L'employée aux écritures

le blog de Martine Sonnet – ISSN : 2267-8735

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"Le problème de la nuit reste entier. Comment la traverser, chaque fois la traverser tout entière ?" Henri Michaux

Habiter Paris (aperçus 3)

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Posted by ms on 20 septembre 2018 at 20:32

Pour servir de suite aux aperçus 1 et aperçus 2 d’un chantier d’écriture lente.

De Paris, longtemps je n’ai connu que deux portes : la porte de Versailles et la porte de Saint-Cloud. Celles vers lesquelles de la cité d’enfance menaient des autobus directs, respectivement les lignes 190 et 136. Il y avait bien aussi la porte d’Orléans dont on savait l’existence, mais le changement d’autobus obligé entre 190 et 195 à l’arrêt « La cavée » en rendait l’accès moins évident ; sans parler du nombre de petits tickets pliés en accordéon à confier au receveur qui augmentait du fait de la correspondance. La porte d’Orléans ne nous était pas plus lointaine mais aborder la ville par son franchissement coûtait plus cher. Trop cher.

Habiter Paris c’est – enfin et joyeusement ! – rentrer dans le rang en ne possédant pas de voiture. Avant notre déménagement du printemps 2013 C. et moi devions nous justifier de notre non-motorisation mûrement résolue et assumée et suscitions parfois sur ce sujet un léger apitoiement dont nous n’avions que faire. Paradoxe : là où, à ma portée et sans aucun effort pour les atteindre, je dispose des transports publics qui me manquaient en banlieue, je les néglige souvent et marche le plus possible. Tout ce qui m’est accessible en 30-35 minutes d’un bon pas, soit, grosso modo, tout ce qui se situe dans un rayon de 3 km ou presque, je n’y vais pas autrement (sous réserve que la météorologie y mette du sien). Je vous parle à vol d’oiseau et je ne vous cache pas que talons aiguilles merci bien pas pour moi. J’ai tracé sur le plan de Paris d’un calendrier de la Poste à terme échu, la superficie délimitée par mon rayon d’action piéton. Pas au compas, plus personne autour de moi n’en possède, mais en déplaçant circulairement, le plus rigoureusement possible, un double décimètre dont je maintenais l’origine sur mon port d’attache. J’ai calculé mon aire de marche : 28,26 km2 (2826 hectares) soit 268/1000e de la surface de la capitale, un peu plus du quart. Encore que mon cercle déborde sur la banlieue entre la Porte de Vanves et la Porte d’Italie et même, à hauteur de ce qui me semble être Arcueil mais ce n’est pas écrit et pour cause, de la limite inférieure du cadrage du plan de la Poste. J’exprime ma surface en millièmes de co-propriété pour mieux la posséder : avec Paris je suis assez possessive. Je calcule aussi le périmètre de cette aire de marche, 18,84 km, mais plus par souci d’exhaustivité arithmétique qu’autre chose, n’ayant aucune intention d’en faire le tour ; pour ordre de grandeur, je constate que c’est à peu près la moitié de la longueur déroulée du boulevard périphérique. Autre paradoxe : désormais cernés de la profusion des taxis ou de leurs émules dont l’absence en banlieue, à certaines heures de la nuit, complique terriblement la vie, nous n’en avons plus besoin.

Lire la suite : aperçus 4.

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4 Comments

  • On 20 septembre 2018 at 22:53 PdB said

    comme vous n’êtes pas sans savoir, Employée, ces variétés parisiennes, et cette petite série (sériette) “Habiter Paris” sont tout à fait pertinentes (à mes yeux, certes, mais à ceux de nombre d’autres, ça ne fait pas de doute) (j’adore) : l’idée de l’exhaustivité arithmétique est tout à fait prolifique (tentative d’épuisement, voyez) et devrait être suivie d’effets, par exemple marcher et photographier tout (ou partie à définir par contrainte) ce qui se trouve sur le cercle de votre marche parisienne (ou pas) comme vous le fîtes un jour de ce qui passait à hauteur de vos yeux rieurs (et l’énonçant, si je me souviens) en descendant la rue Delambre – voilà bien un challenge oulipien comme il me plairait d’en avoir eu l’idée (je note que le cercle de vos pas passe (de vos papasse ?) par l’esplanade des Invalides où vécut un temps ma propre mère ce qui en augmente, par le fait, la pertinence…) (pour ce qui est du parc Georges Brassens on voit que le parcours est (s’il y fallait une autre preuve) parfaitement sensé)

  • On 21 septembre 2018 at 7:57 ms said

    Pour ce qui est de faire le tour des choses, je ne me suis appliquée encore qu’à faire celui de certains arrondissements : le cinquième et le sixième. La prochaine fois ce sera le septième. Je commence par ceux de ma rive. Les choses se compliqueront avec les arrondissements beaucoup plus vastes du deuxième cercle de l’escargot.

  • On 22 septembre 2018 at 17:23 Dominique Hasselmann said

    La voiture est parfois bien pratique pour emmener un gros paquet d’un lieu à un autre (aucun taxi ne l’accepterait et louer une camionnette chez Avis pour ça…) ou pour sortir, quand on veut, de Paris !

    Mais bientôt, on n’aura plus ce problème et nul doute que la Mairie de Paris invente un système de transport “à domicile”.

    En attendant, j’admire ce plan papier à l’heure du GPS sur smartphone, valable pourtant aussi pour piétons. :-)

  • On 22 septembre 2018 at 22:01 ms said

    Mon rayon d’action sur écran de smartphone est plus difficile à lire et pour les injonctions GPSiques je me les fais in petto !

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