Hier, L’employée aux écritures a mis à profit les 3h38 de voyage dans le train brouette (voie unique) 17354 puis les 2h13 passées dans le TGV (voies qui se croisent) 6220 (solution de continuité = 30 minutes en gare de Valence TGV) pour lire les 351 pages de CV roman de Thierry Beinstingel (Fayard, 2007).
Lecture de vacances délibérément sens contraire de la marche (et même pas du bon côté pour la vue sur le lac, photographié au téléphone portable, debout sur son siège, par ma voisine qui a fini par se faire inviter à partager le box-bureau du contrôleur, et j’étais plus tranquille pour lire) puisque c’est du travail qu’il est question.
Du travail, ou plus précisément de sa mise en page sur feuille unique 21X29,7 recto seul, sous forme de CV quand il s’agit de se mettre en mouvement pour continuer à exister et que d’un côté de la table il y a celui qui sait faire (le Conseiller Mobilité Référent) et de l’autre celui qu’il s’agit de vendre sur le marché des emplois (pas des amants comme sous une avalanche soi-disant littéraire – cf le titre à la une du Monde daté d’aujourd’hui et son dessin qui m’agace).
Quand il se trouve que le Conseiller Mobilité Référent dans sa vie autre est travaillé par l’écriture et la travaille, seul ou en chef d’ateliers, et que l’histoire se passe pas loin du hameau de Roche (panneau cherché comme ailleurs on guetterait celui des Bordes) les CV sont décryptés bien au-delà des cheminements apparents des vies. Pour Thierry Beinstingel les deux lettres CV veulent dire aussi Creux Visibles, C’est ma Vie, Courber les Verbes, Coquille Vide, Cramer une Voiture, Cogner nos Vies, Courir en Vain ou Continuer Voguer, au gré des entretiens préparatoires à la rédaction du fameux document.
Expérience – Formation – Loisirs – Situation : le Conseiller Mobilité Référent aide à ranger les années de vies dans ces rubriques, rogne et ajuste pour que ça tienne et donne envie d’en savoir plus. Et toutes s’y plient à ces mobilités, “volontaires suscitées”, accidentelles, ou de bout de course, tandis que rôdent les silhouettes convoquées de Rimbaud et de Sylvain Schiltz, celui qui meurt un hiver, par là pas loin, dans sa voiture sans rien demander à personne.
CV roman, déplie des feuilles A4 (à toujours plier en 3 et non en 4) et des gens vrais en sortent, gens au travail, gens chez eux, gens qui font leurs courses, gens d’aujourd’hui, observés par un oeil qui rappelle la justesse de la caméra de Laurent Cantet quand elle saisit le travail ou sa comédie (Ressources humaines et L’emploi du temps). Mais le regard de l’écrivain-Conseiller Mobilité Référent, qui un temps à son tour s’en ira apprendre encore pour rajouter des lignes à sa propre rubrique formation, perce plus profond les mots sur les CV et ceux produits dans ses ateliers, comme seule l’expérience totale du travail “avec” la littérature l’autorise.















