L'employée aux écritures

le blog de Martine Sonnet – ISSN : 2267-8735

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"Le problème de la nuit reste entier. Comment la traverser, chaque fois la traverser tout entière ?" Henri Michaux

Monthly Archives: novembre 2009

Montparnasse Monde hitchcockien

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Samedi dernier, je rentrais de Saint-Ouen où j’avais parlé d’Atelier 62 à la médiathèque Persépolis dans le cadre de “La vie d’usine“, il était 20h50 et je marchais (un peu flottante comme toujours après ces rencontres) vers le quai 10 d’où partirait à 20h58 le prochain omnibus pour Rambouillet (un train nommé PORO dans la langue de gare), quand Sir Alfred himself, derrière un pilier  (à rondelles) d’un bon clin d’oeil m’a remis les idées en place et le iPhone en main. Je ne pouvais pas rater ça – et une semaine plus tard je suis toujours aussi fière de mon remake !

Et ne pas se priver de dire le plaisir inaltérable éprouvé à voir et revoir les films d’Hitchcock (mais la difficulté d’en choisir un ou deux qu’on aimerait encore plus – je risque : Vertigo et The lady vanishes) et le grand bonheur de lire et écouter (parce que les trois voix !) les entretiens Hitchcock/Truffaut subtilement traduits par Helen Scott. Enfin, arrivés là, bien évidemment poursuivre en lisant les lettres de Truffaut à Helen Scott (et tellement d’autres) dans sa Correspondance recueillie par Gilles Jacob et Claude de Givray.

Le week-end sera définitivement hitchcocko-truffaldien.

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nov 27, 2009

Montparnasse Monde 43

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Dans le Montparnasse Monde, la cantine est suspendue sensiblement à mi-hauteur : l’escalier qui, de l’extrêmité des voies 1 et 2, monte au jardin la dessert après trois volées d’escalier ; palier jonché de mégots. Je photographie le réfectoire au travers de la vitre de sa porte d’entrée. Je ne sais pas si les extérieurs sont admis là, comme dans certaines cantines, à un tarif qui paraît toujours prohibitif quand on y est invité par un membre du personnel qui, lui, bénéficie de la subvention de l’entreprise. A 11 heures le sel et le poivre seront rigoureusement disposés au centre de chaque table. Vers 14 h, fin du service, désordre et reliefs ; sel et poivre auront circulé au gré des goûts particuliers et régimes éventuels des rationnaires, il traînera des carafes vides, gouttes d’eau séchant au col, des croûtes de pain. La clémentine posée à côté du plateau : oubliée. Ce que je trouve astucieux, c’est le modèle de chaise choisi, qui facilite le balayage par simple élévation/accrochage aux tables, sans contraindre à leur retournement. On les voit si souvent à l’envers, assises posées sur les tables et pieds en l’air, les chaises dans les réfectoires. Entre 12h30 et 13H15 j’ai constaté comme une pause dans les départs des trains ; ici, ils déjeunent plus au calme.

Extension/Exercice de gare. La rue Delambre, je sais maintenant qu’il me faut 4 minutes et 12 secondes pour la parcourir de bout en bout. Ma montre n’est pas si précise et je n’ai jamais activé de chronomètre ni de podomètre, mais je venais de me procurer ce nouveau téléphone et j’ai voulu tester là sa fonction dictaphone, en procédant à la lecture intégrale de cette rue à stricte hauteur des yeux en partant du n°43 – trottoir des numéros impair donc -, sans altérer mon pas habituel. L’enregistrement s’est arrêté sur 4’12″, pendant lesquelles de la pharmacie qui fait angle avec Edgar Quinet, j’avais rallié la banque qui fait angle avec Raspail. Contente de moi. J’aime cette rue, et pas seulement pour ses sept cinémas, aussi pour sa droiture conjuguée à une juste suffisante longueur, permettant, d’un seul coup d’oeil, une appréciation globale de son trafic et de son activité : livraisons, déménagements, chantiers. Une rue qui ne tergiverse pas, ne vous cache rien et vous mène droit où vous voulez aller, dans un sens comme dans l’autre. J’aime aussi, vers neuf heures au matin, regarder les touristes en fin de petit déjeuner dans les salles à manger des hôtels qu’on aperçoit. Je les envie un peu, moi en marche vers la vie de bureau.

Delambre.m4a

(avec excuses pour les 10 premières secondes de mise en marche silencieuse: je m’exerçais)

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nov 21, 2009

“Entre-deux” de Nicolas Aiello, plus un

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Ouvreuse de si nombreux cartons et liasses d’archives dans lesquelles personne n’avait mis son nez depuis des lustres et encore lectrice assidue de bibliothèques aux fonds anciens, je suis évidemment sensible au travail photographique de Nicolas Aiello, Entre-deux, proposé dans la collection portfolios de la coopérative d’édition numérique publie.net.

Parce que les rencontres incongrues comme celles qu’il saisit entre les pages des livres, avec ces marques personnelles de précédents lecteurs restées tapies-là jusqu’au prochain curieux du même texte, j’en ai eu ma part.

