L'employée aux écritures

le blog de Martine Sonnet – ISSN : 2267-8735

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"Le problème de la nuit reste entier. Comment la traverser, chaque fois la traverser tout entière ?" Henri Michaux

Habiter Paris (aperçus 4)

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Posted by ms on 29 septembre 2018 at 12:07

Suite des précédents aperçus : 1, 2, 3.

Il y a dans Paris des rues dont les noms se ressemblent et que je confonds toujours, même habitant désormais à leur proximité relative : les rues Madame, Mademoiselle et Princesse mais ni l’une ni les autres avec Monsieur le Prince, comme on pourrait l’imaginer, celle là trop marquée par le douloureux souvenir de la mort de Malik Oussekine. Autres exemples :  Brézin et Bezout, Boissonade et Boussoulade. Sauf que la rue Boussoulade n’existe pas et n’a jamais existé, la confusion procède d’une erreur de ma part, je crois parfois que la rue Boissonade s’appelle Boussoulade et je me demande bien pourquoi je fais une fixation, au point de vouloir baptiser une rue parisienne de son nom, sur l’abbé Jean Boussoulade certes auteur d’un ouvrage[1] qui m’a bien servi lorsque je rédigeais ma thèse (pourtant non refréquenté depuis). Je confonds encore les rues Laromiguière et Lesdiguières, une seule sur ma rive pourtant, rien à voir géographiquement donc, et des hommes que séparent en outre deux siècles et leurs passions, au premier, celui de la montagne Sainte-Geneviève, les idées, au second, celui du Marais, les armes. Erasme et Descartes : laissez-moi réfléchir, l’une longe mon bureau mais laquelle, celle de l’humaniste ou celle du philosophe ? Et pour rester dans le cinquième arrondissement, je m’embrouille encore, avec Thuillier (Louis) et Toullier (sans prénom), les deux existent et je traîne le vieux remord d’avoir un jour fourvoyé vers l’une (Toullier) un couple qui cherchait l’autre (Thuillier), les envoyant vers le Panthéon. Rues pas si éloignées l’une de l’autre, certes, mais d’où la question m’était posée – près du carrefour Saint-Jacques / Gay-Lussac – gagner l’une puis revenir sur ses pas en quête de l’autre risquait fort de mettre ce couple en retard à un rendez-vous. Rendez-vous qui pouvait être important, médical, et des plus sérieux puisque l’entrée des consultations d’un hôpital spécialisé se fait par la rue Thuillier. Après coup je m’étais dit que forcément c’était cela qu’ils cherchaient.

Depuis que j’habite Paris je comprends que les gens perdus, paniqués, qui cherchaient le métro dans ma ville de banlieue où il n’y en avait pas ne pouvaient être que des Parisiens. Leur effroi faisait peine à voir quand on leur expliquait comment le rejoindre, au moyen d’un autobus, ou quand on leur proposait l’alternative du train qui les amènerait à Montparnasse. Mais l’idée de prendre le train les effrayait au plus haut point, les faisant se sentir tout à coup encore plus égarés et éloignés de Paris qu’ils ne le craignaient. C’était avant le dézonnage de la Carte Orange et la frontière entre les zones 2 et 3 passait entre les stations d’autobus Hébert-Gare et Lazare-Carnot. Il fallait aussi expliquer cela aux égarés anxieux d’âtre en règle avec la RATP qui cherchaient le métro.

Maintenant, ce vers quoi j’aiguille le plus souvent quand on me demande un renseignement, c’est l’hôpital Cochin, le Panthéon, la rue d’Ulm ou l’abbaye du Val-de-Grâce – confondue une fois par une touriste, pas très regardante, avec Notre-Dame de Paris ; je l’avais remise dans le droit chemin de la rue Saint-Jacques.


[1]Jean Boussoulade, Moniales et hospitalières dans la tourmente révolutionnaire : les communautés de religieuses de l’ancien diocèse de Paris de 1789 à 1801, Paris, Letouzay et Ané, 1962, 260 p.

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2 Comments

  • On 29 septembre 2018 at 18:44 PdB said

    Vous n’êtes pas sans savoir que je dispose d’une bible minimum, le Hillairet (Jacques) en deux volumes (chez Minuit) intituléé “Dictionnaire historique des rues des Paris” (“dédié à tous les Parisiens et amis de Paris”) qui indique que le Toullier en question était prénommé Charles (1752 – 1835) et occupait la profession de jurisconsulte (kézako ? m’interrogé-je in petto :un type qui connaît le droit et émet des avis sur celui-ci) – nous voilà renseignés. La voie a pris son nom (après bien des détours que je vous épargne) en 1864 à la place de celle intitulée Neuve-des-Poirées (commence au 9 Cujas, finit au 14 Soufflot). Serviteur, Employée…

  • On 29 septembre 2018 at 20:30 ms said

    Vos compléments d’information sont toujours des mieux venus, merci !

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