitations déclinés le plus souvent en trois formats, dépliants pour la cérémonie « tout public » et deux simples cartes pour les réceptions qui suivraient, tables ouvertes à des cercles de plus en plus restreints. Complexité du bulletin de commande avec quantités différenciées, longs conciliabules avec un personnel des plus compétent.

Après contemplation obstinée de leurs virtuosités typographiques, j’avais fait confectionner dans cette boutique mes cartes de visites, petits cartons de rien à l’aune du savoir-faire de l’imprimeur, flanquées d’une adresse devant laquelle jamais aucun lécheur de vitrine n’aurait trouvé matière à rêve. Par deux fois néanmoins, l’une pour la rue, l’autre pour l’avenue, commande passée de deux modèles, l’un passible de correspondance, l’autre réduit, juste pour laisser ma trace, avec espoir, façon cailloux de petit poucet. Boîtes en plastique transparent gardées, vides. Depuis que j’en dispose, les cartes professionnelles me suffisent au point que je n’en épuise jamais le stock entre deux changements de logos de mon employeur. Je ne vois plus la nécessité de faire imprimer en discret relief d’un bleu ou d’un vert recherché, sur carton champagne finement rainuré ton sur ton, mon nom et mon adresse. Une adresse pourtant désormais parisienne, digne, pour ainsi dire, de la vitrine de Boisnard – une vitrine qui m’a semblé moins donneuse d’exemples tirés du grand monde la dernière fois que je suis passée devant. J’ai pensé que le bricolage maison aujourd’hui de nombre de faire-part et de cartes de visites devait avoir retenti sur l’activité de l’entreprise bientôt centenaire. Ou bien que la clientèle recourant encore aux professionnels était moins encline à l’ostension de sa vie de famille.

On peut rembobiner les aperçus Habiter Paris à partir du précédent.

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3 Comments

  • On 22 novembre 2018 at 9:33 PdB said

    Employée, vous vous retrouvez rive droite pour vos cartes de visite et autres faire-part (mot invariable) imaginaires (j’aime assez aller trouver la station de métro Quatre Septembre en passant par ce passage) tandis que je me retrouve pour ces cartes mêmement qualifiées sur la rive gauche (nous nous croisons) (vous alliez à la bibliothèque, j’allais voir TNPPI) : il s’agit d’une petite officine de la rue du Bac (non loin d’où vivait Emile Ajar) que je dévoilerai demain dans un nouveau billet – illustrant le vôtre (sans vouloir polluer ou troller vos billets) (votre série “Habiter Paris” m’enchante, j’adore) (je parlerai de cette pratique (mettre mes pas dans les pas de mes pairs) sans doute mercredi prochain (le 28) lors de l’invitation faite par Anne Savelli pour la clôture de sa résidence à Chartres, dans la librairie L’Esperluette – vous y serez (comme quiconque de vos lectrices) (ou lecteurs, évidemment) la bienvenue, c’est mercredi vers 19 heures). Comme disait Tony Curtis (ou l’autre blondinet que je n’aime guère):” amicalement vôtre”.

  • On 22 novembre 2018 at 12:46 ms said

    Nos commandes aux professionnels de l’impression nous permettent donc à l’un et à l’autre de traverser la Seine. Hâte de voir votre petite officine de la rue du Bac… Et la voilà !

  • On 24 novembre 2018 at 10:30 Dominique Hasselmann said

    Choisir Choiseul, oui, on ne passe pas assez par les passages, on est trop sage… Je me souviens d’en avoir fait le tour pour publie.net mais je ne vais pas rechercher le lien… :-)

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