Aux Archives nationales, salle Clisson, quand je dépouillais les papiers confisqués dans les couvents féminins de Paris pendant la Révolution, je tombais régulièrement sur d’anciennes cartes à jouer, dont je signalais, comme il se doit, la présence à la présidence de salle. L’éparpillement de jeux de cartes dans ces papiers du XVIIIe siècle était connu et on essayait de le suivre à la trace. Dans des livres anciens, il m’est arrivé aussi bien souvent de dénicher des tracts, des publicités, des menus, des billets de musées ou de transports, des photos…

Autant de legs à la postérité, proches de ceux que Nicolas Aiello photographie dans l’Entre-deux – entre-deux pages, entre-deux lectures – d’ouvrages circulant de la main à la main dans la modeste et villageoise bibliothèque de Frocourt ou dans celle, plus fournie et plus peuplée, de  Montreuil.

Si truffer, larder, un livre de cuisine de ses propres recettes manuscrites sur feuilles volantes va de soi, d’autres rencontres sont moins attendues, comme cette liste de noms de musiciens (on y déchiffre celui de Dominique Pifarély) recopiée sur une page de garde, la carte des spécialités du glacier ou l’emballage de friandise tenant lieu de marque page. Débordements de vies personnelles de lecteurs recueillis par les livres qui pour un temps les accompagnent et s’en font supports.

Ma plus récente trouvaille de ce genre dormait dans un livre ancien : enchères à ma portée du fait d’une reliure en mauvais état dissuasive aux collectionneurs, quand je n’en voulais moi qu’à ces pages bien toutes présentes. C’est une image découpée d’une planche de jeu de divination “Le miroir magique”, glissée entre les pages 144 “Botanistes, Boues”, et 145 “Boulevards, Bourse” de lAlmanach du voyageur à Paris, CONTENANT une description sommaire mais exacte, de tous les Monumens, Chef-d’oeuvres des Arts, Etablissemens utiles, & autres objets de curiosité que renferme cette Capitale : OUVRAGE utile aux Citoyens & indispensable pour l’Etranger. Par M. Thiery. ANNEE 1785. A PARIS. Chez HARDOUIN, Libraire, au Palais Royal, sous les arcades à gauche n° 14. GATTEY, Libraire, rue des Prêtres Saint-Germain-l’Auxerrois.

L’exemplaire a appartenu à une demoiselle D’Emiéville d’après une mention manuscrite sur la page de titre, mais l’oracle s’adresse à un jeune homme.

Ce qu’on lit au recto de l’image, sous le portrait : Manières admirables ; physique adorable ; légèrement brune, conduite irréprochable ; taille un peu élevée : tel est le portrait de celle qui, un jour ou l’autre, embellira votre vie. Cette charmante jeune fille contribuera dans toutes les entreprises que vous ferez ; beaucoup de gens chercheront à vos détourner d’elle ; vous écouterez quelques conseils mais n’en suivrez aucun. L’oracle dit que votre vie sera accidentée. Mille péripéties viendront vous ennuyer ou vous amuser. Pour savoir votre sort à venir, vous n’avez qu’à tourner cette petite feuille, c’est le moyen de comprendre ce que le ciel vous réserve.

Et au verso : REPONSE DU MIROIR MAGIQUE

Rien ici-bas n’est plus beau que la femme que l’on aime, quand elle réunit dans sa personne les qualités que je vais énumérer : beauté, sagesse, économie, travail, amour. Telle est celle qui vous est destinée. Seulement avant de la posséder, il vous faudra passer différentes épreuves : on voudra savoir si vous répondez à ses qualités. Il vous faudra pour cela beaucoup de courage, car plusieurs personnes chercheront à vous nuire. Une lettre vous annonçant un changement de position donnera cours à votre volonté et vous finirez par obtenir la main de celle qui vous aime autant que vous pouvez l’aimer. Suivez toujours les bons principes dans lesquels vous avez été élevé et vous vous en sentirez bien.

L’imprimeur de la planche - L. Baudot, éditeur, rue Domat, 20, Paris – spécialisé dans les ouvrages et jeux de magie ou prestidigitation exerçait dans les années 1880.

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nov 13, 2009

Montparnasse Monde, à la limite

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C’était un lundi d’août dernier, je partais à la campagne par le train quittant Montparnasse Vaugirard à destination de Granville à 19H59, dont je descendrai à Flers à 22h19 pour continuer ma route à bord du taxi collectif de la communauté de communes du Domfrontais.

Par chance, ce soir là, un voyage sans histoires, ce qui est loin d’être toujours le cas.

Par chance encore, ce Corail Intercités s’échappait du Montparnasse monde par la voie 28 extrême limite de l’emprise de la gare, côté XVe arrondissement. Limite floue, comme j’avais tenté de l’écrire que ce soir-là, je pouvais filmer (le petit Olympus bleu me laisserait en plan un peu plus tard dans l’été).

Si je reparle de tout cela, c’est que depuis dimanche dernier, on peut lire dans la présentation soignée des éditions publie.net (en ligne ou en la téléchargeant) la totalité des 40 variations, proposées ici sous forme de feuilleton chaque samedi de septembre 2008 à juin 2009 : les épisodes 36 à 40 sont ajoutés aux 35 premiers, le tout sous une nouvelle couverture. L’écriture du Montparnasse monde continue, mais le feuilleton est devenu approximativement mensuel.

Le numérique c’est la possible révolution permanente du texte, son travail ou ses tâtonnements partagés.

A signaler aussi : la très pertinente lecture de Montparnasse monde par Pages à pages.

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nov 7, 2009

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